‹ Discours parlementaires (volume 3)Chapitre 29 sur 47 · MAI 1S · texte numérisé non relu

MAI 1S

arrivé? Le voici, et l'on peut en justifier facilement par les documents diplomatiques.

L'Autriche, par l'organe de son premier ministre, M. le duc de Rechberg, à la date du 31 décembre 1863, a fait signifier au prince d'Augustenbourg que s'il continuait à vouloir exercer un droit effectif sur les principautés, on le ferait chasser par la force.

C'est ce que nous rencontrons dans une dépèche du 31 décembre 1863 de lord Blomfield au comte Russell :

« J'ai demandé au comte de Rechberg ce qu'il ferait si la Diète refusait de suivre les conseils de Vienne et de Berlin ; il a répondu : Nous devons écarter le prince d'Augustenbourg par la force, s'il ne veut pas céder à la sommation de quitter le duché. »

Et ce n'est pas seulement l'Autriche qui tient ce langage : je le rencontre dans les paroles de l'empereur, et avec une forme plus incisive et plus nette encore. Je vous demande la permission de mettre sous vos yeux cet important document.

Voici comment, à la date du 10 décembre 1863, s'expliquant sur ces prétentions, l'empereur lui-même écrivait au duc d'Augustenbourg :

« Mon cousin,

« J'ai lu avec un vif intérêt la lettre que vous m'avez écrite, et je m'empresse d'y répondre. Je ne trouve rien de plus honorable que d'être le représentant d'une cause qui s'appuie sur l'indépendance et la nationalité d'un peuple, et, à ce titre, vous pouvez compter sur ma sympathie, car je serai toujours conséquent dans ma conduite. Si j'ai combattu pour l'indépendance italienne, si j'ai élevé la voix pour la nationalité polonaise, je ne puis pas en Allemagne avoir d'autres sentiments, ni obéir à d'autres principes. Mais les grandes puissances sont liées par la convention de Londres, et leur réunion seule pourrait résoudre sans difficulté la question qui vous intéresse. Je regrette donc bien vivement que l'Angleterre se soit refusée d'assister au congrès que j'avais proposé.

« 11 est fâcheux que la Diète n'ait pas été consultée sur les droits d'un duché faisant partie de la Confédération germanique. Le Danemark aussi a pu avoir des torts envers l'Allemagne; mais, d'un côté» je déplore que la Confédération ait cru devoir intervenir dans le Holstein avant que la question de succession ait été décidée, car l'intervention, qui peut amener des complications bien graves, ne tranche pas cette question et... »

Écoutez ceci, messieurs : «... Si le Danemark était opprimé par de

puissants voisins, l'opinion publique en France se retournerait de son côté. *

Voilà ce que l'empereur disait le 10 décembre 1863. Il invoquait avec raison deux principes qui sont également puissants , et que la politique doit concilier : la liberté des peuples et le respect des traités.

La liberté des peuples , messieurs , elle pouvait éclater quand on interrogeait les populations que je pourrais appeler litigieuses. Quant aux traités, permettez-moi d'en dire un mot.

J'ai dit que je ne remonterais pas dans le passé, que je m'attacherais à ce qu'il y a de fixe et de certain, c'est-à-dire à la convention signée à Londres le 8 mai 1852 par les six grandes puissances; seulement cette convention, elle éclate avec un tel degré d'autorité, qu'il est impossible de se refuser à ses conséquences.

Et, en vérité, quand on entend ce langage solennel tenu par ceux qui ont le suprême honneur de gouverner les empires, quand on rapproche de ce langage le fait qui en est le démenti le plus éclatant, on se demande comment les règles de la loyauté et de la bonne foi, qu'il est si important de maintenir parmi les simples particuliers, pourraient n'être que des liens fragiles que les puissances suprêmes briseraient au gré de leur fantaisie. (Très-bien! autour de l'orateur.)

