iriLLET
Nous avons donc le droit, en présence de ces coostaJalions, d'examiner ce qu'est la politique du gouvernement; nous savons, à n'en pas dealer, qu'elle est dispendieuse; mais est-elle sage? doilclle nous conduire à flMicureux résultats? n'avons-uoiis rien à faire ten présence de l'attitude qu'elle a prtsc dans les récents événements qui viennent de s'accomplir?
Vous savez que différenles critiques ont été adressées à la conduite du gouvernement : on l'a accusé de n'apporter dans ses vues que l'équivoque et la conFusiou. Le gouvernement n'a pas jugé à propos de répondre à ces reproches; nous attendons encore les explications qu'd lui plaira de donner.
Dans les observations que je vou« prie de vouloir bien entendre sarla politique extérieure, je me demanderai, et c'est une question que je me suis bien des fois posée sans avoir pu la résoudre, quel peut être le principe de la cuu{luite politique du gouvernement.
On a beaucoup disserté, dans des occasions plus solennelles que celle dans laquelle je monte à la tribune, sur la politique des nationalités, sur la politique des traités,
Permettez-moi, messieurs, cette simple observation qui me paraît être de bon sens et de pratique. Eu matière de poliliiiue extérieure, les programmes qui ne reposent que sur une théorie absolue ne peuvent être nécessairement vrais.
La politique des nationalités peut être grande, mais elle peut être injuste; la politique des traités peut séduire d'excellents esprits » mais, comme il y a des traités qui sont imposés par la force et qui consacrent l'iniquité, il y a des jours, et ces jours ne sont pas les moins glorieux dans la vie des peuples, oii les traités sont brisés et tombent en poussière, d'abord devant la conscience publique et ensuite devant la force qui vient la consacrer.
Il ne peut donc pas y avoir d'une manière absolue une politique des nationalités; il ne peut pas y avoir davantage une politique des traités.
La politique, elle s'in<pire tout d'abord du droit; c'est là son çrand flambeau; mais à cMé du droit, il faut placer l'inspiration qui Dait de l'intérêt natioual. Se faire le chevalier errant des principes Hcs défendre sur tous les points du globe, ce peut 4tre, au premier 'aspect, un r61equi serait glorieux, mais en réalité il serait compromettant et désastreux, et le gouveruemeut qui voudrait l'imposera ^son pays le ferait marcher à sa ruine.
Il faut donc s'inspirer de ce <|ui est possible, de ce qui est utile à la nation; ce doit être la première préoccupation de ceux qui ont riionneur de la gouverner.
Mais ce qui ne leur est jamais permis de faire, c*est de chasser de
leur politique la morale et le droit (rumeurs), cl j'ai peur que le gouverueinent, surtout depuis quelques annexes, ail pris pour priocipc de la sicoue, non pas les nnlioualités ou les traités, mais UDiquemeot la force. C'est à la force seule qu'il a demandé ses iuspirations. Or, la furcc, clic est perpétuellement condamnée ;iu succès, et, le jo où elle rencontre devant elle un échec, elle va brusquement Jusqu'à rabaissement. Vous allez voir, en interrogeant quelques-uns des Faitt qui nous sont les plus connus, que, faute d'avoir en main cet boussole que je réclamais tout à l'heure comme étant indispensable entre les mains de l'homme d'État, je veux parler du droit et de II morale, le [;ouveraeineii( iuipérial a été conduit à cette siLuatioB infinimeut rcgrellable dans ses relaliuos extérieures, que, je ne dirai pas toujours, mais trop souvent, ceux qu'il a soutenus, il les a compromis et perdus; ceux qu'il a attaqués, il les a grandis par les faotef: de sa politique. {Mouvements dii-crs.)
Ce\a, messieurs, est bien facile ri justifier; il me suffit, je le répète, de vous rappeler quelques faits de notre histoire contemporaine, faits auxquels nous avons tous plus ou inoins participé.
