‹ Discours parlementaires (volume 4)Chapitre 10 sur 68 · IS · texte numérisé non relu

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qai ont tuas une puissance relative considérable, qui nous témoiçaeni souvent, — croycz-lc bien, — d autant plus d'esprit de servilité qu'ils sont dévorés d*uii sentiment d'indépendance plus ardent, ei qui veulent, pour arriver à raffrancliisscmenl de leur pays, se servir à nos dépens des forces mêmes que nous leur avons données; il est incontestable, dis-jc, que l'orijanisatiou de ces grands chefs est contraire à nos inn^réls; elle maintient celte constitution itéplorable de la tribu; elle rend un hunimc maître, non-seulement des terres, mais même des personnes, car il les distribue à son {jré; la jouissance n'en est qu'annale, et c'est ainsi que, se promenant avec ses troupeaux «t rappelant les mœurs antiques les moins conformes aux ndtrcs, le chef de tribu n'est pas seulement un pasteur, il est aussi le despote de ceux qu'il commande.

Est-ce que nous pouvons souffrir qu'un pareil étal de choses soit indéfiniment prolun^yé? Est-ce qu'il n'est pas manifeste qu'il est contraire à nos intérêts les plus élémentaires? Mais je dis, ce qui D'est pas moins {jrave, qu'il est aussi contraire aux intérêts arabes.

Je crois que quiconque a mis les pieds en Afrique comprendra parfaitement le sentiment qui peut s'emparer d'un homme ayant un poQvoir souverain, désirant en disposer dans l'intérêt de tous, et sentant sou ca'ur attendri, — permettez-moi celte expression, — par ta vue de toutes ces populations naïves qui viennent à ses pieds abdiquer ce (ju'il y a de plus redoutable en ce monde, c'est-à-dire la force matérielle au profit de la civilisation que représente celui qui se met en rapport avec elles.

Je comprends très-bien, dès lors, qu'on soit porté par un mouvement irrésistible tle l'âme à je ne sais quelle faveur privilégiée pour ces hommes qui pourraient faire tant de mal, et qui, cependant, viennent ployer les (genoux.

Mais, messieurs, ce n'est pas avec le sentiment que se conduiseal les affaires humaines, c'est avec la raison, la méditation et l'expéneace.

Rétablir les grands chefs, rendre aux tribus les terres qui ont pu être séquestrées, ce peut être une entreprise qui séduise une imagi^ nation généreuse; mais soyez si'trs qu'elle tourne directement contre le but qu'elle s'est proposé.

J'ai parlé tout à l'heure de notre intérêt européen français; je n'y reviens pas; mais quant à l'intérêt arabe, quelle est, messieurs, je le demande, la mission que nous avons à accomplir, laissez>moi ajouter, quelle est la responsabilité que nous avons acceptée devant Dieu et devant l'histoire*

Est-ce qu'il n'est pas vrai que quand nous avons pris possession de cette terre où nous avons rencontré une race qui nous était ég^ale, mais qui était moins éclairée, moins instruite, moins avancée dans la

tas

civilisatioD, si nuus l'avons domiuée, .si nous lut avons fait sentir la force de notre gloire, c'était à la condition de l'appeler à nous, de la pénétrer de notre lumière? et si nous sommes convaincus qu'en effet notre civilisation, notre législation, nos mœurs valent mieux que les siennes, sans rien lui imposer, mais uniquement par le seul contact, par la persuasion, par le bon exemple, essayons, à l'aide de sages conditions, d'accomplir cette fusion, qui ne saurait être un vain réve.>.

Nous avions donc pour devoir de briser les entraves dans le.squelles cette population était retenue; et malheureusement, en reconstituant ta tribu, nous leur donnons plus de solidité. Ou'arrive-t-il en effet? Je vous ai parlé de ce despotisme; certes si je voulais, non pas épuiser mon sujet, mais le traiter convenablement , j'aurais à vous retenir longtemps encore; je ne vous parie que d'un lait : l'impôt.

Est-ce qu'il n'est pas encore certain que, dans la Iribu, l'impôt se perçoit arbitrairement, que les abus les plus révoltants, les concussious les plus honteuses, les actes de corruption les plus cyniques se commettent, je ne dirai pas toujours, mais trop souvent?

Il y a en Afrique une sorte d'axiome, c'est celui-ci : Lorsqu'un général français demande 1,000 francs, l'agha en demande 2,000, le caïd en demande 3,000, le cheik en demande 4,000.

