‹ Discours parlementaires (volume 4)Chapitre 13 sur 68 · MARS IS · texte numérisé non relu

MARS IS

ISS

laagsQe, est-ce qu'il o'est pas ua bouclier pour les faibles et les opprimés? Est-ce que les chancellerie!» diplomatiques sool je ne sais quelles vaines académies de rhétorique qui peuvent l.iucer dans le monde des déclarations ne laissant rien :ipr^s elles? Non, la France est trop grande, elle représente trop la civilisation et la force, pour qu'il soit possible de voir sans inquiétude sa parole iiiusi compromise et délaissée. C'est cependant ce qui est arrivé : la couvcntion de fïasteÎQ a été déchirée par la double épée de la ï'russeet de l'Autriche. Dans ce conflit, je le reconnais, l.i France a essayé d'arrêter les combattants; mais ici quels moyens a-t-elle employés? M. le ministre d'État nous disait qu'elle en avait appelé à un congrès, ressource bien insuftisaole en de pareilles conjonctures. Je ne veux pas cependant ne pas préciser les faits, car ils ont une considérable importance, et vous allez voir la politique du cabinet français se dessiner avec une autorité que je regrette profondément avoir élé stérile.

I.orsque.cn effet, je lisais dans le discours de l'empereur que nous avons assisté avec impartialité à la lutte enj^agée en Allemagne; lorsque, dans la circulaire du J(3 septembre, je rencontrais cette autre déclaration, que nous avions lieu d'être satisfaits de tout ce qui s'était accompli, je me demandais comment il était possible de concilier les faits avec les déclarations qui sont consignées dans la dépêche officielle du ministre des affaires étrangères. Est-ce que la France a été indifférente'? Est-ce qu'elle n'avait pas aussi sa politique? Elle voulait réunir une conférence : c'était sans doute pour arriver à ua but. Ce but, elle l'indique dans ses dépêches, et notamment dans la «dépêche du 8 mai, répétée par celle du 18, dans les termes les moins équiv04iues :

- Si l'Angleterre, la Russie et la France consentaient à se réunir en congrès, après être convenues que, sans soulever aucune autre question, les délibérations porteront exclusivement sur la cession de la \énétie à l'Halic, sauf compensation pour l'Autriche et des garanties pour le pouvoir temporel du Saint-Père , sur le sort des duchés de l'Elbe et sur la réforme de la Confédéralion germanique en ce qui louche réquilibre européen, elles pourraient convier à ce congrès l'Autriche, la Prusse, un représentant de la Confédération germanique et l'Italie. «

Voilà qui est clair, et il n'est pas possible de se tromper sur le sens de ces déclarations. La France a entendu défendre ces trois points : le sort des duchés, la cession de la Vénétie à l'Italie, puisque, ainsi que le disait M. le ministre, c'était là le complément de l'unité italienne, et, en même temps, la réforme de la Confédération germanique. {Bruit.

Si la Chambre juge que ces détails sont inutiles...

DISCOURS rARLEMEMAIRES.

Vois diveuses. Noû! — Parler! — A lundi! — La clâlure!

M. Jules Favke. J'en demande pardun à la Chambre, mais j'ai encore à la retenir qd peu de temps. {Parlez! parlez! A lundi! à lundi!)

M. TiiiEBS. Oui, à lundi!

M. Jules Favre, Je suis aux ordres de la Chambre. {ParUz! parlet! — A'on/ non! — A lundi! à lunili!^

Messieurs, il arrive assez souveut qu'à la l^n de dos séances la Chambre éprouve le désir, très-léîîilime, de terminer une discussion... {Bruit.) L'orateur doit s'associer à ce désir, rcspeclueux qu'il doit toujours élre vis-à-vis de la majorilé; seulement il arrive souvent que ce désir ne se concilie pas avec les forces mtfmes qu'on doit apporter h une discussion, {Le bruii continue.) Il se peut faire que,da cAté de l'orateur, il y ail une fatigue qui rende ses développements plus prolonpfés, et, du côté de la Chambre, une dispusiliou qui rende l'audition plus difficile.

uuEi.ouEs VOIX. iNon! non! — Parlez!

AUTRi-!> voiv. A lundi! à luudi!

M. LE PRÉSIDENT WAT.EWSki. le cousulte la Chambre.

M. TniEUs, de sa place. Pardon, monsieur le président; permetiei^ moi de faire une observation.

Je prie la Chambre de bien vouloir m' accorder ia parole lundi, et voici mon motif :

L'htmorable minislre d'Etal a contesté l'exactitude du tableau que j'ai tracé de la situation. En cela il a usé de son droit; mais je prie la Chambre de me permettre d'user du mien et de soutenir que le tableau qu'a tracé M. le ministre d'État est inexact.

Un MEMBiit. La Chambre jugera entre vous et te ministre.

M. Thikhs. Dans un couftit d'assertions contraires parfaitement légitime de la part de M. le ministre d'Étal, très-légilirae aussi de ma part, et en présence d'un débat d'une telle gravité, débat duquel le pays attend une lumière complète, je prie la Chambre de me donner la parole luudi. (Bruit.)

M. Jules Favre. Je ferai remarquer à la Chambre que je suis fati- (;ué. Je la prie de vouloir bien remettre à lundi la suite de la discussion. {Non! non! — Si! «.')

de

PRONONCÉ AU CORPS LÉGISLATIF DANS LA StANCE DU 18 MARS 18 67 ÀFr*lKES ii'allemaong (Smilt)

Messieurs,

Ma première parole eu remontant à cette tribune doit être un rcmerclment adressé à la majoriic de la Chambre, qui a bien voulu me permettre de donner à mon opinion le déveli)p])enienl qu'elle me parat&suil comporter. El eu cela, messieurs, la inajorilé a témoigné h la fuis, et de ses i^gards pour la minorité, ce dont la minorité lui est reconnaissante, et de son sentiment personnel sur l'importance du débat qui est en^jagé devant elle. .Nul n'en s'aurait contester la grandeur, cl tout de même que M. le ministre d'Ktal n'a pas cédé à une pensée de vanité puérife en faiï^aut l'éloge de sa propre politique, tout de même l'opposition, en la critiquant, ne poursuit pas le stérile avantage de justifier la justesse de quelques-unes de ses prévisions.

M. le ministre d'État a prétendu vous rassurer en éclairant le débat. Ouaul à nous, messieurs, nous essayerons de constater les faits accomplis^ de leur donner leur véritable caractère, ei d"cu tirer les conséquences «pi'ils contiennent, convaincus à la fois que de graves fautes ont été commises; que ces fautes peuvent cependant être réparées; que peut-être il serait trop tard si l'on poursuivait la voie où l'on est engagé, mais qu'il est encore temps de s'arrêter ou de revenir.

Vous vous rappelez, messieurs, comment, m'étudiant à suivre le discours brillant de M. le ministre d'Etat, j'ai successivement parcouru les événements qui ont marqué l'année I8fi6, que je ne veux P'ds dire fatale, pour ne rien exagérer, mais que tout le monde rac pcnneltra d'appeler redoutable pour les intérêts de la France.

niscouns parlementaires.