N'cst-il pas vrai, messieurs, qu'en I8(i:i le gouvernement a proclamé (|uc le droit était du côté de l'insurrection polonaise? Je n( veux pas mettre sous vos yeux les dépêches dt|(lomatiques qui soal à cet égard si claires et «i positives, non plus que les fragments des discours de la couronne qui viennent encore consacrer cette graiid< vérité que lorsque la Pologne se levait, elle avait le droit pour elle qu'elle était en face d'une insupportable tyrannie et qu'elle j>ouvait ~ la renverser, non-seulement en invoquant les règles de la morale éternelle, mais encore en invoquant les traités qu'on avait violés son préjudice.
M . Eugène Pklletan tt quelques autres memhrej. Très-bien .'
M. Jules Favre. J'ai là, messieurs, toutes les pièces qui constatent celte attitude prise par le gouvernement français. A Dieu ne plais« que je veuille faire rbistorique de la négociation qui en a été l'objet Je me contente de vous en rappeler les bases, les déclarations solea nellesdu cabinet et l'engagement qu'il avait pris, au moins vis-à-vt de lui-même et de la moralité publique.
Comment a-t-il été tenu? Vous vous rappelez tous, messieurs, Itj dépêche du 2G septembre 1SC3 émanée du priuce (iortcliakoff; voi savez en quels termes pleins de hauteur il a signifié aux diplomal étrangers, français, anglais, autrichiens, qu'ils eussent à se mêler leurs affaires; que quant à la Bussic, elle savait comment elle devait conduire vis-à- vis de la Tolognc, Vous savez aussi qu'à son grand regret,' je n'endoutepas.le cabinet impériala étédans la nécessité de désert le terrain diplomatique et d'avouer son impuissance. (InterruptiouA
Messieurs, j'ai des dépêches qui le coaslateot, saus que , bieu enlendu, on y vienue soutenir le contraire de ce qu'on avait avancé quelques semaines auparavant, et dire que la PuloRoe n'avait pas \v droit pour elle.
Oue disions-nous à cette époque, nous qui soulenlous la pulili(iuc du {çouverueincnt en ce qu'elle avait de favorable à la PohjgDc? On nous demandait : Voulez-vous donc engager la France dans une lîuerre qui pourrait être fatale et compromettrait d'une manière
Iirrérac'diabic ses intérêts les plus chers? Non, répondions-nous, la France dans son isolement ne peut pas se condamner à une pareille entreprise; mais au moins, que sa fière attitude vienne pnjtestcr de lu persévérance de ses bonnes iulenlions; (ju'elle dise netienieut au souverain qui f^ouverne la Russie que, s'il lui est impossible d'ap-
I porter sa puissante épée au secours du droit qui succombe, ce droit est vivant dans sou cœur et y sera constamment respecté. (Très-bien! à ia (javche de l'orateur.) Est-ce là l'attitude qui a été prise par le cabinet? Nous conseillions, — c'était peut-être de notre part une (grande témérité, car nous n'avons rien à conseiller, puisque nous n'avons pas de responsabilité; nous examinons les affaires de notre pays, nous si|];nalous â votre attention les événements qui s'accomplissent ; c'est à vous d'en tirer les euseignenienls qu'ils contiennent, — nous ^.disions tout au moins: Est-ce qu'il n'y a rien à faire diplomatique- Bmeut auprès du vainqueur qui écrase cette Polo{;nc san{;lante pour laquelle vous avez manifesté vos sympathies?
Est-ce que ce n'était rien que le cœur de la France jeté dans des dépêches diplomatiques et diplomatiquement retiré ensuite? Comme si la France, après avoir annoncé que le droit était pour la Pologne, avait tout fait !
Nous disions qu'il y avait encore un acte qui pouvait, vis-à-vis de lia Russie, témoigner de la réprobation de la France. Cet acte n'a pas ^été accompli.
On est allé plus loin, et nous avons été témoins, il y a quelques hoiirs seulement, de faits qui ont semblé annoncer, de la part du jcabiuet impérial, un complet revirement politique.
