II
gagement formel que l'expédition de San Luis de Potosi serait la dernière.
« Quant à l'expédition de San Luis de Potosi en particulier, disait le rapport , elle a été jugée nécessaire pour occuper les parties les plus importantes du Mexique.
« L'espace compris entre San Luis et Mexico renferme des centres importants de population. Leur occupation devenait utile justement pour hâter rachèvement de l'œuvre entreprise : la réparation de nos griefs et la possibilité pour le Mexique de se choisir librement un gouvernement nouveau. Maîtres du pays jusqu'à San Luis de Potosi, nous pouvons, avec plus de rapidité et de succès, voir se réaliser ce résultat. L'armée s'arrêtera là. »
Voilà, messieurs, la parole qui a été prononcée par le gouvernement dans le sein de la commission; voilà l'engagement qui a été pris par lui, et la commission ajoute ces mots significatifs, que je recommande à vos bienveillantes méditations, et dont j'aurai le droit de tirer tout à l'heure les légitimes conséquences :
« L'armée s'arrêtera là : le suffrage universel, fonctionnant naturellement d'après les usages ou les institutions du pays , sera convié à choisir le mode de gouvernement qui lui conviendra le mieux; quelle que soit sa décision, la France la respectera. »
Ainsi, plus de deux années se sont écoulées, des obstacles imprévus se sont présentés, le courage de nos soldats en a triomphé, et le drapeau victorieux de la France a flotté sur les murs de Mexico.
Le gouvernement s'engage à ne pas continuer, au profit d'une cause qui ne peut être celle de la France, une expédition qui conduirait nos armées dans de vastes provinces où elles seraient exposées à des fatigues, à des privations, à des dangers qu'elles ne sont pas tenues de subir quand ce n'est pas la cause de la nation qui les y pousse.
Voilà quelle a été la première déclaration du gouvernement.
Il y en a une seconde, qui n'est pas moins grave au point de vue politique : c'est qu'il n'y aurait aucune espèce de pression exercée sur la nation mexicaine. Non-seulement elle sera consultée, mais encore on dit comment elle le sera : ce sera d'après le mode le plus large ; chaque individualité devra concourir à l'érection de ce vaste édifice national duquel on ne chassera que l'anarchie et les mauvaises passions. C'est le suffrage universel qui seul peut avoir ce secret et cette puissance. Si nos troupes sont allées au Mexique accomplir une œuvre rigoureuse, au moins, après avoir frappé par l'épée, elles consoleront par la civilisation et ses bienfaits, et le suffrage universel sera la conséquence de leur descente sur le territoire mexicain. (Trèsbien! autour de l'orateur.)
Voilà ce qui est dit dans ce rapport, et, je m'y suis engagé, — je tiendrai parole, je ne citerai que des pièces officielles, — voilà ce qui était promis au mois de janvier 1864.
Et quand, tout à l'heure, je vous disais que le langage qui se fait entendre en 1865, et qui vient de votre commission, n'est que l'écho de toutes les paroles antérieures, qu'il présente un enchaînement avec les déclarations, et de vos commissions, et du gouvernement, vous voyez que j'étais dans la vérité.
Mais, je vous le demande, à vous, mes collègues, à quoi bon ces déclarations, si elles demeurent stériles? Pourquoi ces promesses, si on les viole? Pourquoi ces conseils donnés au gouvernement, s'il n'en tient aucun compte? S'est-on arrêté à San-Luis de Potosi? Non-seulement, vous le savez, on est allé jusqu'à Durango et Monterez, mais encore, cela est certain, une partie de nos troupes est aventurée, on ne sait pourquoi, dans le désert de la Sonora, où tout est privations pour nos héroïques soldats ; où ils sont condamnés à transporter leurs canons à dos d'hommes; où ils ont à lutter contre toutes les difficultés et toutes les insalubrités naturelles.
Voilà le langage du gouvernement et voilà sa conduite.
Pouvons-nous continuer? Est-il sage de se payer de pareilles paroles? Est-ce qu'il est bon qu'une grande Assemblée comme la vôtre, que les commissions qui en sont l'expression, continuent cette espèce de malentendu entre nous et le gouvernement ; entre nous, disant: « Il faut que l'expédition cesse »,et le gouvernement, disant : « Je veux la faire cesser », et, en réalité, la continuant et l'étendant?
Eh bien, il faut le dire, la question a été posée avec une très-grande netteté à la session dernière, une si grande netteté, qu'il est impossible aujourd'hui de se retrancher derrière la moindre équivoque.
En effet, messieurs, lorsque M. Thiers a pris la parole sur cette question, avec sa merveilleuse sagacité, il a parfaitement compris que le jour où la France prenait par la main l'archiduc Maximilien, le plaçait à l'ombre de son drapeau et l'accompagnait de ses armées pour l'introniser à Mexico, elle épousait sa cause et se liait indissolublement à elle.
Et alors, messieurs, il a posé au gouvernement des questions extrêmement précises, auxquelles il a répondu, et ce sont ces questions et ces réponses qu'il importe de vous rappeler.