.rai essayé de dt^montrcr qu'une fois au moins le cabîaet, dans le conflit dimû-;ïlleiiiand, avait manqué l'occasion qu'il doit regretter, — si mes observations sont justes, — de maintenir la p.iix du monde en unissant son effort à «clui delà Grande-Bretagne et de la Russie; que si, en 18tM, dans les conférences de Londres qui ont suivi le» victoires de la Prusse et de rAutriche, le cabinet français avait insisté d'abord pour l'exéculion des traités, ensuite pour que l'on consultât les nationalités, c'était là, messieurs, un fait dont assitrcmcnt il fallait lui savoir gré ol auquel nous ne pouvons élre indifférents, mais qui n'avait pas la puissance de détourner le cours des événements qui allaient définitivement s'accomplir. Et c'est surtout celte année 18(>6 et la politique qui a été suivie par le cabinet que nous devons soigneusement interroger.

Vous vous rappelez i|uellesoDt été, à cet égard, les complications de M. le ministre d'État. Elles étaient trop graves pour ne pas vivement vous frapper. Il est évident qu'à ce moment la situation de la France élail siagutièrcmcnt embarrassante, et, en effel, elle devait protéger des intérêts et des passions tout à fait conlradicloires. Du côté du midi, et quand elle se demandail quelle devait être son altitude visà-vis de ritalic, clic était uécessairemeui l'adversaire de l'Autriche; el elle ne pouvait être l'adversaire de l'Autriche qu'en étant ainsi l'alliée indirecte de la Prusse. Mais passait-elle les Alpes, la siluatioa changeail, cl alors elle inclinait à soutenir la politique autrichienne et à combattre les envahissements de l'arabiiion prussienne."

C'est celle situation que M. le ministre d'État vous a exposée avec son habileté accoutumée, et il vous a dit que le cabinet français avait persévéré à demander que l'Italie fiH complétée par l'anneiion de la Vénétie. Ce n'est pas à coup silr, des bancs sur lesquels j'ai l'bon- ■ neur de siéger que viendra une objection quelconque contre cette déclaration de M. le ministre d'État. Faire obtenir la Vénétie à l'Italie était une prétention à la fois conforme aus intérêts el aux engagcmeuts de la France. La France, en effcl, n'était pas libre dans cette «luestion, et c'est ici qu'apjiarait pour la première fois une révélation singulièrement grave et qui frés-rertainemcnf vous a vivement impressionnés. M. le ministre d'État vous a dît : Notre situation ciU été tout autre, si, au commencement de Tannée 18fi6, la Vénétie avait appartenu à rilalic; Fltalie a été ainsi conduite à se tourner du côté de la Prusse et à contracter avec elle une alliance qui a été pour nous une fâcheuse complication.

Je demande à M, le ministre d'État la permission de lui répondre qu'il n'est pas possible de dégager la responsabililé du r;ibinet de l'un ou de l'autre de ces faits.

Huant au premier, si la Vénétie n'appartenait pas à l'Italie en 1866,

1(t MARS 1667. 187

c'est que l'œuvre de l.i guerre de 1859 était demeurée iacomplète. Je sais I>ieu que plusieur*^ fois un a célébré la sagesse de celui qui dirige les destinées de la France et qui, calme dans sa victoire, s'est arrêté à Villafranc-a, maigre les avantages à peu près certains qu'il pouvait encore obtenir, malgré les généreux fréiiiissemcnis d'une armée qui ne dcniaodail qu'à marcher à rcnnemi; mais, si je ne me trompe, ces déclarations, que nous avons toujours romballues, ont reçu de la part de M. le ministre d'État dans ta séance d'avant-hier un soJcnuel démenti.

Je sais bien qu'on répète, et c'est là une déciaralion que je voudrais voir éclaircir une fois pour foutes, que la paix de Villafraaea été une nécessité foui aussi bien qu'un acte de sagesse; qu'on n'a pas voulu compromettre la fortune de la France dans une guerre qu'elle allait engager non pas seulement contre rAutrichc, mais bien contre rAllemagne tout entière.

Quant à moi, je suis autorisé à révoquer en doute de pareilles assertions... [ProUslathns à la droite et en face de l'orateur. — Trh" bien! à sa gauche,)

Voilà ma raison, messieurs; elle sera certainement la vôtre, puisque nous n'avons rhatniudc de puiser les éléments de nos convictions que dans des pièces oFficiellc^.

Où est celle par laquelle la Prusse a fait connaître sa volonté d'intervenir? El en vérité, il faut en convenir, la Pru.sse, cette fois, eût été bien mal conseillée : elle aurait oublié tout ce que M. le ministre d'État disait très-bien à la séance d'avant-hier de sa vieille hostilité et de son désir secret d'abaisser la maison d'Autriche; elle se serait portée à son secours quand cette maison d'Autriche était aux prises avecdetels embarras? Attaquée à la fois par Tltalie et par la France, la Prusse serait allée verser son sang sur les champs de bataille pour la sauver ! Ceci ne peut être admis par aucune personne sensée. {Interruption et rumeun diverset.)

Nous ne savons rien, messieurs, que ce qu'on a bien voulu nous apprendre, de cette paix de Villafranca ; mais la rapidité même des négociations et de sa conclusion peut nous faire croire que celui qui l'a accomplie a obéi à un tout autre sentiment : peut être n'a-t-il pas voulu prolonger l'effusion du sang français; peut-être a-t-il jugé, et je le reconnais très-loyalement, ce sont là des appréciations qui appartiennent surtout à ceux qui ont le périlleux honneur de commander des armées, qu'il était en face de dangers considérables à surmonter; peut-être encore, dans cette courte entrevue qui l'a rapproché du chef d'un autre empire, a-t-iï été touché par l'étendue de son malheur, par s.t jeunesse, par ce je ne sais quoi qui s'échange entre deux natures généreuses... (L<'y^reniFneiir.)Tout ceci, messieurs,

IhB

DISCOURS PARLEMEXTA1RES.

pst possible ; mais ce que j'affirme, n'est (ju'il est contraire à la nature

«:es choses que uuus eussions jamuis eu «levant nous les contiDgenls

allemands. C'est là uu fantôme qu'on a fait sortir du domaine de la

f.iQtaisie, afin d'expliquer et de justifier des actes qui èlaient compro-

meManls pour les jntér<>ls de la France, {l'ives dénéijaihns à dmiie et

in fil fil tki'orateur. — Très-bien! trh-bitn .' à sa gaucJu .)

In membre C'est rAllema^jue tout entière qui ertt été là!

M. Jules Favde. Aujourd'hui, messieurs, il ne saurait être contesté.

cl M. le ministre d'Etat a été le premier à le rrconnallrc, que si notre

iruvrc ciU été achevée à Yillafranca, ta .situation actuelle devenait]

impt^ssible...

ijrn.QUES VOIX A LA GAUCHK DE i.'oBATEUR. C'est évident !

M. Jules Favre Elle devenait impossible précisément parce qat

l'Italie, complétée par l'annexion de la Vénétie, n'aurait jamais soogié ;i demander son secours à la Prusse.

