PRONONCÉ AU CORPS LÉGISLATIF DANS LA SÉANCE DU 16 MARS
ArPAIRES D'ALLEMAGNE
Di)<(!UsMoii de riiilerprlIaliDn d« M. Tlùcr» et qualrr de tes coUJ^guci, «tir le* aflairc* eiti>ricuret de la Kr^nce el parlicult^rcrnenl aur ce qui concerne l'Allemagne el ntalkv
L'ordre du jour pur et simple fut volé par 219 voix contre 45.
Le discours éloguenl auquel j'ai la mauvaise fortune d'essayer de répoudre peut se résumer d'un mot; mais, dans la situation actuelle, ce mol est grave et doil fixer loute voire altenlion : Le gouvernement o'a commis aucune faute, il peut IiSgiliiiienieiil suumellrc sa conduite à ropiaion, qui ratifiera parunesentcuce uoauime la glorification qui en a (^Ic prunouct^c par ta bouche de M.leiniDistred'Élal. Jamais la France n'a c(é plus forte, plus paisible, cl loin d'avoir a se préoccuper des dangers extérieurs qui ne peuvent fire que le fruU de maladives imaginations, et se recueillant sur ellc-môme, elle ne doit avoir d'autre préoccupaliuu que >a propre grandeur, fortifiée par les ressources d'une civilisation pacifique.
S'il en est ainsi, messieurs, je puse imriiédiatetnent à M. le ministre d'Etat celte question : Pourquoi venez-vous troubler le pays en nous présentant une toi qui esl saus précédent dans sou histoire? (àlouvement.) Uc deux choses Tune : ou le discours que vous avez prononcé à cette tribune n'est qu'une ostentation nécessaire, ne répondant en réalité à aucun des faits connus de la politique ; ou l>ien vous devez imracdiateraeut retirer voire projet de réquisition militaire qui a jeté dans tout le pays une si légitime et une si profonde alarme. {RécU' mations et rumeurs diverses.)
A LA fiAicHK DE l'orateijr. C'csl vrai ! — Très-bien! trés-bjcn!
M. Jules Favre. Jt
elle
», messieurs, qu il puisse y avoir une seule réponse à ce simple dilemme, et dans tous les développements auxquels M, le ministre s'est livré, c'est lit le seul point qu'il n'ait pasjufîé à propos d'al>order, et s'il l'avait touché, comme uu brillant mais fragile édifice, toute son argumentation se serait écroulée derrière lui. [Murmures sur plusieurs banrs.)
A quoi bon, en effet, messieurs, jeter dans uu grand pays comme la France l'inquiétude qui est née de vos déclarations c( de vos projets, si, comme vous l'affirme/, tout est bien, si vous n'avez qu'à vous présenter devant vos concitoyens pour y obtenir les couronnes civiques qu'on décerne, non-seulement à la vertu... (exclamations et rumeurs), mais encore à la sagesse politique?
Il est difficile, messieurs, d'accepter les éloges que M. le ministre a décernés à sa propre politique, et c'est en interrogeant les faits, les documents, les arlcs diploiiiati([ues sur lesquels se sont appuyées les résolutions moines pour lesquelles M. le miuisire vous dcjnandc votre adhésion, que je serai dans la nécessité d'arriver à des conséquences toutes contraires.
L'honorable M. Tliiers disait en terminant son discours : ^'- II n'y a plus qu'une faute à commeUre! ^ , LlN MEMBRE. Cc n'est pas cela qu'il a dit.
I M. Jules Favre. Malheureusement, messieurs, beaucoup de fautes ont précédé celle-hi, et on ne comprendrai! pas cotnnient la France en serait réduite à entendre les déclarations auxquelles je fai<iai$ (oui i l'heure allusion, si le ministre n'avait pas lui-même considéré la situation actuelle comme imprévue, comme nouvelle, comme devant légitimement préoccuper i'opiuioti.
m Comment en serait-il autrement? Vous avez entendu, il y a quelques liistants, le récit de la constitution de la Confédération germanique lelle qu'elle avait été établie par les traités de 1815. M. le iniuistre vous disait qu'elle réunissait sous sa main 75 raillions d'habiiants, qu'elle pouvait mettre sur pied «tH),Ot)f) hommes en armes, et que sous le joug de la Sainte-Alliance elle était pour la France une menace perpétuelle.
D'où vient cependant, messieurs, que, sous la liestauration comme xous le gouverneiuenl de Juillet, — je ne parle pas des budgets, — jamais les contingents militaires n'ont atteint les proportions que rous donnez aux vètresl' E^t-ce que vous croyez que vous avez seuls !e privilège de la sagacité et de la prudence? Est-ce que ceux qui »rous ont précédés n'avaient aucun souci des intérêts et de la grandeur du pays? Ils les faisaient respecter avec des forces dix fois moindres que celles que vous sollicitez... {Réclamaliont en face de
rateur. — Approbation à sa gauche.^
I ) I S r OU n S i ■ a r l e m e n t a 1 1 1 E s .