Voici ce que disait l'honorable M. Thiers dans la séance du 26 janvier 1864 :
« Je crois que lorsque vous aurez encouragé le gouvernement à persister dans ses desseins, ce qui dépendra de votre langage, vous serez bien malvenus plus tard à lui refuser les troupes, les marins, les millions, pour soutenir jusqu'au bout ce que vous allez entreprendre
maintenant; car, songez-y bien, jusqu'ici vous n'êtes pas engagés d'honneur; mais, le jour où le prince sera parti avec votre appui, avec votre garantie, vous devrez le soutenir, quoi qu'il arrive. »
Et notre illustre et vénérable collègue M. Berryer, insistant sur ces vérités simples, y ajoutait :
k Le gouvernement peut-il assurer à la France qu'il est décidé à quitter prochainement le Mexique? ou viendra-t-il nous dire, au contraire, qu'il veut prescrire, conformément aux instructions données au général Bazaine, l'établissement de la monarchie de l'archiduc Maximilien au Mexique ? »
Et voici, messieurs, en quels termes répondait l'honorable ministre d'État :
« L'honorable M. Thiers vous a dit : Nous voulons sortir honorablement du Mexique. Oui, nous voulons en sortir honorablement. La Chambre a accueilli ces deux déclarations. En effet, ces deux déclarations sont le sentiment de la majorité et le sentiment du gouvernement. »
Vous avez accueilli, messieurs, ces paroles par un signe d'adhésion.
« Mais le gouvernement croit qu'il ne serait pas honorable d'en sortir en traitant avec Juarez.
« Le gouvernement croit qu'il ne peut pas traiter avec le général Almonte, qui ne représente pas une autorité légalement constituée; qu'il ne peut négocier qu'avec un gouvernement issu du suffrage universel. Quand un contrat se sera établi entre la nation mexicaine et l'archiduc Maximilien, s'il est élu, le gouvernement français n'aura pas, en traitant ainsi avec ce souverain, contracté une solidarité permanente et indéfinie pour le maintien d'un empire au Mexique. »
Tout ceci, messieurs, est parfaitement clair. La volonté du gouvernement vous apparaît : il ne veut pas traiter avec Juarez, qui est un ennemi ; il ne veut pas traiter avec Almonte, qui est le représentant d'un gouvernement provisoire. Il faut qu'il rencontre la nation mexicaine face à face dans la personne du chef, non pas qui lui a été imposé, mais qu'elle a librement élu par le suffrage universel. Et quand cette consécration populaire sera venue établir Maximilien sur son trône, la France traitera avec lui et se retirera honorablement.
Voilà, messieurs, ce qui a été dit par le gouvernement, et il était impossible, permettez-moi de vous le faire observer, qu'il tînt un autre langage. Les précédents étaient là; c'est l'empereur lui-même qui avait écrit :
« Il est contre mes intérêts, contre mon origine, contre mes principes d'imposer un gouvernement quelconque au peuple mexicain: qu'il choisisse en pleine liberté la forme qui lui convient. »
Et M. Billault ajoutait dans la séance du 7 février 1863 :
« Nous faisons appel au peuple mexicain. Si son vote opte même pour le gouvernement de Juarez, eh bien, soit, que son vote s'accomplisse! "
Et, à la date du 27 janvier 1864, M. le ministre d'État prononçait des paroles qui se rapprochent beaucoup de celles-ci :
b Le suffrage universel fonctionnera bientôt. Si la nation mexicaine adopte la forme républicaine, nous respecterons son vote. Si elle préfère constituer une monarchie, nous le respecterons de même.
« Eh bien, maintenant que les sept huitièmes de la population mexicaine sont affranchis du joug de Juarez et de ses exactions, le suffrage universel va bientôt se prononcer, et alors l'œuvre de la France approchera de son terme. »
Il faut le dire, de semblables paroles n'étaient que la conséquence de la convention originaire qui avait réuni trois puissances pour marcher sur le Mexique ; car elles s'étaient l'une et l'autre obligées,
— ce sont les termes de l'article 2 de la convention du 31 octobre 1861 ,
— « de n'exercer dans les affaires intérieures du Mexique aucune influence de nature à porter atteinte aux droits de la nation mexicaine de choisir la forme de son gouvernement ».
Voilà donc qui est parfaitement établi, et je ne crois pas qu'il soit possible de contester que ce que le gouvernement a voulu, ce qu'il voulait encore d'après son langage de l'année dernière , c'était d'amener la nation mexicaine à en manifester librement sa volonté par le suffrage universel. Il ne voulait lui imposer aucune espèce de forme de gouvernement.
Seulement il est arrivé , — et assurément dans la carrière d'un homme d'État une pareille bonne fortune est bien rare ; — il est arrivé que la combinaison que nous avions annoncée et qui, bien qu'elle eût été contestée, avait été préparée de très-longue main parla diplomatie, c'est-à-dire la présentation de l'archiduc Maximilien, cette combinaison là était celle qui était la plus agréable à la nation mexicaine. Vous avez entendu, à Tune de nos dernières séances, les développements pleins d'intérêt qui nous ont été présentés par un de nos honorables collègues qui revenait du Mexique. — C'était une supériorité qu'il avait sur nous. — Il nous a dit sérieusement que l'archiduc Maximilien devait réussir, parce qu'il avait des yeux d'azur et des cheveux d'or. (Rires sur plusieurs bancs.)