C'est ainsi, en effet, que les choses se passent trop souvent, et non-sculement cela se fait au grand détriment de la population arabe qui est ainsi pressurée, mais au détriment de la colonisation française, car c'est notre pouvoir qui est sans cesse accusé.

Et permettez-moi de mettre sous vos yeux ici quelques lignes qui sont empruntées ii un document officiel , puisque c'est le compte rendu d'un procès qui a été engagé devant la cour d'assises d'Oran.

Là, messieurs, de grands chefs étaient traduits sous la prévention de corruption, et ils ont été condamnés, et voici, messieurs, ce que je lis dans la déposition d'un témoin dont la situation est à coup sûr digne de tout intérêt, car il connaît parfaitement les Arabes; il est médecin, il est Français, il exerce son art avec le dévouement que la plupart de nos compatriotes y apportent.

Après avoir rendu compte de sou excursion dans une tribu arabe, M. Gaucher, — j'emprunte ceci à un journal d'Oran ou de Conslantine, qui est à la date du 24 janvier 1865, M. Gaucher ajoute : « Je questionnai quelques indigènes, qui me répondirent tous comme des mécontents, parce que ceux qui n'étaient pas partis pour la corvée avaient dû donner de l'argent au cheik. Peu de jours après, rae rendant à ïafaroani, je rencontrai deux Arabes accroupis derrière un buisson; en me voyant, ils dirent : ^ Français, de l'argent, toujours « de l'argent ! » Je leur demandai ce qu'ils voulaient dire; ilsra'cïpliqnèrent que le cheik tes rançonnait et partageait avec le bureau

tss

arabe civil. Je rae décidai ainrr., quoique je n'eusse pas quatilé pour cela, à révéler celle situalion à M. le chef de bureau arabe. -^

Et voici, messieurs, ce que disait l'orfjanc de rarcusation, M. le procureur impérial, qui, s'élevant au-dessus du débaf, cherchait, comme nous devons le chercher nous-mêmes, à en lirer un eosei(jnement moral :

u Devant vous, disait-il, ai-je besoin de définir le mal invétéré dont les faits du procès actuel ne sont qu'un accident? Ai-jc besoin de démontrer combien la morale a à souffrir de la manière dont le commandement est trop souveal exercé dans les tribus indigènes?

1 Le contact de noire civilisation n'a pas encore changé les habitudes héréditaires des chefs, qui considèrent leur autorité, non comme une cause de devoir, mais comme une source de profits; ce n'est pas le bien public qui les préoccupe, c'est Taccroissement de leur fortune, c'est un amour du lucre immodéré. "^

» Je ne veux pas généraliser outre mesure cette accusation; il doit y avoir, il y a sans doute d'honorables exceptions parmi les chefs de tribus; mais le nombre de ceux qui exercent leurs fonctions en continuant les déplorables traditions de la régence d'Alger est trop considérable encore. Je viens vous demander un exemple.

Messieurs, voilà la réputation de beaucoup de chefs de tribus, voilà la nature de leur pouvoir, voilà à quelle source corrompue il s'est altéré; voilà comment les traditions héréditaires en font des oppresseurs et des despotes. Et ce sont ceU\-lA que nous maintenons dans leurs habitudes, dans leur pouvoir en dehors de nous! Nous constituons, je oc dirai pas, puisque le mot a été écarté, un royaume arabe, mais une féodalité arabe, ce qui n'csf pas moins dangereui. Celle féodalité arabe, au lieu de la détruire, nous ta laissons se replier sur ses anciennes habitudes; nous laissons opprimer les membres de la tribu par le despotisme des chefs; nous laissons possibles ces faits de corruption. Au lieu de substituer ;'i ces chefs des chefs français; au lieu de substituer h la tribu la propriété individuelle; au lieu de prendre chaque .\rabe par la main pour le faire progresser, nous le condamnons h croupir dans le communisme dégradant où l'abrutissement, la misère, sont son partage.

Ce sont la les plaintes qui joururllcment .s'adressent au gouverneur général de l'Algérie. Voilà les fruits du système qu'on a préconisé. Et ce ne sont pas seulement les grands chefs, ce sont encore les membres de la magistrature, car il semble que par une prédilection particulière pour la race arabe, dont j'ai indiqué h source générale, on se soit laissé aller à toutes sortes d'illusions fâcheuses.