Eh bien, messieurs, voici ce que je lis dans le protocole du traité du 8 mai 1852 :

« Considérant que le maintien de l'intégrité de la monarchie danoise, lié aux intérêts généraux de l'équilibre européen, est d'une haute importance pour la conservation de la paix, et qu'une combinaison qui appellerait à succéder à la totalité des États, actuellement réunissouslesceptredeS. M. le roi de Danemark, la descendance mâle, à l'exclusion des femmes, serait le meilleur moyen d'assurer l'intégrité de cette monarchie, ont résolu, à l'invitation de Sa Majesté Danoise, de conclure un traité afin de donner aux arrangements relatifs à cet ordre de succession un gage additionnel de stabilité par un acte de reconnaissance européenne. »

Et dans l'article 2, après l'article 1er, qui contient les renonciations de la Russie, de la Prusse, de la Suède et de la Norwége, je lis :

« Les hautes parties contractantes, reconnaissant comme permanent le principe de l'intégrité de la monarchie danoise, s'engagent à prendre en considération les ouvertures ultérieures que S. M. le roi de Danemark jugerait à propos de leur adresser, si, ce qu'à Dieu ne plaise, l'extinction de la descendance mâle, en ligne directe, de S. A. le prince Christian de SIesvig-Holstein-Sonderbourg-Glucksbourg, issue de son mariage avec S. A. la princesse Louise Slesvig-Holstein- Imdesbourg-Glucksbourg, née princessse de Hesse, devenait immi nente. »

Ainsi, dans ce traité, l'intégrité de la monarchie danoise est déclarée d'un intérêt européen.

Mais ce n'est pas tout : la convention se place sous la sauvegarde de la loyauté des hautes puissances contractantes, au nombre desquelles, ne l'oubliez pas, se trouvent l'Autriche et la Prusse. Et quant aux droits de la Confédération germanique, ils sont réservés en ce sens que le traité, après avoir établi en réalité l'annexion des deux proviuces à la couronne du Danemark, laissait encore subsister un lien de protectorat vis-à-vis de la Confédération germanique.

Mais il n'en est pas moins vrai, messieurs, que la signature de la France est apposée au pied de ce traité, et, quant à moi, je n'ai jamais compris la signature d'un grand peuple sans le sceau de son épée. (Exclamations et mouvements divers.)

Voilà le traité de 1852, garantissant au Danemark l'intégrité du territoire qui y est délimité.

Maintenant qu'est-il arrivé, et comment les faits s'étaient-ils dessinés au mois de novembre 1863, lorsque le Corps législatif fut réuni?

Messieurs, vous le savez, et je ne fais ici que rappeler sommairement vos souvenirs, pendant le cours de l'année 18G3, la querelle qui paraissait éteinte prit tout à coup un nouvel aspect, et, à la mort

du dernier roi de Danemark (bruit continu), intervinrent les

réclamations du duc d'Augustenbourg; la Confédération germanique s'emparait de ces plaintes pour leur donner un corps et un aspect légal, et dans le cours de juillet 1863 , elle avait directement menacé le Danemark en élevant la prétention d'envahir les deux provinces et de les rattacher, après le traité de 1852, à la nationalité allemande.

Quelle a été, en présence de ce fait si grave, constituant une action violatrice des traités, l'altitude de la France et de l'Angleterre?

Ici, messieurs, j'avais dessein de vous lire des dépêches que je supprime, je croyais qu'elles étaient nécessaires pour éclairer la discussion : je me suis trompé, chacun les a étudiées avant moi et les comprend mieux que je ne pourrais les faire comprendre ; je ne veux pas insister, et je vais directement aux faits en me bornant à des indications.

Eh bien, ce qui résulte des dépêches que je pourrais mettre sous vos yeux, et qui ont, suivant moi, un grand enseignement, le voici : Au mois de septembre 1863, l'Angleterre comprenait la gravité de la question, et sollicitait l'appui de la France afin de la pouvoir résoudre dans un sens favorable au maintien du traité de 1852.

Ce qui résulte encore de ces dépêches, messieurs, c'est que la France a constamment tergiversé ; qu'elle n'a pas voulu donner de paroles positives, et dans les conversations qui se sont engagées entre son

ministre et le représentant de l'Angleterre, le ministre de la France, faisant sans cesse allusion aux échecs que sa diplomatie a subis visà-vis du cabinet de Saint-Pétersbourg, disait : u Je veux y voir clair-, la question est confuse, je veux faire des réserves. »

Eh bien, permettez-moi de vous dire que le traité était net, positif; il n'était pas moins net, moins positif que le Danemark était menacé er que le traité était mis en question. D'ailleurs, il n'était pas permis à la France d'éprouver de semblables hésitations, car ces hésitations tenaient son honneur en échec. (Bruit.)

Mais ce n'est pas tout : ces dépêches, que je me borne à citer et que je ne lis pas, constatent qu'après ces tergiversations, et à la date du 19 janvier 1864, la France s'est positivement retirée des négociations qui avaient été ouvertes avec l'Angleterre ; elle a déclaré que comme l'Angleterre ne voulait pas du congrès qu'elle avait proposé, elle ne voulait pas non plus de la conférence qui était destinée à sauver le Danemark.

