JUI
peine de réfléchir, la question ne saurait Cire duuleuic. El quand on K iQlerrog^e l'hiiloire, rexpéricace, on arrive bieatô(, messieurs, à cette démoastra(ion qu'il n'y u vcrilablemciil de fécoud cl do €iviiisatcur que l'élément civil, et que l'éléiueni iiulitairc n'est réelleineuL utile I dans les suciélés qui se flattenl d'élre civilisées qu'à la condition d'être subordonné. Aussi, dans la cousiilution des peuple^ libres, on a écrit avec raison que la force armée doit être csseulitilemeni obéissante: obéissante à quelle autorité? A celle de la loi, «le la lui qui représente principalement l'élêmeut civil planant au-dessus de tous les intérêts, les gouvernani et les dirigeant. {Assentiment autour de l' orateur. )
Je comprends p;irfjilenicnt que lorsqu'une nation cuuirae la France, puissante non-seulement par son génie civilisateur, mais encore par sa Torcc militaire, accomplit une entreprise qui est à la fois aussi grande et aussi diFHcile que celle de lu soumission de la régence d'Alger, il soit indispensable, pour que cette œuvre ne suit pas stérile et éphémère, de laisser a l'action militaire une grande liLierlé-
Seuleraent, messieurs, celle liberté, elleue doit être que passagère; elle doit correspondre très-eiiactement aux difficultés miiitaircs qu'elle renccmlre. Si elle les dépasse, elle les exagère, elle les fait nailre, et alors, messieurs, l'élément civil disparaît ou plutôt il est subordonné, et vous n'aurez dès lors, malgré le courage de ceux qui voudront s'implanter sur ce sol, aucune espèce de progrès à attendre. {Approbation autour de l'orateur.)
Et vrainieut, sans entrer ici dans aucune discussion de délail, est-ce qu'il n'est pas possible de dire que nous sommes éclairés par des chiffres qui ont une invincible éloquence?
Tout à l'heure, j'entendais s engager, entre mou honorable collègue M. Lanjuinais et l'orateur du gouvernement, des discussions qui étaient relatives, tantôt à la violence dont nos colons avaient été victimes, tantôt au chiffre de la population europécuue.
Je m'arrête, messieurs, à ce dernier point et aux documents qui le concernent; je demande à tous les esprits sérieuxqui me fout l'honneur de m'entendre, si le système qui régit l'Algérie n'est pas condamné, alors que depuis trente-six ans il est stérile, — car il y a trente-six ans ce muiS'Ci que la France a accompli cette œuvre qui devait être si féconde, que les armes de la France ont été victorieuses, et que la Croix est venue faire reculer le Coran. — Eh bien, messieurs, depuis trente-six ans, quelles ont été à cet égard les conquêtes effectives qui ont été réalisées par la France? Si nous nous reportons à cet élément de la population que je veux seul interroger , n'ayant pas le dessein de fatiguer voire attention, je trouve 192,000 Européens, ou, pour reprendre les chiffres officiels cités par l'honorable M. Laujuiiu. 9
AÀi
DISCOURS PABLBMENTAIRES.
nais, 230,000 Européens en face d'uae pupulation de 3 millions , d'Arabes; c'est assurément un aveu, je ne dirai pas d'impuissance, 21 mais ;iu moins d'erreur dans le système qui a été appliqué, erreur ■ qui doit profiter à ceux qui peuvent y recourir, et ks taire changer de route, si la roule qui a été suivie est mauvaise. J
Je ne veux pas examiner non plus si l'essai du système civil qui a " été fait, à une époque que vous counaissez, a été suivi avec assez de persévérance pour qu'il soit possible de prononcer, comme on le fait, que ce système est nécessairement coudanmé à un éclicc. Dans un document auquel, plusieurs fois, il a été fait allusion, il est dit que I plus de (juiûze s)Stciucvont été essayés, se succédant et se renversant les uns les autres, et qu'aucun n'a été résoU^meul pratiqué.
Eh bien, pendant la période, selon moi trop courte, où le système ■ civil a été appliqué à l'Algérie, l'Algérie n'a été troublée par aucune JDSurrectiou; l'armée est descendue au cbilTre de -10,000 hommes, et aujourd'hui 80,000 hommes sont nécessaires pour uc pas complètement garder l'Algérie. Ceux qui l'ont habitée, ceux qui la connaissent, les colous nui sans cesse nous envoient des plaintes dont nous ne sommes ici que les échos très-imparfaits , s'accordent à dire que le régime militaire, dans sou exagération, au lieu d'assouplir et de dominer les Arabes, ne l^i» que les exciter.
Et cependant il semble qu'après avoir reconnu , jusqu'à un certain point, les bienfaits du système civil, on se soit comptétcmenl retourné vers une thèse ojjposée. Ou'a-t-ou voulu faire de l'Algérie? IS'e parlons plas du royaume arabe que M. le commissaire du gouvernement a recûunu être un fantôme, mais un fantôme dont i'umbre s'est malheureusement trop projetée sur la colonisation; prenons les choses telles qu'elles sont.
