NOVEMBRE 1870 PROCLAMATION DU MINISTRE DE L'INTÉRIEUR
Mes chers concitoyens,
Je vous remercie, au nom de notre amour commun de la patrie, du calme avec lequel vous avez procédé au vote que le gouvernement vous demandait,
Ce calme est l'œuvre de votre patriotisme et de votre bon sens.
Il prouve que vous comprenez toute la valeur clu suffrage universel et que vous êtes dignes de le pratiquer dans toute sa liberté.
Ce suffrage substitue la raison à la violence, et, montrant où est le droit, il enseigne le devoir.
Il réduit au silence ceux qui, en méconnaissant son autorité, deviendraient des ennemis publics.
Que ce jour solennel marque donc la fin des divisions qui ont désolé la cité.
N'ayons tous qu'un cœur et qu'une pensée : la délivrance de la patrie!
Cette délivrance n'est possible que par l'obéissance aux chefs militaires et par le respect des lois; charge du soin de maintenir leur exécution, je fais appel à votre intelligent concours, et je vous promets en échange tout mon dévouement, toute ma fermeté.
Vive la République! Vive la France!
.Iules Favre.
S NOVEMBRE 1870 Circulaire du ministre des Affaires étrangères sur la rupture de l'armistice.
Monsieur,
La Prusse vient de rejeter l'armistice proposé par les quatre grandes puissances : l'Angleterre, la Russie, l'Autriche et l'Italie, ayant pour objet la convocation d'une Assemblée nationale. Elle a ainsi prouvé, une fois de plus, qu'elle continuerait la guerre dans un but essentiellement personnel, sans se préoccuper du véritable intérêt de ses sujets et surtout de celui des Allemands qu'elle entraîne à sa suite. Elle prétend, il est vrai, y être contrainte par notre refus de lui céder deux de nos provinces. Mais ces provinces, que nous ne voulons ni ne pouvons lui abandonner, et dont les habitants la repoussent énergiquement, elle les occupe, et ce n'est pas pour les conquérir qu'elle ravage nos campagnes, chasse devant ses armées nos familles ruinées, et tient, depuis près de cinquante jours, Paris enfermé sous le feu des batteries derrière lesquelles elle se retranche. Non : elle veut nous détruire pour satisfaire l'ambition des hommes qui la gouvernent. Le sacrifice de la nation française est utile à la conservation de sa puissance. Ils le consomment froidement, s'étonnaut que nous ne soyons pas leurs complices, en nous abandonnant aux défaillances que leur diplomatie nous conseille.
Engagée dans cette voie, la Prusse ferme l'oreille à l'opinion du monde. Sachant qu'elle froisse tous les sentiments justes, qu'elle alarme tous les intérêts conservateurs, elle se fait un système de 'isolement, et se dérobe ainsi à la condamnation que l'Europe, si elle
était admise à discuter sa conduite, ne manquerait pas de lui infliger. Cependant, malgré ses refus, quatre grandes puissances neutres sont intervenues et lui ont proposé une suspension d'armes clans le but défini de permettre à la France de se consulter elle-même en réunissant une Assemblée. Quoi de plus rationnel, de plus équitable, de plus nécessaire? C'est sous l'effort de la Prusse que le gouvernement impérial s'est abimé. Le lendemain, les bommes que la nécessité a investis du pouvoir lui ont proposé la paix, et, pour en régler les conditions, réclamé une trêve indispensable à la constitution d'une représentation nationale.
La Prusse a repoussé l'idée d'une trêve, en la subordonnant à des exigences inacceptables, et ses armées ont entouré Paris. On leur en avait dit la soumission facile. Le siège dure depuis cinquante jours, la population ne faiblit pas. La sédition promise s'est fait attendre longtemps. Elle est venue à une heure propice au négociateur prussien, qui l'a annoncée au nôtre comme un auxiliaire prévu; mais, en éclatant, elle a permis au peuple de Paris de légitimer, par un vote imposant, le gouvernement de la Défense nationale, qui acquiert par . là, aux yeux de l'Europe, la consécration du droit.