Vous trouvez là la dépêche de M. Drouyn de Lhuys, et permettezmoi, à cause de la gravité de la question, d'en mettre quelques passages sous vos yeux :

Voici, en effet, comment M. Drouyn de Lhuys s'exprimait dans la circulaire adressée au représentant de la France : « Le gouvernement anglais avait très-sagement établi comme conditions préalables d'une conférence ou d'une médiation plusieurs points essentiels, notamment le maintien du statu quo politique et militaire et l'assentiment de la Confédération. Le gouvernement anglais sait comme nous (ju'aucune de ces conditions ne semble devoir se réaliser aujourd'hui

. Le cabinet anglais connaît ainsi que nouslesdispositionsde V Allemagne au sujet de la médiation, aussi bien que de la conférence. Toutes les données que nous possédons nous représentent la plupart des États secondaires comme repoussant l'idée d'une intervention diplomatique des puissances, et nous n'avons jusqu'ici que des raisons de douter de l'assentiment de la Confédération germanique à une médiation.

« La France et l'Angleterre ne pourraient donc pas attendre un résultat utile de l'interposition de leurs bons offices, et nous regrettons que la démarche suggérée par le gouvernement britannique rencontre, dans l'état actuel des choses, des obstacles qui ne permettent pas d'en espérer le succès. »

Ou'est-ce que nous demandons à la politique, messieurs? C'est avant tout de n'être pas équivoque, c'est d'avoir un parti pris, d'aller droit devant elle, à ce qu'elle croit juste et utile. Si le gouvernement croyait avoir des raisons de ne pas soutenir le Danemark, au lieu

d'équivoquer dans ses relations avec l'Angleterre, il devait le dire nettement. Quelque temps après, au mois de février suivant, il croit devoir accepter la proposition qu'il avait repoussée quelques semaines auparavant, et voici dans quels termes, qui, assurément, ne se concilient pas avec ceux que je viens d'avoir l'honneur de mettre sous vos yeux, voici dans quels termes s'exprime M. Drouyn de Lhuys, dans une dépèche qui est également adressée aux agents diplomatiques, le 27 février 1864 :

« Nous avons des raisons de penser que les cabinets de Vienne et de Berlin sont disposés à donner leur assentiment à l'idée de cette délibération. Nous croyons savoir, en outre, que la cour d'Autriche continue à considérer le traité de 1852 comme devant servir de base aux nouveaux arrangements. Le principe de l'intégrité de la monarchie danoise a été affirmé dans les déclarations identiques des deux cours allemandes, en date du 31 janvier, et d'après les assurances formelles du cabinet autrichien, ce principe demeure placé sous la sauvegarde de l'Europe. »

Pourquoi ce revirement subit? Pourquoi la conférence r^poussée en janvier a-t-elle été acceptée en février 1864? Pourquoi les dispositions dont on se défiait en janvier paraissent-elles conciliatrices en février? Ah! messieurs, ce serait à n'y pas croire, si l'histoire contemporaine n'était pas là pour dire : Entre ces deux époques s'est placé le fait violent. La Confédération, au nom du droit de réserve contenu dans le traité du 20 mai 1852, avait redemandé les provinces litigieuses sur le refus du Danemark. C'était un grave sujet d'inquiétude; mais au moins le traité de 1852 n'était pas violé. Mais voici que les deux premières puissances militaires de l'Allemagne, ne prenant conseil que de leur intérêt, au mépris des promesses qui avaient été faites à la Confédération germanique, avec une hauteur qui a frappé tous les esprits, déclarent qu'elles se rendront justice à ellesmêmes, et voici le Slesvig et le Holstein envahis; le sang y coule malgré les protestations de la Bavière, du Wurtemberg, de la Saxe, de la Confédération germanique : la guerre est engagée; les malheureux Danois réclament vainement les traités : ils sont refoulés malgré leur courage, et à raison de leur petit nombre; ils ont beau opposer leurs poitrines vaillantes aux baïonnettes et aux canons , ils sont chassés jusque sur les bords de la mer, et là, comme placés sur ce dernier domaine, invoquant le droit dans leur désespoir, ils rougissent les eaux de leur sang pour protester par ce dernier effort de l'abandon de l'Europe qui les trahit. (Très-bien! sur plusieurs bancs.)