Oui, oui, c'était un de ses éléments de succès, c'est ce qui devait le faire acclamer par la nation mexicaine ; et vous allez voir que la nation mexicaine n'a même pas eu besoin de le voir : elle l'a pressenti, car, alors qu'il était encore à Miramar, l'annonce de son arrivée avait produit un effet tel, que tous les esprits s'étaient ralliés à lui. C'est là ce que nous apprend le Moniteur du 24 juillet, dans lequel nous
lisons : « Nous appelons l'attention de nos lecteurs sur les correspondances du Mexique... »
Et en effet, dans la séance du 26 janvier, l'honorable vice-président du conseil d'État, M. Chaix-d'Est-Ange, faisait le dénombrement des adhérents à l'empire, et assurément, messieurs, rien n'était plus rassurant; il disait :
« Nous avons aujourd'hui 5,500,000 habitants, sur 7,000,000, qui nous suivent, que dirai-je ! qui obéissent à nos lois ; il n'y en a pas 2,000,000 qui soient en dehors de notre cercle d'action, sur lesquels, je crois, il n'est pas possible de mettre la main même pour les gouvernements les plus anciens, les mieux établis, que le gouvernement espagnol n'a jamais connus. »
Ainsi, messieurs, plus de 5,000,000 sur 7,000,000 adhéraient à la combinaison qui était proposée par la France; l'archiduc Maximilien n'avait qu'à toucher la terre du Mexique, les arcs de triomphe étaient prêts; et notre honorable collègue nous a dit que de Vera-Cruz à Mexico ce n'était qu'une longue fête, que de Vera-Cruz on l'accueillait sous une pluie de fleurs; moins, bien entendu, les 1,500,000 Mexicains sur lesquels l'honorable commissaire du gouvernement faisait ses réserves en disant que c'étaient des récalcitrants , des incorrigibles et des factieux. Ce qui est incontestable , c'est que c'étaient des hommes qui défendaient leur pays et qui ne voulaient pas de la domination étrangère. (Murmures.)
Cette situation est également accusée dans l'exposé de la situation de l'Empire, qui nous a été distribué.
Là, messieurs, on parle de l'empressement avec lequel Maximilien a été accueilli.
A la page 174, au bas, je lis ce qui suit :
< Les résultats obtenus, en 1862 et 1863, par notre corps expéditionnaire du Mexique, ont reçu, en 1864, une solennelle consécration. A l'ombre du drapeau de la France, un gouvernement régulier a été fondé dans ce pays, voué depuis plus de cinquante ans à l'anarchie et aux dissensions intestines. Au commencement du mois de juin, l'empereur Maximilien a pris possession du trône, et, appuyé sur notre armée, il prépare en toute sécurité, pour sa nouvelle patrie, une ère de paix et de prospérité. »
Et un peu plus loin ce sont les mêmes paroles de congratulation et de confiance ; et dès lors nous nous demandions, lors de l'adresse : Puisque l'empereur mexicain est établi, puisque Maximilien est le messie annoncé par tous les temps antérieurs, puisqu'il est réellement l'homme des Indiens et des Espagnols qui l'acclament, puisqu'il ne rencontre sur son passage que les bouquets de fleurs des senoritas, que nos soldats reviennent! Que feraient-ils au Mexique? Ils sont
inutiles, qu'ils reviennent! Ils troubleraient une semblable fête, ils empêcheraient cet accord si complet qui existe entre le prince et la nation!
Mais entre ces paroles et la vérité, malheureusement, messieurs, il y a un monde !
On nous a parlé des Mexicains qui n'avaient pas voulu se ranger au gouvernement nouveau; ceux-là, on s'occupe de les pacifier, Mais comment le fait-on? Écoutez ce que nous apprennent des nouvelles publiées dans les journaux et sur lesquelles le Moniteur a été vainement sommé de s'expliquer. Il a gardé le silence, je le regrette, messieurs; car si ces nouvelles sont exactes, elles font tache sur les pages de l'histoire de France. (Murmures sur plusieurs lancs.)
Écoutez, messieurs; voici ce que je lis dans un télégramme reproduit par un journal de Paris du 19 avril 1865, qui annonce que la pacification du Mexique est de plus en plus complète, et que le général Castagny a brûlé une ville.
Savez-vous ce que c'est que San Sébastian? C'est une ville de 4,000 âmes; elle a été livrée aux flammes, et jusqu'ici le Moniteur s'est tu.
Je ne demande pas mieux qu'on vienne démentir une pareille nouvelle ; seulement, jusqu'à ce qu'elle ait été démentie, elle subsiste, j'ai raison de la considérer malheureusement comme exacte ; et ce qui me fait croire que je ne me trompe pas, c'est la proclamation qui a été faite par le même chef de corps quand il est entré dans une des villes du Mexique, annonçant quel sort était réservé à ceux qui ne se soumettraient pas à ses lois.
Écoutez , messieurs , et demandez-vous, après avoir entendu ces paroles, si les miennes ont été trop sévères :
« Mexicains ! je suis venu au nom de l'empereur Maximilien dans l'État de la Sinaloa pour y établir la paix, protéger les propriétés et vous délivrer des malfaiteurs qui vous oppriment sous le masque de la liberté! » (Plusieurs voix : C'est très-bien.)
Comment! protéger les propriétés en brûlant une ville de 4,000 âmes, incendier en se déclarant protecteur (Interruptions et murmures.)
Je continue :
« On a fait des efforts pour dénaturer le but de notre intervention; plusieurs d'entre nous ont été entraînés dans une fausse voie , et ils se sont laissé aveugler sur les véritables intérêts de leur pays. »
C'est nous qui venons apprendre aux Mexicains quels sont les véritables intérêts de leur pays, et nous avons promis de les consulter ! (Réclamations.)
Ce n'est pas tout!
