lOrr.LET I
ce soit, ni d'un député ni d'un ministre. On peut se tromper, mais la sincérité ne doit pas être mise en doute. {.4stentiment.)
M. Jules Favre. Je n'ai pas dit cela, je n'ai pas parlé de véracité. Il me sérail parfaitement possible de rae servir d'une expression qui traduisit mal ma pensée, et s'il en était ainsi, je n'aurais aucune espèce de répufînance à la relirer; quanta celle que j'ai prononcée, je la maintiens. [Oh.' okf)
J'ai dit que la parole de M. le ministre d'État n'était pas exacte ea ceci : M. le ministre nous a dit souvent qu'il y avait des raisons d'État qui déliaient des règles ordinaires. C'est probablement, messieurs, une situation pareille qui Ta autorisé à faire la réponse que je preuds ta liberté de rappeler. Mais, quant à croire que M. le ministre n'ait pas eu sous les yeux, qu'il n'ait pas lu, (ju'il n'ait pas médité les pièces officielles, je suis bien silr que personne ne peut s'y condamner dans cette enceinte. (BruiLi divers.) ' Je n'ai rien à reprocher à ces pièces offtcielles, puisque nous ne les avons jamais connues; mais permettez-moi de dire qu'il y avait U an indice fort grave, car les bulletins officiels qui sont signés par nos braves généraux, peuvent, et cela est tout simple, contenir des renseignements qui ne soient pas toujours parfaitement exacts-, un chef de corps peut lui-même n'iMrc pas bien informé; au milieu des hasards de la guerre, il peut être te premier trompé.
Mais, messieurs, sur la situation générale du pays, il est impossible qu'il se fasse illusion; lorsqu'un ofâcier général intelligent, à la tète d'une armée, chargé de cette lourde responsabilité, ayant à défendre l'honneur du drapeau français, étudie ce qui est autour de lui et rend compte de ses impressions, ces impressions sont conformes à sa pensée ; c'est cette pensée que nous avons un grand intérêt à connaître : nous ne l'avons jamais connue, et si Je voulais, messieurs, me livrer à un travail qui serait aussi fatigant qu'il pourrait vous paraître stérile, et qui cependant serait, après l'événement consommé, rempli d'utiles enseignements, je pourrais mettre sous vos yeux les bulletins de quinzaine qu'on rencontre dans le Moniteur, et partout vous y verriez le témoignage d'une satisfaction qui o'a jamais reçu le moindre démenti. Tout est pour le mieux; nos armées avancent et sont victorieuses...
Plusieurs voix. C'était trè.s-vrai !
M. Jules Favre. Non-seutement elles sont victorieuses, mais encore elles sont accueillies par un sentiment de contentement général de la nation.
Le prince qui est parti en 1864, malgré nos représentations, et quoique l'honorable M. Thiers vous ait montré du doigt l'abime dans lequel vous le précipitiez, ce prince, à peine a-t-il posé le pied sur la
lU.
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DISCOITRS PARLEMENTAIRES.
terre du Mexique, qu'il est, suîvaui vos articles, l'objet d'une véritable
adoratioD... {Interruptions diverta.)
Il semble que ce soil un messie qui était atlcndu par la population ; il est l'objet de remprcsscmeot de tous; on ae peut avoir aucune espèce de doute sur le triomphe de son entreprise.
Je ne veux pas, je vous le répète, vous fatiguer par la lecture des nombreux articles du ÂlonUeur; niais ces articles recevaient à cette tribune le commentaire éloquent des paroles enflammées de M. le ministre d'État, que vous couvriez de vos applaudissements, et ces paroles, il importe d'en remettre quetqucs-uncs sous vos yeux, non pas, et je le répéterai après l'honorable M. Thiers, pour se donner le plaisir de vaines récriaiinatious. (Riret dubitali/s.) Si les uns et les autres, nous n'élevions pas nos âmes au-dessus de ces misérables sentiments personnels, en vérité que serions-nous? {.Voui^eaux rires). Quant â nous, au moins dans ecttc Assemblée, on peut nous rendre cette justice que nous ne sommes mus par aucune espèce d'ambition persouaelle [très^bien! à la yauche de /'ora/cur), et que ce u'est pas une compétition du pouvoir... {Interruption.)
Eh bient j'interroge le Moniteur; il rapporte la séance du 27 jan^ vier 1864. Le malheureux archiduc n'était point encore parti. Il était à Miramar. Vous savez quelles étaient ses hésitations; permettez-moi de le dire, elles ne venaient assurément pas d'une défaillance de cœur, il l'a trop aobicmcnt prouvé; mais, en même temps qu'il était l'objet des excitations des émigrés, il recevait des renseignements inquiétaots. De temps en temps, on faisait luire la vérité à ses yeux, on lui montrait la folie d'une entreprise qui s'appuyait sur les éléments les plus incouststanis, et à mesure qu'on multipliait les preuves des crimes du gouvernement mexicain, de fanarchie qui y régnait depuis un si grand nombre d'années, ou faisait naître en lui des inquiétudes bien naturelles, qui paralysaient ses résolutions.
11 ne m'appartient pas de dire comment ses hésitations ont été vaincues; l'histoire aura, à cet égard, une liberté plus grande ques celle dont je puis disposer à cette tribune.
Je reprends seulement ce qui, à celle époque, était dit par l'honorable M. le ministre d'Etat, précisément en réponse audis(^ours de l'honorable M. Thiers, qui prévoyait des embarras considérables, et qui tic pouvait admettre que jamais la France put abandonner l'empereur Maximiljeu.
L'honorable ministre d'État disait : >< Non! Dieu le conduira! Eh! messieurs, ce n'est pas la première fois que j'entends ces prophéties pessimistes : quand nous assiégions Puebla, au mois de mai dernier, avant que la nouvelle de la prise de cette même ville fût arrivée ea France, — prise qui ne fut pas trop tardive pour notre gloire, mais
trop Jardivc pour rexploUatiou que Faisaient de cette lutte les passions mauvaises dans le mouvement électoral, — on annonçait dans Paris et dans la France entière que les approvisionnements manquaient, que Puebla résisterait, que les forces françaises subiraient encore un nouvel échec et une nouvelle humiliation, l/hiimiliation, elle a été pour les pessimistes. »
El un peu plus tard, le 1 1 mai 1864 : « .Je ne crains pas de le dire, l'empereur Maximilicn a l'avenir de celte nation entre les mains. Qu'il se montre laborieux et résolu, dévoué à ces principes d'ég^alité et de liberté civile qui font la base des sociétés sagement démocratiques; qu'il répartisse sagement les attributions entre son gouvernement et les corps appelés à le contnMer; qu'il use de son pouvoir constituant de manière à donner satisfaction au pays, et alors il ne tardera pas à sentir ses efforts couronnés de succès, à voir grandir sous son sceptre une nation régénérée, un peuple nouveau.
a Oui, Dieu bénira cette conquête de la civilisation, et le peuple du Mexique, relevé de ses humiliations, devenu vraiment libre, acclamera, dans le même élan d'enthousiasme et de reconnaissance, l'empereur du Mexique et l'empereur des Français, auxquels il devra sa glorieuse régénération.
u Ce qui pourrait nous préoccuper, si une telle préoccupation pouvait naître dans des esprits sérieux et élevés, ce sont les conditions nécessaires, dans l'avenir, d'une intimité profonde entre le Mexique et les États-Unis d'Amérique. Donc l'Amérique ne menace pas l'empereur du Mexique, et ce souverain peut marcher dans sa voie, il peut continuer ses efforts pour préparer la prospérité de son pays, et marquer le jour prochain de cette prospérité en se séparant du drapeau français, pour te laisser revenir au milieu de nous. «
Eh bien, je le demande à tous les hommes impartiaux qui me font l'honneur de m'cntendre, lorsque, en définitive, nous sommes étrangers à l'administration du pays, quand tous les secrets en sont dans les seules mains du gouvernement, quand il n'a dans la bouche que des espérances pompeuses, quand il vous demande un vote de confiance, comment pouvcz-vous le lui refuser?
J'ai le droit de dire que le gouvernement ne disait pas la vérité, et qu'à l'heure où ces paroles étaient prouoocées par M. le ministre d'État, les dépêches qu'il recevait de ses agents étaient de nature à les singulièrement compromettre. Elles disaient, ce qui était la vérité, que nos soldats lutlaient, qu'ils allaient au-devant des périls, qu'ils ne reculaient devant aucune fatigue; que quand, comme le rappelaient les documents rais sous vos yeux par l'honorable M. Thicrs, ils couvraient un morceau de sol de leur sang et de leur drapeau, ce morccaa de sol leur appartennit, et que quand ils se reliraient, il
DISCOURS PARLKHENTArRES.