L NE voiï. Dans (juel temps?
M. Jules Favre. ... El j'ai le droit de dire, à mon tour, que ce saat de vains cl iraafjinaires fanlômcs que ceux que vuus ;ivC7. emprunti'j au passé, afio de niast^uer les f:iutes qui truul)lei)t le pri-sent et <|uj inenaccot l'avenir. (Murmures tur plusieurs bancs. — Très -bien! sur d'autres.)
N(in! non! il n'est pas exacl de dire que la Coufédération fjerraanique, lelic qu'elle étail organisée, ïùt une nicuace pour la France.
.k" n'ai pas, messieurs, le dessein de suivre M. le ministre dans loas les développeinenls dans lesquels il est entré à cel égard. J'aime mieux, et il me semble que, en ncoomplissaut ce dessein, je serai plus près du désir de mes honorables collègues, j'aime mieux me refl- Kermer dans les faits actuels et les interroger avec quchiue précisioD, pour savoir s'ils justifient les conclusions inattendues de M. le mioistre d'Etat.
Eh bien, en prcuaul les faits tels qu'ils se sont produits depuis notre deruière session, est-ce qu'il est vrai de dire que la sanglante tragédie qui s'esl jouée aux portes de Vienne ail été Favorable aux intérêts de la France? M. le ministre d'État ne preuait pas garde que. avant de prononcer une pareille asserlioii, il y avait donné luimi^me le plus éclatant dénieuii en vous parlant de ses angoisses palrieHiques le jour où la vieille Confédération geruianiqnc avait été étouffée dans te sang de l'Autriche el de la l'russc. Non. non, lorsqu'au mois de juin 18<iij ce grand ébranlement s'est produit en Europe, nul ne s'y est trompé, le gouverneraeut français pas plus qu'aucun de ceux qui dirigeul les destinées des peuples de rKurope; chacun a .senti qu'une grande crise était proche, <ju'un grand malheur pouvait menacer uou-seuiemeul les nations belligérantes, mais les peuples voisins, el que ce n'élail pas seulement la couronne impériale qui était eu jeu, mais que c'était véritablement ta paix du monde. Dire qu'il était indifférent que le sort ail prononcé dans un sens ou dans un autre, cl qu'il fallait attendre que les événements fussent accomplis, ce serait donner un démenii complet, je ne dirai pas seulemcot à ses préoccujialiuus, mats encore aui propres déclarations du gouvernement français.
.le sais à merveille que c*est là la politique qui a été indiquée par les documents qui seuls pouvaient nous éclairer jusqu'à ce que M. le minisire d'Etat eut bien voulu prendre la parole, et, en vérité, soa discours, — à part l'éloquence, la forme brillante et saisissante qu'il sait donner à ses pensées, — n'est que le développement de la circulaire du 16 septembre 1866.
Nous n'ignorons pas, messieurs, que le cabinet avait essayé de présenter la situation de la France comme heureuse, qu'il avait tiré
ts MAns tsar.
événements qui s'éliiicut accomplis dos conséquences très-imprévacs pour l'opinion publique qui s'étjiit lej^ilimement alarmée, en présence de celte siiualioii, assurétneui trés-inqiiictante, d'une lutte enpapée entre l'Autrirhc et la Prusse, l'Autrithe succombant dans cinq combats et dans une {ynnidf b.rlaillc, rAulriche voyant sa capitale ouverte aux léffion'^ virloricuscs de la Pru>ise, et la l'riisse ne s'arréianl que devant notre intervention et marchant en réalité sur la couronne impériale *jiii tombait du front de l'Autriche dans le sang de ses prcjpies sujets, et puis se retournant vers rAllivuiajfne, et de son épéc victorieuse, non-seulement renversant tes Irt'yncs, mais déchirant les constitutions des États, attelant à son char les nations subjuguées, éjvarant tes jinn^jinations, prêchant l'unité allemande pour en faire en réalité l'unité prussienne... ('l'rèr-bieti! irèsbien! à la ijauche de l'orateur) feignant de croire que la sainte patrie germanique était menacée, pour pouvoir un jour se retourner contre ses voisins et satisfaire ses haines héréditaires.
C'était là, mes.^ieurs, un état de choses bien grave, qui, en effet, devait troubler les nuits de-^ hommes d'État, et je m'explique trèsbicD conuTient^ le 1 juillet, r.lene de M. le ministre d'État a é(é profondément émue; seulement, je lui demande la permission do ne pas faire entre cette Assemblée et lui une distinction injurieuse que rien n'autorise.