Ah! messieurs, plus que personne, — et il faudrait que le sentibment national ne vibrât pas dans mon cœur pour qu'il en fût autrement, — je suis sensible à la gloire de mon pays, aux merveilles de iTEiposition universelle ; je coraprend.s qu'elle soit le rendez-vous du 'monde entier, et je ne suis point assez exclusif pour désirer que les monarques ne prennent pas part à cette fête. {On rïL)
Mais enfin, j'en conviens, très-peu fait, par ma nature, pouriîrossir leur cortège, ne portant qu'une médiocre envie à ceux qui y trouvent
Mexico était retenu, el qu'on imposait, pour le rcodre à la liberté, coodilioD de la livraison d'un émifîré mexicaio. Il n'est pas nécessaire, messieurs, d'examiner une pareille question, je oc dirai pas à la tribune française, mais à une Iribunc quelconque : il est certain que toutes les l'ois qu'on réclamera de la France la livraison d'un homme qui a reçu riiospitaiité sur son sol, la France diU-elle périr, c'est par un refus qu'elle doit répondre. (Très-bien! très-bien!) m
Mais» messieurs, il y a lâi une situation délicate , et cette situation délicate, nous espérons que le gouvernement la résoudra avec prudence. U rencontrera pour cela, j'en suis sûr, le concours de runant-^ mité de la Chambre; el, quand il s'agira de faire respecter, même dans les pays lointains, l'iionucur de notre pavillon et de notre diploloatie, il n'y aura sur les bancs de la Chambre aucune sorte d'opposition. (Très-bien!) m
Après avoir posé celte question, j'arrive à ce qui doit plus particu«l lièrcment me préoccuper, c'est-à-dire à la situation de la France vis-à-vis de rAllcraagne. ■
Vous connaissez, et je roc borne <t le rappeler uniquement poorf justifier le jugement que j'ai pris la liberté de formuler, vous connaissez tous Toriginc des graves événeiiicnls qui se sont accomplis en Allemagne et de la transformation subite qui a grandi la Prusse. Vous savez que, en 18G3, le Hanemark a été menacé par les forces de M la Confédération, dont la Prusse el l'Autriche tenaient l'épée. "
Ce n'est pas, vous le comprenez à merveille, par un stérile et mesquin mouvement d'aroour-propre que je liens à constater que, dans cette enceinte, c'est des bancs de l'opposition que sont partis les protestations et les avertissements. Nous vous avons demandé de soutenir notre ancien allié le Danemark; nous pensions que le droit était pour lui, et nous voyions, dans le vague eotore, — mais cependant nous l'avons signalée, — l'ambition croissante de la Prusse, qui pouvait peser un jour sur l'Allemagne et la réunir en faisceau contre nous.
Nous n'avons point été écoutés; le Danemark n'a point été soutenu, si ce n'est par une diplomatie qui malheureusement a échoué.
A la suite de l'abandon du Danemark, dans l'intérêt duquel cependant nous nous étions prononcés, nous avons protesté, je le reconnais, messieurs, contre la convention de tiastein, qui ne s'en est pa& moins exécutée malgré les expressions énergiques de la dépêche de notre ministre des Affaires étrangères. Puis est venue la querellai entre l'Autriche et la Prusse : la guerre qui a éclaté, vous vous eaj souvenez, à ce moment était solennelle.
Quel a été à cette époque le langage du gouvernement?
Il a réclamé pour lui seul la responsabilité de tout ce qui allait'
la JUILLET 1867. jys
ïre fait; il a demandé comme uq sacrifice patriotique le silence de cette grande Assemblée, qui cependant représente le pays, et qui, ce me semble, avait bien le droit de dire son avis. Eh bien, que le gouvernement qui l'a revendiquée l'accepte; il a voulu la responsabilité, que la responsabilité pèse sur lui. Cependant j'en cherche, messieurs, vainement la sanction, puisque, aprH les plus grands revers, le gouvernement ne s'est adressé à lui-même que des félicitations sur ses succès. (^)uoi qu'il en soit, le gouvernement a voulu pour lui seul la di faction des affaires, vous y avez été étrangers; on vous a annonce que les traites de 1815 allaient être brisés au profil de la France, que la Prusse pourrait être transformée, mais que rAuiriche deviendrait plus puissante et plus forte... El qu'csl-jl arrivé? Le coup de tonnerre de Sadowa, après lequel nous avons couvert l'Autriche comme de noire bouclier; mais en même temps que nous la couvrions, nous nous inclinions devant le vainqueur. {ProUsttitiotu tur un grand nombre de bancs.)