Ici, messieurs, permettez-moi de ne pas être vis-à-vis de M. le misiislre d'État aussi plein de coofte.sccudance que la majorité pourrait le supposer. Il vous a parlé du traité qui avait éié conclu entre l'Italie et la Prusse comme un de ces événements qu'il était impossible d'empêcher. Je suis bien loin de le reconnaître, et il rac semble que noas aurions joué vis-à-vis de l'Italie le plus siuîïulier. et eu même temps ie plus détestable des rôles, si nous n'avions pas au moins conservé le droit de la conseiller et de contrôler ses résolutions. Uuoi! l'Ilalic. «juand nous l'avons affrancbie par nos trésors et par notre sang, .-•erait complètement libre desesalliaucesî Elle pourrait les contracter sans nous consulter! M. le ministre d'Èlai n'oserait pas dire qu'il ne l'a pas été sur les uéfçociatious ijui ont précédé le traité conclu entre l'Italie et la Prusse. Et savez-vous pourquoi ce traité a été possible? i>avez-vous pourquoi il a été signé sous les yeux et avec le conscnlement de la France? C'est que, dans tous le cours des événements qui ont marqué cette année 18(i.<i, au nioijis Jusqu'à la bataille de badowa, le cabinet français a manqué d'une politique Fnmclie et résolue.

M. Gkamer de Cassagnac. Je demande la parole. M, Jules Fa\R£. ... ]| a tout ménagé, tout encouragé, pour tout déserter et tout abandonner ensuite. {Allons donc' allons donc !) Ouelques voix a la r.AL=cHE DE l'orateur. Très-hieu ! M. Jules Favre. Nous ne pouvons pas .«avoir ce qui s'est passé entre M. de Eiismarck et le chef de l'État; nous en sommes, sur toutes ces choses qui intéressent si grandement le pays, aux mêmes conditioDS d'ignorance que pour les néf^ociationsde Villa*ranca,

Mais ce qu'il ne nous est pas permis de connaître d'une manière précise, nous pouvons l'apprécier avec les lumières du sens conainun.

te MARS 1867. têi

Or, je ne serai déracnli |mi' personne quanfl je dirai que M. de Bismarck n'est venu en Frautc que puur y Iromer un appui, et (|uand j'ajouterai que la politiqueel la prudence conscillaienl de le lui refuser. On a parlé de M. de Bismarck en terme:v qui mil varié uvec la fortune ; jedemande la permission deconserver surcellianiine d'Klat l'opiniou que j'exprimais l'anuèe dernière. Sans duute, messieurs, vuus m'appruuverez tous, elle ne doit se traduire à cette Iribuucqu'avcc la déférence queuuus devons aux hommes d'État des pays étrangers. Ilucnous Iest pas cependant drfendu de juger leur caractère par leurs actes. M. tiAR\iEEv-PA(;Ès. Tr<^s-bien!

M. Jule.s Favre. Hue M. de Bi.smarck soit un grand patriote prussien, que les derniers événements aient révélé en lui des qualités que beaucoup pouvaient ne pas soupçonner, que ces qualités soient éclatantes et exceptionnelles, je suis prêt k te concéder; mais quand it est venu en France, il était surtout signalé par un irait caractéristique qu'il n'a pas perdu, qui le marque à l'heure où je parle, (|ui fuit à la fuis sa force et sa faiblesse : il était le contempteur du droit.

M. (iARNiER-PAr.Ès. C'cst ccla !

.M. .Iules Favre. Il parlait avec orgueil de rabaissement du parlement prussien devant ses volontés souveraines. Or, un pareil homme d'Etat ne pouvait être que dangereux auprès du chef d'une nation qui se régit d'après des prinripes libéraux.

• M. de Bismarck ne pouvait apporter que de mauvais conseils et de dangereuses inspirations; il fallait à tout prix lui refuser tout concours, nui osera dire que telle était, ou que telle ait été la ligne de conduite tenue vis-à-vis de lui? M. le comte de Bismarck n'a été encouragé dans ses espérances que parce qu'il a permis d'en concevoir d'autres. Kl peul-^tre, à ce moment où s'échangeaient ces secrètes et si importante.s pensées, y avait-il au fond de VAmc des deux négociateurs des réserves réciproques dont M. de Bismarck a seul usé. [Bi-uit.]

M. nu MiRAL. Je demande la parole.

M. Jules Fa VUE. nuoi qu'il en soii, ce que l'histoire a enregistré, ce qui est maintenant un fait indestructible, c'est que le traité signé entre la Prusse et l'Italie n'a pas pu l'être sans le consentement et sans l'aveu de la France. La France n'avait pas pu achever son œuvre en donnant la Vénétie au royaume d'Italie; elle n'était pas fâchée que cette responsabilité pesAt sur une autre, elle devinait à merveille qu'une conflagration devait s'ensuivre; mais, dans cette conflagration, elle avait prévu les victoires del'Aulriche, la Prusse devait être humiliée, et quant à la France, elle devait pousser jusqu'au Rhin.

Voilà, messieurs, quel a été le secret de la faiblesse de la politique française. {Rumeurs.)

UISCOURS PARLEMENTAIRES

Je di»ais (uul â Fhcurc qu'elle avait muuciuè de franclu'c, je lui fais i^urloui le rcprorliu d'avoir uiaiiciuc de désintércsseiiienl : la Fruuce, au lieu de proihiiner très-uoUeiueiH que, .satisfaite de ses fronlièrel el oc songcanl qu'à sa graudcur iiilcrieure, elle vepoussait cutnm UD daQ{;er, comme udc sorte d'atteinte portée à son principe, toutt; espèce tic prupusititMis qui lui seraient faites pour a[;raDdir sou icrrituire; la France a dit, par l'orijancdc sou cabinet, tout le contraire.

En effet , messieurs , vous n'avez point oublié cette solenoellé .s(^aucedu 12 juin, dan!; laquelle on a dcraaurlé au Corps léjjislatif le sacrifice de sa parole, je ue dirai pas de son upiniou, mais au moins de la manifestation publique de celte opinion-, tous, je vous adju de me répoudre , vous avez obéi à un sentiment patriotique : vouf avez pensé (|u*cn présence des {jravcs dangers qui pouvaient menacer l'Europe, rien n'était plus convenable et plus sage que de remettre les destinées d« noire pays entre les niaius de celui que la constitution avait chargé de commander les armées, de faire les traités, et de veiller à la sécurité extérieure.

Tout à l'heure, messieurs, revenant sur cet incident, j'aurai occasion de vous dire plus nettement quelle est ma pensée; à l'heure où. je parle, je me contente de constater les faits. Or, vous ne l'avez pas oublié, dans cette séance du 12 juin, on a présenté le prof^ramme de la politique française écrit par la main même de l'empereur, et il n'y avait pas à se tromper à de semblables déclarations; <]uclle que fût la modération de la forme, le fond apparaissait, el l'Rurope ne s'y est pas trompée^ comme vous allez le voir. Comment en aurait-il été autrement lorsque, dans ce document, je lis ce qui suit :

" Monsieur le ministre, au moment où semblent s'évanouir les espérances de paix que la réunion de la conférence nous avait fait concevoir, il est essentiel d'expliquer, par une circulaire aux ag^cnls diplomatiques h l'étranger, les idées que mon gouvernement se proposait d'apporter daus les conseils de l'Europe et la conduite qu'il compte tenir en présence des événements qui se préparent.