11 lui appartenait donc de conférer sur la proposition d'armistice des quatre puissances; il pouvait sans témérité en espérer le succès. Désireux avant tout de s'effacer devant les mandataires du pays et d'arriver par eux à une paix honorable, il a accepté la négociation, et l'a engagée dans les termes ordinaires du droit des gens.
L'armistice devait comporter :
L'élection des députés sur tout le territoire de la République, même celui envahi;
Une durée de vingt-cinq jours;
Le ravitaillement proportionnel à cette durée.
La Prusse n'a pas contesté les deux premières conditions. Cependant elle a fait, à propos du vole de l'Alsace et de la Lorraine, quelques réserves que nous mentionnons sans les examiner davantage, parce que son refus absolu d'admettre le ravitaillement a rendu toute discussion inutile.
En effet, le ravitaillement est la conséquence forcée d'une suspension d'armes Rappliquant à une ville investie. Les vivres y sont un élément de défense. Les lui enlever sans compensation, c'est lui créer une inégalité contraire à la justice. La Prusse oserait-elle nous demander d'abattre chaque jour par son canon un pan de nos murailles, sans nous permettre de lui résister? Elle nous mettrait dans une situation plus mauvaise encore, en nous obligeant à consommer un mois sans nous battre, alors que, vivant sur notre sol, elle attendrait pour reprendre la guerre, que nous fussions harcelés par
la famine. L'armistice sans ravitaillement, ce serait la capitulation à terme fixe, sans honneur et sans espoir.
En refusant le ravitaillement, la Prusse refuse donc l'armistice. Et cette fois ce n'est pas l'armée seulement, c'est la nation française qu'elle prétend anéantir en réduisant Paris aux horreurs de la faim. 11 s'agit, en effet, de savoir si la France pourra réunir ses députés pour délibérer sur la paix. L'Europe demande cette réunion. La Prusse la repousse en la soumettant à une condition inique et contraire au droit commun.
Et cependant, s'il faut en croire un document publié sans être démenti et qui émanerait de sa chancellerie, elle ose accuser le gou^ vernement de la Défense nationale de livrer Paris à une famine certaine! Elle se plaint d'être forcée par lui de nous investir et de nous affamer!
L'Europe jugera ce que valent de telles imputations. Elles sont le dernier trait de cette politique qui débute par engager la parole du souverain en faveur de la nation française, et se termine par le rejet systématique de toutes les combinaisons pouvant permettre à la France d'exprimer sa volonté. Nous ignorons ce qu'en penseront les quatre grandes puissances neutres dont les propositions sont écartées avec tant de hauteur ; peut-être devineront-elles enfin ce que leur réserverait la Prusse, devenue par la victoire maîtresse d'accomplir tous ses desseins.
Quant à nous, nous obéissons à un devoir impérieux et simple en persistant à maintenir leur proposition d'armistice comme le seul moyen de faire résoudre par une Assemblée les questions redoutables que les crimes du gouvernement impérial ont permis à l'ennemi de nous poser. La Prusse, qui sent l'odieux de son refus, le dissimule sous Un déguisement qui ne peut tromper personne. Elle nous demande un mois de nos vivres ; c'est nous demander nos armes. Nous les tenons d'une main résolue, et nous ne les déposerons pas sans combattre. Nous avons fait tout ce que peuvent des hommes d'honneur pour arrêter la lutte. On nous ferme l'issue-, nous n'avons plus à prendre conseil que de notre courage, en renvoyant la responsabilité du sang versé à ceux qui, systématiquement, repoussent toute transaction.
C'est à leur ambition personnelle que peuvent être immolés encore des milliers d'hommes; et quand l'Europe émue veut arrêter les combattants sur la frontière de ce champ de carnage pour y appeler les représentants de la nation et essayer la paix: Oui, disent-ils, mais à la condition que cette population qui souffre, ces femmes, ces enfants, ces vieillards qui sont les victimes innocentes de la guerre, ne recevront aucun secours; afin que, la trêve expirée, il ne soit plus possi-
ble à leurs défenseurs de nous combattre sans les faire mourir de faim.