« L'heure de la justice est arrivée. »
Écoutez ceci, messieurs, et je vais vous demander s'il y a deux morales, l'une qui soit à l'usage de ceux qui triomphent, et l'autre qui soit appliquée aux vaincus.
Écoutez ceci .
« L'heure de la justice est arrivée. Une sentence rigoureuse s'exécute en ce moment même contre le district de Concordia. »
La sentence, c'est la ville brûlée, et voilà comment on répond à ceux qui résistent : le refuge des femmes, des enfants, les propriétés, tout cela est dévasté, tout cela est détruit. C'est le feu qui éclaire au Mexique, et c'est à la clarté de ce feu que la proclamation que je vous lis a été rédigée.
Écoutez :
« L'heure de la justice est arrivée. Une sentence rigoureuse s'exécute en ce moment même contre le district de Concordia.
« Que cet exemple exerce sur vos esprits une influence salutaire ! Appréciez notre manière d'agir : aux uns la protection, aux autres le châtiment qu'ils méritent. Vous pouvez choisir entre ces deux alternatives. »
Écoutez, ce n'est pas fini :
« Nous sommes disposés à la plus grande bienveillance envers ceux qui se rallieront franchement à l'élu de la nation mexicaine.
« Mais nous sommes résolus à agir avec la rigueur nécessaire contre ceux qui s'obstineront à soutenir les misérables qui, usurpant le glorieux titre de soldats, déshonorent le Mexique par leurs crimes. »
Voix nombreuses. C'est très-bien dit !
M. Jules Favre. Nous connaissons ce langage : vous n'avez qu'à ouvrir l'histoire, vous y trouverez que les vaincus y ont toujours été calomniés. C'étaient des paroles semblables qui étaient prononcées contre les vaincus de 1814 et de 1815. {Exclamations et rumeurs surun grand nombre de bancs.)
Laissez-moi parler, messieurs; ce n'est pas seulement mon droit que j'exerce, c'est mon devoir que j'accomplis. (Nouvelles rumeurs.)
Je vous demande, messieurs, comment on peut concilier de telles paroles avec celles qui sont émanées de l'empereur, avec celles qui ont été prononcées par les ministres dans cette enceinte, et par lesquelles on déclarait que la nation mexicaine devait être consultée, que l'archiduc Maximilien ne serait rien sans ce vote. Voilà qu'on déclare qu'il y a deux camps au Mexique, le camp des Mexicains qui acceptent l'empire, et ceux-là, on les protège, et le camp des Mexicains qui protestent contre l'empire, et ceux-là, on les pille, on les fusille. (Rumeurs diverses.)
Ce n'est pas tout, messieurs, ces actes ont été commis contraire-
ment au droit des gens, contrairement au droit de la guerre, qui ordonne de respecter les neutres, de ne pas détruire inutilement la propriété privée, de ne pas faire du sac des villes un moyen de coaction pour intimider les esprits et jeter une terreur salutaire pour le succès d'un prétendant. Voilà ce que disent tous les moralistes et tous ceux qui ont écrit au nom du droit des gens. (Exclamations en sens divers.)
M. le président Schneider. Monsieur Jules Favre, permettez-moi une observation.
Je suis très-partisan de la liberté de discussion, et je crois en avoir donné des preuves; la Chambre ne la désire pas moins que moi, et elle le prouve en ce moment, car bien que plusieurs fois déjà elle ail entendu discuter l'affaire du Mexique, elle vous prête encore son attention. Cependant, dans l'intérêt de votre cause...
M. Jules Favre. Ce n'est pas ma cause, c'est celle du droit des nations.
M. le président Schneider. Je vous prie de ne rien exagérer et de vous tenir dans des termes qui n'excitent pas la juste susceptibilité de l'Assemblée. (Très-bien!)
M. Jules Favre. Répondant à l'observation de M. le président, je remercie la Chambre de ce qu'elle veut bien m'écouter patiemment... (Exclamations et rumeurs.)
J'ai appelé l'attention de la Chambre sur des faits nouveaux, sur des faits qui engagent gravement la politique de la France, sur des faits qui peuvent compromettre l'avenir, et il est très-important que le gouvernement donne à cet égard des explications précises.
Maintenant, messieurs, j'appelle votre attention sur un autre ordre de faits qui n'est pas moins grave; je veux parler d'événements qui ont excité, et cela est tout naturel, dans tous les esprits au Mexique, une vive irritation, qui ont fait naître des passions hostiles.
Qui peut en douter? Cette irritation, ces passions, se sont traduites dans des écrits. Si ces écrits étaient coupables, qu'on les déférât aux tribunaux, rien de mieux. Mais que la France, à l'ombre de son drapeau, couvre un conseil militaire devant lequel les journalistes sont traduits, et qu'au nom de l'empereur, qui vient proclamer la liberté et le suffrage universel, on les livre aux mains de l'archiduc Maximilien c'est là ce qui me paraît inconcevable, ce qui me parait une grande faute politique. On compromet ainsi, et je me sers ici du mot que je rencontrais tout à l'heure dans la bouche de M. le président, on compromet ainsi la cause qu'on veut défendre.
Voilà, cependant, messieurs, ce qui s'est passé au Mexique. Des journalistes ont été traduits devant un conseil de guerre, et, au nom de l'empereur et par la justice française, ils ont été condamnés à diverses peines.
Est-ce que vous croyez que c'est par de semblables moyens que vous pourrez amener cette pacification qui est dans le dessein de tous?