^ Celte communication placera notre politique dans son véritable jour. »

C'est donc là, messieurs, je ne dirai pas le plus important des documents, c'est le seul que nous puissions consulter. Le gouvernement nous a demandé le silence; vous lui avez donné une pleine confiance; tout s'est passé entre l'empereur et .son cabinet.

Voilà la politique dessinée de la main même de celui qui tient l'épée= et la plume de négociateur :

" Si la conférence avait eu lieu, dit l'empereur, votre langage.voQS le savez, devait être explicite; vous deviez déclarer en mon noi que je repoussais toute idée d'agrandissement territorial , tant qui

18 MARS iiiùî.

fréquilibrc européenne serait pas rompu. En effet, nous ne pourrions songer à l'extension de nos frontiiTes, que si la carie de l'Europe venait à ùtre modifiée au profit exclusif d'une grande puissance, et si les provinces limitrophes demandaient , par des vœux librement exprimés, leur annexion à la France. »

Cette politique, messieurs, je oc saurais la partager, et, je l'avoue, j'ai le presseutimeul que si elle avait été librement discutée dans cette Assemblée, elle n'aurait pas reçu l'approbation de la majorité ; la majorité n'aurait pas voulu, en de telles éventualités, au milieu de questions et de complications si graves, que par un sous-entendu, l'Europe, ou plutôt l'Allemagne, vil se dresser devant elle ce fantôme dont on a tant abusé, de la conqiuMe Française, s'élendant jusqu'aux rivages du Rhin, et jusqu'à la vieille cité rie Cologne. {Trèsiien! à la ijauche de l'orateur.)

Ceci, messieurs, se trouvait cependant textuellement écrit, et à côté de ces lignes le programme couipb-tait la pensée impériale en disant a quelle cuniiition il était possible de maintenir la paix et re qu'il fallait sauvegarder malgré la guerre.

•' Le conflit qui s'est élevé a trois causes :

« La situation géographique de la France ma! délimitée ;

k Le V(EU de l'Allemague denutudaut une reconstituliou politique

- plus conforme à ses besoins généraux; u La nécessité pour l'Italie d'assurer son indépendance nationale. u Les puissances neutres ne pouvaient vouloir s'immiscer dans les

«i affaires intérieures des pays étrangers ^ néanmoins les cours qui •• ont participé aux actes constitutifs de la Confédération germanique •* avaient le droit d'examiner si les changements réclamés n'étaient •« pas de nature à compromettre l'ordre établi en Europe.

« Nous aurions, eu ce qui nous concerne, désiré dans les États

- secondaires de la Confédération une uuiou plus iutiiuc, une orga- < nisatiou plus puissante, uu rùle plus impurtauC; pour la Prusse, « plus d'homogénéité cl de force dans le Nord; pour l'Autriche, le

• maintien de sa grande position en Allemagne. Nous aurions voulu

• en outre que, moyennant une compensation équitable, l'Autriche « pùl céder la Vénéiic à l'Italie; car, si, de concert avec la Prusse et

• sans se préoccuper du traité de 1852, elle a fait au Danemark une « guerre au nom de la nationalité allemande, il me paraissait juste » qu'elle reconniU eu Italie le même principe eu complétant Tiudé- « pendance de la Péninsule. "

Il n'y a ici ni ambiguïté lit équivoque. Ce tangage qu'on aurait tenu si le congrès se fitt assemblé, il est l'expression de lu pensée de rernpcreur, et, par conséquent, il est son programme politique; or, ce pro|;rainrae politique, le voici : une orgauisaliou plus ferme, plus

IHSCOUnS PARLEM E>T.\IHES.

inric^ pendante, plus homogène pour la Confédéralion (germanique; l>our la Prusse, plus de puissance du côté du Nord, pour rAulrichf, le mninticn tir s;i jfrando positinu en Vlf(;maifne, et. quant à l'Italie, îa cooqui^le ou plutôt l.i cession de la Vcuétie.

Telles sont les conditions qui ont été posées dans cette i^ance mémorable et qui ont été cnrefîislrées par votre vntc de confiance

J'ai dit que si vous aviez élc uppelés à manifester votre pensée. vous n'auriez certainement pas accueilli les nscrves dont ce programme était acL-ompaffué; mais (luant au pru[vramme, le voilà clairemciit et nelleriicnl formulé.

Ce n'est pas tout :

Non-seulement la Cliambre avivait pas été appelée à faire coanattrc sou opinion sur ce document imporinul, mais encore, — et vous ne l'avez pas ouhlié davautaf^e, tant les circonstances étaient graves! — dans la séance du ;t mai nous étions appelés à examiner la question de coulingent militaire Celui qui avait ouvert la discussion était l'illustre cl puissant orateur qui me précédait, il y a (fofl- (|ues jours, à cette tribune; vous vcvus étiez tous associés à ses sentiments. Ces senlimcnls eiprimaicnl un vteu de paix reposant sof' l'intégrité territoriale de la France, sur la pensée que tout désir de conquête était imprudent et coupable de la part de ceux ([ui rlirigeaicnl ses destinées.

Ou'arrive-t-il^ trois jours après, alors que la Chambre, eutr.imrc par ks sentiments qui avaient dominé ses résolutions et qui les domi- □aient quelques jours plus tard, à la date du 11 juin, avait gardé le silence, le chef de l'Étal fait entendre un langage qui est en complète contradiction avec celui que vos apprulualious avaient consacré, cl dans un document public qui a eu, vous le savez, et qui devait nécessairement avoir un immense retentissement, il prononce ces paroles significatives ;

" J'ai rl'aillcurs, envers le déparicmcnl de l'Yonne, une dette de » reconnaissance à acquitter : il a été un des premiers a me doDoer « ses suffrages en IMS-, c'est qu'il savait, comme la grande majurilé « du peuple français, que ses intérêts étaient les miens et que je « détestais, comme lui, ces traités de tSlô, dont on veut f iire aujou^ « d'hui Tunique base de notre politique extérieure.

" Je vous remercie de vos sentiments. Au milieu de vous jo respire <t à l'aise, car c'est parmi les populations laborieuses des villes cl de* " campagnes que je retrouve le vrai génie de la France. •

Ne croyez pas, messieurs, que je mette ces dernières paroles vos yeux pour exciter en vous des susceptibilités qui seraient ci dant bien naturelles. [Exclamations ironiques sur divers bancs,)

Plusieurs membres. Nous qc les éprouvons pas !