Voilà ce que les Prussiens ne craignent pas de répondre à la proposition des quatre puissances. Nous prenons à témoin contre eux le droit et la justice, et nous sommes convaincus que si, comme les nôtres, leur nation et leur armée pouvaient voter, elles condamneraient cette politique inhumaine.
Qu'au moins il soit bien établi que jusqu'à la dernière heure, préoccupé des immenses et précieux intérêts qui lui sont confiés, le gouvernement de la Défense nationale a tout fait pour rendre possible une paix qui soit digne.
On lui refuse les moyens de consulter la France. Il interroge Paris, et Paris tout entier se lève en armes pour montrer au pays , et au monde ce que peut un grand peuple quand il défend son honneur, son foyer et l'indépendance de la patrie.
Vous n'aurez pas de peine, Monsieur, à faire comprendre des vérités si simples et à en faire le point de départ des observations que vous aurez à présenter lorsque l'occasion vous en sera fournie.
Agréez, etc.
Le ministre des Affaires étrangères, Jules Favre.
Circulaire du 21 novembre 1870.
Monsieur,
Vous avez eu certainement connaissance de la circulaire par laquelle M. le comte de Bismarck explique le refus opposé par la Prusse aux conditions de ravitaillement proportionnel que comportait naturellement la proposition d'armistice émanée des puissances neutres. Ce document rend une rectification d'autant plus nécessaire, que, par une préoccupation d'ailleurs très-conforme à toute sa politique antérieure, le représentant de la Prusse y a négligé des faits importants dont l'omission ne pourrait manquer d'induire l'opinion publique en erreur. En lisant son travail, on doit croire que M. Thiers a demandé au nom du gouvernement de la Défense nationale l'ouverture d'une négociation, et que la Prusse l'a acceptée par un sentiment d'égard pour le caractère personnel de notre envoyé et par le désir d'arriver, s'il était possible, à une conciliation. Le chancelier de la Confédéra-
tion du Nord paraît oublier, et il est indispensable de rappeler, que la proposition d'armistice sur laquelle M. Thiers est venu conférer appartient aux puissances neutres, et que l'une d'elles a bien voulu faire auprès de la Prusse la démarche qui a donné à notre négociateur l'occasion d'entrer en pourparlers. Ce bon office n'était point un fait isolé : dès le 20 octobre, lord Grandville adressait à lord Loftus une dépèche communiquée au cabinet de Berlin et dans laquelle il exposait avec une grande autorité les raisons d'intérêt européen qui devaient amener la cessation de la guerre.
Parlant de la continuation du siège et de l'éventualité de la prise de Paris, le chef du Foreign-Office disait : « 11 n'est pas déraisonnable de mettre dans la balance les avantages et les désavantages qui accompagneront un tel fait, et ces désavantages touchent tellement aux sentiments de l'humanité, que le gouvernement de la reine se croit obligé de les signaler au roi et à ses ministres. Le souvenir amer des trois derniers mois peut être un jour effacé par le temps et par le sentiment de la bravoure de l'ennemi sur les champs de bataille. Mais il y a des degrés dans l'amertume, et la probabilité d'une guerre nouvelle et irréconciliable sera considérablement augmentée si toute une génération de Français a devant les yeux le spectacle de la destruction d'une capitale, accompagnée de la mort de personnes sans armes, de la destruction de trésors d'art et de science, de souvenirs historiques d'un prix inestimable, impossibles à remplacer. Une telle catastrophe sera terrible pour la France et dangereuse pour la paix de l'Europe; en même temps, elle ne sera, comme le gouvernement de la reine le croit, à personne plus pénible qu'à l'Allemagne et à ses princes. Le gouvernement français a décliné les négociations de paix depuis l'entrevue de M. de Bismarck et de M. Jules Favre. Mais le gouvernement de la reine a pris sur lui d'insister auprès du gouvernement provisoire pour qu'il consente à un armistice qui pourrait aboutir à la convocation d'une Assemblée constituante et au rétablissement de la paix. Le gouvernement de la reine n'a pas omis de faire sentir à Paris la nécessité de faire toutes les concessions compatibles, dans la situation actuelle, avec l'honneur de la France. Le gouvernement de la reine ne se croit pas autorisé à l'affirmer, mais il ne peut pas croire que les représentations faites par lui resteront sans effet. Pendant cette guerre, deux causes morales ont, à un degré incalcuble, servi l'immense puissance matérielle des Allemands ; ils ont combat lu pour repousser l'invasion étrangère et affirmer le droit d'une grande nation à se constituer de la manière la plus propre à développer ses aptitudes. La gloire de leurs efforts sera rehaussée, si l'histoire peut dire que le roi a épuisé tous les moyens pour rétablir la paix, et que ses conditions de paix étaient
justes, modérées, en harmonie avec la politique et les sentiments de notre époque. »
Au moment où le ministre anglais tenait ce langage à Berlin, son ambassadeur insistait à Tours sur les mêmes considérations, sans jamais mettre en doute que l'armistice ne dût être nécessairement accompagné de ravitaillement. Il m'est permis d'ajouter que sur ce point, qui a été le seul objet du débat, l'opinion du chancelier de la Confédération du Nord ne pouvait être différente, puisqu'il avait eu connaissance de la mission officieuse du général Burnside, auquel il avait parlé d'un armistice sans ravitaillement que le gouvernement de la Défense nationale n'avait pu accepter.