Oui, sans doute, il sert son pays; nous le servons égatcmeut. et nous le servons avec le mi^mc zèle, avec le même patriotisme, {fittmeun tur divers bancs,) Et prétendre que nous ayons pu, à un point de vue quelconque, être indifférrnls aux grands événements qui s'accomplissaient en Europe et pouvaient mettre la sécurité du pays en danger, c'est nous calomnier. (Approbation siir quelques bancs à la gauche de l'orateur. — liutnetirs cl rt'rlutnalions à sa droite et en face.)
Si, en effet, comme je me l'explique à merveille, celte immense catastrophe a eu sur la pensée des hommes d'État qui dirigent la France une action si puissante-, si le 4 juillet a été pour l'honorable et puissant orateur qui m'a précédé â cette tribune une journée de deuil, je lui demande comment il a pu être pour le rédacteur de la rirculairc du 16 septembre une occasion de satisfaction et de sécurité.
A LA GAicuE DE l'orateur. Très-bicn !
M. Jules Favre. Voici, en effet, le langage que je rencontre sous la plume de celui avec lequel M. le ministre d'État est en étroite solidarité, et qu'à coup sur il ne voudra pas affliger d'un désaveu.
Je demande à M. le ministre de vouloir bien concilier ces aperçus et son discours :
« L'opinion publique, en France, est émue Elle flotte incertaine entre ia joie de voir les traités de 1815 détruits et la crainte que ta
lu S C O U R S PARLEMENTAIRES.
puissance de la Prusse ne prenne lies proporlions excessives, entre le désir du m^iJQtieQ de la paix cl Tespérance d'obtenir par la guerre UQ agrandissement tcrrilorial. »
Cette <'spcrance à laquelle il est l'ait allusion dans la circulaire, elle correspond à un regret qui esiste au en'ur de celui t|ui l'a écrite et qui ne sera pas ctraug;cr, comme vous allez le voir dans un iustanl, aux solutions terribles par lesquelles a été si fort ébranlée ta paix du monde.
Dans tous les cas, voici le rédacteur de la circulaire qui déclare que l'opinion publique s'est associée à rémolton qu'éprouvait M. le ministre d'Étal. On a pu craindre un instant que la Prus.sc aj^randif ne fût pour la France un objet de menace et ne nous t'orgàl â renoncer aux espérances d'agrandissement territorial qu'on ne s'était pas boroé i nourrir, mais qu'on avait solenuelicinent annoncées, (►n en prend son parti, cela est vrai, et la philosophie ii'iiabite pas seulement le palais des sages, elle entre quelquefois, forcément, peut-être, dans les antichambres ministérielles. {Uires et hruîL]
Voici, en effet, ce que je rencontre maintenant dans !a circulaire à la suite de cette déclaration, et ici, je le reconnais. M. le mini.slre d'État n'a plus rien à désavouer, nous sommes tout à fait dans soa discours :
« Par quelle singulière réaction du passé sur l'avenir, l'opininii publique verrait-ctlc. non des allié.s, mais des cnuemis de la Fraoce dans ces nations affranchies d'un passé qui nous fut hostile, appelée» à une vie nouvelle, dirigées par des principes qui sont les nôtres, animées de ces scnliments de progrès qui forment le lien pacifique des sociétés modernes? ••
Et, un peu plus loin, je ne veux lire que quelques lignes : i
« L'empereur ne croit pas que la grandeur d'un pays dépende de raffaiblis.semcnt des peuples qui rentuurent, et ne voit de véritable équilibre que dans les vœux satisfaits des nations de l'Europe. ^
Od ne peut pas, messieurs, désirer plus de séréuitc et d'ianocence. {Rira ironiques sur quelques bancs. — Murmures sur tf autres.)
Tout ceci se réduit à dire que ie meilleur équilibre euroj^éen sera fondé sur la .satisfaction générale; qu'on ne désire que l'accomplissement des vœux des nations de rEurope. Seulement un ne s'explique! pas sur la question assez délicate de la contrariété de ces vœux, et di la possibilité d'uflc lutte que celte contrariété peut entraîner. Noaî toutes ces perspectives iuquîétcs, la plume ministérielle les écarte, il ne faut pas les voir, elles ne doivent pas préoccuper la France, les faits qui viennent de s'accomplir ont tout tranché dans le sens le plus pacifique et le meilleur, et, en conséquence, il ne doit y avoir d'inquiétude pour personne, ei cette cmoiion très-légitime qu'on
1« MARS t«6T.
avait ressentie au mois de juillet, elle doit complélemenl s'effacer.