Ain.si, quand il a été question de définir des améliorations à apporter à l'étal actuel de l'Algérie, l'empereur a dit : < On a tenté de dissoudre

ruRqucmcnt la tribu ; on a boulwersé l'orf^anisaCioD de la justice musulmane; enfin, nn a détruit 1rs vieilles coutumes d'une nation ^i ne renfermait pas encore les éléments propres à constituer une démocratie arabe. >"

Eh bien, messieurs, qu'on ne constitue pas une démocratie en Algérie, je le comprends à merveille, et je ne demande pas cette èonslitalion ; ce que je demande qu'on fasse, ce que je supplie les Dembre.s du gouvernement de vouloir bien faire avec moi, c'est qu'on donne le pas k la civilisation française sur les vieilles erreurs, sur la Nicille barbarie musulmane; c'est qu'on déploie, non pas la force cl le cimeterre comme le chef de l'islamisme, mais la persuasion, la douceur, la justice, les bons exemples; c'e^t qu'on fasse aimer le iravail au lieu de le rendre oppressif, et. puisque nous touchons à la justice, qu'on constitue une magistrature par des mains françaises; car je ne vois, pour ma part, aucune espèce d'avantage à conserver la justice musulmane lorsqu'elle n'est pas réclamée; et, messieurs,

Pr beaucoup de points, non-seulement elle n'est pas réclamée, mais core elle est détestée.

Je vous parlais tout à l'heure d'un axiome connu en Afrique. Il y a un dicton plus connu et qui concerne la justice : " Mahomet a voulu un jour chercher un cadi qui ne vendit pas ses jugements; le soleil s'est couché sans qu'il ait pu faire une semblable découverte. " (Afounts divers.) Si cela est répété en Algérie, il faut bien que ce bruit ait quelque U5C, et, quant à moi, sans le vouloir vérifier, je me demande ce qu'il faut penser des relations qui peuvent s'établir entre la justice musulmane et le pouvoir militaire, puisque, à mon sens, le pouvoir militaire, par sa nature, est impropre à la colonisation dont nous |fOulons la prospérité.

} Eh bien, je cite un fait, et ce fait, je l'emprunte à un document judiciaire, parce que les documents judiciaires sont d'une nature incontestable. Voici ce qui .s'est passé et ce que Je lis dans un arrêt de la cour d'Alger du 2& avril 1864.

p 11 s'était élevé une contestation entre un caïd et un cheik. Le cheik irait accusé le caïd d'avoir détourné de l'argent versé entre ses mains pour le soulagement de la population pauvre. ^On porte l'affaire devant le cadi; mais, par des raisons que je rexamine pas, qui sont certainement mystérieuses, — il est difficile qu'il n'y ait pas de mystère à cûlé du jugement d'un cadi, — cette fois le cadi fît pencher la balance du côté du cheik ; il condamoa le uid à payer 300 francs.

Ou'arriva-t-il? Ce jugement ne fut pas du goiU du bureau arabe, , bien qu'il fût accepté parles parties et sur le point d'être exécuté,

ntSCOIIRS PARLEMENTAIRES.

de

te chef du bureau arabe, bureau arabe n'ont aucune espèce de limites à leur pouvoir, ils s'intitulent le tout-puissant liculoaant du Sei{;ncur ; ils déclarent que le travail sera arrtMé ou cuccmrapé sur tel point, que la justice sera suspendue, le chef du bureau arabe, dis-jc, ne voulut pas que le jufjement fiU exécuté; et voici ce que je lis dans la feuille à laquelle je fai> cet emprunt : " Après le jugement qui condamnait Tex-caïd des Mains et contre lequel aucun appel ne fut relevé, £;a[;naDts et perdants furent renvoyés devant le caid de la 85* circonscriptioD judiciaire, qui s'empressa d'obéir à l'invitation du chef du bureau arabe. " El il le dit dans ses considérants ou dans le procès-verbal de son jugement avec une naïveté musulmane vérilablement trèslouable; il dit que, en effet, ^ le cadi a juf^é sur TinviCalion du chef du bureau arabe, car cette affaire ne concernait pas les gens de sa circonscription Judiciaire v. C'est lui qui le dit, il faut bien le croire. Je n'ai pas besoin de dire que le jugement est infirmé; en effet, le chef du bureau arabe r,ivait demandé ; il prend sous sa protection le condamné et, comme rien ne gène son autorité, il l'emploie à produire un cadi qui viendra détruire l'cpuvre de son voisin. Heureusement, tout ceci pouvait être porté devant la cour d'Alger.