Messieurs, il faut ici s'expliquer franchement; on vous a sans cesse parlé de la possibilité de retirer nos troupes, tantôt à la fin de 1864, tantôt à la fin de 1865, et M. le ministre d'État, se trompant luimême de très-bonne foi, j'en suis convaincu, nous disait, à la date du 23 janvier 1864, qu'il suffirait que nos troupes restassent encore quelques mois au Mexique pour consolider le trône de l'archiduc Maximilien, et pour mettre en bon chemin la régénération de ce pays.
Mon Dieu! messieurs, peu importe, et quant à moi je consentirais très-volontiers à ce que nos troupes restassent encore non-seulement quelques mois, mais même un an, pourvu que, au bout de cette année, la promesse de leur retour ne fût plus un vain mot. Mais si l'on veut accomplir le programme de M. le ministre d'État, ne vous faites pas illusion : ce n'est pas une année qui peut suffire, ce sont dix années encore qui sont nécessaires à la consolidation du trône de l'empereur Maximilien; ce sont 40,000 hommes chaque année; c'est 400 à 500 millions qu'il faut encore y sacrifier.
Voilà ce que je considère comme une vérité dès à présent établie, et je vous demande la permission de vous le prouver en quelques mots.
Cette régénération du Mexique, est-ce que vous croyez qu'elle n'entraîne pas des complications de toute nature ? Est-ce que le présent n'est pas là pour enseigner l'avenir? Et si nous jetions les yeux sur l'histoire, est-ce que nous n'y rencontrerions pas de ces hommes éminents, plus éminents que ceux du jour où nous sommes, des génies qui ont pu s'égarer dans ces sortes de conceptions?
Qu'est-il en effet arrivé au premier empereur, à Napoléon? Lui aussi a eu l'idée de régénérer un peuple. Il faisait alors entendre à l'Espagne un langage qu'il est bon de rappeler, car il a son enseignement, en ce sens que les princes qui gouvernent sans trouver d'opposition devant eux, — et, malheureusement pour lui, Napoléon n'en a pas trouvé, — qui gouvernent sans aucune espèce de contrôle, peuvent perdre leur temps en se perdant eux-mêmes. Il disait dans une proclamation qu'il adressait aux Espagnols au moment où ses troupes partaient pour la Péninsule : « Votre monarchie est vieille; mais ma mission est de la rajeunir, «
Je me défie des missions qui s'imposent elles-mêmes; et quant à moi, je crois que la Providence est de faire qu'il n'y ait plus d'hommes providentiels, mais des nations qui se gouvernent elles-mêmes et qui soient maîtresses de leurs destinées.
« Je veux, ajoutait Napoléon, que vos derniers neveux conservent mon souvenir et disent : Il est le régénérateur de notre patrie ! »
Aujourd'hui que, grâce à Dieu, elle a pu cicatriser les plaies saignantes que nous lui avions faites, l'Espagne nous est revenue; mais, dans les premières années qui suivirent notre passage, c'était une haine violente qui régnait au cœur de cette nation contre ceux qui avaient voulu la protéger et la rajeunir.
Et quant à l'homme immense qui avait eu ces conceptions, vous savez où elles l'ont conduit. Vous n'avez qu'à consulter les délibérations du Sénat, et vous verrez que sa déchéance a été prononcée le 14 avril 1814 par le grand corps de l'État qui exprimait ainsi ses motifs :
« Considérant que Napoléon Bonaparte a entrepris une suite de guerres en violation de l'article 50 des constitutions du 22 frimaire an VIII, qui veut que la déclaration de guerre soit proposée, discutée et promulguée comme des lois...;
« Considérant que la liberté de la presse établie et consacrée comme l'un des droits de la nation a été constamment soumise à la censure arbitraire de la police, etc. »
Voilà, messieurs, la réponse des nations lorsqu'elles sont malheureuses. {Bruyante interruption.)
Ce que je veux établir, c'est qu'il est nécessaire, indispensable, que la position qui jusqu'ici a été équivoque cesse de l'être; c'est qu'il est nécessaire, indispensable , que nous sachions ce que nous avons à faire et quels sont les sacrifices auxquels nous sommes exposés. Si la Chambre s'associe à la pensée exprimée par M. le ministre d'État, si elle veut, en effet, consolider l'établissement mexicain, le trône de l'archiduc Maximilien, la majorité est souveraine, et nous nous inclinerons devant elle, tout en conservant notre opinion; mais il ne faut pas qu'elle croie que l'achèvement d'une pareille entreprise puisse permettre de faire rentrer l'année prochaine nos troupes.
C'est là l'illusion que je combats, si véritablement elle existe, et je vous demande pour la combattre quelques instants seulement de votre bienveillante attention.
Je comprends très-bien ce qui a été dit tout à l'heure par notre honorable président : la plupart des points qui touchent à cette question ont été déjà discutés; je ne vous en présenterai donc que d'actuels.
En interrogeant, messieurs, ce qui s'est passé depuis l'année dernière, et c'est dans ce cercle que j'entends me renfermer, en interrogeant les faits politiques, militaires, financiers, il est impossible à aucun esprit sérieux de croire que le gouvernement de Maximilien soit viable sans notre armée. Ah! j'en conviens, avec notre armée,
son trône reposant sur un traité, il durera ce que durera notre concours; mais si vous lui retirez ce concours, il est évident qu'il sera renversé. Si donc vous voulez le consolider, notre armée restera au Mexique, il faut que la Chambre le sache bien.