M. Jules Favre. Vous ne les éprouvez pas! Je les ai éprouvées pour ma part, el j'avoue que je ne comprends pas qu'on puisse ainsi, par prctôrilion, jeter des paroles provocantes à uu grand corps de l'État sans tju'il s'eo trouve offensé. (Approbation â la (fauche de l'oro' teur.) Si je relève ces paroles, c'est surtout à cause de l'effel qu'elles ont produit eu Europe; car, lorstiuc rcnipereur, trois jours après le vote, qui de la part du Corps léf^islatif avait luauiFesté uue pensée énergique de paix et d'intéprilé territoriale, allait se placer au milieu des |)ojiuIalii>ns des campagnes, dctlaratit qu'elles rcpréseuteut seules le géuie de la France, et disant qu'on eu avait assez de la politique du Corps législatif, car c'est la politique du Corps législatif qui est ici désignée, de celle polilitiue qui s'appuyait sur les traités de 1815, lesquels étaient des traités détestés, je dis, messieurs, que c'était en définitive une somniatiou à l'adresse de l'Allemagne pour qu'elle cédât les bords du lîhiu. C'est bien ainsi quelle Ta compris; ces paroles unt précipité les événements, et il n'a plus été possible au gouvernement de la Prusse de contenir renthousiasmc de la nation, qui jusque-là avait été hésitante. (Réchmatiom diverses.)

Nous voulious, messieurs, soutenir l'Autriche, et uous vcuious au secours de son puissant adversaire; nous y venious précisémciU parce que l'empereur tendait la main d'un imHc à rAutriclic, et de l'autre à la Prusse, parce qu'il voulait que la Vèuélie cédée liU à l'Ilalic, parce qu'il avait eucouragé M. de Bismarck, clque ccpendanl M. de Bismarck rencontrait sur le champ de bataille l'opposition de ia France, et lorsqu'il dirait, dans le document que je viens de vous lire, qu'il voulait que l'Autriche conservât dans la Confédéral iou germanique uue position proportionnée à sa grandeur, d'un autre eùté le discours d*Auxerre, complété par la lettre du 11 juiu, et qui .i été ta pensée flamboyante au milieu de toutes les réserves duui cllt: était environnée-, le discours d'Auierre éclatait comme une menace adressée à l'Allemagne, et vous verrez qu'eu définitive il a singulièrement favorisé les résultats que M. de Bismarck a obtenus.

Ce qu'il y a de certain, c'est que les dépêches diplomatiques out répété, du moins en substance, les déclarations que uous lisons dans la lettre du It juin 1866.

Je faisais tout à l'heure à M. le ministre d'Etat uu reproche que je maintiens, c'est d'avoir souffert que la Prusse traitât avec ritalic.

M. le minisire d'État vous disait que la France avait demandé l'ouverture d'un congrès. Cela est vrai; le cabinet était animé à ce iDoment des intentions les plus louables. Mais croire à Tcffjcacité d'un congrès dans de .semblables conditions, c'était, à mon sens, se nourrir de chimères. L'Autriche ne pouvait par la simple persuasion abaudoimer uue de ses plus belles provinces; mais si la France lui m. 13

DISCOURS PARLEMENTAIHKS.

avait moQtré la pointe de soa épée, à cuup sûr cite n'eût pas hésité. (Inltrruption. — Afouvemenis diiYm.) Si le droit i)rrioniiait à ia France d'aller jusque-là , et M. le iniDiïtrc d'Élal l'a reconnu, si la France portait la peine ou des résolutions ou des nécessités de Villaftanca, si l;« France souffrait parce que l'Italie, pour se compléter, avait des dispositions à se tourner du c6té d'une autre puissance, c'était à elle à accomplir cette œuvre ; elle ne devait pas en laissée le solo à la Prusse. Je suis convaincu, messieurs, que si la France avait tenu uu lan(jaçe net et ferme à l'Autriche, celle-ci n'aurait pas persévéré, elle aurait cédé de grand cœur, et je suis autorisé à dire que des négoci;>tions avaient été ouvertes daus ce sens, et qoe l'Autriche a propo^i'. bien avant le mois de mai I86G, l'aliandon de la Vénétic à la France, à la condition que la France b soutiendrait vis-à-vis de la Prussr. La Fraucc s'y est refusée précisémcul parce que le cabinet ne voulait prendre aucun p.trti , se réservant toutes les éventualités, allendaui tout de la fortune, et vous voyez, messieurs, combien peu ses prévisious oui été justes!

M. le ministre d'Étal a parlé à la séance d'avaiit-hier de» angoisses palriotiqucsqui l'avaieni saisi lorsque le champ de bataille de SadowJ avait été couvert île prés de 4<>,000 Atrlrichiens. Ah ! je les compreuds, messieurs, ces angoisses, car c'était là la cuodanination la plus éda» taolc de la politique suivie par le cabiiicl, c'i'tait la ruine de ses espérances, et il était bien certain désormais qu'en se retirant victorieuse du champ de bataille, la Prusse n'aurait plus oui souci des négociations auxquelles M. de Bismarck s'était livré. La partie était perdue pour nous et pour rAutriclie.

On nous dit que cependant nous avons obtenu que le vainqueur s'arrêtât aux portes de Vieune. Cela est vrai; nous avons sauvé la capitale, mais nous avons abandonné la cause, et en quels termes? En vérité, messieurs, il est utile de les rapprocher de ceux de la lettre du 11 juin cl des dépêches qui la confirment. Vous allez voir avec quelle philosophie le jjouvernement Français semble prendre soo parti du bouleversement complet de loutes ses résolutions.

Il fallait que ta Prusse devint plus forte du cAté du Nord -, il fallait que la Confédération germa ni(|uc conquit une indépendance véritable ; il fallait que l'Autriche couservAt une grande position en Allemagne. Eh bien! la Prusse va désormais régner sur l'Allemagne du Nord; quant à l' Autriche, elle sera complètement chassée de la Confédération, et on ne lui permet d'être .illcraan^le que parce rjn'cllc conserve dans son sein 10 millions tlAllemands qui sont prêis à l'abandonner.

Et le 14 juillet I86fi, lorsque la victoire de Sadowa avait consacra ces grands résultats, voici (jjuel est le langage du cabinet :

L'intégrité de Fempirc autrichien, sauf la Vénétie, sera maintenue; l'Autrirlie reconnaîtra la dissolution de ranricnne Confédération germanique et ne s'i»ppQScra pas à une nouvelle organisation de l'Allemagne dont elle ne Fera pas partie. -

Je tourne la page et je vois : « Pour l'Autriche le maintien de sa grande position en Allemagne. »

Il ne s'était pas passé quelques semaines, — il est vrai que la vic^ toire avait prononcé, — et le cabinet français en était réduit à porter les arme.s au vainqueur!

Voilà son attitude, voilii comment il change de langage et de politique; voila comment il protège ceux qu'il disait être ses alliés! Cette malheureuse Autriche qui devait conserver une position importante en Allemagne, elle n'en fera même pas partie, et dans le volume qui nous a été distribué, on en prend également son parti par des phrases qui sont encore plus froides, s'il est possible; car je lis A la page 5 :

« Les États du Sud ont conservé le droit absolu de décider quels rapports existeront entre eu\ et de fîxerceuxqu'ils entretiendront avec la Confédération du Nord. L'Autriche, à la vérité, ne Fait plus partie de TAlIcmagne ni de l'Italie; elle a perdu une situation que les traditions historiques lui rendaient chère, mais à laquelle elle a sacrifié en plus d'une occasion sa force réelle et ses intérêts permanents. >>

\mV.{ celle pour laquelle nous faisions des vœuï; voilà celle dont la chute nous a causé de si grandes angoisses. On la proclame aveugle à cette tribune; mais, avant de la désavouer, on se consolait de ses malheurs en disant qu'elle ne faisait plus partie de l'Allemagne, La voilà réfugiée dans les pays slaves, comme le dit trt's-bien M. de Bismarck; elle pourra y trouver une autre capitale qui sera la vieille ville de l'raguc, et elle abandonnera ses 10 tiiillÊons de sujets allemands qui retomberont sous le sceptre de la l'russe.