C'était donc dans les termes du droit commun, c'est-à-dire avec un ravitaillement proportionnel à la durée, que l'Angleterre conseillait l'armistice. C'est aussi dans ces termes qu'il fut compris par les autres puissances et directement proposé à la Prusse par une correspondance et des télégrammes auxquels elle adhéra. Dans sa conférence avec les membres du gouvernement, le 10 octobre, M. Thiers n'admettait pas que cette condition pût être contestée en principe. Seulement il avait l'ordre, auquel il s'est certainement conformé, de n'être point trop rigoureux dans son application. Aussi est-ce par erreur que le chancelier de la Confédération du Nord affirme qu'il aurait déclaré « ne pouvoir accepter d'armistice que si l'on comprenait pour Paris la faculté de s'approvisionner sur une grande échelle » « Cette assertion est inexacte.
Les chiffres d'une consommation journalière et modérée avaient été minutieusement arrêtés par le ministre du commerce, et seuls ils servaient de base à notre réclamation strictement limitée au nombre de jours de l'armistice. En cela nous étions d'accord avec l'usage et l'équité, avec les intentions des puissances neutres, et, nous le croyons, avec le consentement de la Prusse elle-même. Peut-être n' eût-elle pas songé à le retirer sans la reddition de Metz et sans la funeste journée du 31 octobre, accueillie par elle avec une satisfaction mal dissimulée.
Le chancelier de la Confédération du Nord insiste sur les inconvénients auxquels l'armistice exposait l'armée assiégeante, mais il ne tient pas compte de ceux bien autrement graves du non-ravitaillement pour la ville assiégée. Ces inconvénients sont tels, qu'ils rendraient dérisoire la convocation d'une Assemblée, réduite forcément à l'impui«sance à l'heure de ses délibérations et condamnée par la plus dure des nécessités à subir la loi du vainqueur. L'armistice sans ravitaillement, pour faire statuer au bout d'un mois sur la paix ou sur la guerre, n'était donc ni équitable ni sérieux, il n'était pour nous qu'une déception et un péril.