Vous avez souvenance de ce que je vous disais tout à l'heure, à savoir que le gouvernement français s'était obligé à consulter la nation mexicaine, qu'il avait déclaré que son œuvre serait achevée alors que le suffrage universel se serait prononcé d'abord sur cette question : Est-ce une république ou une monarchie qui doit être établie au Mexique? — c'est M. le ministre d'État qui parle et non pas moi; — ensuite, et en supposant qu'une monarchie fût préférée, sur cette deuxième question : Le monarque sera-t-il l'archiduc Maximilien?
Eh bien, messieurs, non-seulement M. le ministre d'État vous tenait ce langage , et il vous parlait, avec la précision qu'il met dans ses paroles, de la nécessité d'un contrat formel entre la nation mexicaine et le souverain, contrat sans lequel le gouvernement nouveau serait éphémère, fondé sur la force et non sur le droit, mais encore l'archiduc Maximilien lui-même avait pris cet engagement, et vous vous rappelez le discours qu'il prononçait à la cléputation mexicaine qui venait lui apporter les délibérations des notables de Mexico; il disait :
« Je dois cependant reconnaître, pleinement d'accord en cela avec l'empereur des Français dont la glorieuse initiative rend possible la régénération du Mexique, que la monarchie de ce pays ne peut pas être établie sur de solides et légitimes bases sans que la nation tout entière ait confirmé, par une manifestation libre de sa volonté, les vœux de la capitale.
« Du résultat du vote de l'ensemble du pays, je dois donc d'abord faire dépendre l'acceptation du trône offert. »
Et vous vous rappelez aussi, messieurs, vous ne l'avez certainement pas oublié, que telles étaient les instructions qui avaient été données par le ministre des Relations étrangères au maréchal Bazaine. Je ne les remets pas tout entières sous vos yeux, ce serait une indiscrétion; je me contente de vous rappeler que le ministre avait parfaitement prévu la distinction qui devait être établie entre la délibération des notables et le suffrage universel :
« Cependant, disait-il, nous ne saurions considérer les votes de l'assemblée de Mexico que comme un premier indice des dispositions du pays. »
Et M. le ministre, avec un soin minutieux, entre dans les détails du vote auquel doit être conviée toute la nation mexicaine, sans lequel le pouvoir de Maximilien n'a pas de base légitime.
Voilà, messieurs, tout ce qui a été dit par la France, puisque c'est de la bouche même de l'empereur que ces paroles sont descendues, ce qui a été répété par ses ministres dans leurs dépêches diplomatiques, ce qui a été dit dans vos séances. C'est la condition du contrat qui a été passé entre la majorité et le gouvernement. La Chambre n'a pas voulu que le pays fût violenté, que le Trésor et le sang de la France fussent employés à imposer au Mexique un gouvernement dont il ne voudrait pas; folle et coupable entreprise si elle était conduite ainsi, légitime, au contraire, si elle était acceptée par l'unanimité de la nation.
Eh bien, je me demande ce qui a été fait à cet égard depuis 1864. Si nous voulons nous rapporter aux passages que j'avais l'honneur de mettre sous vos yeux, il n'y a qu'un instant, il semblait que Maximilien n'eût qu'à recueillir les voix : il était attendu par une population unanime ! 5,500,000 Mexicains! — c'est M. le commissaire du gouvernement qui les a comptés, et il est parfaitement sûr de son calcul, — 5,500,000 Mexicains étaient là, prêts à mettre leur suffrage dans l'urne! Nous ne demandions pas autre chose, ni Maximilien non plus probablement !
Qu'a-t-on fait de ces 5,500,000 Mexicains? Quels sont les actes politiques que nous pouvons interroger? Car nous n'avons à nous demander ni quelles sont les ressources du Mexique, ni quel est le chiffre de sa population. Toutes les questions, vagues et confuses, qu'il est possible d'environner d'un mirage complaisant, au gré de ces préoccupations personnelles, doivent être écartées.
Voyons les actes.
Qu'a fait Maximilien? 11 désirait ardemment, j'en suis convaincu, faire régner dans le pays où il était accueilli la prospérité; et pour cela il avait besoin de pouvoir; rien n'est possible sans cet instrument vigoureux dans une main généreuse. Mais pour que ce pouvoir fût utile, il fallait que sa racine fût dans les entrailles mêmes de la nation. Il n'a pas osé y regarder, et le seul acte que nous connaissons de lui, c'est un acte de bon plaisir, c'est ce statut que je n'ai pas à examiner, bien entendu, mais qui témoigne suffisamment qu'il y a encore entre lui et la nation un obstacle quelconque qui l'empêche d'entendre sa voix et de la consulter. Rien n'est donc fait.
J'ai mis sous vos yeux les paroles prononcées par les organes du gouvernement, qui disent qu'on consultera la nation : si la nation veut être république, nous consentirons à ce qu'elle soit république. On est allé plus loin, on a dit : Si la nation veut de Juarez, nous voudrons de Juarez. Vous avez donc changé d'idées? Vous avez donc changé de principes?
M. Rouher, ministre d'État. Pas le moins du monde!
558 DISCOURS P A RL K M E \ fT A ! R K S.
M. Jules Favre. Vous n'avez pas changé d'idées?
M. le ministre d'État. Vous avez perdu la mémoire! il y a eu deux votes.
M. Jules Favre. Vous n'avez pas changé d'idées! J'accepte trèsvolontiers votre déclaration. J'ai dit que j'étais convaincu à l'avance que les intentions étaient loyales, et quand tout à l'heure j'indiquais, parce que, encore une fois, c'est mon devoir, que les conceptions avaient été mobiles, qu'elles avaient changé avec les événements, je disais que le gouvernement avait subi par là la loi fatale de la nécessité qui lui était imposée.