Messieurs, les dépêches sont là pour l'attester. Je me borne à vous rappeler la circulaire du 16 septembre, par laquelle il est dit que tout est pour le mieux ; que si la Prusse s'est agrandie, après tout la France peut être satisfaite, car la Confédération, qui venait d'être brisée par l'épée de la Prusse, était principalement organisée contre nous.
.le ne résiste pas au désir de mettre sous vos yeux quelques lignes de cette circulaire, parce qu'il les faut rapprocher des résolutions qui ont été prises quelque temps après par le cabinet impérial.
La bataille de Sadowa venait de trancher par l'épée foutes les questions; la diplomatie était intervenue; une paix avantageuse à la Prusse avait été signée avec la précipitation qu'on pouvait imposer à l'Autriche vaincue ; c'est alors que la France, émue de ces événements auxquels elle n'avait pas participé, résistant assurément à ses sentiments guerriers, à sa nature impétueuse cl pleine de générosité qui devaient lui faire supporter impatiemment de n'y avoir pas pris pari, mais comprenant qu'en partie au moins, cette paix était dirigée contre elle, et pouvait compromettre sa sécurité, c'est alorst dis-je, que le ministre des Affaires étrangères prend la plume pour la rassurer, et il dit:
« L'opinion publique en France est émue, elle flotte incertaine entre la joie de voir les traités de 1815 détruits et la crainte que la puissance de la Prusse ne prenne des proportions excessives, entre le désir du maintien de la paix et l'esiiérance d'obtenir par la guerre un agrandissement territorial. »
Et après avoir jeté un coup d'œil d'ensemble sur la carte de l'Europe, après avoir pesé les iulérêts divers des peuples qui y sont gouvernés, le ministre ajoute :
tiISCuUHÎt PARLEMENTAIRES.
. La Prusse agrainlie, lihre désormais de toute soUdarilé, rindi'peadance de l'AHemague. La France u'cn doit prendre aucun uinbrage. "
El il lenninc par <'e> liçiie> :
u l'oe paix qui repijsera sur de pareilles bases sera une pais durable. Ou^nt à la France, de quelque côté qu'elle porte se$ rcgirds, clic n'aprri;i>il ri<ri qui pui^ise entraver sa marche ou Iroulaler sa prospiriti". ■
Pesez CCS lignes, messiollr^ ; tout à l'heure je vous les rappellerai :
u De quelque côté que la France porte ses rcg^trd^, elle n'aperçoit r c 1 qui puisse entraver <» marche ou troubler sa prospérité. »
Ce laiigaje a été formell émeut ctiusacré p;ir celui de rempercur. q:iaad il a ouvert notre session ; et à côté de ce dernier langage qoe jVai eu déjà occasion de vous rappeler, il faut iniraédiaiemeot placer les paroles de son ntinisire, celles du personnage émiuent qui, d;iD« cette enceinte, a l'Iiouueur de se faire entendre au nom do l'empereur, qui est le confident de ses pensées, qui vous les apporte, qui vous les traduit à cette tribune; l'éloquence lui appartient sans doute, mais le fond, il le prend ailleurs, {^huvemenls divers.)
Eh bien, messieurs, qu'est-il venu vous dire dans cette discossion à laquelle je fais allusion ? Je oc rappelle pas seulement, messieurs, cette parole qui a été légitimement célèbre, car, je ne crains pas de le dire, elle a offensé bien des consciences : « Il n'y a pas eu uoe seule faute commise ; mais je rappelle que, revenant sur la satisfaction officielle exprimée dans les dépêches diplumaliques et dans k discours de la couronne, M. te ministre a développé, avec sod talent ordioaire, ce thème que l:i France n'avait rien à redouter des entreprises de ses voisins ; qu'elle était plus srtrc chez elle depuis que la Prusse exerçait en Aliemagne celte influence à peu près souveraine ; et ces paroles, ces déclitriitions, elles ont clé couvertes des applaudis* semenls de la majorité.
Fil bien, messieurs, eu iiièuie temps que ces paroles étaient prouoncées, il se passait dans riritiraité diplomatique des faits qui leur donnaient le pluscomplei drnienii : pendant qu'on nous disait à celte tribune qu'il n'y avait ricu à craindre, ce qu'on redoutait, eu réalité, et ce qu'on vous cachait, c'était une guerre éventuelle qui pouvait .sortir des négociations engagées. {Mouvementi dhen.)