Si bit
'et!
était immédiatement occupé par les Mexica une lutte pied à pied, qui se prononçait non-seulemeut sous les murs de Pucbla et de Mexico, mais encore dans les provinces cloigaées. Celait seulement pour l'honneur de la monarchie mexicaine, et non pour les intérêts de la France, qu'on allait ainsi faire mourir nos malheureux soldais dans des luttes qui devaient demeurer stériles. (fïiyr approbation à gnxiche, — Rumeurs sur plusieurt bancs.)
Voilà comment vous avez été trompés; car, à coup sûr, si l'oaedt voulu dire la vérité, on vous ciU fait connaître que Maximilien rencontrait partoul des obstacles. Au lieu de ces ovations que le Moniteur publiait chaque matin, on vous eût mttntré les résistances, les difficultés de timte nature devant lesquelles ce maliieureux prince s'épuisait. Ce qui prouve qu'on désespérait d'une pareille entreprise, c'est qu'après les paroles trompeuses par lesquelles on appelait les capitalistes à venir jeter dans la glu qu'on leur ofFrail, leurs trésors cl leurs éparpfnes, on signait un trailé secrel dans lequel on montrait sa véritable pensée, cl l'on disait : Il est possible, il est probable que le gouvernement mexicain soil renversé, et alors le trailé sera annulé.
Est-ce là la loyauté qui doit présider aux communicatioos qui s'établissenl entre le gouvernement et une grande Assemblée? {liérla-^ mations nombreuses. — Ajjproialion à la gauche de l'orateur.)
S'il en est ainsi, j'ai le droit de dire que ce n'est pas seulement le défaut de contrôle, c'est le défaut de vériié qui a fait le désastre de l'expédition. (XouvelUs réclamations et murmures sur wn grand nombre de banes.)
M. I.F PRÉSIDENT ScHXEiOER. Monstcur Julcs Favrc, je vous demande de nouveau de conserver des pensées el des paroles parlemenlair {Très-bien! très-bien !)
M. Jules Favre. .le ne pourrais pas traduire ma pensée autremen et quand, en définitive, j'ai la conviction que la Chambre a été trompée, mon devoir est de le lui dire, {^^oul>eaux murmures sur plutieurt bancs. — A'ouvelfe approbation « la gauclie de l'orateur.)
M. Ernest PirAnii. .le le démontrerai!
M. Roltlleau.x-I)u(;.^(;e. L'erreur a été involontaire.
.M. .Iules Favre. C'est ainsi que cette entreprise déptorabtement conçue, malgré le courage de nos soldais, l'intrépidité de nos généraux, a été conduite au résultat funeste que vous connaissez.
Avant de terminer ces explications trop longues el que j'aurais pn cependant développer davantage .m mes forces et les vôtres me Tcussent permis, je demande la permission de dire un mot des derniers événements de cette lamentable affaire dans laquelle il semble que toutes les fautes aient été accumulées.
C'est en 18CJ que l'archiduc Maximilieo est venu s'asseoir sur le
trône du Mexique; il n'a pas larde, — et it suFfisait d'interroger les éxéncmeuis pour s'en convaincre, — à s'apercevoir, je ne dirai pas des diFficiiltés, mais desimpussîbilités dans lesquelles il était engagé, et, encore une fois, il ne fallait pas pour cela une grande prévision, une grande sagesse; il suffisait d'avoir du bon sens et de consulter les hommes du pays.
Quand il s'est trouvé placé en face de ces difficultés, il a cherché à les vaincre avec une grande énergie, je le reconnais; et assurément je serai très-conforme au sentiment universel de la Chambre en ne faisant entendre ici aucune parole de récrimination contre la politique de celle malheureuse victime... {monvemeni) -^ elle a scellé de son sang la déphtrable entreprise dans laquelle elle s'était engagée, et, par conséquent, elle est devenue un objet de respect pour tous.
Mais il est impossible de ne pas tenir compte de la conduite du
» cabinet français dans les dernières circonstances qui ont marqué cette fatale expédition. C'est en 1864 que Maximilien est monté .sur le (rône du Mexique; en 1865, sa position était, par le gouvernement français, considérée comme perdue.
■ Je pourrais mettre sous vos yeux, si l'heure n'était pas si avancée, les dépêches officielles qui le consiatenl el qui prouvent qu'en 1865, malgré les deux emprunts qui avaient été contractés dans des conditions si fâcheuses, le trésor de l'empereur Maximilien était à sec, qu'il lui élait impossible de faire face aux dépenses les plus nécessaires, qu'il ne pouvait payer ni son armée ni Tadministration, et nous en avons la triste preuve dans les pages de noire budget, puisque rhonnrable maréchal Bazaine a été dans la nécessité de consacrer, malgré ses instructions, mais obéissant à une inspiration et à une pensée qui appariictinent toujours à un chef de corps, je le reconnais, de consacrer, dis-jc, cinq millions au payement de l'armée noexicaine et autrichienne, malgré les conventions qui mettaient ces dépenses h la charge du trésor mexicain.
Ainsi en 18(i5, et, pour préciser, au mois de septembre 1865, la position élait jugée radicalement perdue par le gouvernement français, car les conventions que le maréchal Bazaine avait conclues seul n'ont pas été autori.sées par le gouvernement. Le gouvernement a pensé qu'on devait rentrer dans la convention de Miramar, que si Maximilien ne pouvait pas payer, on ne devait pas dépenser pour lui les trésors de la France.
Ainsi, à partir de 1865, on a reconnu que l'empire mexicain était perdu.
ri.USIEUnS MEMBRES. En 1866!
mois de mai 1866 que se sont passés les évcacmenlsdoDl vous parlez.
M. Jules Favre. C'est en l&6â, je le prouverai par des dépêches qui dateat de septembre 1865, si j'ai 1 houDcur de venir demaia à celte tribune.
On n'a pris à celte époque aucune rcsolulion. Mats M. le ministre des Affaires étrangères n'en considérait pas moins comme impossible de contiaucr l'appui donné à l'empereur Maximilicn. Ou reconnaissait qu'un était eu face d'une guerre inévitable avec les États-Unis. On ne vuulaii pas courir une pareille chance. Ce n'est pas moi qui eo ferai un reproche au gouvernement.
Ce que je lui reproche, c'est, pendant la fin de l'année 1865, pendant l'année 1866, d'avoir continué l'cxpédilion militaire, d'avoir encore lulté afin de dégag^'r autant que possible l'empereur Ma&imitien, qui avait besoin de nos troupes.
J'ai les numéros du Moniteur qui rétablissent.
Je me demande cummcnl il était possible, quand on reconnaissait que l'empire de Maximilien devait s'écrouler, qu'il ne pouvait être maintenu ni par les armes, ni par l'administration, ni par le trésor, alors, dis-jc, qu'il était reconnu que cet empire était perdu» comment ou n'a pas mis de c6té toute espèce de préoccupation d'amour-propre pour ne songer qu'au sort de nos nationaux, qu'on allait exposer à toutes les réactions, à toutes les vengeances, conséquence du caractère mexicain et des luttes prolongées et sanglantes dans ce pays.
Eh bien, à partir de la Bn de 1865, et surtout en 1866, on n'a plis aucune espèce de précauiion pour garantir un tr;iité avec un gouvernement qucic(mquc établi au Mexique! Ou a voulu se faire illusioa à soi-même, et plutôt que de reconnaître qu'an s'était trompé, qu'où avait tenté uue entreprise iinpu.>isjble, on a voulu créer une existence factice à ce malheureux empereur dont il était impossible de ne pas prévoir la lin, et alors que lui-même s'était condamné , qu'on avait condamné son pouvoir eu abandonnant sa capitale, en faisant avancer dans les eaux de la Vcra-Cruz une frégate prête à le prendre en quittant Orizaba, on l'a empêché de partir. [Exclamations et dénégations^ Et c'est alors qu'il a été dans la nécessité de revenir à Mexico.
Messieurs, nous avons été tous unanimes dans le sentiment que vous ont fait éprouver les différentes scènes sanglantes qui se soot passées au Mexique. Alors que, dans l'ivresse et la fureur des partis, les hommes se donnent réciproquement la mort, ils doivent être tous condamnés au nom de la même raison, de la même humanité, et des mêmes principes e 'cruels.