Eh bien, le gouvernement nous dit, — voyez donc, messieurs, et jugez sa politique et sa prudence, je vous le demande, — le gouvernement nous dit que si la nation mexicaine était consultée, et si elle acceptait la république , il se soumettrait. Et alors qu'aurait-il à faire? A aider le déménagement de Maximilien et de sa couronne. Comprenez-vous, messieurs, une telle politique? On va consulter le pays sur la forme d'un gouvernement, et l'on commence par en proclamer un et par déclarer que ceux qui seront contre le gouvernement seront poursuivis comme des malfaiteurs. C'est ainsi qu'on veut consulter le suffrage universel, cela n'est pas sérieux, et, dans tous les cas, ce que j'ai le droit de dire, c'est qu'au point de vue politique rien n'est fait encore ; et comme vous avez avec raison attaché toutes les espérances de votre expédition au suffrage universel, et comme, à cause de circonstances que je n'ai point à examiner, le suffrage universel n'a pas été consulté, vous êtes dans le provisoire, vous n'avez pas fait un pas, ou plutôt, s'il faut s'en rapporter à vos récits officiels, vous avez reculé, vous avez perdu du terrain; car l'enthousiasme des populations nous annonçait des élections faciles. Le rapport envoyé au ministre des Affaires étrangères avait ce caractère, autrement M. le ministre des Affaires étrangères est un personnage trop grave pour écrire au général Bazaine des phrases aussi inconcevables que celle-ci : « Vous n'avez qu'à réunir les populations et à les faire voter. » 11 fallait bien qu'on eût écrit au ministre que le vote était facile ; et il le croyait.
Eh bien, aujourd'hui, le vote n'est plus possible. Je dis qu'il n'est plus possible puisqu'il n'est pas fait, car enfin rendez-nous compte de ce retardement à accomplir votre devoir. Oui vous empêche de consulter le suffrage universel, de faire revenir nos troupes?
Voici un fait qui est considérable : Maximilien cherche des adhérents, et c'est tout naturel. Avec qui est-il arrivé au Mexique? Avec les plus puissants, avec ceux qui pouvaient faire réussir son entreprise : je veux parler de nos soldats, car, quelles que soient les rigueurs de certains chefs, il y a dans le tempérament du soldat
français, dans son dévouement, dans sa générosité, quelque chose qui gagne le cœur des populations.
Ce résultat était certain, surtout au Mexique-, et si nous n'avions pas compromis tous ces avantages, la question ne serait pas aussi douloureuse qu'elle Test aujourd'hui. Mais à côté des soldats français, il y avait des auxiliaires qui certainement ne partageaient pas
leurs sentiments : je veux parler je voudrais me servir ici d'un
mot qui ne blessât personne mes honorables collègues sont bien
convaincus que telle ne peut être mon intention (Rumeurs.)
Une voix. Mais non! (Exclamations.)
M. Jules Favre. Celui qui répond non, répond un mot qu'assurément l'Assemblée ne saurait accepter. Il ne m'appartient pas d'en faire justice, mais je puis dire que si je l'avais prononcé, j'en aurais un profond regret. (Marques d'approbation.)
M. le président. Schneider. J'ai comme vous le regret que ce mot ait été prononcé. (Très-bien! très-bien!)
Je demandais tout à l'heure à l'honorable M. Jules Favre plus de modération, dans l'intérêt même de sa cause. Je demande aussi à la Chambre d'écouter l'orateur avec plus de calme.
M. Emile Ollivier. Ce n'est pas la cause de M. Jules Favre, c'est une question qui appartient à tout le monde.
M. Jules Favre. Je voudrais, je le répète, me servir d'un mot qui ne blessât personne.
Il est certain que le parti qui accompagnait Maximilien était le parti clérical, le parti qui avait combattu Juarez et l'établissement des institutions civiles, le parti qui avait résisté à la vente des biens du clergé. C'est ce parti qui a fait cortège à Maximilien, c'est là, messieurs, qu'il a trouvé ses plus nombreux et ses plus fermes adhérents.
Je n'ai pas le dessein de vous entretenir de tous les détails des querelles qui ont éclaté entre lui et ce parti ; vous en connaissez plusieurs, et je les omets; je vais droit aux faits, qui sont considérables et qui dessinent la situation.
Avant de partir pour le Mexique, tout le monde le sait, Maximilien a fait un voyage à Rome. Il n'appartient à personne d'interpréter les motifs de ce voyage, mais cependant quand on a charge d'âmes, quand on est un prince, un prince présomptif, un prince qui désire être élu, tout devient grave dans chacune des démarches qu'on se permet; il est tout simple que les journaux aient interprété celle de Maximilien, et qu'ils y aient vu la preuve certaine d'un accord entre lui et les vues de la cour de Rome.