Le discours de l.i rouruiine ae fait que développer ces peast^esi vous ne vous en éionnerez pas; c'est hi politique de l'empereur, et il ne peut y en avoir d'autre, qui est exposée dans la circulaire du 16 septembre.
Aussi, messieurs, lorsque lempereur ouvre les sessions, il jette sur l'Europe uu coup d'œil ajirés lequel il ne peut exprimer qu'une vive satisfaciioQ : tout ce qui .s'est accompli a été prévu par l'empereur, et. je l'avoue, messieurs, je vous demande pardon de vous faire ici une sorte de confidence intime... [InUmiptiom diverses et rumeurs sur quelques bancs.) Lorsque je lisais le discours de la couronne, je me demandai.s comment l'empereur a pu prévoir des événements qui
• venaient de s'accomplir; it est vrai qu'il s'ajjissail de l'empereur Napoléon à Sainte-Hélène... {muvcikt rumeurs), et voici en quels termes le discours de la couronne répète la prophétie qu'on rencontre dans les médilalious de l'homme d'État qui s'y trouvait prisonnier :
- l'ne de mes plus grandes pensées a été l'agfçlomératitin, la concentration des mêmes peuples t^éof^raphiques qu'ont dissous, morcelés les révolutions cl la politique... Cette agglomération arrivera tôt ou tard par la force des choses; llmpulsjou est donnée , et je ne pense pas qu'après ma chute et la disparition de mon système, it y ait
teo Europe d'autre (jrand é<inilibrc possible que l'agglomération et la confédération des grands peuples. " L'empereur Napoléon III ptjursuit :
■ Les transformations qui ont eu lieu en Italie et en Allemagne préparent la réalisaliim de ce vaste programme de l'union des États de l'Europe dans une seule cimfédération. •>
IEt il ajoute i <> Nous avons assisté avec impartialité à la lutte qui s'est engagée de l'autre cMé du Rhin... n
Il n'est pas ici question des angoisses qu'éprouvait M. le ministre d'État le 4 juillet. {Murmureset interruptions diverses.) ■ M. LE PRÉSIDENT Walewskî. Je crois devoir faire observera l'honojable M. Jules Favre que ce n'est pas le discours de l'empereur qui
t«st eu discussion; je l'engage à revenir à la question et à s'occuper «les affaires d'Allemagne et d'Italie.
Voix NOMBREUSES. Oui ! oui! Très-bien! — Vous avez raison! M. r.LAis-Bizoi\. L'orateur est dans son droit ! M. Jules Favre. Je ne puis présumer qu'il eutre dans la pensée de M. le président de considérer comme indifférent le document que j'interroge. {Allons donc!)
M. LE PRÉSIDENT Walewski. Je SUIS bien loin de le considcrer
|y r S r; 0 t: H S J> A R I, K M E IV T A I R E s .
comme indifférent , mais je pen>c qu'il D'y a pas lieu de le dis:uter ici, en ce moment <iu moins.
M. .liilcs FAvnK Nous recherchons quelle n élé la politique de la France en re qui concerne la quesUitti cxtêrieiiri\ ce ue pciil être que la politique de l'empereur. <!ir, ne point p.irler du discours de l'empereur, ce serait supprimer rélémcni le plus coiisidcrahie delà qucslitui, et je croirais, messieurs, nuinquer de rcspeci au chef de l'Ktat... {Exclamations et murmures.)
M. LK rRFsiDtîST VVAi.twski. Je répe-tc à t'honorahle M. .luIesFavre que le discours de l'crtqjcrcur u'esl p;is eu discussion dans ce mumeot, et je le rappelle à la (|ue<li.)U. (Très-bien!)
M. r.LAis-BizoïN. C'est la question.
M. LE pRi'.siDENT Walewsk!. Je VOUS prie de ne pas interrompre.
M, .lule»; FAViifc. Huant à nuH, messieurs, mon respect se traduit par la discussion; il en est d'autres chez qui elle se traduit parle silence Je laisse â chacun sou choix, mais je {j^arde le mien {très- m bien! à gauche de romitur), et, tout en éprouvant le regret de oe pas déf<^rer, comme je le tais d'ordinaire, a une observation qui m'est adressée par notre honorable président, comme j'use de mon droit, [- je demande a la Chambre la permission de le maiuienir. Je poursuis ■ donc ce que j'avais l'honneur de dire. |
M, LK PRÉSIDENT Walewski. Encore une fois, j'invite Thonurable M. Jules Favre à ne pas discuter dans ce moment le discours de l'empereur : ce discours n'est pas eu discussion. La discussiuu doit porter sur les interpellations... {hiti'rruption u lu gauchit de M. le M président), sur les iuterpetlatioûs i|ui ont rapport aux affaires de ■ l'Allemag^ne et de l'Italie. Je le (irie diiuc de circouscrire sa discussion dans les affaires d'Allemagne et d'Italie. Je l'ai déjà rappelé une première fois à la question, et, s'il persiste, je serai obligé de|!j^^ rappeler une seconde fois. (Mouvements en sens divers.) "1^1
M. Jules Favre. Il m'est impossible de céder au désir de M. le président, car il m'est impossible de faire le .sacrifice de l'un de nos droits, nous n'en avons pas assez assurément pour qu'il noas soit permis d'en sacrifier un seul {Rumeurs et Téciamaliont iur les bancs en face de l'orateur.)