Mon honorable e éminent collègue, M. Thiers, vous le rappelait dans des termes qui vous ont profondément émus; oui, il semble
,uMI y ait, en effet, une sorte de loi de représailles terribles, qui pèse sur les hommes, et qui les fait dtsparaitre dans le sang quand eux-raêraes l'ont versé. El , au milieu de toutes ces catastrophes lamentables, savez-vous, messieurs, ce qu'il faut surtout conserver? C'est sa sagesse, son sang-froid; et le gouvernement, à ce qu'il me semble, a manqué à Tune et à l'autre de ces règles, quand, cédant à l'indignation qu'il puuvait éprouver, il a fait entendre, dans une feuille officielle, des paroles qui peuvent avoir, de l'autre côté de l'Atlantique, un triste et funeste retentissement. (Approbation à la gauche de l'orateur. — Réclamations et murmures sur un grand nombre de bancs.) Donc, quand il a semblé faire une sorte de droit eiceptionuel pour un homme, et revendiquer, au nom de je ne sais quel principe à jamais condamné, un droit divin qui protège les trônes et qui frappe d'infamie ceux qui les renversent, qu'on le sache bien, le sort d'uD enfant de ia France qui est mort obscurément sur la terre étrangère pour accomplir son devoir est plus digne de sympathie que celui du prince qui, en défendant sa couronne... {Nouveaiix murmures et cris : A tordre !)
M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. M. Julcs FavTC OC protestc pas seulement contre le sentiment de la Chambre, mais contre le sentiment du pays, et contre celui de l'Europe entière.
Voix NOMBREUSES. Oui! oui!
M. LE PRÉsiPENT ScHNEiDEH. S'il Continue à exprimer de telles opinions, je serai obligé de te rappeler à l'ordre.
M. Eugène ï^elietan. Nous mettons un Français au-dessus d'un archiduc autrichien .'
M. le duc DE Marmier. Pas de distinction entre les victimes !
M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. Cequejc tiens à relever dans les paroles que j'ai entendues, c'est une distinction que le monde entier ne saurait admettre. (Très-bien! (rh-bien!)
M. Jules Favre. Je la repousse, au contraire, celte distinction, et c'est parce que je l'ai trouvée dans un document officiel que j'ai prononcé cette phrase, que j'ai eu le malheur de ne pouvoir faire entendre entièrement. {Bruit et mouvements divers.)
M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. Veuillez continuer, monsieur Favre,
M. Jules Favre. Je ne crois pas, messieurs, que la nécessité de la politique puisse expliquer ni excuser la conduite du gouvernement dans cette dernière partie de l'expédition.
L'archiduc Maximilien était parti sous la foi de promesses solennelles avec noire armée, protégé par elle; et bien que M. le ministre d'Etat ait, à cette tribune, cherché, dans la question financière, i distinguer T empire mexicain de la fortune de la France, il est certain que l'un et l'autre se trouvaient sur le champ de bataille au moins
iodissolublenieol liés; et quant à moi, je crois a'étre pas le seul avoir éprouvé une douleur profonde de ce que les combiaaisoDS politiques n'aient pas permis de ramener W malheureux archiduc, et de niellrc ainsi la France à l'abri de la responsabililé d'un sang qui malheureusement retombe sur elle! {lirutfantes exclamalmu et vivet dénégaliont. — Approbation et applaudissements à la gauche île l'orateur.)
Voix nombreuses. A Tordre! à l'ordre!
M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER, Lcs demlères paroles de Thonorable M. Jules Favre pourront retomber sur lui devant le pays tout entier. (Sensation. — Très-bien! très-bien! bravo!)
M. Jules Favre, de sa place. Je demande la parole pour un fait personnel.
Je dis que personne dans cette Chambre, même notre honorable président, que j'entoure de mes respects, ne peut tenir vis-à-vis de moi un semblable langage. {Vives protestations. ]
Plusieurs voix. Et pourquoi donc?
M. Jules Favre. Écoutez-moi, messieurs!
J'ai l'honneur d'appartenir à une de ces minorités que, dans une de vos dernières séances, M. le ministre d'État traitait avec une sévérité complaisante. Cette minorité, elle a signalé son juis.sage au pouvoir en renversant réchaTaud politique, que vous avez rétabli. {Vives réclamations.)
M. Eugène Pelletan. C'est cela [
M. Jules Favre. (Juant à moi, dans celle enceinte, j'ai protesté en faveur de l'inviolabilité de la vie de la créature que Dieu a nme sur celte terre. {Exclamations diverses.)
J'ai demandé l'aholifion de ta peine de mort, et si vous aviez pris une pareille proposition en considération , peut-être que notre vole aurait sioguliêremcnl ébranlé les conscienies des puissants de ce monde. [Applawlisstmenlt !,ur quelques bancs autour detoratew. — Rur meurs sur d'autres.)
PRONONCÉ AU CORPS LÉGISLATIF DANS LA SËAHCE DU 10 JUILLET 18G7 Arr*iRES nv lexique.
Messieurs,
Si le détuat solennel qui est engagé devant la Chambre n'avait d'autre objet que de disserter de part et d'autre sur les résultats d'un évéuement douloureux, il serait inutile de le prolonger; mais, l'éininent orateur auquel je suecède l'a reconou lui-ra^mc, la portée du débat est plus haute.
ISuus sommes moins en face d'un lamcnlable échec que d'un système tout entier, dont il n'est, à vrai dire, que la conséquence et le syraplùme. {l ives réclamations et murmures prolongés.)
El c'est précisément parce que la pulitique du gouvernement y est directement engagée, que l'honorable ministre d'État a pris soiu, en entrant dans des détails rétruspectiis nécessaires, de dégager complètement sa respousabiliié; et, à vrai dire, messieurs, en l'cuieudant, au moins dans la première partie de son éloquent discours, je me demandais quel langage il aurait tenu si l'expédilion eût été couronnée de succès. {iXouveaux murmures.)
M. Belmontet. Juarez a encore des amis en France!
M. Jules Favre. Elle était, a dit M. le ministre d'État, juste, légitime, bien conçue; elle a été vaillamment conduite, — qui en a jamais douté? — sagement ordonnée.
Pourquoi, dès lors, et comment a-I-elle échoué? (Bruyante interruption.)
Plusieurs voix. La clôture! la clôture!
M. Jules Favre. Je suis trop accoutumé à subtria loi de la majorité pour ne pas savoir l'accepter.
Si je suis de trop à cette tribune, je suis prêt à en descendre.
DrSCODRS PARLEMENTAIRES.
{mouvements divers.) Seulemenl, messieurs, il me parait opportun que tes assertioDS préseolfes au Dom du (jouvcrDcment soient examinées. Je vous prie de m'accorder la liberté de me livrer à cet examen.
Une voix. N'en abufîcz pas !
M. Jules Favre. Je disais tout à l'heure que les raisons qui étaient invoquées par M. ic ministre d'Élat, dans hi première partie de son discours, devaient assurer le succès de l'expédilion ; — quant à moi, il me semble, et c'est ta une opinion que je n'ai pas manifestée à U Chambre seulement à l'heure où j'ai l'honneur de parler. — que Ter pédilion était Fatalement vouée à un échec, et qu'il était impossible, dès le premier abord, si l'on était sag;e, prudent et réfléchi, de st faire la moindre illusion.
Une VOIX. Vous l'avez diijà dit hier.
M. Jules Favre. Or, M. le ministre d'État conviendra bien avec moi que c'est une mission {;rave que de gouverner une {grande nation; qu'être responsable de ses destinées, c'est accepter un des plus grande devoirs qu'il soit donné à l'homme d'envisager en face ici-bas, et alors qu'on a conduit les affaires de son pays de telle manière que 700 raillions ont été dépensés d'une manière complètement stérile... (murmures et interruptions), que le sang des soldats de la France i arrosé, sans aucune espèce de succès, ta terre où ils ont été jeté5 et où ils ont succombé glorieusement... (XotwMux murmures.)
Une voix. Il n'a pas été versé sur les barricades.
M. Jules Favre... ce n'est pas assez de venir dire à cette Iribaoe qu*on s'est trompé, qu'on est un homme, qu'on est sujet à la falJlibililé. {Interruption.) Nous le savons et nous le rappelons (juelquefots à MM. les mintfitrcs lorsqu'ils prétendent être placés au-dessus de toutes les faiblesses humaines... {exclamations nombremet) ; quand iU vous demandent de les croire sur parole, de les suivre avec confiance; quand ils demandent des votes dont vous n'avez pas la possibilité morale de vérifier les raisons déterminantes. {Nouvelles exclamations.)