Voilà les faits, et c'est en présence de ces faits que la conférence est acceptée; c'est alors qu'on suppose que ces puissances violatrices du droit, malgré toutes les protestations de l'Allemagne légitimement

irritée contre elles, seront plus souples et plus disposées à un accommodement.

Je ne veux pas, messieurs, qualifier une pareille politique; mes expressions pourraient paraître trop dures à la Chambre; mais ce que je sais parfaitement, c'est qu'elle ne satisfait pas ma conscience {nouvelles approbations sur les mêmes bancs), c'est qu'elle ne protège et ne sauvegarde pas l'honneur de mon pays.

La conférence ainsi acceptée a suivi son cours. Ah! qu'il me soit permis de le dire, je rends grâces aux diplomates qui la composent et qui ont pu, malgré les difficultés considérables dont ils sont environnés, arriver à ce premier mais j'espère fécond résultat, l'armistice. Au moins le sang ne coule plus, mais les positions des belligérants sont conservées; mais, contre toute espèce de droit, le Jutland est envahi et foulé; on lui impose des contributions militaires, et si je ne craignais pas de fatiguer votre attention, — je suis déjà importun, je m'en aperçois bien, — je mettrais sous vos yeux la protestation éloquente de M. de Ouaade, ministre des Affaires étrangères du Danemark, qui, à la date du 5 mars de cette année, prend l'Europe à témoin des scènes sauvages qui se passent dans son pays. Oui! la Prusse et l'Autriche l'ont envahi en mettant sur leur drapeau, comme toutes les puissances oppressives, cette devise menteuse de respect au traité de 1852 et d'intégrité de la monarchie danoise alors qu'elles la dépeçaient; mais en même temps elles lui imposent des contributions de guerre excessives; tout ce qui a résisté a été emprisonné et déporté, le clergé a été l'objet des plus sauvages rigueurs.

Voilà ce que dénonce M. de Ouaade; voilà, messieurs, la plainte qui, je l'espère, sera entendue par la conférence. Seulement, messieurs, un armistice, c'est un ajournement, et nous avons le droit, au nom de la France engagée par ses hommes, par son sang, par son honneur au traité de 1852, de demander au gouvernement s'il songe à le défendre ou à l'abandonner.

Il faut que sa politique sorte de ces nuages complaisants dans lesquels elle est trop souvent enveloppée, et qu'enfin l'Europe sache de quel côté est le droit, de quel côté sont les amis, de quel côté sont les ennemis.

Je sais, messieurs, il faut le dire tout haut, que le gouvernement français éprouve de sérieux embarras; qu'il me permette de le lui dire, ils sont en grande partie sa faute, et s'il n'a pas produit le mal, ce que je puis affirmer, et si la Chambre me le permet, je mettrai la démonstration à côté de l'affirmation, c'est qu'il l'a constamment aggravé!

Le gouvernement éprouve des embarras, messieurs, parce qu'il est engagé dans des entreprises qu'il a commencées sans vous consulter. C'est là sa politique constante.

C'est ainsi qu'il s'est conduit en Italie.

Vous le comprenez, je ne veux pas m'étendre sur un pareil sujet; cependant il m'est impossible de ne pas demander au gouvernement quel est, à cet égard, le chemin qu'il a parcouru depuis la session dernière; et si, messieurs, sur cette question nous avons été discrets dans la discussion de l'adresse, c'est que nous savions que nous pourrions la poser lors de la discussion du budget, et que, les événements ayant marché, nous obtiendrions peut-être satisfaction. Eh bien, messieurs, quelle était notre attitude en Italie? Tout à l'heure, restant dans les généralités et réservant ces observations, j'ai prouvé que la France devait être fidèle au droit nouveau, à la liberté des peuples. Elle a rempli, messieurs, ce glorieux mandai, lorsque, sur l'appel de l'Italie opprimée, elle a placé une épée en travers de la servitude de l'Autriche. L'Autriche a été refoulée vers le Mincio. Mais, vous le savez, messieurs, ce n'était là qu'une partie de l'exécution du programme; et non-seulement je rencontre encore dans cette douloureuse circonstance la parole de la France tenue en échec, mais surtout, tous les hommes d'État le reconnaîtront, un grand sujet d'inquiétude pour l'Europe entière.