Voici comment elle a apprécié l'affaire, et cette appréciation vous permettra de juger ce qu'il faut penser de l'utilité de cette restauration de la justice musulmane : « Attendu en fait, dit la cour d'Alger, qu'il est constant que le caïd de la 85* circonscription... — écoutez ceci; ce sont des magistrats qui le disent, — qui a statué dernièrement entre les parties, était incompétent, eu égard à leur domicile, et que, s'il a consenti cependant à connaître de la contestation, c'est uniquement parce que, comme il le dit lui-même dans son jugement, il a agi sur rinvilatiuu du chef du bureau arabe.

" Attendu, dans ces circonstances, qu'il y a lieu d'annuler la décision attaquée; qu'il est certain, en effet, que les parties et le juge n'ont pas joui de leur complète indépendance, et qu'on ne peat dè« lors leur opposer un consentement quelconque. »

Le quelconque est un peu dur, mais assurément il est bien mérité.

Eh bien, ce que je demande au gouvernement, c'est d'avoir pleine conflance dans la magistrature française. Elle a donné des preuves de courage et de dévouement; on l'a vue, et souvent avec quelque péril, toujours avec honneur, soutenir, autant qu'il était en elle, cet élément civil dont je me fais ici l'insuffisant défenseur, et personne n'a oublié les exemptes mémorables, et non plus seulement les actes de fermeté civique, dans lesquels des magistrats, venus de la métropole, ont opposé leurs poitrines aux efforts d'un pouvoir qui leur était contraire, et ont ainsi fait triompher la loi. Ce

iB JUIN tme.

qu'il faut leur rendre, c'est leur iafluencc, c'est leur action entière.

Ne craignez pas à cet égard le!> murmures et les résistances de la population indigène; elle acceptera cette transformation comme uq bienfait inestimable. Ses cadis ne font que la pressurer; les cadîs n'ont d'autre valeur gouverncmeBlalc que d'être à la solde des bureaux arabes, que d'accomplir tout ce qui est commandé par le jeune officier qui donne des ordres. Restaurer ainsi la justice, c'est l'humilier et la détruire; et si nous voulons être respectés en Algérie, ce n'est pas par de pareils procédés qu'il la faut honorer. (Très-bien! autour de l'orateur.)

Je pourrais vous parler encore de l'instruction publique et vous dire : Ce n'est qu'uu mot que ce collège arabe dont parlait M. le commissaire du gouvernement, lorsqu'il traitait celte question, dans la discussion de l'adresse, à propos de l'Algérie. Ce collège arabe est très-certainement une institulion louable; mais je m'inspire des vœux qui sont exprimés par les colons; ce collège arabe produirait des fruits beaucoup meilleurs si, au lieu d'isoler les enfants arabes, on les mêlait aux nôtres. Ce serait assurément, messieurs, le meilleur moyen d'arriver k ce qui est désirable dans un pays où Ton ne parle pas le même idiome, c'est-à-dire à l'assimilation et à la confusion des langues. Tout le monde sait avec quelle merveilleuse facilité les enfants sont pour les enfants d'excellents moniteurs. Avec cette assimilation, on obtiendrait ce qu'il y a de plus grand et de plus désirable, les âmes se rapprocheraient. Dès lors nous ne donnerions pas l'instruction à des Jeunes gens appartenant à l'aristocratie arabe, et qui, rentrés dans leurs foyers, emploieront ce qu'ils ont appris chez nous en s'en faisant des forces contre nous-mêmes.

Ce sont là, messieurs, de grandes questions, et je n'ai pas la prétention de les traiter, je ne fais que les indiquer; je les résume, comme j'ai commencé, en disant que je suis convaincu d'être dans le sentiment de la Chambre quand je lui dis que toutes ses préférences sont pour le pouvoir civil, pour l'élément civil, c'est-à-dire pour celui qui peut attirer dans notre colonie de véritables et de bons travailleurs.

Sur ce point, je prends la liberté de le demander à M. le commissaire du gouvernement, que soot devenues ses promesses? Hélas! elles ont vécu moins que les roses (sourires), elles se sont évanouies, à peine si elles avalent paru dans cette enceinte.