M. le président me fait observer que le discours de l'empereur n'est pas en cause. Je lui en demande bien pardon. Le discours de Fempcreur est certainement l'une des pièces les plus importantes de la question. Le discours de Tempereur appartient à la discussion de la presse, il appartient à la discussion de la tribune. Je le déclare, je n'entends pas élever de débat par pur esprit d'opposition; c'est un droit dont j'entends demander le maintien, cl si la Cliamdccide que je ne dois oas lire une parccHc du discours
pas
pai
t'empereor, à TiDStant, je descende de la Iribuiie. {Oh! oh! — Bruit.)
M. Gi.Ais-BizniN. N'attendez pas la discussion de la Chambre, continuez!
M. L£ PRÉSIDENT VValewski. Il ne s'agit pas de savoir si oo peut lire une parcelle du discours de l'empereur, il s.'agit de savoir si on peut le discuter de la manière dont vient de le faire l'honorable M. Jules Favre.
Je le répète, en discutant de la sorte le discours de l'enipereiir, M. Jules Favre sort de la question; je l'ai rappelé à la quesliou, je l'y rappelle de nouveau.
M. Glais-Bizoin. iNon! non! qu'il continue!
M, Jules Favre. H ne (teut y avoir ici de surprise, et d'ailleurs la loyauté parfaite de notre honorable président m'en çaranlit complètement. H y a deux opinions contraires qui se produisent très-netteincut; j'entends maintenir la mienne; M. le président pense que la sienue doit prévaloir. Nous avons ici un arbitre, c'est la Chambre. Si la Chambre pense que je n'ai pas le droit de discuter le discours de l'empereur en ce qui louche renonciation de sa politiifuc extérieure, que la Chambre vole, et après un vote négatif, je n'ajouterai pas un mot, {Mouvements et bruits divers.)
M. Achille JiiBiNAL. La Chambre ne vous conteste pas le droit de discuter le discours de l'empereur, elle désire que vous veuillez bien modifier le genre de vos critiques; elle ne se plaint que de la forme.
M. LE MARQUIS DE PiRÉ. Pour ma part, monsieur le président, ce que dit l'honorafilc M. Jules Favre est très-sérieux, et je désire qu'il continue.
M. Gi.Ais-BizoïN. Continuez, monsieur Jules Favre! vous avez le flroil pour vous!
M. Jules Favre. Je veux discuter... {Interruption et agitation prolongée.)
M. LE PRÉSIDENT Walewski. Il n'y a pas ici de question de droit absolu, c'est une question de haute convenance... [oui! oui! — TrèsbUn!)\ c'est à ces convenances que j'invite l'orateur à se soumettre. {Vive approbation.)
Je l'engage maintenant à continuer son discours; si, dans son discours, il a à énoncer de> paroles de l'empereur, qu'il le fasse, mais qu'il le fasse avec convenance... (/towAreuja marqnet d'approbation), autrement je serai obligé de l'arrêter de nouveau. {A'ouvdks murquet tf approbation. )
M. Jules Fav[^e. Messieurs, permeilez-moi de dire que lorsque les majorités prétendent étouffer la voix des minorités, elles sont bien près d'être tyranuiques et de disparaître. (BrutjanU interruption.)
M. LE PRÉSIDENT Walewski. Il me semble que l'honorable M. Jules m. 13
Favre a lort de se pl:tmdre : sa voii n\i pas Ol(? étouffée, elle ne l'esl pas; je lui ai laissé uqc liberté de parole bien grande, cerlainemenl.
Un membre. Trop graudc!
M. UE PRÉSIDENT Walewski. Il n'a pas à se plaindre. {C'est vrai! — Très-bien!)
M. Jules Favre. Je suis prél à accepter toulcs les leçons qui me seront données par notre liouoraljle président, excepté celles qui touchent à Tcxercice «le mon droit. Or, ou ne .«aurai! rae reprocher d'avoir manqué aux rè^^les que tout à l'heure notre honorable président me rappelait. {Approbation à la gauche de l'orateur.)