Je sais bien que, quand cette question du Luxembourg a vu le jour, que quand il a été donné à la presse française, qui est ordinairement en retard de beaucoup d'heures sui la presse du reste de FEorope. par des raisons qui vous ont été souvent signalées par mes honorable* «t éloquents amis, je sai> bien, dis-je, que qu;ind il a été donné à la presse française de s'occuper de la question du Luxembourg;, on a
10 JUILLET Mb7.
J> appris avec étonnement que limdis que M. le miaistrc des Affaires étrangères témoignait de sa quiétude, il :iv;iit toule espèce de raisons d'être irnjuiet; que (aodis que M. le minislre d'État, — cl je ne veut pas compléter celte argumentation : mon sous-iiilendu, vous le com- I prenez à merveille, — que tandis que M. le miolstre d'Étal vous décla- 1 rail à celle iriliune (|ue la France n'avait rien à craindre, il craignait ; pour elle, car il savait qu'il y avait une uégociation très-délicate engagée, et que cette négucialion pouvait avoir pour conséquence nécessaire des précautious, comme on appelle cela par un euphémisme qui, assurément, honore rimagiuafion de MM. les financiers, des précautions se traduisant par une dépense de 158 millions. Mais ce pouvait élre aussi le désastre et le fléau de ta guerre.
En eflet, messieurs, lorsque M. !e raînisire, dans sa circulaire du 16 septembre 18C6, disait )|ue la France avait beau jeter les yeux au dehors, qu'elle n'apercevait rien qui pfit troulder sa sécurité, il paraît cependant que les regards de M. le ministre s'élaienl dirigés du cûlé du Luiicmbourg^et que là une ombre lui était apparue. Lui était-elle bien apparue? Quant à moi, messieurs, il m'est permis d'en douter, cl vous comprenez que mon doute est t'ori excusable, puis4|uc j'ai, pour le fortifier, la parole de M. le ministre ; et ayant à choisir entre sa parole cl les faits qui la démentent, j'éprouve un grand embarras, et ualurellement je vais tout d'abord à la parole. Eh bien, la parole, la YoÏL'i : c'est qu'alors que tout était consomnaé, je ne dirai pas seuk lemeut par la victoire, mais par la diplomalte, «juand le traité de Prague était <iigné, quand la situation de l'Europe était de nouveau I réglée. M, le ministre entrait au nom delà Frauce dans celte région I de sereine béatitude qui ne lui faisait apercevoir au dehors que des sujels de complète satisfaction.
Je ne pense pas, messieurs, qu'au 16 septembre I8G6, M. le ministre des Affaires élrangères ait éprouvé une défaillance géographiquesubite qui lut ait fait perdre de vue le Luxembourg; cela u'esl pas possible ; j'en conclus, et celle conséquence est victorieuse, que lorsque le ministre écrivait ces lignes, cl que l'empereur tenait ce langage, et que ce langage était répété par M. le ministre d'État, il n'éiait pas sérieusemeul question du Luxembourg.
Car, s'il en avait été sérieusement question, je serais dans la uécessilé de redire que, cette fois encort-, la Chambre avait élé mal éclairée, et qu'on lui avait caché la vérité que cependant on devait lui manifester.
Mais, messieurs, qui ne sait que cette question du Luxembourg,
,intro<iuile dans la diplomatie si brusquement, avec une si déplorable
éfourdcrie, qui a failli avoir des conséquences si funestes pour notre
■ays, et qui ne lui promeitaii eu retour que des .ivantages ridicules,
mi
rURS l'ARLEMENTAIRES.
sans aucune esi>èce de conséqucoces, ni au puini de vue militaire ni au point de vue diplomatique ; qui ne *ait que la question du Luxembourg n'a été, dans la pensée des liammes d'État qui nous {jouvernent, qu'une sorte de réaction née de la connaissance qu'ils ont acquise des inquiétudes de l'opinion et de la nécessité d'opposer à cette opinion une sorte de compensation qui piU «atiafaire?