Lorsque, il y a deux ans déjà, oou> prenions la liberté de réclamer, ce qui parait indispensable, une représentation algérienne, M. le commissaire du gouvernement, avec son esprit loyal et sa parole si pleine d'autorité, nous disait : Laissez-nous faire, vous êtes trop impatients; il faut, pour que les choses humaines puissent porter de

vérifables fruits, que le temps les consacre; vouloir tout faire eu un jour, c'est une œuvre de théoricieos. — El Ton nous accuse srnivcnt de irop sacrifier aux principes. — Nous préparons, disail M. le commissaire du gouvcrnemcnl, le terrain sur lequel un édifice pourra être solidcrocDt élahli; seulement nous le prenons par la base, et avant d'avoir des représentants dont nous ne comprenons pas l'utilité, nous allons vous donner des conseils (jénéraux cl des conseils municipaux dont vous ne contesterez pas l'irrécusable valeur.

Il y a deux ans de cela. Où sont les conseils pfénéraux? Où sont les conseils municipaux? Ils sont cntorc dans les carlinis de M. le commissaire du (jouvernemcat (on rit], car je lis dans une pétition qai a été adressée par les liabitants de l'Alf^érie au gouvernement génén\, k la date du 27 février 1866, ce qui suit :

" Le pays souffre cruelleineni de l'incertilude qui pèse sur son avenir.

' II est surpris cl, nous osons le dire, blessé de rif^norance absolue où on le laisse de toutes les mesures qui intéressent sa prospérité ou son existence. Aucune lumière ne lui est fournie, aucun avis ne parait devoir lui être demandé ; il est comme s'il n'était pas. De toutes les promesses qui lui ont été faites, aucune ne se réalise, et rien ne prouve que les menaces qui lui ont été adressées par les ennemis de son existence ne reçoiveul au moins un commencement d'exécution.

" Ce n'est pas cédera une vaine curiosité, Monsieur le {gouverneur, que de demander si ta restauration du droit électoral et l'émancipation de la commune, tant de fois annoncées en dernier lieu, formellement promises par la lettre de l'empereur, sont enfin sur le point de s'accomplir. Il serait grand temps, dans Tintérél des finances des communes, de mettre un terme à l'administration des commissions municipales. '

Je me servais en effet, et j'en demande pardon à la Chambre, d'un mot impropre el qui pouvait fournir une réplique à l'Iionorable commissaire du fjouvernemcot ; je demandais ; tUi soni les conseils {çénéraux? Je devais dire : Où sont les conseillers généraux nommés, ainsi qu'on nous l'a promis, par les électeurs? Où sont les conseillers municipaux? Ils sont encore à venir, ils fimi partie de ces promesses que sollicitent les impatients, qui sont cependant bien patients, puisque deux années se sont écoulées sans qu'ils les aient rappelées.

Eh bien, aucune de ces promesses n'a été tenue; et, soyez-en srtrs, il ne peut y avoir pour la colonie une prospérité véritable et une force véritable pour les colons qu'autant que celui qui abordera sur cette terre avec .ses capitaux, avec sa famille, disant à la mère patrie non pas un adieu, mais un long au revoir, consenlani à dépenser sa

19 JUIN ises.

jeunesse et sa Furoe sur cette terre où s'uuvrcut pour lui de brillantes perspectives, y trouvera les garautics de la vie civile, et laissez-moi pruDuncer un mot qui n'a rien de Factieux, à la condition qu'il y trouvera de vérilables libertés. {Très-bien! autour de l'orateur.) Mais, tant que le sabre apparaîtra seul, tant que le pouvoir militaire régnera saus partage {interruption), vous serez condamnés à cette stérilité désolante, déshonorante pour la France, messieurs, j'ai le droit de le dire {réclamatiom tur un grand nombre de bancs), car àe\ï\ cent raille Européens , après trente-six ans de possession {mouvements (Uvers), c'est uo acte d'accusation contre nous,

et il est temps que nous répondions à ces exi{][ences de l'opinion. {Approbation autour de l'orateur.)

Eh bien, vous ne faites rien pour ces libertés cependant si modestes (juc vous avez promises.

Est-ce que vous faites plus pour la prospérilé malcriclIcT Ah! messieurs, c'est un grand argument, et je l'ai entcuriu quelquefois employer avec une vérilable dimlcur, alors que nous réclamions quelques-unes de ces libertés qui, en relevant l'homme, doublent sa puissance et doivent aussi, dans le monde matériel où il se meut, en faire un inslrument bien plus actif de production.