Plusieurs voix. Si! si!
M. Jules Favre. Car je raYtais borne à mettre sou.«v les yeux de la Cbambre quelques lignes du discours de rcmpcreur, et j'ai le dessein de continuer.
M. LE PRÉSIDENT Walewsri. SI M. Julcs Favrc n'oublie pas qu'il doit rester dans les convenances les plus strictes à cet égard, il peul continuer.
M. Jules Favre. Les convenances les plus strictes ne peuvent être au-dessus de la constitution. La constitution établit que l'empereur est responsable de sa politique devant le pays... {Interruptions et murmures.)
M. LE BARON DE t^EiCER. .Nous savous tout Cela, nous n'avons pas besoin qu'on nous le dise.
M. Jules Favre. La constitution ne serait plus qu'un vain mot si nous n'avions pas le droit de discuter les opinions et la poUtique de l'empereur... {Xouvclks ittlerruptions. — Parlez!)
M. TniERS, au milieu du bruit. Le président a raison, et la constitution a tort!
M. Jules Favre. Je reprends donc, messieurs, ce que j'avais l'honneur de vous dire, et je le reprends avec le même esprit et avec le même droit.
^ Nous avons assisté, dit le discours de la couronne, avec impartialité à la lutte qui s'est engagée de l'autre c6té du Rhin. "
Et un peu plus bas :
• La Prusse cherche à éviter tout ce qui pourrait éveiller nos susceplibitités nationales et s'accorde avec nous sur les principales questions européennes. La Russie, animée d'iutentions conciliantes, est disposée à ne pas .séparer en Orient sa politique de celle de la France; il en est de même de l'empire d'Autriche, dont la grandeur est indispensable à l'équilibre général. ^
Est-ce que je n'avais pas raison de dire, messieurs, que la pensée de ce discours est une pensée sereine et satisfaisante; que le chef de l'Etat, en envisageant les événements qui viennent de s'accomplir,
16 MARS l«f^7.
ÎT»
les trouve justifiés par les plus solenaelles prévisions du passé, et qu'ea même temps, il n'y rencoaire aucun sujet de léfîitifnes préoccupations pour Tavenir, car il dit que la Prusse ne lui donne que des sujets de satisfaction; que l'empire d'Autriche, dont la grandeur est indispensable ù l'équilibre général, se trouve dans la même siluation? Eh bien, je demande si ces déclaralions, tant celles de la circulaire que celles du discours du (rAnc, — que je ne sépare pis, (jui sont étroitement unies, — sont compatibles avec les autres cléments politiques que vous devez peser pour arriver à vousformemne conviction. Cette satisfarlion qui est proclamée, cette quiétude à l'endroit de» intérêts français qui ne sont pas menacés, est-ce qu'elles ne rencontrent pas une conlradictiou formelle dans le langage et dans l'allitude des mois qui avaient précédé? Je ne veux pas, bien entendu, à cette heure avancée, lorsque déjà vous avez assisté h tant de discussions solides et brillantes, reprendre tous les éléments qui pourraient élrc soumis à voire appréciation; je ne veux pas, après M. le ministre d'État, vous faire de nouveau rbistoire (jui a été plusieurs fois présentée du débat qui s'est élevé à l'occasion des duchés du Holsteiu et du Slesvig ; je me contente de rappeler ce qui ne peut élre contesté par personne, c'est que la France, signataire des traités de Ifà'l, n'a jamais cessé, de IK42 à 1ëj;>, de témoigner sa profonde sympathie pour la monarchie du Danemark. Vous pouvez n'avoir pas perdu la mémoire des cilalions que j'avais l'honneur de vous présenler l'année dernière dans celte question, et notanimenl de plusieurs passages des discours de la couronne, dont alors on ne m'inlerdisail ni la lecture ni la discussion {inferruplion sur quelques bancs en/arc de l'orateur), et dans lesquels, de la manière la plus calégoritiue, ou disait qu'on défendrait l'intégrité de la monarchie danoise, qu'on assistait à ces débats avec un tei! attentif, mais que l'intérêt de la France ne serait jamais compromis.
Eh bien, il est arrivé une occasion, à coup silr bien solennelle^ dans laquelle la France a été pour ainsi dire maîtresse de la paix et du repos du monde. Tout à l'heure M. le minisire d'Étal vous disait, avec une pensée très-élcvée, que la question danoise n'avait peutêtre été qu'un incident dans celte lutle gerjnanique engagée entre rAutrielie cl la Prusse. Cela est vrai. 11 est clair qu'il y avait là deux ambitions rivales, deux puissances qui, ne se ressemblant pas par leur constitution intime, devaient naluretlemenl se défier l'une de l'autre et se disputer la souveraineté.