Après ce qu'on a appelé les améliorations, les modifications qui ont été introduites dans le système civil, qu'est-ce que nous voyons^ je le répète, non pas en entrant dans les détails, mais en examinant les grandes lignes de ce tableau? Ce que nous voyons, c'est la tribu reconstituée, ce sont des concessions de droits nouveaux aux Arabes, et surtout, ce qui est grave, fait sur lequel j'ai pris la liberté d'appeler votre attention, et mou devoir est de renouveler cet effort, ce que nous voyons, ce sont les Arabes assimilés aux Français, alors que cependant on leur conserve leur statut personnel, c'est-à-dire leur législation civile, leurs traditions, leurs mœurs; les Arabes, que nous avons certainement un grand iolérét à attirer à nous, mais que nous devons sans cesse surveiller, eu observant vis-à-vis d'eux le précepte d'un ancien sage : qu'il est bon de toujours traiter son ami comme s'il pouvait un jour devenir un ennemi.
Les Arabes sont armés par nous, nous leur reiuettons le signe de la
liberté et de la cité, c'est-à-dire le fusil; nous le leur remettons dans •des condilioDS qui sont infînimeat plus favorables que celles dam lesquelles le Français lui-inéine le re<;oil; et c'est là, messieurs, une cause d'inquiétude pour la prospérité et la sécurité de notre colonie.
Eh bien, ce système, cons-idéré dans son ensemble, me parait le germe de graves erreurs et d'incontestables périls.
S'il est vrai de dire qu'une colonie ne peut être véritablement féconde qu'à la condition que les lois y soient observées, que chaque citoyen y puisse trouver, pour son travail, pour sa famille, p(»ur sa propriété, les garanties que le pouvoir civil seul peut lui assurer, déjà, messieurs, on peut se demaudcr à quoi boa en Algérie la perpétuité de cette <lominalioQ militaire, .le me sers à dessein de ce mot ; car, bien (jue l'Algérie soit fractionnée en deux territoires, l'un rivil et l'autre militaire, bien <|ue dans le territoire civil il y ail des concessions considérables faites pour Tapplication de la législation civile, cependant tout homme de bonne foi reconnaîtra que la puissance militaire est encore influente au plus haut degré dans les territoires civils, que les fonctionnaires civils s'en inspirent, que c'est surtout le gouverneur géuéral et tous ses subordonnés qui dictent leurs inspirations presque toujours écoulées, et là, n'eu doutez pas, est la cause première, profonde, et malheureusement trop réelle, de l'impuissance de nos efforts pour la colouisatiou européenne.
Ouc sera-ce, messieurs, si, franchissant l'espace qui sépare le territoire civil du territoire militaire, je me frausporte là où tout dépend, je ne dirai plus seulement de la législation, mais du caprice du chef militaire? On a souvent discuté sur la constitution des bureaux arabes; ils onl été attaqués et défendus; on a proclamé les services qu'ils avaient rendus. On a dit avec raison qu'ils avaient été une pépinière d'officiers distingués, vaillants, généreux : je suis prêt à le reconnaître, pourvu qu'on reconnaisse avec moi qu'instruments excellents de conquête, ils sont des instruments détestables de colonisation; loin de la développer, ils la lucnl dans son germe.
El il n'y a rien de possible là où vous n'établirez pas la législation civile avec toute sa puissance, c'est-à-dire avec toutes ses garanties. (Approbation autour de l'orateur.)
Dans les territoires militaires, en effet, rien n'est possible sans l'agrément des chefs militaires; je veux vous faire gr«lce des détails qu'il me serait extrêmement facile de faire passer sous vos yeux, mais je vous montrerai que pour les moindres transactions, que pour les moindres mouvements de sa personne ou de ses biens, le colon est tributaire du bureau arabe, c'est-à-dire du Français militaire, qui dispose de lui à merci, qui peut lui imposer des conditions tout à fait
132 DISCOURS l'ARLEMENrAlHES
arbitraires; par conséquent, il est tout simpte que nul ne veuille accepter un pareil étal fie choses.
Je lis dans la lettre inipcrialc, ce qui me parait profondément vrai, que rien n'est plus daiitjcreux que riminiij;ratiou artificielle.
Supposer qu'il dépende de quelques capitalistes opulents de prendre des populations sur lesquelles ils conimeûcenl par percevoir de riches rançons pour les Irausporler au delà des mers, et en faire autant d'éléments de prospérité qui vont changer le pays à vue d'œil : c'est évidcmmeol une erreur.
Mais, si l'immijîraliun arliticielle ne doit pas être encouragée, rirami(7ratiou naturelle, c'est-à-dire telle qui vient de l'attrait du sol et du climat, des concessions saffcmcnt dislribuéc*;, des encourafycmcnts accordés au travail, cette iinmigralîoti doit être favorisée. Kh bien, jusqu'ici, tout a conspiré contre elle-, il faut dire qu'on a fait tout ce ({ui était ucccssairc pour Tempécher, et malheureuscmcut on y a trop réussi.