On nous dit : Toutes ces choses sont vaines; ce sont encore là des théories, des réclamations faites par des esprits chagrins. Nous avons la souveraine sagesse comme la toute-puissance, et quand nous ouvrons les mains, les bienfaits en descendent. De toutes parts, les institutions les meilleures, les créations les plus fécondes apparai.sscnt auK yeux étonnes des spectateurs qui nous admirent.

Dans le présent et dans l'avenir probablement, car lorsque nous prenions la liberté de poser ces questions quand l'adresse se discutait, voici les notes que j'ai prises religieusement du discours, d'ailleurs si remarquable et si plein de faits, de l'iiouorable général AUard.

Il disait : Les chemins de fer s'exécutent avec rapidité, ils ont leur dotation; celui de r'bllippcvillc à i:onstautiue sera terminé en 18G9; elui d'Alger h Uran dans un petit nombre d'années; il est amorcé es deux côtés.

Les routes, les chemins, les ports n'ont que 2 millions au budget, 'est bien peu, disait M. le commissaire du gouvernement, avec une rande justesse, mais il ajoutait :

« Heureusement la grande compagnie Talabot est là. « {On rit.)

Ile est également ici, messieurs; elle peut par conséquent nous

onner les explications qui sont impatiemment attendues, car IHÎ. le

commissaire du gouvernement ajoutait, — et ceci, messieurs, vous ne

pouvez l'avoir oublié : » Le ô mars 1856, une commission a fait la

DISCOURS l'ARLEMENTAIRES.

répartition et la dési{<;natiuii des travaux. Ouarit à la société Talabot, ses statuts sont au conseil d'État. <>

Ce n'est pas très-rassurant; j'en demande pardon au conseil d'Kiai, mais enfin tout le monde sait que les méditations du ronseil d'Etat sont tellement attentives que les résultats s'en font que^iuefois un peu trop attendre. [Rirti sur quelques bancs.)

M. HnuiiER, ministre d'État. Ils n'eu sont que meilleurs. {Mouvemenis divers.)

M. .lulesFAVRE. Ouoi qu'il en soit, le5mars 1856, les statuts étaient au conseil d'Élat, et ce qui n'était pas moins encoura^ycaot, M. le commissaire du {^ouvcrnemcat ajoutait : u || faut espérer que Ie$ actions seront souscrites, r (Sourires.)

tju'est devenue cette espérance? Où sont le.<t statuts? Où sont les souscriptions d'actions?

S'il faut, messieurs, interroger un docunieDt récent, car il porte la date de ISCG, voici ce que je lis :

u Personne ne suspectera les chefs de la compafjnie de reculer devant leurs ençafjements. ^lais n'y aurait-il pas entre eux et le gouvernement un désaccord sur la mauière d'entendre la convention et de disposer des capitaux?

u On le suppose, on le croyait. Obligés de faire appel au public, MM. Frémy et Talabot doivent réclamer des (garanties qui inspirent confiance au public. Il ne parait pas que ce problème difficile à con- m cilier avec le royaume arabe, les maijhzcn et le reste, soit résolu, et fl quand le sera-t-il? Déjà les publicistes «|ui sont aux écoutes aunon> cent que le f^ouvernement est disposé, s'il ne peut triompher des exigences de la compagnie Frémy-Talabot,à demander les tOO raillions... à un emprunt public pour les appliquer entièrement, à son gré, aux besoins de l'Algérie. Ceci n'est plus la même chose, a

Et tout le monde sera de l'avis du publiciste, ce n'est pas la même chose; mais je le demande, est-ce que Pabstention de MM. Frémy et Talabot n'est pas, dans les circonstances où nous sommes, un symptôme de la plus haute gravité? Est-ce qu'on ne peut pas dire que les capitalistes sont éminemment nuisibles à la sécurité dont leur patrimoine doit être environné? Ah, oui, on peut emboucher la trompette guerrière, faire flotter les oriflammes, imprimer les bulletins les plus magnifi<|ues, ou peut y ajouter même des prospectus [sourires); mais pour avoir des actionnaires, il faut offrir des garanties, et quand on ne voit pas venir les actionnaires, on peut affirmer que ■ les garanties manquent.

Et remarquez (|uc tout revient au même principe. Nous avon^ raison de considérer que la vérité théorique, la vérité humaine, celle qui se démontre par notre propre intelligence, est celle <jui doit

I<i .lUIM 1866.

"aussi conduire les directeurs des peuples, les inspirer, être leur guide perpétuel.