C'est là, en effet, la thèse que j'ai pris ta liberté de soutenir à li séance d'hier et que l'honorable ministre d'État a combattue à celle d'aujourd'hui.
Je veni essayer. — si la Chambre me le permet, car je ne puis riett faire sans elle, et j'ai plus que jamais besoin de sa tolérance, — je veux essayer, dis-je,de répondre, non pas en détail, mais d'une manière sommaire, à ce qui vient d'élre dit pour justifier la conduite da gouvernement.
M. Belmontet. Mais c'est k vous qu'on répondait.
M.Jules Favre. Quant à moi, j'ai dit et je maintiens qu'on n'a jamais sutn&amment éclairé la Chambre et le pays sur la véritable portée de l'expédition du Mexique. (Afurmures.) Que si le pays et la
10 JUILLET f8«r.
Chambre l'avaient connue, ils ne lui auraient jamais donné leur assentiment.
M. le ministre d'État, revenant à cet égard sur les précédents de Texpédilion» me répondait que cette expédition n'avait jamais eu d'autre but que la réparation des g;rieFs de nos nationaux; que tout, à cet éQird, avait été révélé au grand jour; qu'il n'y avait eu ni dissimulation ni surprise ; et vous vous rappelez les reproches qu'il m'a adressés alors que, faisant allusion à une partie de ma discussion, il a rappelé ce que j'avais dit de relie de l'honorable M. Billault.
J'ai dit et je maintiens que, lorsque en 1862 l'expédition du Mexique avait été annoncée à la Chambre, on lui avait caché tous les précédents qui pouvaient jeter sur elle une vive lumière; que quand nous avions Fait allusion à ces précédents, ils avaient été énergiqucment démentis; et certainement je n'aurais pas rempli le devoir qui est imposé â chacun de nous par le mandat qu'il a reçu, si en présence de la constatation de celle vérité, je ne l'avais pas librement produite devant vous.
Est-il vrai, oui ou non, que dans la séance du 14 mars 1862 nous ayons interrogé le gouvernement sur des négociations antérieures engagées avec la cour d'Autriche? Est-il vrai, oui ou non, que ces négociations existassent? M. le ministre d'État les a avouées à celte tribune. Est-il vrai, oui ou non, qu'elles aient reçu de la part des organes du gouvernement un solennel démenti? Se retrancher derrière un démenti de ce qui est exact, alors qu'il s'agit d'éclairer la Chambre et le pays, est-ce là être fidèle à la vérité et la respecter?
Voilà les questions que je pose à la conscience publique et à celle de la Chambre.
On ne répond pas à de semblables arguments par des sentimentalités et par le rappel à des convenances auxquelles je ne sache pas, pour ma part, avoir jamais manqué. Il était de mon devoir de rappeler ces préliminaires à la Chambre; de lui rappeler qu'au début de l'expédition du Mexique, non-seulement on ne lui avait pas dit toute la vérité, mais qu'on la lui avait dissimulée.
J'insiste â cet égard, car c'est là que véritablement la question prend une gravité exceptionnelle et engage, au premier chef, la responsabilité morale du gouvernement.
On a avoué à cette tribune que, dès 1858, des conversations diplomatiques étaient engagées entre le cabinet de Paris et le cabinet de Madrid... {Interruptions et réclamations.)
Messieurs, si je me trompe en disant ce qui était annoncé par M. le ministre d'État, je ne me trompe pas lorsque je fais allusion â des dépêches officielles et qui n'ont pas été démenties. Ces dépêches
»5Ï niSCOURS PARLEMENTAIRES.
officielles, elles sont anléricures au traité de 18(>1 ; elles éraaneol de M. Thouvenel; elles émanent de M. Barrot; elles n'ont pas élé faites pour les besoins de cette discussioa. Eh bien, elles mentionnent qu'i cette époque, c'est-à-dire avant qu'il s'agit de l'expcdition du Mexique» il était, entre la cour de France et la cour de Madrid, question d'une restauration de la monarchie à Mexico.
Voilà, messieurs, ce qui est indél(?bile, et toutes les argumentationi possibles ne pourront pas détruire ce fait, que, dès l'année 1860. des négociations ont été engagées à cet égard; ces négociations, ellei ont été celées aux délibérations de la Chambre, et si ces négociations avaient été connues, si elles n'avaient pas été démenties, je ne doute pas que la Chambre, dans sa sollicitude patriotique, n'eût pesé sur le gouvernement , non pas pour lui demander d'arrêter rexpédition» mais pour lui demander ce que nous lui demandions nous-mêmes, et nos amendements sont là pour le prouver, ainsi que nos paroles dans la discussion des adresses de 1862 et Hî63, de restreindre cette expédition, de ne pas dépasser le cercle de la réparation légitime de nos griefs; et non-sculeraent de ne pas faire de conquêtes, mais de ne mettre, en aucun cas, les armes de la France au service d'une combinalson étrangère.
Eh bien, messieurs, encore une fois, en 1862, toutes ces négocia* lions evistaient, et elles étaient niées.
Puis, en 1861, sont venus, non plus seulement de simples conver> sations diplomatiques, des échanges de dépêches, mais des traités, ou plutùt un traité, dont, tout à l'heure, l'honorable ministre d'Etat vous a rappelé tes termes. Je conviens que ce traité renferme des M réserves; je vais les résumer d'un mot, et vous prouver que le gou- V vernement ne s'est jamais trouvé dans aucun des cas qui s'appliquaient à CCS réserves; qu'il a pris sur lui, sur sa volonté souveraine d'accomplir une entreprise que très-certainement il avait préméditée, qu'il voulait mener à bien, mais dans la confidence de laquelle la Chambre et le pays n'ont jamais été mis. ■
En effet, au mois de novembre 1861, a été conclue, entre \es Iroiff puissances, la convention que vous savez, et que je vous rappelle d'un mot : elle contient, je l'ai dit, une clause par laquelle on prévoyait une éventualité, une hypothèse. Cette éventualité, cette hypothèse, messieurs, elle n'est pas nouvelle dans l'histoire des peuples; A et, si nous voulions un peu regarder en arrière et consulter notre ■ propre histoire, nous la rencontrerions écrite dans les dépêches diplomatiques de ceux qui voulaient souiller la France par l'invasion et ]mM tyrannie. Ou disait, en effet : 11 est possible que, lorsque tes forces de" la France se présenteront sur les côtes du Mexique, il se maaifeste on mouvement dans la partie saine de la population, que cette partie
tO JUILLET 1867.
saine, falif^uéc (l'anarchie, trndr les bras à rarmée française, et veuille avec elle établir un autre {^ouveracmcni.
Je disais, messieurs, que dous connaissions un pareil langage, et assurément il est de nature, non-seulement à inquiéter, mais môme i offenser le patriotisme. Ahî qu'on le sache bien, car les rèf;les éternelles du droit S(»Qt au-dessus des nécessités contingentes et des excuses des [ïonvernemenls, la partie saine d'une population ne va jamais au-devant de l'élrançer, si ce n'est pour le combattre, et quand bien môme viendrait à peser sur mon pays un gouvernement détestable, si à la frontière paraissait l'étranger, sous le misérable prétexte de le délivrer de ce fjouverneraent, je serais, quant à moi, le premier à verser tout mon sang pour sa défense, et pour la défense du sol de la patrie, {l'ive approbation à In gauche de l'orateur. — flw- $n€urt tur divers bancs.)
M. r.RANiER i>E Cassagisac. Est-cc quc vous comparez la France au Mexi<[ue?
M. Jules Favre. Mais, messieurs, en vous rappelant cette clause qui, en effet, donnait au chef de l'expédition française une grande liberté d'action, M. le ministre d'État a omis de vous dire quels étaient les symptômes qui s'étaient produits au Mexique et qui avaient autorisé ce chef d'expédition ^ croire que la partie saine de la population devait se ranger autour de son drapeau.
L'expédition française a quitté les côtes de la France, comme vous le savez, au mois de décembre 1861. Elle est arrivée en 1862 au Mexique.
Tout à l'heure, et ce n'était pas, je l'avoue, .sans étonnement, j'entendais dire à l'honorable ministre d'Étal qu'il avait été constamment convenu que le moyen d'obtenu* la réparation des griefs de nos nationaux, c'était d'aller jusqu'à Mexico.