J'en dis autant de la convocation d'une Assemblée sans armistice. S'il avait cru une pareille combinaison compatible avec la défense, le gouvernement l'aurait adoptée avec joie. La Prusse peut lui reprocher « de n'avoir pas voulu que l'opinion du peuple français pût s'exprimer librement par l'élection d'une représentation nationale ». Le besoin de diviser et d'affaiblir la résistance du pays explique suffisamment cette accusation. Mais quel est l'homme de bonne foi qui pourra l'admettre? Qui ne sent l'immense intérêt qu'ont les membres du gouvernement à écarter la terrible responsabilité que les événements et le vote de Paris font peser sur leur tête? Ils ont constamment cherché, avec le désir ardent de réussir, les moyens les plus efficaces d'amener la convocation d'une Assemblée qui était et qui est encore leur vœu le plus cher. C'est dans ce but que j'abordai M. le comte de Bismarck à Ferrières. Je laisse à la conscience publique le soin de juger de quel côté ont été les obstacles, et si le gouvernement mérite d'être dénoncé au blâme de l'Europe pour n'avoir pas voulu placer les députés de la France sous le canon d'un fort livré à l'armée prussienne. Une convocation sans armistice nous aurait, il est vrai, épargné cette humiliation, mais elle nous en aurait encore réservé de cruelles. Les élections auraient été livrées au caprice de l'ennemi, aux hasards de la guerre, à des impossibilités matérielles énervant notre action militaire et ruinant à l'avance l'autorité morale des mandataires du pays. Et cependant nous sentions si énergiquement le besoin de nous effacer devant les représentants réguliers de la France, que nous eussions bravé ces difficultés inextricables, si en descendant au fond de nos consciences, nous n'y avions trouvé impérieux, inflexible, supérieur à tout intérêt personnel, ce grand et suprême devoir de l'honneur à sauvegarder et de la défense à maintenir intacte.
Nous avons maudit et condamné cette guerre; quand des désastres nouïs dans l'histoire ont mis en poussière ses criminels instigateurs, nous avons invoqué pour les faire cesser les lois de l'humanité, les droits des peuples, la nécessité d'assurer le repos de l'Europe, et nous avons offert d'y concourir par de justes sacrifices. On a voulu nous imposer ceux que nous ne pouvions accepter, et la Prusse a continué la lutte, non pour défendre son territoire, mais pour conquérir le nôtre. Elle a porté dans plusieurs de nos départements le ravage et la mort. Depuis plus de deux mois, elle investit notre capitale qu'elle menace de bombardement et de famine, et c'est pour couronner ce système scientifique de violence qu'elle nous convie à réunir une Assemblée, élue en partie dans ses camps et appelée à discuter paisiblement quand gronde le canon de la bataille. Le gouvernement n'a pas cru une telle combinaison réalisable. Elle
le condamnait à discontinuer la défense, et discontinuer la défense sans armistice régulier, c'était y renoncer. Or, quel est le citoyen français qui ne s'indigne à cette idée? Le pays tout entier proteste contre elle. On lui demande de voter, il fait mieux, il s'arme. Nos soldats victorieux effacent par leur généreux sang les hontes de l'Empire. Paris, dont la Prusse devait en quelques jours forcer l'enceinte, résiste depuis plus de deux mois et demeure plus que jamais résolu. Ses chefs militaires, que la trahison de Sedan avait laissés sans ressources, ont dû improviser une armée et son matériel, former la garde mobile, organiser la garde nationale. Leurs travaux ne seront pas stériles, et dans cette crise suprême que nous avons essayé de conjurer par tous les moyens compatibles avec l'honneur, nous av&ns la certitude que chacun fera son devoir.
Le gouvernement n'a donc pas, comme l'en accuse le chancelier de la Confédération du Nord, cherché l'appui de l'Europe en se prêtant à une négociation qu'il avait, en réalité, le dessein de rompre. I! repousse hautement une pareille imputation. Il a accepté avec reconnaissance l'intervention des puissances neutres , et s'est loyalement efforcé de la faire réussir dans les termes que l'une d'elles avait indiqués, en rappelant dans un télégramme « les sentiments de justice et d'humanité auxquels la Prusse devait se conformer ». A cette heure suprême, il s'en remettait volontiers au jugement de ceux dont la voix n'a pas été écoutée. Ce n'est pas d'eux que lui viendrait un conseil de défaillance.
Après lui avoir donné leur appui moral, ils estimeront qu'il continue à le mériter en défendant énergiquement le principe qu'ils ont posé. Il est prêt à convoquer une Assemblée si un armistice avec ravitaillement le lui permet. Mais il faut qu'il soit bien entendu qu'en le refusant, la Prusse, malgré toutes ses déclarations contraires, veut augmenter nos embarras en nous empêchant de consulter la France. C'est donc à elle seule que doit être renvoyée la responsabilité d'une rupture, démontrant une fois de plus qu'elle est déterminée à tout braver pour faire triompher sa politique de conquête violente et de domination européenne.