IV
tous tant que vous êtes, travaillez, honnêtes agriculteurs, négociants, engagés dans les professions libérales. Ce que vous désirez, ce que vous voulez voir triompher, c'est la cause du travail et de la liberté.
Le travail et la liberté, ce sont les ennemis directs du gouvernement personnel (bravos); ce sont en même temps les auxiliaires de ce pouvoir toujours jeune, toujours fécond, qu'on appelle la démocratie. (Bravos.)
Ce que je vous demande, mes chers concitoyens, c'est, dans la lutte qui va s'ouvrir, d'apporter les uns et les autres, au jugement que vous avez à prononcer, la fermeté, l'indépendance, la virilité qui conviennent à des citoyens. Le suffrage universel, il est encore jeune d'installation et de naissance; il a reçu la vie politique au milieu de grandes agitations. Ces agitations, elles me paraissent avoir cessé; et quand je jette les yeux sur mon pays, j'y rencontre partout ces germes de puissance qui peuvent attester que l'heure enfin est venue où, prenant possession de lui-même, il fera prévaloir sa libre volonté. Permettez-moi de vous remercier de cette cordiale réception. Je suis venu dans la ville de Nîmes pour y défendre le droit de réunion privée; j'y ai rencontré des sympathies dont je suis heureux et fier, non pas que je les attribue à ma faible personne, mais à la cause que je défends depuis que l'intelligence éclaire ma raison. C'est pour moi un motif de persévérer dans la voie où je suis engagé, et pour un homme politique, c'est une rare et précieuse bonne fortune que l'assentiment d'une ville généreuse, impressionnable comme celle au milieu de laquelle j'ai l'honneur de me trouver. J'en conserverai un ineffaçable souvenir, et je serais bien heureux que mon court passage au milieu de vous, que cette communion à la fois si fugitive et si forte, laisse dans vos âmes une empreinte durable. Pour moi, ce sera un encouragement à mieux faire, à m'efforcer davantage. Pour vous, que ce soit une invitation à vous montrer de libres citoyens, dignes de ce présent qui vous a été fait par la révolution française, rompant le lien de l'ancienne féodalité, foulant aux pieds les trônes et la majesté du droit divin, pour y substituer la splendeur du droit populaire. C'est à vous, mes chers concitoyens, qu'appartient cet avenir. J'espère que vous en serez dignes, et quant à moi, j'emporte de cette courte communion le sentiment d'un bien accompli, d'un devoir de cœur qui a été rempli par moi. (Acclamations, bravos prolongés.)