Messieurs, si un pareil dessein a été conçu, il pèse lourdement sur la responsabilité du gouvernement, car ce dessein, il n'était pas seulement contraire au droit des gens. {Rires ironiques et murmures mr divers bancs.)
M. LE COMTE DE TouLONGEON. Le mot a de Tà-propos!
M. Jules Favre. 11 était contraire à tous les intérêts de la France. (Bruit.)
Mais je conteste en fait ce qui vous a clé dit à cet égard par l'honorable ministre d'État ; el, suivant moi, c'était avec raison que l'honorable M. Thicrs le conte.slail aussi.
En effet, messieurs, comment les choses se sont-elles passées? Je
elle d'un mot :
ic nos troupes sont arrivées, vous le savez, le corps cxpédi- B français était de 3,000 hommes; je ne sache pas qu'on eût
confié à une Force relativemeni faible le soiu d'uae aussi grande] entreprise; et j'ai CQlcndu, dans d'autres discussioDs, les or{;anes dn gouveraemcDt arguer précisément de la faiblesse même de cet effectif pour suuteair que la France n'avait conçu, je ne dirai pas aucun projet de conquête, ce qui n'a jamais été allégué, mais mémo aucui j projet de guerre.
Un corps de 3,000 hommes transporté au Mexique sans matériel de campagne, sans moyens de transport... ((nttV), et nous savons tons que tous ces objets indispensables ont été tirés des Etats-Unis et qu'ils manquaient absolument à notre armée; un corps de cette nature, dis-je, ne peut être envoyé si loin que pour un coup de main nécessaire à la réparation des griefs de nos nationaux.
Un membr£. Oa a bien envoyé 2,000 hommes en Chine!
M. Jules Favre. Ainsi, ce que disait M. le ministre d'État, qoe l'origine onavait conçu le projet de marcher sur Mexico, estcn coat diction flagrante avec le chiffre de notre effectif. Mais ce n'est pas tout. J
Nous avons dans les pièces officielles qui sont entre les mains de 11 Chambre, des preuves non moins fortes que tel n'était pas le dessctilj de la diplomatie française.
En effet, lorsque nos troupes vinrent rejoindre le corps d'arroétj espagnol, vous savez que lu convention de la Sotcdad était conclue, qu'en vertu de la convention, nos troupes quittèrent les terre! ^ chaudes pour recevoir un campement à Orizaba, ce qui prouve, pour] le dire eu passant, qu'il n'y avait là, de la part de ceux vis-à-vis desquels nous allions nous placer, aucune espèce de pensée apparente de piège, puisque précisément on nous lirait d'une position malsaine . pour nous placer dans une pttsillonsalubre. (/?!>« d'ironie et murmures.)
M. le ministre vous a parlé du désaveu qu'auraient reçu nos agents, et de l'impossibilité d'accepter une pareille convention.
Je ne discute pEusces choses; seulement, à cùlé de cette assertion de M. le ministre, qu'immédiatement la résolution aurait été prise de marcher sur Mexico, je place la pièce à laquelle il a fait souvent une foute d'allusions trop atténuées. Je veux parler de l'ultimatum dans lequel tout se réduisait à une question d'argent, tant pour la réparation des griefs de nos nationaux, que pour une créance étrangère, et à un moyen de sanction qui, s'il eût été accepté par le gouvernement mexicain, aurait rendu toute guerre impossible. ■
Ceci ne peut élrc contesté; et je suis heureux du signe d'assentiment de la part de l'honorable ministre d'État, car il est en complète contradiction avec tout ce qu'il vient de dire sur la prétendue résolution d'aller immédiatement à Mexico. [Réclamations sur un nombre de bancs.)
Ceci, messieurs, est l'évidence même. Voici l'ultimatum dans IcqSï
OD demande pour nos nationaux une somme de GO millions, et de
75 millions pour les bons .lecker, dans lequel, dis-je, on demande
i'exécution du contrat Jecker; et c'est une nouveauté en diplomatie
e voir des af^ents d'une grande puissance prenant en main i'exécu-
tion d'un contrat entre un g;ouverneinenl étranjjer et un simple par-
icuUer, alors surtout qu'il s'agit d'uu cijutrat purement usurairc, et
e c'est à l'occasion de ce contrat usurairc que T Angleterre et
Espagne se sont séparées de nous avec éclat, et ont déclaré que
i'était une créance frauduleuse comprise dans les réclamations de la
rance, et qu'elles ne pouvaient, dans cette circonstance, lui donner
ur concours.
Mais il est un point sur lequel j'appelle avec insistance Tattention la Chambre. Après avoir posé ces conditions, l'ultimatum ajoutait : « En garantie de raccomplissemcnt des conditions financières et très posées par le présent ultimatum, la France aura le droit occuper les ports de la Vera-Cruz et de Tampico, et tels autres rts de la république qu'elle croira à propos, et d'y établir des mmissaircs désignés par le gouvernement impérial, lesquels y ront pour mission d'assurer la remise entre les mains des puisnces qui y ont droit, des fonds qui doivent être prélevés à leur ofit, en exécution des conventions étrangères, sur le produit des uanes maritimes du Mexique, et la remise entre les mains des agents ançais des sommes dues à la France. "
El il ne faut pas dire, comme tout à l'heure l'avançait M. le ministre d'État, que cet ultimatum était une pièce sans portée produite par nos agents; il avait été confié à ces agents par M. le ministre des Affaires étrangères; le chiffre des indemnités avait été laissé en blanc, et les critiques qui étaient faites à la séance d'hier par l'honorable M. Thiers étaient tellement justes qu'elles étaient en conformité complète avec l'opinion de M. le ministre des Affaires étranres lui-même, à la date du 28 février 1862, dans une dépêche où il ait : " Le chiffre auquel le département s'était efforcé d'évaluer les réclamations n'atteignait pas celui fixé par votre article premier; mais en l'absence d'éléments suffisants d'appréciation, il vous est -Jaissé à ce sujet une grande latitude. »
■ Je ne veux pas abuser des moments de la Chambre en mettant sous ses yeux d'autres parties de cette dépêche ; la Chambre pourra la vérifier. Il y est question des bons Jecker. M. le mini^itre des Affaires étrangères laisse à cet égard une grande latitude à l'agent français; et les bons Jecker ont éU- si bien Tobjet d'une préoccupation constante de la part de ceux qui ont entrepris l'expédition (rumeurs), qu'à celte heure les bons Jecker sont les seuls sur lesquels de l'argent ait été versé.
256 bISCODRS PARLEMENTAIRES.
Une conventiOD a élé conclue en vertu de laquelle 26 inillioDS (levaient <?tre versés à Jecker; elle a été approuvée par le miaistère français, elle porte la sifjnaturc de M. de Montholon. La moitié de CCS 2C millions a été versée.
Jecker a reçu 13 millions, et nos nationaui attendent encore : ib n*out rieû touché; et cette créance frauduleuse, qui ne représente pas plus de 7&,000 piastres, versées par Jecker à Mîramoo, pour laquelle cependant il a obtenu pour 75 millioas de bons, cette créance, qui a fait le scandale de TEurope, a élé payée en partie; 13 millions du plus pur du trésor mciicata ont été versés ; cette créance a été Fobjet d'une prédilection qui ne s'est jamais démentie.
Je reconnais que Tbomme infiniment regrettable dont parlait toat à l heure M. le ministre d'État, notre ancien collègue M. Lançlais, — qui, en effet, est allé très-courageusement au Mexique, ne donnant pas, comme le disait tout k l'heure M. le ministre d'État, une preuve de la confiance absolue qu'il aurait eue dans les finances mexicaines, donnant au contraire la preuve que le gouvernement avait besoin d'un surveillant éclairé, d'un homme sévère pour l'administration du trésor mexicain, — je reconnais que quand il est arrivé au Mexi(]ue, il s'est opposé à la continuation de ce contrat scandaleux, il a empêché le payement de la seconde partie des 26 millions ; de sorte que 13 millions seulement ont été payés, et cela par suite de l'action bienfaisante de l'agent français envoyé par le gouvernement.
M. i.E MINISTRE d'État. Voulez-vous me permettre une rectification?
M.Jules Favre. Tout ce que vous voudrez, monsieur le ministre.
M. LE MINISTRE. Comme je désire ne pas prendre la parole pour répondre à l'honorable M. Jules Favre, je le remercie de me permettre de l'interrompre, et je demande à la Chambre l'autorisation de dire immédiatement...