Seulement M. le ministre d'État est trop sage et trop politique pour ne pas reconnaître que, dans une question envenimée, il faut éviter les incidents. Souvent , messieurs, la paix se maintient à l'aide de transactions prudentes. Manquer de sagacité et chercher l'éclal là
OU l'on |>eiil trouver l'apaiscracat, ce peul élre une occasiou de cipitCT les tSéûcraents les plus funestes.
Ce n*est dune rien dire, à mon sens, que d'avancer que Li question danoise n'élait qu'un incident ; cela est vrai, mais cet incident était gros d'irritation cl de menaces.
Vous connaissez tous la parole de cet fuiimmc d'État illu<;lrc d'Angleterre, qui a dit : ■- Le petit Sleswig pourrait bien mettre le feu à l'Europe! " Ici» malheureusement , il ne s'est pas tout à feil trompé, et il ôlait inqmSMblt de le méconnaître; charun comprenait que, si l'on donnait à ces deux puissances une oucasion de descendre dans l'arène, elles la saisiraient avec empressement, et qu'il était possible que l'cpée une fois sortie du fourreau, elle n'y rentrât que quand la carti: de rEuropc serait conjplétcment modifiée.
Il était donc intéressant, et je ne fais pas au gouvernement de l'empereur le rcproclie de le méconnaître, il était inléres.sant d'étouffer dans son germe ciitc question danoi.'-e. On en a eu la possibilité, messieurs; n<ms le savions avant le discours de M. le ministre d'Etat, mais après ce discours il n'est plus possible de le contester. Si le temps me le permettait, j'entrerais dans des détails qui apporteraient la cunvîitiou dans vos esprits; Je ne le veux pas. messieurs, et je uc le puis : je me contente de simples indications.
N'est-Jl pas vrai que, lorsque cette quesiiou danoise passa du domaine des chancelleries et des discussions des juristes dans le domaine de la diplomatie et de la politi(]uc, l'Angleterre proposa » la France de s'unir à elle pour empêcher les agressions de l'AMemagne, et notamment de ta Prusse?
Ceci, messieurs, n'a jamais élé contesté, et M. le ministre d'État l'a confirmé par ses déclaratious, et vous n'avez pas oublié ce qu'il vous disait il y a quelques instants, que l'Angleterre avait proposé k la France d'unir ses flottes aux tiennes, afin de les faire apparaître dans la Baltique et de faire comprendre à la Prusse que, si elle allail plus loin dans l'exécution de ses desseins, elle rencontrerait les deux grandes puissances de l'Europe contre elle.
Seulement, M. le ministre aurait dû ajouter que la Russie donnait son adhésion à ce projet, et que dès lors aux trois cosignataires des traites de 1852, avec la force morale qui leur appartient, avec le sentiment de justice qu'on a rappelé avec éclat à cette tribune dans lii séance d'hier, se joignait aussi la force murale, se joignait liutérél national qui ta venaient consacrer; et alors je me dirai qu'on peut, conjecturer avec autorité, — et la conjecture va presque jusqu'à une proposition affirmative, — que si la France avait accepté celte politique, la question danoise n'aurait pas produit la guerre d'Allemague.
Quelle est la cause pour laquelle la France s'est retirée d'une sera —
btable négociation? Cn n'es! pas celle qui a élé iadiquée par M. le ministre d'Etat, je lui deinaiide ta permùssioD de le dire.
I,a France, a dit M. le ministre d'Ktat, avait fait observera l'Aûgle- Icrre que l'apparition des Hottes daus les eaux du Suud était insuffisante, qu'il fallait une guerre conlinealale, que c'était par des baïonnettes sur l'Elbe et sur l'Eider qu'on pourrai! contenir la Prusse et l'Autricbe. (Juant à moi, je le contesie de toutes mes forces; ce n'est que par dejjrés qu'on peut arriver à cette extrémité qu'on appelle la Ifuerre, mais il j a, pour les diplomates qui ont celle sagacité, des avertissements qui la préviennent, et à coup sûr, si l'Allemagne avait vu se dresser devant elle ce faisceau de trois puissances qui s'opposaient à ses envaliisscmcnls, elle y aurait réfléchi, elle aurait remis l'épée dans le fourreau, et les néf^ociations auraient remplacé le sort aveugle des batailles. [Mouvemenls divers.)