En ce ((ui concerne les indigènes, permettez-moi cette observation, car, vous le voyez, ce sont bien plutôt des obscrvalions qu'une discussion que je vous prie d'avoir la bonté d'entendre, permettez-moi, dis-je, cette observation, que le système qui semble avoir prévalu me parait être ce qu'il y a de plus contraire au dévelop|)emenl de la colonie, et ce qu'il y a de plus dangereux pour les indigènes euxmêmes.
On nous a plus d'une fois parlé, et ces questions nous sont familières, de la différence des races; on nous a dit que l'une paraissait être une race vcritablemcnl indigène, et l'autre conquérante.
La première qui, à la suite de longues guerres , a été refoulée vers Its terrains montagneux, celle-là est agricole, sialionnuirc; elle habite des maisons, elle a des contacts nombreux avec la race européenne, et, quant à moi, c'est une opinion, à coup silr, qui a bien peu de valeur, mais enKu elle est celte d'un homme convaincu, je crois que cette race peut parfaiteraent s'assimiler avec !a nôtre.
Je conviens qu'il y a plus de difficultés en ce r|ui concerne la race arabe; non-seulement cette race est la race conquérante, et elle s'en souvient, aoa-seulement celte race est dominée par une aristocratie militaire, mais encore elle a maintenu dans son sein le système social le plus dangereux, le plus destructeur, le plus contraire à toute espèce d'activité individuelle, je veux parler du régime de la tribu. Vous le coonaissez tous, et je le déSnis d'un mot : c'est le coraimuDisiDe, le communisme que certes personne de nous ne voudrait voir s'implanter sur le continent européen; il règne en Algérie, cl non-seulement nous n'avons pas fait tout ce qui était nécessaire pour le dissoudre, mais, après l'avoir essaye, il semble que nous ayons reculé devant
celle œuvre de civilisation, et que nous nous soyons ageDouilJés devant ce reste de barbarie.
Oq avait d'abord compris qu'il fallait attaquer la tribu; pour attaquer la tribu, il fallait eunstiluer la prciprii'lê individuelle. Constituer la propriété individuelle, c'était <^lre a[frcable au peuple de la tribu, c'était mécouicHter ses chefs, c'était mettre i?oulre soi les {grandes familles qui peuvent encore exister à la tOIe des tribus. Mais soyez «tirs qu'avec de la fcrineié ou serait arrivé au succès; j'allais dire facilement, et je retranche ce mot. Rien n'est facile, et c'est précisément pour triompher des difficultés, que Dieu nous a donné la sagesse »ct la prévoyance.
i Eh bien, il était possible de triompher du communisme de la tribu. Il est malheureux de voir que, depuis le sénatu.s-consulte 'de 1863, et surtout depuis le voyage de l'empereur, tout a tendu à la reconstitution de la tribu, h l'influence des (çrands chefs, à cette (hiérarchie militaire qui, certainement, est un danger pour nous, mais qui aussi, messieurs, est tout à fait contraire à la civilisation I arabe, au développement de cette population qui la maintient, sous 'le joug de véritables despotes, dans rabruttssemenl et la misère. Oue la constitution des grands chefs, messieurs, soit un danger pour mous, nous n'avons pas besoin de le démontrer; les insurrections || récentes, les incendies des forêts de liège, le disent assez haut. I Dans l'enquête officielle, il a été constaté, comme je pourrais vous lie montrer en mettant sous vos yeux les passages de cette enquête, [que les incendies se sont développés avec la puissance que nous ' avions donnée aux grands chefs arabes; on a pu, jusqu'à un certain point, mesurer leur émancipation aux flammes qui dévoraient les propriétés de nos malheureux colons. A côté de ce fait, qui est certain, qui est constaté par les pièces officielles, nous avons, messieurs, Tes insurrections qui amènent sur les territoires cultivés ces affreux bouleversements, que M. le commissaire du gouvernement était dans la nécessité de reconnaître quand il vous disait : Douze ou dix-huil colons, qu'importe? c'est un fait d'insurrection. Mais si celte iosur- ^ction est la conséquence d'une erreur, est-ce que nous ne devons pas tous nous en préoccuper? Tous nous sommes animés des mêmes sentiments, le gouvernement comme la Chambre. Ce que nous voulons, c'est la prospérité de l'Algérie; c'est que l'attache qui unit la fprancc à l'Algérie ne soit pas une dérision; c'est que ce pays soit feour nos concitoyens une terre sur laquelle leurs sueurs ne tombent pas infécondes, une ferre surtout que leur sang ne vienne pas arroser % \a suite des fautes militaires qui ont été commises et qui auraient ■>u être évitées. {Très-bien! autour de l'orateur.) r II est incontestable que l'organisation de ces grands chefs militaires