IV
3i DISCOURS PARLEMENTAIRES.
soldats. Il ne peut y avoir en effet aujourd'hui de distinction entre ces deux titres. Quels que soient les malheurs qui accablent la patrie, la patrie est représentée par vous ; quant à la province, nous la devinons. La France tout entière ne peut ni ne veut fléchir; elle résistera : elle peut être brisée, mais elle ne se laissera pas humilier. (Applaudissements répétés et vive sensation.)
Nous n'avons pas voulu suivre les leçons de froids et égoïstes docteurs qui nous disaient : « Vous êtes vaincus; c'est de votre part un détestable orgueil que de conserver des prétentions quand la fortune les repousse. » Tel n'est point le mobile de vos inspirations. Nous ne le cherchons pas dans le sentiment d'un vain orgueil national. Non ! non ! ne nous faisons aucune illusion , ne ressemblons pas à ces fanfarons qui, à l'avance, se déclaraient invincibles et disaient les ennemis incapables de résister à leurs efforts; non, nous serions des insensés si nous agissions ainsi , et nous proclamerions que les leçons de l'expérience sont pour nous sans efficacité. Nous comprenons le péril, nous en mesurons l'étendue, et nous sentons en même temps quelle est la grandeur morale de nos devoirs.
Nous ferons notre devoir sans arrière-pensée. Et quand on dit qu'il serait plus commode d'abandonner deux provinces, quand on nous dit que , grâce aux alliances qu'un plus sage gouvernement nous donnerait dans un espace très-court, nous les arracherions à l'ennemi, repoussons un pacte semblable. (Applaudissements.) C'est un sentiment plus élevé que notre intérêt qui nous dirige. Nous comprenons qu'il nous est impossible de transiger avec le devoir qui nous ordonne de défendre ceux qui se sont sacrifiés pour nous. (Applaudissements unanimes.)
Les aigles prussiennes ont beau couvrir les remparts de Strasbourg, de Toul , et de ces autres vaillantes cités qui ont succombé après avoir laissé réduire en cendres leurs monuments et leurs maisons, ces remparts, comme les cœurs de ceux qui les ont défendus, n'ont pas cessé d'être français , et nous devons tous mourir avant de les abandonnera l'étranger. (Applaudissements unanimes.)
Messieurs les maires, dans les épreuves cruelles imposées aux nations comme aux individus , ce qui est difficile souvent n'est pas de faire son devoir, c'est de le connaître. Grâce à Dieu, nous n'avons point à éprouver d'hésitation de ce genre; le devoir est impérieux, et il est simple : c'est de défendre le pays, d'aller aux remparts; et comme l'ennemi semble les regarder avec respect , sa ns oser les approcher, le devoir maintenant, c'est de franchir les remparts, c'est d'aller à l'ennemi, et de le percer pour tendre la main à nos frères de province. (Triple salve d'applaudissements.)
Sans violer un secret , sans parier ici ni de stratégie ni de plan
militaire , je dois vous dire que îes chefs dont vous avez raison d'être fiers , car à la science du soldat ils joignent un sentiment profond de civisme patriotique, ces chefs ont compris cette grande résolution. Ce qu'ils vous demandent, c'est la confiance, c'est la discipline Sérieuse , c'est l'obéissance , c'est la patience , mais la patience à court terme. (Vive sensation. — Applaudissements prolongés.)
Nous verrous bientôt l'aurore du jour où tous nous nous précipiterons au-devant de l'ennemi; dans l'accomplissement de ce devoir, je le dis encore une fois, il ne s'agit pas d'être victorieux, ma conscience me dit que nous le serons, il s'agit de vouloir l'être , de sacrifier toutes nos exitences pour toucher ce noble but , et c'est ce que vous voulez. (Oui! oui! nous le voulons. — Vive approbation, )
Oh! permettez-moi de le dire, rien ne paraît meilleur, pour fortifier vos âmes , que le spectacle que vous donnez par ce gouvernement de vous-mêmes dans la grande cité qui vous a accueillis.
Quant à moi, je terminerai par ce cri qui nous est cher :
Yive la France !
Vive la République !
Cette improvisation a profondément ému l'Assemblée. Au moment où l'orateur a affirmé l'inébranlable résolution du gouvernement , prêt à tous les efforts pour lutter à outrance contre l'envahisseur , l'auditoire entier s'est levé dans un même élan d'enthousiasme .