Pourquoi la Frauce ne l'a-t-elle pas voulu:' Mallieureustmeul, il
faut le reconnaître, au lieu d'avoir une politique ferme el résolue^ on
u'a eu qu'uue raïuuiie. Dans la question polonaise, la France avait
voulu déterminer l'Angleterre à s'unir à son concours. L'Angleterre
avait refusé la proposition de congrès qui lui avait été adressée. Elle
était ce jour-là, vous vous le rappelez, et certainement vous ne me
démentirez pas, elle était sortie de ces règles de courtoisie prudente
qu'on rcproclie quelquefois à la diplomatie, et qui sont cependant
une partie de s;i grandeur et de son autorité morale. Je ne sais par
€}uclsscntinten>sde mauvaise humeur riionime d'Ét;)tqui avait rédigé
la dépéctie adressée et communiquée au cabinet français, y avait mêlé
lies expressions amères dont il était difficile de ne pas être blessé;
mais au-dessus de ces blessures qui atteignent l'amour-propre d'une
cation, sont les intérêts impérissables du droit, et surtout du droit
de ce voisin à qui l'on a promis secours. (BntU.)
11 n'était pas permis à la France de se souvenir en 18G4 de ta circulaire de 186:^. La France devait aller aux puissances qui, avec elle, prumettaicnt de garantir la paix du monde. Au-dessus de cette sagesse, elle a placé une considération de vanité, et ce jour-lâ elle a perdu une grande occasion d'empéchcr ce triste conflit, sur les conséquences duquel nous avons à discuter aujourd'hui. (Altom donc!)
Le Danemark, qui a été livré à ses forces, a élé bien vite écrasé, et il était impossible qu'il en fût autrement. Vous le savez, messieurs, la résistance n été héroïque, généreuse. On a eu raison de le dire à celte tribune, les causes vaincues demeurent toujours respectables quand elles ont le droit pour elles, et c'est là ce que l'histoire enregiï^trera eu parlant de la résistance du Danemark.
Mais lorsque ses lignes militaires ont été forcées, ses forteresses détruites, la diplomatie a repris son œuvre, et alors des conférences
oui (ilê ouvertes; et uue socuiidc fois lu France s'est trouvée dans la $ituuûou d'user do soa iaterveutioii pour empêcher non pas le mal qui était accompli, m:ii.s celui qui pouvîiit l'tMrc.
M. le miuisire d'Élat parlait tout à 1 heure des délibératious de la conféreuce; il disail que la Fraace y avait demandé le maiolicn du traittï.
Elle devait te dcmaurkr même par la cuaction. J'eQtcndais, dans la séance d'hier, uq honorable membre, qui défendait la politique du ministère, dire qu'il ne se serait pas levé un seul membre de cette Assemblée pour demander *iiie le gouvernement appuvût par des moyens extrêmes les déclarations (lJptomatit|ucs faites dan^ la conférence. Je crois qu'il était dans l'erreur. Il eiU été plus cunvcnalde de ne pas y entrer, de ne pas y jouer un rftie, el de renier ces déclarations. {Murmures.}
Voilà ce <iui humilie, ce qui amoindrit et ce qui crée eu réalité ud danger pour l'avenir. (Bruit.)
Malheureusement, messieurs, la politique de la France a été dirigée dans un sens diamétralement contraire à ces ré(;;[cs fondamentales-, car le Danemark a été abandonné comme va l'être tout à l'heure l'Autriche, TAutriche sur la tombe de laquelle, après l'avoir soutenue, on prononcera des paroles de consolation et d'estime , en passant outre, et on lui souhaitera des destinées meilleures, en lui disaol qu'elle a été aveugle, ([u'elle a été imprudente. Le Danemark, lui, n'avait été ai l'un ui l'autre, il s'était souvenu des traités, il avait fait appel à l'honneur de la France-, malheureusement la France ne s'était pas souvenue de ses promesses.
Voilà le spectacle qu'ont présenté les négociations de 1862 el de 1864, couronnées, comme vous le savez, par la eonveutioD de Gastein, c'est-à-dire par le droit de parla^jcr la dépouille qui, ainsi que le faisait observer avec tant d'éloquence mou honorable collègue M. Thicrs, devient la protestation contre les spoliateurs, le gage de leur discorde et quelquefois de leur ruine commune. C'est précisément ce <iui est arrivé; seulement, messieurs, je vous (temaude la permission de vous faire observer» relalivcmcnt à cet incident, que la France n'est pas demeurée neutre.
Je lui reproche encore sur ce point, comme sur les précédents, d'avoir prononcé des paroles graves qui nout été suivies d'aucun effet. Il est trop tard pour (|ue je mette .sous vus yeux le texte même de la dépêche qui était adressée à tous les agents à l'étranger par M. le minisire des affaires étrangères, M. Drouyn de Lhuys; vous savei dans quels termes sévères il qualiHail la convention de Gastein : il rappelait une œuvre de conquête et de force; il disait qu'elle était un outrage à la civilisation, (juand la France fait entendre un pareil