Vous n'avez pas voulu de la liberté, vous avez voulu du ré{;ime militaire, et vous avez pensé, pour triompher des difficultés au uiiiieu desquelles vous vous étiez jetés, qu'il suffisait d'improviser sur le papier une grande tompajînic, de lui donner de riches travaux, de lui promettre de gros bénéfices, de lui permettre d'appeler le public |i souscrire des actions; mais vous n'aviez pas pensé que le public chercherait quel serait l'emploi des capitaux qu'on lut demandait, et que, quand il aurait compris i]ue ces capitaux seraieut aventurés, il ne se présenlerail pas a la caisse de MM. Frémy et Talabol; de telle sorte que ces messieurs, dont je reconnais et j'admire véritablement le painotisrae, n'oui pu réaliser leurs statuts et en sont encore à cette période d'espérance que je trouve iniininient trop prolongée. , (Rires autour de l'orateur.)

I Je parlais tout â l'heure des grands chefs, et je vous montrais comjljDeat cet établissement qui devait, suivant le gouvernement, donner b rAlgérie une prospérité qui était annoncée partout, comment cet Ktablissement était stérile, s'il n'est point dangereux.

Mais est-ce que je ne suis pas davantage en droit de m'élonner et

de m'inquiéter lorsque, dan<> un document olficlel uii l'oa annonce

kpiel doit être le sort réservé aux Arabes, je lis ce qui suit : » Les

■krabes contenus et réconciliés nous donneront ce qu'ils peuvent

mous donner de mieux, des soldats. «

m Eh bien, messieurs, je proteste contre une pareille parole, ou plutôt je ne proteste pas, j'ai trop de respect pour elle {mouvements dxvert)\ mais, comnie je le disais tout à Theure, les peuples qui veulent leur salut ne doivent pas abdiquer leur raison devant une admiration quelconque; il ne leur suffit pas d'être dévoués au souverain, il faut •vant tout qu'ils réclairetit : l'éclairer, le plus bel hommage qu'on finisse lui rendre, c'est de lui dire la vérité, et, s'il s'est trompé, soyez Mrs qu'il le recountiitra loyalement.

Ouant à moi, messieurs, une semblable parole me parait une erreur fâcheuse. Non, les Arabes ne doivent pas nous donner des oldats. Si nous avons quelque chose à en attendre, ce serait plutôt les laboureurs, des travailleurs. Vous n'avez qu'à interroger ceux qui cultivent la terre d'Afrique, ils vous le diront : le travail transformait les populations, peu à peu les tribus se groupaient autour de la ferme; à l'aide de ce travail attrayant, fait en commun, rémunérateur, où l'homme est en contact avec l'homme, où par le doux commerce réciproque il rencontre ces services qui sont la véritable civilisation, on arriverait à une transformation lente, graduelle, par voie d'alluviou, et qui était à coup sûr la nieiflcurc.

IJ I S <;0 U K s PARLEMENTAIRES.

Ccpeodaui, voilà que vuus ressusciicz, au coQlraire, la féodalité militaire, el ù côté de la féudalité militaire, pour la combattre probablement, vous voulez constituer uuv armée française algérienne.

Je ne saurais donner mon asscntimcut â cette cunccplion; pour ma part, je la trouve danijereuse t\c tous poinD>; et le décret qui l'a consacrée |mérite une observation spéciale, car vous aile* voir daus quelles coudilious vérilai»lement sing^uliëres elle a été exécutée.

Mais ce n'est pas tout; et voici, à la date du 21 avril 1861, dans qucltescunditiuns, sur lesquelles j'appelle rattenliun de la Chambre, cette reconstituilou est faite :

- litre I". Addition; service et avaocemcnt des indigèoes de l'Algérie dans l'armée de terre. ]

^ Art. 1", Lci lroupe*i indigènes de PAlgérie font partie de l'armée française; elles compicut dans l'effectif général; elles se recrutent par des eng^agemenls volontaires, n |

Ainsi vous assimilez l'Algérie à la France. Or, qu'est-ce qui pèse le plus sur la France? C'est la conscription. Et vous ne l'appliquez pas à l'Algérie! (Mouvements dii'ers,} |

Je ne demande pas que vous appliquiez la conscription à l'Algérie; mais vous admette/ des engagements volontaires de la part des Arabes, pour servir dans votre armée, c'est-à-dire que vous admettez dans votre année les liummcs de l'Algi^rie les plus valides, les plus guerriers, les plus robustes, pour les former au métier des armes.