Or, messieurs, je n'apprends rien à personne en disant que les vues de la cour de Rome sont absolument opposées aux résolutions prises
par le gouvernement mexicain en ce qui touche le clergé, et dès lors vous ne vous étonnerez pas qu'en rendant compte du voyage de Maximilien à Rome, un des journaux les plus autorisés de ce pays, je veux parler du Constitutionnel, ait dit :
« Leurs Majestés Impériales sont allées rendre visite solennelle au Saint-Père pour implorer la bénédiction du chef auguste de la chrétienté et mettre leurs efforts futurs sous l'égide de sa paternelle intercession et de sa puissante autorité spirituelle. La conférence entre Maximilien et Pie IX paraît avoir été longue. Quand elle a été finie, le nouveau souverain en a eu une autre avec le cardinal Antonelli
« Le lendemain 20 avril, Leurs Majestés Impériales assistaient, à sept heures et demie du matin, dans la chapelle Sixtine, à la messe pontificale. Pie IX, après l'évangile, les prêcha longuement d'accomplir les desseins de la Providence, et leur présenta leur mission au Mexique comme se rattachant au grand œuvre. »
Cette visite a dû éveiller l'attention ; je ne veux rien en dire; elle adonné à l'empereur Maximilien une certaine attache; elle n'a pas contribué, tout le monde l'a pensé naturellement, à refroidir ses rapports avec ceux qui avaient été ses premiers partisans.
Qu' est-il arrivé cependant? C'est qu'au Mexique l'empereur Maximilien a reconnu l'impossibilité de gouverner avec ce parti ; il a reconnu, à tort ou à raison, je ne juge rien ici, que ce parti était le plus impopulaire de tous, qu'il compromettait tout ce qu'il voulait faire, qu'il était impossible de ne pas proclamer, ce qui est contraire aux doctrines de la cour de Rome, la liberté des cultes, la tolérance, et jusqu'à un certain point la liberté de penser, et surtout de ne pas donner son adhésion aux mesures prises par le président Juarez que nos troupes avaient chassé, relativement à l'aliénation des biens du clergé; si bien qu'il est arrivé, ce qui n'est pas une nouveauté dans l'histoire, que le successeur qu'on avait appelé pour faire autre chose, a été obligé de faire ce qui avait été fait par son prédécesseur.
Mais, ce que vous pensez sans peine, c'est qu'une pareille résolution a été mal accueillie à la cour de Rome, et il est bon de vous montrer dans les derniers documents où en est sur ce point l'état de la question, et par conséquent à quels embarras et à quels dangers le nouvel empire et la France, — car la France lui est immédiatement liée, — se trouvent aujourd'hui exposés.
Voici, messieurs, comment s'exprimait à cet égard le Saint-Père, dans une lettre adressée à Maximilien, à la date du 18 octobre 1864 :
« Dès avant cette époque, et plus d'une fois, nous avions élevé là-dessus des plaintes, dans les actes publics et solennels, protestant contre la loi inique appelée de réforme, qui renversait les droits les
plus inviolables de l'Église, outrageait l'autorité de ses pasteurs-, contre l'usurpation des biens ecclésiastiques et la dilapidation du patrimoine sacré; contre l'injuste suppression des ordres religieux; contre les fausses maximes qui blessaient directement la sainteté de la religion catholique; enfin, contre beaucoup d'autres attentats commis au préjudice non-seulement des personnes sacrées , mais encore du ministère pastoral et de la discipline de l'Église. «
Et le Pape ajoutait :
« Que personne n'obtienne la faculté d'enseigner et de publier des maximes fausses et subversives ; que l'enseignement, tant public que privé, soit dirigé et surveillé par l'autorité ecclésiastique, et qu'enfin soient brisées les chaînes qui, jusqu'à présent, ont retenu l'Église sous la dépendance et l'arbitraire du gouvernement civil. »
Voilà, messieurs, comment se concluait la conversation qui avait eu lieu entre le gouvernement de Rome et l'empereur Maximilien. Ce dernier n'a pas accepté de pareilles entraves; il les a brisées avec résolution, je le reconnais. Je ne mets pas sous vos yeux la lettre qu'il a écrite à son ministre ; vous savez quelle colère elle a soulevée dans le camp de ceux qui sont devenus subitement adversaires ; je ne m'en inquiète pas, mais je le constate. Je ne constate que les pièces officielles. Nous trouvons d'abord une protestation qui ne s'est pas fait attendre. La lettre est du 21 décembre 1864; la protestation du nonce est du même jour, je ne la mets pas sous vos yeux; et si je disais qu'elle est ferme, je ne la caractériserais pas assez. Mais quel a été son écho à la cour de Rome? Nous le trouvons dans une dépêche du cardinal Antonelli, qu'il est extrêmement utile de consulter.
Voici ce que dit le cardinal :
« La lettre que S. M. l'empereur du Mexique, Maximilien Ier, a adressée, en date du 27 décembre dernier, à M. Escudero, ministre de grâce et de justice, et qui a été publiée le même jour dans le journal officiel de l'empire, a causé la plus douloureuse surprise à tous les cœurs catholiques, et a été pour le Saint-Père une source de chagrins et d'amertume.
« Les communications qui vinrent ensuite de la nonciature apostolique et la note que Votre Excellence elle-même a bien voulu adresser, le 8 février, au cardinal secrétaire d'État soussigné, n'ont pu en rien diminuer les appréhensions sérieuses que l'acte précité a fait naître touchant les graves dangers auxquels l'Église catholique se trouve exposée dans l'empire du Mexique. Le cardinal soussigné, en vertu des ordres de Sa Sainteté, se voit donc obligé d'appeler l'attention sérieuse de Votre Excellence sur un événement aussi déplorable, et il espère que les plaintes légitimes et les justes réclamations du Saint-