PRONONCÉ AD CORPS LÉGISLATIF DANS LA SEANCE DU 10 JUILLET
Srn LES IFFÀinES b'ALLCUACXR
Messieurs,
Je croyais cnircr dans les vues qui ont Hé espriraécs précédemment par M. le niiaislrc d'ÉIat en lui cédant le pèrilleuï honneur de inonlcr à celle iribune. Vous vous souvenez en effet des paroles qu'il a fait entendre dans cette enceinte au momenl où, les communications y étant faites, nous avons réclamé les pièces et les documents qui pouvaient nous éclairer : M. le ministre d'État nous a dit, d'une part, que les négociations étant pendantes, le moment n'était pas venu d'ouvrir la discussion, mais que, ce moment venu, il saisirail avec empressement l'occasion de donner des explications à la Chambre. M
Je ne voulais pas, messieurs, retarder rempresscment de M. le ■ ministre d'Klal, et c'est uniquement pour me conformer au désir convenu qu'il vient de manifester que je vous demande la pcrmissioa de vous adresser quelques brèves observations.
Ces observations, messieurs, ont pour but de déterminer, s'il eSl possil)tc, le sens véritable delà politique du cabinet impérial, de l'étudier au moyen des faits qui viennent de s'accomplir cl qui doivent jeter un jour précieux sur ceux dont le cabinet impérial a la responsabilité.
Certes, messieurs, une pareille discussion est à la fois bien placée au miuistère de la Cuerre et au ministère des Affaires étrangères; elle touche à ces deux départcmenls, car l'un est chargé de défendre la France et de faire resptclcr son honneur; Faulre, de uégocierj pour que sa sécurité et sa dignité ne soient jamais compromises.
Mais il faut dire, messieurs, que cette discussion se raitache plus
î« JUILLHT 1867.
itimement encore, s'il est possible, à TexameD de nos finance*;. En
l«ff< f, cl je ne fais qu'expliquer nn lieu coenniim qui esl présent ;i
[toutes les pcnjée-*;, !e ministère de la Guerre e.st le plus dispendieux,
celui sur le(|uel vos crimmissioas jettent toujours un reg,ird inquiet,
lont elles surveillent le développement, il faut le dire, avec plus de ièle que de bonheur, puisqu'il leur esl impossible d'arrêter ses progrès.
Ouant au ministère des .\ffaires étrangères, je conviens, messieurs, que dans sa constitution intérieure, il est beaucoup plus modeste et que nous n'avons rien à y reprendre. Il n'entre dans la pensée de personne de critiquer, je ne dirai pas la constitution même de ce départemenr, mais au moins les dépenses qui y sont atTércnlcs. Toutefois, si au budget le déparleraenl des Affaires étrangères est iine partie prenante qu'il est impossible de critiquer, il faut conveàir que par ses actes, il peut singulièrement venir au secours des exagérations des dépenses de Ja guerre. Et nous en avons, messieurs,
;rmeltez-moî de le dire, sous les yeux un exemple si frappant, qu'il
5l impossible, et qu'il .serait téméraire de notre part de n'en pas
irer renseigucmeot 4|u'il contient.
11 résulte des pièces officielles qui nous ont été distribuées que, pour de simples inquiétudes, pcmr des soupçons, pour un murmure qui est sorti du dép;irteinent des \Ffaires étrangères, la France a été d.ins la nécessité de supporter une surtaxe guerrière et maritime
re ta8 millions.
Ce sont là, messieurs, les explications qui nous sont données par îe gouvernement lui-même, et les termes en sont si nets, qu'ils ont ,avec eux leur démonstration.
I B Les incertitudes qui se sont produites dans les premiers mois de cette année, cst-il dit dans l'exposé des motifs du projet de loi sur les nouveaux crédits extraordinaires, relativement à la situation politique de l'Europe, ont nécessité de la part des départements de la Guerre et de la Marine certaines mesures de précaution qui ohlijjent aujourd'hui le gouvernement à vous demander l'ouverture de nou- Ifeaux crédits sur l'exercice 1867. En ce qui touche le ministère de la guerre, les dépenses occasionnées par les événements extérieurs s'élèvent à la <;omme de 117,00;>,871 francs. »
Ces événements, M. le ministre d'État virudra bien en convenir
^vcc moi, ont été exclusiveraeot diplomatiques. C'est parce qu'on a
légocié, me dira IVL le mini'^tre d'État, aver la plus grande sagesse
i\ la prudence la plus consommée, que la France a été dans la néces-
"silé d'ajouter à son budget ce chiffre de précaution assez inquiétant,
de 117 millions pour le ministère de la guerre.
^ Vous voyez donc, messieurs, qu'il n'est pas indifférent de surveiller
les procédés, la mélhode, le systt^me du flépartcmeot de ia Huerrect des DëgocJatious dont ils sont le résultai, ptiisquc ces négocinlions peuvcDt imposer à la France d'aussi lourds sacrifices.
Toutes les fois que nous criiiquoiis la marche du gouvernement, que nous nous permettons de dire qu'il a coaduilt b France à une' situation pleine de ])crils et d'anxiétés, et ijuc notamment, dans la discussion «les finances, nous nous montrons peu satisfaits des chargei» incessantes qui sont imposées au Trésor, que nous répond-on des bancs ministériels? Non-seulement que nous sommes des pessimistes, des esprits mal faits, maiscncorc^ ce qui est plus grave, que nous n'entendons rien aux finances, qu'elles n'ont jamais été plus pro!>pères, que le gouvernement peut jeter sur elles, comme sur lui, ua regard complètement satisfait.
Cela, messieurs, peut ^tre vrai, si le gouverne nient ne parle que des sacrifices qu'il a demandés à la France et qu elle ne lui a pas jusqu'ici rcfu.sés.
Le gouvernement im|iérial, depuis qu'il est établi en France, a ajouté à la dette con.solidée un chiffre de lit millions de rentes: c'est, en capital, une somme de '.i milliards que la France lui a confiée.
J'ai entendu, à cette Iribnue. faire la glorification des dépenses qui représentent une somme aussi énorme. Il est vrai que, cette année, cette justification est mêlée d'aveux amers : on est dans U nécessité de reconnaître qu'une partie de ces trésors ont été follement gaspillés. (Mttrnmres sur un grand nombre de bancs. — Approbation sur quelques autres à la gauche de l'orateur.)
Ah! messieurs, si ces ressources étaient encore entre ses mains, à combien de besoins impérieux vis-à-vis desquels vous êtes dans la nécessité, par suite de votre situation financière, d'opposer des refus, à combien de besoins impérieux serait-il facile de pourvoir!
Hier encore, on discutait à cette tribune sur la situation des vieux i serviteurs de FÉtat, et c'est à grand'peine <|u'on obtenait, contre l'avis de la Commission, la prise eu considération d'un amendement j qui fera tomber entre leurs mains une faible obole.
H n'est pas contesté que des hommes qui ont blanchi au service 1 de l'instruciion publique sont condamnés à recevoir, lorsqu'on vicnCJ à la liquider, une pension qui peut ne pas dépasser une somme de] soixante francs.
Si je voulais jeter les yeux sur l'administration générale de moii| pays, si je voulais me demander combien il y a de nécessités urgentes] qui ne peuvent recevoir satisfaction, je vous ferais comprendre quel point sont téméraires les gouvernements qui jettent ainsi rtai de folles et stériles entreprises les fonds qui devraient être employa dans de tout autres voies.