Et à quelles conditions? En vérité, je n'en voulais pas croire mes yeux quand j'ai lu le décret ; mats il dit bien à l'article 3 : ^ L'euga^ gcmeni d'une durée de quatre ans. «

Voilà encore une inégalité choquante entre les populatiuus de la France et celles de l'Algérie; voilà encore une faveur singulière que vous accordez à celles-ci; car non-seulement vous les affranchissez de la conscription, mai*; c'est par des engagements volontaires que le recrutement s'opérera dans leur sein ; et les engagements ne dureront que quatre ans eu Algérie, c'est-à-dire que l'homme ne sera séparé de sa famille et de sa terre que pendant quatre ans, alors qu'en France ce sera pendant sept ans. On avait bien raison de dire que l'Algérie était préférée à la France. {Héclamatiom sur un grand nombre de bancs.) Nous en avons malheureusement la preuve trop manifeste. {Assentiment sur quelques bancs autour de l'orateur.)

Voici comment cet engagement s'opère, et j'appelle ici l'attentioa de la Chambre, l'engagement est d'une durée de quatre ans ; il donne droit à une prime dont le montant est fixé chaque année par un arrêté

prime

du minisire de la guerre.

Eh bien, je prends la liberté de demander à MM. les ministres en

I« JUIN l8Cfi.

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vertu de quelle loi ils disposent ainsi de Fargeal de ta France . »i ce n'est par le bauleversement de tous les priQcipes.

Noii-scuIcmeDt vous armez des hommes qui peuvent être, qui scroBt un jour nus ennemis, mais encore vou»; les payez pour ce service; s'ils s'enf^agent volontairement, vous leur donnez une prime. Celte prime, où la prenez-vous? Huel est le fonds dnot vous disposez? C'est proliablemenl sur les Fonds de ta guerre que ces sommes seront prélevées.

Mais enrorc une fois, ceii est complètement eouïraire .ui système militaire qui refait la France. .\e dites donc pas que rAIgi'Tieest assimilée à la France, dites plulril qu'elle es( placée dans dca conditions toutes particulières, car les soldais de l'Algérie reçoivent des faveurs dont les nrttres sont complélcmeiit privés {\'oHt<ellfs rèrlamationn )

Voilà le décret, le voilà!

Est-ce qu'il est permis au gouveracjuem de prendre de semblables résolutions? Est-ce qu'elles ne sont pas manifestement contraires à nos droits? Est-ce qu'il est possible, sous prétexte d'un sénatus-consultc, de venir tout bouleverser?

Ce n'est pas seulement pour celte inégalité que j'attaque ces mesures. J'ai dit, et je ne >erai démeiili par personne, qu'il y a dans une semblable constituliou un danger qui, tût ou tard, éclaiera. Si jusqu'ici nous avons été conslamment victorieux des Arabes, malgré notre infériorilé dr nombre, ce n'est pas qu ilsraanqnent décourage. .le ne veux pas comparer les Arabes aux soldais Français, assurément; mais tout le monde sait à merveille que l'Arabe est Fataliste par religion, qu'il brave la mort sans sourciJIer. Ce qui lui manque, ce n'est pas le courage, c'est la discipline, et c'est là ce qui a permis à nos soldats de repousser des bandes extrêmement nombreuses.

Eh bien, depuis que nous avons enrégimenté les Arabes dans nos rangs, depuis que les Tiircos figurent dans notre armée, pour amuser les curieux des villes, peut-être aussi pour faire naître des menaces de mauvais goût : qu'est-ce qui est arrivé? Précisément ce qui est arrivé et ce qui a été très-remarque dans la dernière insurrection. Ainsi, autrefois, quelques fantassins réunis d^as un blockhaus étaient invincibles; ils tenaient tête derrière un fossé et un mur crénelé à des milliers d'Arabes; dans la dernière insurrection, au contraire, M. le commissaire du gouvernement le sait, on a vu des fanlassins arabes prendre un caravansérail, c'est-à-dire un bâtiment fortifié, et dernièrement, l'honorable général de la Rue a fait connaître au Sénat, comme un fait considérable qui devait appeler l'attention des hommes d'Hlat, que, dans une retraite, des Arabes insurgés s'étaient spontanément formés en carré, et avaient opposé aux assaillants celle K roanceuvre redoutable que la discipliuc pcul seule enseigner.

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