M. Jules Favre. Je ne demande que la vérité. [Exelamationt sur quelques bancs.)
Ceux qui en doutent n'ont qu'à descendre au fond de leur conscience. {Très-bien! à la gauche de toratenr.) S'ils onf d'autres sentiments, je ne leur en fais pas mon coraplimenl. [Rximturt.)
M. LE MINISTRE. L'iiouorable M. Jules Favre commet involontairement une erreur matérielle.
Il a été fait une convention au mois d'avril 1865, sur laquelle, e effet, se trouve la signature de M. de Montholon. Par cette convcn lion, relative à l'affiûre Jecker, la créance a élé diminuée de 60 pouf 100 de son capital primitif. Les 40 pour 100 restants ont été stipulés payables en plusieurs années, à raison d'un million par an, sans intérêt et par voie d'adjudications.
Cette convenlioo, qui réduisait considérablemenl ta réclamation Jecker, n'a pas éli exécutée. C'est une convention nouvelle qui a été faite au mois de septembre J865, et à propos de laquelle Thonorable ministre des Finances écrivait» le 11 octobre, la lettre suivante au ministre des Affaires étrangères :
" Les lettres que je viens <le recevoir du Mexique m'entretiennent de nouvelles négociations qui étaient ouvertes pour la liquidation complète de cette créance. J'Ignore les arrangements qui ont été pris, mais le gouvernement mexicain a émis pour 12,000,000 fr. de traites sur la commission des finances du Mexique à Paris, à l'ordre de M Jecker.
0 Celle somme dépassait les fonds actuclleuicnt disponibles proTcnant du dernier emprunt...
« J'ai lieu d'être surpris que des convenlioiis de cette nature aient été arrêtées sans l'intervention du ministre de France à Mexico; elles ont produit sur mon esprit une impression pénible, que je ne veux point cacher à YoJre Fxretlence, car elles ont pour conséquence d'absorber des capitaux obtenus avec {jrand'peinc, et qui, dans ma pensée, devaient recevoir une affectation plus urgente et répondant mieux aux exigences actuelles de l'empire mexicain. »
J'ai, en outre, entre les m;iias la lettre du ministre des Affaires élrangi'res à M. Dano, par laquelle nous avons protesté contre cette convention, et nous l'avons déclarée déplc)rai}lc; aussi av'ons-nou.<t obtenu que son exécution ne fiH pas continuée.
Le gouvernement français a été absolument étranger aux derniers incidents de cette affaire, et aussitôt qu'il les a connus, il les a éncrgiqucmeot blâmés, et il en a entravé l'exécution. {Très-bien! trcs-hicn!)
M. Jules Favre. Messieurs, il est naturel que je ne veuille pas prolonger cet incident. (Ah! ah!)
Un mkmbriî. Vous n'étiez pas dans le vrai.
M. Eugène Pelletan. Nous avons écouté en silence, et il se fait en ce moment des iiiierniptions continuelles. [Murmures.)
M. LE PRÉ.sir>ENT SCHNEIDER. La Chambre a jusqu'ici écoulé avec une grande attcnlion, {Réclamalions sur quelques bancs à la gauche du pré-
■ sident.) La séance d'hier a été consacrée à un débat auquel chacun a prêté l'attention la plus scrupuleuse ; je demande que, dans le débat solennel qui se poursuit aujourd'hui, la même attcnlion, le même silence, continuent, car je liens à constater que, mal^frc la vivacité de B ceriaine.<^ attaques, les orateurs qui se sont fait entendre hier ont été ^b^oulés dans le plus grand silence.
^^^vM. Marie. Mais pas aujourd'hui.
^HH M. LE PRÉSIDENT Schneider. Je demande qu'il en soit de même ^^^ôjourd'hui.
M. Jules Favue. Je ne reliens de la réponse que vient de me faire M. le minisire d'Ktat et qu'il m'est impossible, — la Chambre le comprend, — de conlrùler... {Ut'cfantalioni sur plusieurs bancs.)
Il me semble que h coutradictioa, c'est le contri^le, cl que le contrôle, c'est In contradicliou. Tour raisonuer sur des pièces, il faut les connaître; pour raisonner sur une situation, il faut eu vérifier l'ensemble.
,Ie ne rclicns de sa n^ponsc que ce détail, c'est que M. le ministrr d'Élat vous dit que le gouvcraeraenl français a voulu que ses a(;eal> demeurassent complètement ctran^yers à celle ni^(];ocia(ioi]. et qur voici cepeudanl la sipnalure, «jui n'est pas contcstt*c, de M. le marquis de iMonlbolon, M. le marquis de iMonthnlon, ministre de France. est iulcrvenu dans le règlement au bas duquel est apposée sa signature.
M. i£ MINISTRE n'KiAT. A la couvcnliou du mois d'avril, mais pas i la seconde convention.
M. Jnlts Favre. C'est au 10 avril 18G5.
M. LK MiMSTRE d'État. Précisément,
M. Jutes Favp.e. Maintenant, que le gouvernement français SûH revenu sur ses résolutions, c'est là ce qu'il m'est impossible d'examiaer h l'Iieure actuelle; mais ce qui est altcsié par les documeoi^ qui m'ont élé produits, c'est que Jecker a reçu une partie des sommet promises par le gouverneraent mexicain eu vertu du contre-seing d* notre agent, et que le contrat a été exécuté jusqu'à concurrence d'une certaine somme. Dès lors, j'avais raison de dire que la stipul;:tion contenue dans l'ullimatum tenait singulièrement au cœur de celui qui l'avait écrite, et qu'elle a été une cause des négociations qm ont eu lieu entre le Mexique cl la France.
Mais ce à quoi je veu\ limiter la discussion, c'est que, si ces négociations avaient réussi, si le Mexique avait accepté le chiffre des réclamalions de la France, si cette somme de 12 millions de piastres avait été agréée par lui, si le ministre du Mexique avait promis d'exécuter le contrat Jecker, i\ n'y aurait pas eu d'expédition, il n'y aurait pas eu de guerre. Le Mexique aurait remis entre les mains de la France un des ports signalés dans l'ullimatum.
Dès lors, je le demande, que devient cette grande pensée de mettre fin à l'anarchie de la république mexicaine, et ce projet d'aller a Meiico?
11 n'y avait pas, selon M. le ministre d'État, d'autres moyens d'obtenir la réparation des griefs de nos nationaux. Je vous en montre le moyen stipulé dans votre ullimatum. Mais j'ajoute qu'il y avait au fond de vos résolutions un parti pris, quel que fill le résultat de ces négociations, de marcher sur Mexico de vive force et d'établir le
gouvernement que vous aviez arrélé, Eq effet, — et ici je rappelle la question que tout à l'heure je prenais la liberté de poser ^ M. le ministre d'État, — je reconnais que dans la convenlioii de (Stîf 11 y avait une réserve: que si une partie de la populatiuii se montrait favorable à rexpcditioo, on pouvait recueillir ses votes. Mais souvenez-vous en raôme temps et des stipulations de cette convention et des paroles solennelles que M. le ministre d'État rappelait à rctti* tribune comme ayant été proférées plusieurs fois par les or(];anes du gouvcrncmenl, <njie jamais nous n'emploierions la force.
t^uel est riiommc de bonne foi qui osera dire, dans l'état actuel des choses, que cette parole a été tenue, que la force n*a pas été, en réaUlé, le seul agent avec lequel on a essayé, cédant à une déplorable illusiou, d'établir au Mexique ce fanttVme d'empire qui bientôt s'est écroulé derrière vos soldats? Oui, la force a été le seul agent qui ait permis un seul instant à celte entreprise de [)araître dans le monde
Vous nous avez parlé de cinq millions de suffrages donnés a l'empire, où sont les procès-verbaux? Vons ne les avez jamais produits. (Exclamations.)
Vous n'avez pas fait, à cet égard, la moindre justification, et vous n'en ferez aucune, car ces cinq millions de suffrages sont nue impossibilité matérielle; ces cinq raillions de suffrages ne sont, eu réalité, que les suffrages de ces deux cent quinze personnes notables du Mexique qui s'étaient réunies à Mexico ;\ l'ombre de notre drapeau, pour di)uncr leurs voix au malheureux archiduc Maximilien. (A'ouvelles rumeurs.)