Voilà, messieurs, en réalité, comment ou a joué le sort de la France sur celte triste question du Luxembourg. On a dit, lorsqu'il en a été question devant nous, que ce n'était pas la France qui î.'cn était occupée, qu'elle n'avait fait que suivre, et vous vous rappelez parFai- Icmcnt la déclaration qui a été faite à cet égard, lorsqu'une première communication vous a été faite à la date du S avril 18G7.
M, le ministre des Affaires étrangères, qui seul a eu la parole ce jour-là, si je ne me trompe, — M. le rainistre d'État ne Ta eue un instant que pour nous dire qu'il n'avait reçu aucune espèce de dépêche ; il n'y en avait encore que vingt et une (sourires), mais probablement que ces dépêches ne lui étaient pas connues, — eh bien, M. le rainistre des Affaires étrangères disait : u Le gouvernement français, dominé par la conviction profonde que les intérêts véritables et permanents de la France sont dans la conservation de la paix de l'Europe, n'apporte dans les relations internationales que des pensées d'apaisement ; aussi n'a-t-il pas soulevé spontanément la question du grand-duché. '■ Ce qui a valu, très-peu de jours après, uue déclaration peu obligeante, je suis dans la nécessité de le reconnaître, du iircmicr ministre néerlandais à la Chambre de la Haye. Je lis en effet, à la M da discours qui a £16 recucilti par les fculUes publiques :
M Ouant à la question luxembourgeoise, M. Schimmelpenuinck, après avoir déclaré que la Hollande doit rester étrangère i la question, a prononcé des paroles en opposition avec cette déclarniioii. C'est à tort qu'il voudrait amener le ministre à lancer une protestation contre ce qui a été fait. Mais il y a un point important à éclaircir : il s'agit de ce qui a été dit par M. Van Swindcrcn, que c'est le gouvernement hollandais qui aurait soulevé le premier cette question vis-à-vis d'uuc puissance étrangère. Je dois donner le démenti le plus formel à cette allégation. »
Ce n'est pas nous qui recevons le démenti; c'est à ceux qui le reçoivent a en être offensés et à le relever; mais, comme Français, il nous est désagréable que notre gouvernen»cul soit placé dans celle nécessité.
Ce qu'il y a de vrai, messieurs, et ce qui résulte des pièces qoi maintenant uons sont connues, puis4|u'ellcs ont été cuunnuniqnéêsi c'est que c'est le gouvernement français qui a pris Tmitiative, c'est
tO JUILLET 1867.
de lui r]u'est venue la pensée; el pour cela, messieurs, il suffit de jeter un simple regard sur les pièces mêmes auxquelles je fais allusion, el de rappeler la date des dépêches.
Dans le livre jaune, <|ui est relatif à la question du Luxembourg, nous renconlroDS, à la date du 23 juin el du 2 juillet, deux dt'péchcs qui émanent de M, le baron Tornaco, qui est ministre d'État dans le ^gouvernement du Luxembourf;, car ce petit gouveruement se donne aussi les honneurs d'un ministre d'Etat {rires et bruit); eh hicu, M. Tornaco, qui est miuislre d'État du gouverueraeui du Luxembourg, écrit au ministre de Prusse à la Haye, et lui fait des réclamations sur la garnison qui occu|)e la forteresse de Luxembourg. Il ne dit pas que le Luxembourg doit être cédé à telle ou telle puissance, mais il trouve que i> quand ta Confédération a été mise en pièces par le fait de la Prusse, il est complètement inopportun (pie cette puissance pèse encore sur ce petit État du Luxembourg, et que la forteresse soit occupée par les forces prussiennes ^.
Ce sont là, messieurs, les deux dépêches par lesquelles s'ouvre la publication ministérielle qui nous a été remise; après quoi nous voyons le ministre de France entrer en scène. Il discute les éventualités d'un péril qui peut être couru par le gouvernement de la Hollande. 11 dit que ce péril lui parait imaginaire; cependant il propose des moyens de veuir au secours de toutes les éventualités, et c'est dans la dépêche du 28 février 1867 que va se trouver le premier mot, U première pensée relative à la cession du Luxembourg. Ce premier mot est prononcé par le ministre français^ cette première pensée lui appartient.