Voilà, messieurs, ce que la France voit, avec rindifft'Tence que témoignent les documents que je viens d'avoir l'hotincur île racilre sous vos yeux; voilà des résultats qui conirasicni comiilétcmcut avec le programme du 11 juin, dont ils sont l'éclatant démenti.

Est-ce là une politique digue d'un grand pays? Je l'ai dit, et je le répète, je comprends à merveille qu'on se renferme dans ses frontières, qu'on s'occupe exclusivement des grands intérêts de sa nation, qu'on ait une politique dans laquelle on se rie de tous les événements du dehors ; mais quand on veut y jouer un grand r6le, quand on est négociateur, quand on convoque des congrès, quand on pose des programmes, les voir ainsi déchirés par le sabre et s'incliner devant le triomphe de ce qu'on attaquait, cela n'est pas français. [Vives interruptions et cris : A r ordre à C ordre ! sur un grandnombre debaïus. — Très-bien! très-bien! à la yauc/ie de t orateur,)

DISCOURS PARLEMENTAIRKS.

M. le comte Caffarelli. A tordre !ù l'ordre! C'est une indignité!

M. Jules Favrk. Si la Chambre avait été appelée à se prononcer sur de pareilles choses, elle les aurait blâmées tiauiemeat. {^^ouv^aux cris : A tordre! à F ordre!)

On a ajouté, il est vrai, qu'immédiatemeot après la bataille de Sadowa« tout était rentré dans l'ordre, que les léguions victorieuses de la Prusse n'avaient pas gardé tes territoires que cependant elles avaient su conquérir, qu'elles claienl retournées iuimédialemeul dans leurs foyers. Cela est encore vrai, messieurs, et c'est pour nous un prand exemple, qui doit nous prouver que pour vaincre dans des batailles rangées, on peut emprunter ses soldats à la charrue et â Tatelter, et les rendre à leurs travaux immédiatemcut après la campaf^ne. {Très-bien! à la (jaucht de l'orateur.) — Il suffit, pour les reudrc victorieux, de les animer d'un souffle patriotique, d'avoir à leur communiquer une pensée véritablement g;éiiéreuse, de leur faire comprendre le but vers lequel ils marchent.

Plusieurs membres. Très-bien!

M. Jules Favre. nuani à M. de Bismarck, en effet, s'il n'a pas conservé ses conquêtes autrichiennes, il n'y a pas renoncé. Et depuis, son attitude, son lanpajfc, peuscnt vous dénumlrer quelle est la force, quelle est rélcudue de sou anibitiim.

Permetlcz-raui d'insister uu inslani, pour bien préciser le rôle de cet homme (l'État, et celui qu'il impose à la Prusse. Ces constatations auront une utilité que, certainement, vous reconnaîtrez avec moi.

M. de Bismarck est un homme qui va vite en besojjue ; il connaît le prix du temps en politique comme en toute affaire.

C'est le 3 juillet que la bataille de Sadovva est livrée; ces! le l9 juillet qu'on si(;ne les préliminaires de la paix ou plutùt l'armistice; c'est seulement en septembre que le traité de paix reçoit une consécration définitive. Dès le Hî aortt I86«, M. de Rismarck présentait au parlement prussien la loi d'nnnexion sur le Hanovre et la Hesse électorale. Et dans quels termes? Messieurs, il est intéressant d'en rappeler quelques-uns, pour que nous puissions nou faire une juste idée de la pensée qui nous faisait face.

Voici ce que disait M. de Bismarck dans la séance du i 7 août 1866 :

« .Nous devons tenir les encadrements que nous avons pris sous ce rapport, et avant tout donner confiance dans notre parole. Mais nous ne croyons pas non plus ([u'il cilt été utile pour le moment d'aller plus bdn.

» Le gouvernement prussien est aussi animé d'une ambition assez forte pour qu'il soit ulile de la modérer plutùl que de la stimuler. ^

Nous sommes assurément du même avis, et il ajoute :

18 MARS fB67.

Cherchons d'abord à constituer une Prusse puissante, un puissant domaine de la couronne de l'État dirigeant.

« Le lien d'une union étroite par lequel nous voulons former TAI- Icmajjne du Nord ne sera pas aussi fort qu'une incorporation.

- Cependant, pour que Jcs races alliées, contraintes par leurs (jouverneinenls, ne puissent se tourner contre nos armes, il n'existe que deux ou trois moyens.

•^ Le premier est une incorporation et une Fusion complète avec la Prusse des populations, et particulièrement des fonctionnaires hostiles qui resteront attachés aux anciens fçouverncracnts.

" Le gouvernement ne croit pas devoir surmonter ces difficultés d'un seul coup, comme c'est l'usage tles peuples latins. '■

.\insi. à la hauteur, M. de Bismarck joint la raillerie, carc'est contre nous que l'épigramme est dirigée; < mais il procédera à la manière allemande, en ménageant les institutions propres à ces populalîons et en habituant celles-ci, |>eu à peu, à leur nouvelle situation ". Nous verrons] dans un instant ce qu'ont valu de semblables déclarations. Le deuxième moyen est le partage des droits de la souveraineté, c'est-à-dire l'action coiiibitiée d'un souverain militaire et d'un souverain civil.

- Contraints par les circonstances, nous devons chercher à appliquer celle méthode en Saxe. J'ai eu dans un temps une préférence marquée pour ce système ; mais d'après les impressions que j'ai reçues lor.s de la réorgani.saliou du Slcswig-Holstein, je crains qu'un tel système ne devienne une source de froissements qui pourrait survivre â l'éloignemeut ressenti par les pays annexés pour leurs nouveaux maîtres. >

Jusqu'ici, messieurs, on avait cru que la Saxe avait été ménagée i raison des relations étroites de parenté, et de t'intérét puissant que devait inspirer le monarque vénéré de son peuple, du front duquel la victoire faisait tomber la couronne. Pas du tout, c*«st une combinaison et rien de plus, et il est dit, pour qu'on ne s'y trompe pas : la Prusse montre des ménngemen»s en balayant ses ennemis de la carte, et tllc est tenue de remplir exactement sa parole.

Certes, ce langage n'a pu faire illusion à personne, et ceux vis-à- Vis desquels il était prononcé sentaient à merveille le gantelet de fer du fier diplomate qui s'imposait à leur délibération.

Ils ont essayé de protester, cl ils l'ont fait au nom d'une double autorité assurément bien respectable : au nom du droit et au nom du malheur.

Au nom du droit, on voulait annexer le Hanovre et la Hesse électorale; cl, comme on l'a dit très-éloquemraent à celte tribune, l'annexion par la force, c'est la conquête, c'est-à-dire le droit brutal et

sauvage; c'est le droil du plus fort, du victorieux qui vient occuper la terre vaiDcuc, qui s'y iroplaute nial{;ré les résistaoces, les deuils et les larmes.