Oh! sans doute, s'il étail permis de vivre clans le pays des utopies, on y découvrirait les sécurités que les événements et les faits pratiques nous enlèvent toujours. Oui, s'il était possible de conseiller la sagesse aux peuples, on pourrait désarmer de toutes parts et retourner vers la terre, pour la féconder, ce fer qui devient impie quand il se dirige contre le sein des hommes. {Plusieurs bancs : Très-bien! très-bien!) Mais est-ce qu'il en est ainsi, messieurs? Est-ce que nous en sommes à la réalisation de ces rêves? Est-ce qu'il n'est pas certain que l'Autriche et l'Italie se regardent avec un œil de haine, et que, tôt ou tard, ce sentiment produira les résultats les plus désastreux? Est-ce qu'il n'est pas certain que l'Italie soupire après la Vénétie? (Interruption.) Est-ce qu'il n'est pas certain que nous avons promis la liberté à cette noble fille de l'Adriatique? (Nouveau bruit.) Est-ce qu'il n'est pas certain que cette promesse était renfermée dans le discours de Milan, et qu'elle n'a pas reçu d'exécution?

Croyez-le, messieurs, il est dangereux de lancer de semblables paroles sans qu'elles soient suivies d'effet; et l'Italie, placée dans une situation aussi douloureuse, crée à l'Europe un danger aussi permanent que celui qui a été constaté au congrès de 1856 et qui est devenu plus tard la cause déterminante de la campagne de 1859.

Mais ce n'est pas seulement ici que je rencontre cette contradiction dangereuse; je la rencontre encore à Rome, et surtout à Rome; et là encore je me permettrai respectueusement de demander au gouvernement ce qu'il a fait, ce qu'il fait et ce qu'il espère.

Ah! messieurs, si sa politique était franche... (rumeurs) si sa politique consistait à dire à l'Italie : * Nous vous demandons le sacrifice de votre liberté pour la conservation du pouvoir temporel du Pape, indispensable à la majesté de la religion, intérêt de premier ordre, et nous sommes là non pas temporairement pour une négociation, nous y sommes en serviteurs dévoués de la papauté pour la défendre, parce qu'elle est une institution nécessaire à la grandeur de la civilisation »; je comprendrais un pareil langage. Mais est-ce qu'il a jamais été tenu? Est-ce que, au contraire, le langage qui a été tenu a Rome n'a pas toujours été accompagné des réserves que vous connaissez? Est-ce que, en même temps que le Pape était ramené triomphant à Rome, on ne plaçait pas à côté de son char de triomphe la lettre adressée à M. le colonel Edgard Ney, et dans laquelle on imposait au Souverain Pontife des conditions qui humiliaient son autorité? Or, quand des conditions sont imposées à l'autorité du Saint-Père, à l'instant même on la diminue, et si un nuage vient à l'obscurcir, à l'instant elle disparait.

Voilà ce qu'on sait à merveille dans les hautes régions du pouvoir. Aussi n'a-t-on jamais compté sur le succès de cette politique, qui n'est jamais parvenue à illusionner personne à ce point de faire penser que le gouvernement français remplit à Rome une mission de liberté. Non : il y soutient la théocratie, et, s'il veut faire le contraire, il ne le peut pas. Il ne le peut pas, nous en avons la preuve quand, chaque année, ces questions se présentent à la Chambre. Quant à moi, je suis convaincu que le pouvoir temporel est un obstacle à la pacification de l'Italie; je suis convaincu que le pouvoir temporel est en même temps un danger pour la religion que ce pouvoir semble protéger. ( Vives exclamations.)

Quanta moi, messieurs, j'ai demandé instamment au gouvernement quelle était son attitude, quelle était sa politique, et ce qu'il entendait faire. Je ne reviens pas sur le passé; je me contente de prendre la question au point où l'ont laissée les faits les plus récents, quand j'adressais des interpellations à l'illustre ministre qui siégeait sur ce banc, à l'honorable M. Billault.

Eh bien, voici ce que, le 11 février 1863, me répondait ce ministre :

« ... Ainsi donc que l'Italie choisisse. Elle est pressée. En moins de trois ans, elle a obtenu des résultats merveilleux, et cependant ses désirs ne sont pas encore satisfaits! Mais qu'elle y songe bien. Oui, les tronçons se sont subitement réunis pour former un corps, les branches séparées et languissantes se sont tout à coup transformées en un arbre magnifique et plein de sève qui s'épanouit au soleil de l'indépendance et de la liberté; mais le chêne met des siècles à conquérir sa force, et le temps ne respecte pas ce qu'il a fondé.

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