Et, en vérité, — c'est toujours là que je vous ramène, — où sont les faits qui se sont produits et vous ont autorisés à faire usage des réserves qui sont contenues dans la convention de 1861 ? Prenez bien garde qu'il s'agit ici du plus redoutable pouvoir qui soit jamais confié à un gouvernement, c'est-à-dire du pouvoir de faire la paix ou lu guerre, d'aller déchaîner sur des contrées voisines te plus horrible des Héaux et d'enj^agcr la patrie dans des entreprises qui peuvent sacrifier ses trésors et son sang! Eh bien, si, en effet, on a pu croire, eu vertu de cette convention de 1861, qu'il était possible de suivre le vœu et les acclamations de la population mexicaine, quand ces vœux, ces acclamations vous ont manqué, quand vous n'avez eu que le courage et les baïonnettes de vos soldats, où a été votre prétexte? où a été votre droit? C'est là ce que vous n'avez pas dit, c'est là ce que vous ne pouvez pas dire, car la convention de îHGi, vous l'avez déchirée avec l'épée; vous avez déclaré que cette épée était votre seul droit, et c'est à l'aide de la force que vous avez marché sur Mexico où personne ue vous demandait. {Très-bien! à la yuuche de l'orateur.)
IHSCOlîRS PARLEMENTAIRES
Cela est si vrai que, lorsqu'on a vu \c {jouveraemenl français se prononcer ainsi, ses alliés se sont retirés rk lui.
Vous parliez tout à llioure du général Prim, comte de Reuss; vous pouvez conoiiitre, car eJlea reçu une prande puldicité, la lettre qu'il écrivait, le 2:i mars 1802. à ramiral Jurien de la tiravière, dan» laquelle il disait : ' L'acte de conduire les émigrés politiques dans rinlêrieiir du pays, pour qu'ils y organisent la conspiration qui ud jour<lcvra délruire le gouvernement existant, ainsi que le système politique actuel, un pareil acte, quand vous avancez en amis et quand vous attendez le jour fixé pour les conférences, n'a pas d'exemple, cl je n'en reviens pas. <■
Messieurs, cet acte n'est pas seulement contraire à tous les droits de l'humanité et au droit des gens; il est contraire à cette conveD* tion de 1861, derrière laquelle vous essayez de vous réfugier, (l/o«vemenls divers.) H n'y avait ni raison ni prétexte à votre conduite, c'étaient des émigrés seuls qui se trouvaient dans les plis de notre drapeau, et ce que vous y avez abrité, c'étaient leurs pensées pleines d'illusions, leurs conspirations d'ambition personnelle, au service de laquelle vous avez rais le trésor et le sang de la France. {Approbation à la gauc/ie de ^orateur. — Vives rumeurt sur un (jrand nombre de banes.,
Kh bien, lorsque la Fnoice a été h même de constater quelle était la véritable disposition des populations mexicaines, vous savez quel a été le douloureux étonnemeul qui s'est emparé de tous les cœurs. Vous rappcllerai-je ces proclamations par lesquelles on promettait a nos soldats qu'ils seraient reçus au Mexique par des citoyens couronnés de Heurs?... Vous savez quelle a été la terrible désillusion qui les attendait.
Ah! on a fait, dans le cours de ces débats, avec une modération dont je remercie M. le minisire d'État, on a fait allusion à un fait douloureux, dans l'interprétation et Tappréciatlon duquel j'ai joué un rôle personnel, sur lequel les événements ne m'ont pas fait changer d'opinion.
Oui, en effet, en I8C3, dans la discussion de l'adresse, alors que nos soSdais s'étaient vaillamment heurtés contre des obstacles insurmontables qui défi.iicnt leur courage héroïque, alors qu'ils étaient dans la nécessité de se replier, j'ai, dans cette Chambre, proposé, cela est vrai, et je le proposerais encore, non pas, à coup sût, de déserter le Mexique, mais de se retrancher dans une position saine, et là d'interroger les dispositions de la population et de traiter avec ceux <iui étaient ses chefs. {Rumeurs sur un grand nombre de bancs.)
Mmi Dieu, messieurs, je le reconnais hautement, l'expression d'une pareille opinion peu! éire impopulaire dans mon pays; mais, au-dessus de la poputariié d'un jour, il y a la vérité éternelle, qui m'est
mm
U JUILLET tS67.
bien plus précieuse. (Bruit.) Eh bien, la vérité éternelle est celle-ci : un peuple n'ii pas le droit, sous prétexte de venger un échec, — ■ quand cet échec, en déSnitive, ne peut en aucune manière nuire à sa Rloire, lorsqu'il a été enjyagé daus une entreprise mal conçue, lorsqu'il s'est trompe, lorsqu'il a cru à des dispositions qui n'existaient pas, — un peuple, dts-jje, n'a pas le droit, pour venger son honneur, de verser de nouveau le sang innocent. (Exclamatiotu et rumeurs diverses,)
Voilà ce qui m'apparaissail au-dessus de tous nos débats, et voilà pourquoi je prenais la liberté de conseiller à la Chambre de prendre le parti qui me semblait le plus patriotique et le plus sage.
Vous dites qu*il fallait, à tout prix, marcher sur Mexico... Ouiî pour avoir de nouvelles conquêtes à inscrire dans nos fastes, en ne se souvenant pas que des conquêtes injustes peuvent être suivies de funestes revers! {Mouvements divers.) Mais enfin vous êtes allés à Mexico, vous y avez installé un gouvernement qui ne pouvait avoir aucune espèce de chance de durée. Cependant nous vous l'avions constamment dit, messieurs-, nous avions apporté dans cette Chambre des avertissements sans cesse répétés. Nous avions, à cet égard, essayé de justifier notre opinion, k laquelle, malheureusement, les
I événements n'ont donné que trop de raison. Vous étes-vous bornés à cela? Héhis! non; et cependant la responsabilité du gouvernement serait déjà pesante. Malheureusement, c'est en 18G4 que l'archiduc !\fa\imilien arrive à Mexico avec ses troupes, qu'il est intronisé, et que l'assemblée des notables seréunit autour de lui. Alors, messieurs, tout était dit; la France ne devait pas pousser plus loin son entreprise guerrière -
Mais quelle a été la pensée constante du gouvernement? Celle de considérer le gouvernement hostile à Tempereur Maximilicn comme ennemi personnel de la France...
Quelques membres. C'était la vérité. — C'était juste! M. .Iules Favre. De le poursuivre jusque dans ses derniers retranchements, d'employer l'argent et les suhhtls de la France à le pourchasser jusque dans les provinces les plus septentrionales du Mexique, et de faire disparaître jusqu'à l'ombre de la résistance. C'est encore laque la responsabilité du gouvernement est profondément engagée :
I dépositaire de nos forces, il n'avait pas le droit de prodiguer notre sang et dos trésors pour une cause qui était, en réalité, une cause étrangère.
Si l'empereur Maximilien était, comme vous l'avez constamment dit, entouré de ses cinq millioni de suffrages et de tous les notables de Mexico qui voulaient le mainicuir, dans ce cas, il était inutile de rasseoir sur notre drapeau; mais vous nous le répétiez complaisam-
se» niSCOUnS PARLESIENTAir.ES.
ment à cette tribune en sachant à merveille que la vérité était ailleurs, vous le répétiez afin d'obtenir les subsides en hommes et en arjjcut que vous demandiez, et c'est précisément le reproche que je vous fais.
Maintenant, qu'est-ce que vous venez de dire? L'entreprise a échow^; nous avon.s »Mé dans ia nécessité de nous retirer.
Je vous démontrais hier que, dés 18G5, à la fin de l'année, vous voyiez cette déplorable affaire flécliir vers la ruine, .l'ai là les corresptmdances diplomatiques qui le ronslateot, et il est certain que, à ce moment, ii n'était plus possible de se faire d'illusions. A ce moment encore, vous pouvez interrojjer chacun d'eux, les numéros du Moniteur ne cessaient de répéter que rentrcprise était entourée de toutes les chances de prospérité, que le trône de l'empereur Maximilien était solidement assis, que nous ne devions concevoir aucune espèce d'inquiétude. Et quand je me plaignais qu'on ne nous communiquât aucune pièce officielle, M. le ministre répondait qu'il n'en existait pas, ou du moins qu'il n'en connaissait pas lui-même.
Je sais qu'à cette tribune il a prétendu qu'il n'avait jamais tenu le langage que je lui avais pri^té. Heureusement, le Moniteur existe; et d'ailleurs, M. le ministre d'Étal a soin de nous faire distribuer ses discours, que nous lisons toujours avec un graud plaisir, même après les avoir entendus. {On rit.)