C'est bien là la pensée de M. de Bismarck ; car, lorsque l'anaexioQ du Hanovre est proposée, une commission est nommée dans le Parlement; les Ilanovriens ont la simplicité d'y euvoyer des adresses, et ils espèrent qu'il leur sera possible de toucher le cœur et de S. M. le roi de Prusse et de son ministre M. de Bismarck.

Quant au roi de Prusse, il se retranche derrière des considérations Senlimeiitalcs, et avant même qu(^ le pariemeut prussien ait prononcé, il dit : V J'ai sérieusement pesé la mesure que vous désirez empêcher; parent de la maison de Hanovre, je n'ai rempli qu'an devoir très-douloureux eu me décidant à annexer le royaume.

Eh bien, je suis convaincu que S. M. le roi de Prusse aime assex son pays pour s'imposer beaucoup de douleurs de la même nature. (On rit.)

Quant au Parlement, il est saisi par le projet de M. de Bismarck oo plutôt par son discours. M. de Bismarck nous a appris dans un documenl tout récent et qui a été publié dans un journal de la semaine dernière , qu'il lui était difficile de rédiger des programmes politiques, et qu'il aimait mieux les exposer à la tribune. Eh bien, à la tribune, M. le ministre président du conseil a invoi[ué sans restriction en faveur de la Prusse le droit de conquête sanctionné, selon lui, par le droit des gens. Et les légistes de là commission du parlement allemand ou berlinois se révoltent; ils opposent des objections; ces objections, messieurs, elles ne sont pas tout à fait déduiguées, mais vous allez voir ce qu'on en a fait. Elles sout reléguées dans le domaine des théories, on va leur donner un dédommagement éihiqu^ Vous allez voir que je n'invente rien et que ce sont bien les termes dont s'est servi le rapporteur de la commission.

■ La commission a pensé que les déclarations précitées du gouvernement royal et de ses mandataires constituaient pour le moins un engagement «'//t/i/ue sérieux de rendre à ces populations une situation légale, satisfaisante et garaulie constituiionnellemcut. La commission n'a pas jugé le droit {jns quasitum) de la représentation de ce» pays de concourir à la décision relative à l'auuexiou, compatible avec la cessation de l'indépendance comme Étals de ces mêmes pays. ■

Il faut donc qu'ils s'humilient : la Hesse électorale, le Hanovre, ont le droit pour eux. Vainement le vieux roi de Hanovre adressertl-il à toutes les tètes couronnées une protestatiuii éloquente qui se termine ainsi :

■ Nous attendions les événements futurs, plein de confiance ea la justice de notre cause et animé du ferme espoir que la divine Provi'

deace ne tardera pas à mettre an terme aux machinations, aux iniquités et aux violences dont tant d'États et de peuples sont victimes en ce moment avec nous et avec nos braves Hanovriens. '

Cent là, messieurs, une plainte qui se perd dans les airs; elle n'est pas même recueillie par Técho des chancelleries, il a eu le tort d'être vaincu, il est le plus faible, il doit passer sous les fourches caudines de la Prusse ; quant à la Prusse, elle avait promis un dédommagement éthique, éthique, c'est-à-dire tout à fait théorique, un dédommagement dans le domaine des idées. Elle ne veut pas même l'accorder, et quand M. de Bismarck est consulté sur la question de savoir si l'on conservera aux populations annexées leurs institutions locales, M. de Bismark déclare qu'une semblable faiblesse est complètement inconciliable avec son pouvoir. Écoutez ces lignes, ce sont les dernières de ces citations :

y M. le ministre président déclara alors de nouveau que l'introduction immédiate de la constitution dans les nouvelles provinces était inexécutable. »

Je me trompe encore, messieurs, j'en demande pardon à la Chambre ; ce que réclamaient ces malheureux Hanovriens, en désespoir de cause, c'était d'obtenir au moins le bénéfice de la constitution prussienne-, on le leur refuse, M. de Bismarck ne trouverait pas ses possessions suffisamment garanties avec une semblable concession. Le gouvernement royal, a-t«il dit, désire, pour la durée de l'époque de transition, avoir non-^ulement le droit de promulguer des ordonnances royales comme il le fait en Prusse en vertu de la constitution, mais le droit d'exercer une dictature honnête, elles ont toutes la prétention de l'être, et c'est pour cela qu'elles sont toutes détestables, c'est-à-dire d'ordonner, pendant la dorée de l'état transitoire, tout ce qui serait nécessaire dans l'intérêt de ces pays, et d'écarter tout ce qui serait contraire à cet intérêt.

« L'organisation militaire prussienne doit être avant tODt introduite dans les pays conquis, afin de pouvoir utiliser en favcar de la Prusse la force militaire de ces pays. Le gouvernement doit se réserver la facolté de prendre des mesures à cet égard, parce qa'il connatt mieux la situation de ces pays, tjne le Parlement at oonfiaBce en Ini , d'autant plus qu'il ne peut être question ici d'âne différence dans le but qu'on veut atteindre, r

Et nous avons vu, messieurs, les conséquences de toate» ee» mesures dans les dernières séances, on danç Fane des dernières séances du parlement allemand, (ioei a été le langage de M. de BL^ marck en présentant cet exposé sommaire des moUH de la constitution? Il a dit : Il y a un point sur lequel je ne permets que l'action et non pas la délibénition, c'est celai qui touche à l'orgamâation

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DISCOITRS PABLEMENTAIREf.

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céc dans les maios de la Prusse. Le budget sera voté pour cinq ans; pendant einq ans, les continfjents seront enchaînés à sa politique; ttâ il tcrmiae «i phrase par celle loculion familière, pittoresque, mai* signifieativc : « Je ne vous demaûde qu'une chose, c'est de mettre l'Allemapne en selle ; quant à moi, je me charjje de la faire marcher. *

Rh bien, soyez-en sûrs, il n'y a pas de limites à cette insatiabli ambition, et précisément parce qu'elle représente la force, parce qi la force lui a réussi, parce qu'elle voit à ses pieds, dominées ( impuissantes, les protestations «îu droit . il n'y a pas de limites à sd désirs. Je comprends très-bien, messieurs, comment, après la batailN de Sadowa, après l'altitude de IVl. de Bismarck, l'empereur a été le' premier à pousser un cri d'alarme qui a profondément retenti dans le cfpur de la nation tout entière. Il a, en effet, par une note insérM au .^foniteur, annoncé qu'en présence des événements qui venaient dP s'accomplir, il était iodisiiensable que la France remaniai son organisatiou milifaire. Il a confii* cette [jravc étude aux personnages l( plus illustres dans les armes, à ceux qui par leur vie, par leurs sernc pur leurs exploits, par leur capacité incontestée, sont mieux à de comprendre et de résoudre toutes les difficultés qui touchent ror(çanisatiun des armées.

Après que cette commission eut fonctionné sous la présidenc même de lempereur. qui voulait ainsi donner un témniji^nagc éclatant de l'importance de ses travaux, le projet a paru dans le numéro, du Moniteur du 12 décembre ISfifl, avec un exposé auquel je voal demande la permission d'emprunter quelques lignes bien }îrave»( car, si je ne me trompe, messieurs, c'est peut-être la première fioiii depuis longtemps, que, dans un document officiel, le pouvoir pabHi ait été dans la nécessité de faire apparaître le fantôme possible df l'invasion. Voici ce que je lis dans ce projet : i

« Il se fonde sur celte considération que, pour conserver son raa^ en Europe, la France doit pouvoir mettre sur pied une armée dl 800,0(10 hommes. Dans ce chiffre sont compris les recrues exercée! dans les dépôts, les corps auxiliaires, tels que la gendarmerie, les iofin miers, les ouvriers d'admini<;^tration,les équipages militaires, et enflir les non-valeurs, tels que les hommes en jugement et aux hôpitaux.

- L'ne nécessité aussi évidente, c'est qu'à ces 800,000 hommes, il faut ajouter une force militaire chargée de protéger l'ordre à l'ii teneur et de défendre les côtes et les places fortes pendant que l'j mée est aux frontières. >"

Et, dans les dernières ligoe.s de l'exposé, la pensée se concenti elle devient plus claire et plus saisissante : ..• En résumé, le nouveau projet d'organisation n'est pas une II

accidentelle, variable suivant les cirtuaslanccs et la inobilité de rofùnion publique; c'est une inslitutioa ({ut <>r(janise d'une manière permanente les forces nationales. Il diminue donc ainsi le temps du service, il facilite les mariaf^es, il conserve à l'arnaée son excellente organisation actuelle; il donne à la France 1,200,000 soldats exercés, et n'augmente que faiblement les charges du budj^et; il discipline la nation entière en Tori^yatiisanl bien plus dans une vue de défense que dans un but d'agression, et la rend capable de défier toute invasion. * (.Wouvement.j

Oi'ELQUES MEMBRES EN FACE DE l'orateur. Eh bien, ccla cst justc!

M. Jules Favrk. Le moment n'est pas venu, messieurs, de s'expliquer sur ce projet ; mais il est permis, dès à présent, de dire que si la Prusse avait le dessein de nous causer un dommage, elle y a malheureusement réussi; et nous ne pouvions pas sentir plus cruellement l'atteinte de la victoire de Sadowa (|ii"cn nous trouvant dans cette nécessité, proclamée impérieuse, de remonter le courant des idées modernes pour aller chercher, dans je ne sais quelles traditions abandonnées du passé, une organisation complètement incompatible avec le génie actuel de la France. {Très-bien! à la gauche de l'orateur.)

Quoi! c'est après quinze ans de règne, lorsque la dette publique s'est accrue de 8 milliards (chwhotementi); c'est après avoir proclamé que l'Empire, c'était la paix; c'est après que nous avons été candamr>és aux guerres que vous savez, qu'on vient décréter que la France sera tout entière disciplinée, et qu'au lieu d'être un atelier, elle ne sera plus qu'une ciscrneV (Vives exclamations en face de l'orateur.)

M. Belmontet. Et l'indépendance du pays!

M, Jules Favre. Comme si ce n'était pas une négation des besoins des sociétés actuelles; comme si, en présence de toutes les conquêtes • de la civilisation et de la science, elles n'avaient pas une soif ardente de toutes les conquêtes de la pais; comme si ce n'était pas vers l'atelier, vers ta charrue, vers le cabinet d'étude {interruption], que chacun veut s'empresser, désirant ainsi répandre la lumière sur la patrie toat entière.

Ah ! je le déclare avec une conviction profonde, le jour où, comme le disait très-bien un de mes honorables interrupteurs, il a été reconnu qu'une purcillc nécessité existait pour conserver l'indépendance du territoire de la France, la France a fait a l'Europe entière le plus déplorable des aveux , elle a été réduite à confesser qu'il ne lui était plus possible de résister à la pression extérieure dont elle était menacée, et que, pour pouvoir conserver la .sécurité de ses frontières, I elle était forcée d'avoir recours à la levée en masse de tous ses

H enfonts. (Nouvelles exclamations à la droite et en/ace de l'orateur.) ^m Est-il possible, je vous le demande, de concilier un pareil état de

choses avec les <alisfactioos officielles dont j'ai trouvé l'einpreiuie dans les documents que j'ai mis sous vos yeux, avec les déclarations de M. le ministre d'Étal venant vous dire que les évéoements qui s'étaient accomplis en 1800, loin de miirc à la sécurité de la France, l'avaient au contraire aujjiuctitée; qu'avant 1866, elEcéUiîleu présence de 7& millions d'habitants que la Confédération pouvait réunir sous ses lois; quanjourd'liui rAIlcmague était divisée eu deu\ irunçons : l'un au nord, composé de ^7 millions ; l'autre, à peu près égal, rejeté au sud, et qutf, par conséquent, nous n'avions plus qu'à monter au Capiiole et à rendre {jrâces aux dieux?... (H>res ironiques sur plusieurt hunes.) Nous n'y moutcroos pas seuls, en tout cas; nous y serons escortés par les 1,200,000 hommes que vous déclarez indispensables . pour que nous y puissions remercier ces dieux, {Exclamation* sur »m ', (/rand nombre de bancs. — Assentiment sur quelques autres.) :

Quelques voix. Assez! as,sez!

M. Jules Favre. Quant à moi, messieurs, il ne m'est pas possible de . ne pas être à la fuis affligé et inquiet d'un semblable résultai et d'une si meuai;aute éventualité. Ce n'est pas assez, je l'ai dit en couimcnçant. de signaler les fautes commises, il faut en indiquer d'un mot la cause [bruit); car, ainsi que le disait dans son élotiucnt discours l'honorable M. Thiers, quand ou a saisi la cause d'un mal. ou est liien prés d'en découvrir le remède. (Mouvement.) Et il ne me parait pas que jamais, dans aucun pays, les fautes qu'ont pu cnmmcttre des gouvernements aient été entourées d'une évidence plus pleine d'enseignements,

Ces fautes, permettez-moi de le dire, messieurs, nous en sommes tous responsables ; je veux parler ici du Corps législatif, dont je ne me .sépare pas en tenant ce langage. Et il faut eu rechercher la raison d'être, non pas dans telle ou telle résolution diplomatique, non pas dans telle ou telle complication accidcnlelle, mais dans un système général el dans nu eu.sea]ble de faits politiques qui frappent toutes les consciences quand on les veut interroger. [Adliésion à la ganchr de l'orateur.)

Ce système général et cet ensemble de faits politiques, je VOUS demande la permission de vous le direavec franchise, je les caractérise d'un mut : c'est l'effacemcuE de la volonté du Corps législatif (murmwes) devant la volonté prépondérante d'un seul. [Exclamatiotu en face de l'orateur. — Très-bien! à sa gauche.)

Voilà, à mou sens, quelle a été la cause de ta situation dans laquelle la France se trouve à l'heure où je parle. (Murmures et bruit prolotigé.)

Ed teniinl ce langage, je n'offenserai, j'en ai ;iu moins l'espérance, aucune des susceptibilités constitutionnelles de mes honorables auditeurs.

l'N MEMBAE. Nous l'espéroDS !

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