Eh bien, voici ce que je rencontre dans uu de ses discours» qu'il a prononcé au mois d'avril 1865 :
« Vous pouvez vous reportera tous ces événements; je n'.v connais ni aucune lacune ni aucune omission, car, pour mon compte, je le déclare à la Chambre, lorsque j'ai voulu me lîver sur les événements accomplis au Mexique depuis l'année dernière, j'ai parement et simplement pris les numéros du Moniteur.
Je ne sais pas si M. le ministre d'État est d'accord avec l'orateur de (8(J6; quant à moi, je le trouve en complète contradiction avec lui, et je crois que j'avais parfaitement raison de tenir le langage que j'ai tenu à la Chambre dans la séance d'hier. Au surplus, j'ai lieu de me'plaindre, quelles qu'aient été les versions de M. le ministre d'Étal, que les pièces officielles n'aient pas été publiées, car la Chambre avait le dmil de les connaître et le devoir de les demander, pour s'éclairer complètement sur cette affaire-, rien ne devait lui Hn étranger. Elle s'est contentée des articles du Moniteur et des déclarations pompeuses des discours rainislériels : ces déclarations, je le demande aujourd'hui, est-ce qu'elles peuvent être coneiliahles avec la dignité de la France et du gouvernement, avec le résultat de l'expédition elle-même?
Le peuvcQl-clles, quand, dans le même discours, le ministre disait :
doit
Le but doit 6(re atteint, lu p;tcificalion aoit cire coin] I digaité de la France, celle de l'empereur, le veulent égiilenient; ij'arniée française ne doit revenir surnosrivn^ïcsque son œuvre accora- [ plie, et iriompliaule des résislauccs qu'elle aura rencontrées. ^ r 3e le demande, est-ce que le programme de M. le ministre d'État la été suivi ? Est-ce que noire œuvre est accomplie? Est-ce que l'ar-
mce française n'est pas revenue du IVlexique ? Est-ce que le trrtuc de
Maximilicn a été solidement fondé?
I J'ai là, et je ne les mets p;is sous vos yeux, les dcpéelies officielles
par lesquelles les différents ministres répètent le même lan|fa[je, l'aciceotuentavecla même énergie; il y a pour la France un devoir impé- , rieux à ne pas abandonner son allié, à uc pas laisser son catre|>rise I tomber en ruine. El cepcudaul, nous le savons, messieurs, je n'insiste pas pour le démontrer, car malheureusement, c'est l'évidence, . l'insuccès a été complet.
\ Tout à l'heure M. le ministre d'État vous disait que le prestige de 'la France n'a pas été diminué, ,1e lui demande d'accorder la solution
de ce laraeutablc drarac du Mexique avec les paroles qu'il faisait jCntcndre en IKGG. De deux cboses l'une : ou bien elles étaient une I éloquence pompeuse qui ne frappait que l'air, ou bien elles avaient
une portée politique; si elles avaient une portée politique, comment [aujourd'hui l'armée française a-t-clle pu revenir, abaudouuaui nos
nationaux sans défense et livrant leurs intérêts à des légations
étrangères?,., {l'ivet et twmùrcuses protestatiotis .) f Voix diverses. Assez! Assez 1 — La clôture! la clôture! i Quelques membres a la (aucuE de l'oil^teur. Très-bien ! — Parlez !
parlez!
> M. .Iules Favre. Au point de vue politique, je disais, messieurs, que \ie gouvernement était au plus liaul chef responsable, non-seulement )de la .sécurité cl de l'honneur de la France, mais encore de ses resiSources et de son sang : les prodiguer, ces! un crime... [exclamations \hruyantes)\ les faire servir, je ne dirai pas à une cause vaincue, mais ^jui devait nécessairement être vaincue, c'est une faute qui pèse (lourdement sur la responsabilité du gouvernement. {Britil.'j Avoir nnoncé pompeusement toutes ces cboses qui se simt évanouies, y
voir consacré nos millions et le sang de nos soldats... (aA! ah! — ncore!) ce .sont là des fails graves, d'où résulte une responsabilité i ne peut p;is simplement se dégager par l'éloquence de M. le inistre d'Étal. Au surplus, M. le ministre d'État, qui ne veut pas que le prestige de la France soit diminué par cette déplorable expédilion du Mexique, est bien dans la nécessité de reconnaître que tout ffe qu'on dit, tout ce qu'on a fait e-<pérer du développement de notre commerce extérieur, de notre prospérité intérieure, qui devaient être
la conséquence du succès de l'cxpédilioti, qoe lout cela n'est qu'au rêve qui s'e^d déplorabicmeiit évanoui»
.Mais ce n'est pas seulement au Mexique que vous vouliez faire U {çuerrc : û travers sou ciptir, que vous transperciez, vous vouliez aussi atteindre celui de rAinériquc.
Voix NOMBREUSES. Ailo»s doucî alloDS donc! — Ce n'est pa» sérieux! — Assez! — La clôture!
M, Belmontet. Vous dénoncez la France.
M. .Iules Favre. Eh bien, le triste résultat decctte expédition a étéprtciséinciU d'ajïrandir cette Améri(|ue que vousvoulicz arieiQdre.(Br«j7.)
Eu effet, te dernier mot de voire fausse politique, — que vous glorifiez cependant, car vous déclarez que vous n'avez pas commis de Fautes, vous le déclarez même sur des ruines; — le dernier mol de voire fausse politi(|uc est l'aveu que l'expédition du Mexique a eu pour résultai final de jclcr ce {yraud pays, que vous vouliez sauver de l'anarchie, entre les bras de l'Amérique. {Aft.' ah!}
Messieurs, je ne l'ai pas iiii;i[5iné, c'est le ji;ouvcruement qui Ta dit dans celte dernière déclaration du Moniteur dont je signalais l'imprudence, alors que je disais que la sévérilc du langage officiel ne doit jamais aller jusqu'à des cpithètes blessantes pour un gouvernement qui, après tout, a la force, et contre lequel vous ne pouvez plus rien. [RàdamaUom tiombrettsfs.) ISon, non, contre Ie(|ucl vous ne pouvez plus rien et qui peut, lui, à celle lieure, nuire considérablement à nos naliuuaux. {Xouvcltes réclnmalions.)
Voici ce que le gouvernement a dit au Moniteur : « Le Mexique sérail iroji heureux s'il pouvait disparaître du nombre des nations indépendantes et se voir absorber par de puissants voi.sins. »
Ainsi le résultat de votre expédition aurait été de grandir outre mesure celle Amérif|uc d(mt le dévehtppemcnt vous inquiète, aiasi que le constatent les déclarations ufficiellcs que je pourrais vous mettre sous les yeux
Et quand vous avez compromis les finances de la France, quand | vous avez fait du sang de ta France uu usage qui doit lourdement peser sur vos consciences... {extiamaiiotis et ntmeurs) j'ai le droit de dire que, dans un pays libre, vous seriez mis en accusation... [Nouvelles et bruyantes exciamaiiont.)
PLL'siLtjRs MEMBitts. Dcmandez-Ic !
Voix DIVERSES. A l'ordre! — Assez! — La clôture!
M. LE MARQUIS h'Havrincourt. Cc sout ceux dont les discours ont] servi à .luarez qu'on devrait mettre en accusation,
M. LE ffiÉsiDENT SciiNEtDER. Monsieur .tules Favrc, je vous rappel-l le rai que l'exagération de la forme prouve toujours la faiblesse dil^ fond. {Très-lien! très-bien !)
^ ' • ,4, 10 JUILLET I86r. ?«5
jH. Jules Favre. Ce n'est qu'en France... {Le bruit couvre la parole de l'orateur.)
PusiEURS MEMBRES. Ou n'a rien entendu des dernières paroles de rolateur.
^ M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. Je déclare, quant à moi, que je ne les 4} pas entendues.
Yoix NOMBREUSES. Personne ne les a entendues!
M. LE Président Schneider. Dès lors elles ne peuvent être et ne seront pas au Moniteur.
M. Jules Favre. Si c'est ainsi... (Nouvelles et bruyantes exclamations. — Cris: A l'ordre! à l'ordre!)
M. le président Schneider. Veuillez, messieurs, donner, par votre modération même, l'exemple de la modération à laquelle je rappelle l'orateur. (Très-bien!)
M. Jules Fatre. La modération, c'est la liberté!,.. (Exclamations.) Cest la liberté ! et il n'y a pas de liberté là où le Moniteur, qui doit reproduire nos débats, est mutilé par la volonté de celui qui préside. (Exclamations nouvelles. — Applaudissements sur quelques bancs à la gauche de l'orateur.)
Discouns