Jugez-en, messieurs :
« Le Limbourg n'est plus autre chose qu'une province hollandaise, et le grand-duché doit être considéré comme un État parfaitement indépendant, gouverné par un grandi-duc, qui se trouve en même temps être roi des Pays-Bas. y
Mais nous tournions la page, et nous rencoatrons, sous la forme de l'insinuation la plus gracieuse, je le reconnais, cette prétention qui va s'intix>duirc dans le cours de la discussion pour aller toucher l'État du Luxembourg :
u Vous écoulerez donc avec attention, dit M. le ministre, tout ce que vous dira le cabinet de la Haye, et vous établirez un échange d'idées sur les moyens les plus propres à nous conduire au but que nous devons nous proposer en commun. Ce but, c'est d'obtenir l'abandon de toute prétention alleiuiinde sur le Limbourg, et l'évacuation de la forteresse du Luxembourg par la garnison prussienne qui l'occupe, n
Puis, la pensée va prendre un peu plus de consistance. Ceci n'est
Dl^iCOURS PARLEMENTAIRES.
qu'une prccauiioa oratoire-, elle ne coûte pas encore ISS intllioa*. tuais elle en viendra là. Voici (|u'el!e va se formuler :
X Je vais plus loiti eiM:ore, ei â mou sens, tl est permis d'aHmeiiro ({u'eu acceptant avec bonne grâce le fait d'une ri'unioa du grandduché à la Prauce, le cabinet de Berlin croirait faire acte d'habile politique et aimerait à nous ménager une salisfaclioa morale et rnaiêrielle qui, en donnant aux relations des deux pays un degré plus marque d'itUimité, offrirait de nouvcau\ {^ai^es à la paix de r Europe. «
Tout ceci était empreiut assurément «l'une très-grande estime vis-à-vis de l'honorable ministre qui dirige les destinées de la Prusse; niais je crois que celle estime n'était pas tout â fait à la hauteur «le l:i connaissance qu'on pouvait avoir de son vérilable caractère. G'élaii une illusion que de supposer qu'affiaiidir la France, c'était être agréable à la Prusse, et qu'il n'y avait rien de mieux pour l'apaiser (jue de faire passer par ses mains un pouce de celte terre allemandr <iuc la nation eutiévrée revendiquait avec éclat.
Cependant, c'est là la conception qui se présente à la pensée de iM. le ministre, et vous voyez comment il la formule. Et il y revient eucore en disant dans sa dépêche du 21 mars :
« Chaque jour nous recevons de nouveaux têmoiçnafîes du désir des habitants de se voir réunis à la France. Nous ne doutons pa« (jue leur vote presque unanime ne vint sanctionner les arrangcmenls que le roi grand-duc est disposé à prendre avec nous. «
£h bien! j'aurai l'indiscrétion de demander à M. le ministre queU sont les documents, les dépêches, qui l'auiorisaient à teuir un pareil langaj^c, comment il puuvait être sur que le vote des populations nous aurait été favorable.
M. le baron de Reinach. Ouiî oui! C'est certain!
M. Jules Favre. L'autre jour, M. te ministre nous disait qu'au Mexique il y avait eu 5,500,000 suffrages sur une population de 18 millions d'habitants, y compris les femmes, qui sont la moitié de la population, les enfants et tous les incapables. Jtumeurs.)
Eh bicu! ou aurait fait voler ces braves Luxembourgeois, et on était sûr de leur vote unanime.
Cependant on avait diplomatiquement raison de douter, et je m vais pas au delà de ce qui est officiel et communiqué.
Je rencontre dans la même publication uue dt-péche émanée d'uti homme qui devait <»(rc bien informé : c'est notre chargé d'affaires près de la cour de la Haye. Il disait, à la date du i novembre 18(-6;
« Voire Excellence remarquera que la France déclare : premièrement, que les traités de 1815 sont abrogés; deuxiëmemeal , que le grand-duché désire conserver son indépendance. "
^on indépeodance quand
"•. c'o<;t toujours un acte
'iri\ qnehjue puissaat
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'itiooal.
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il*, la dépêche du
i> . . M. le ministpe,
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1c te (ru
n 1*3, la recdl Iros-louable et trJH
u'il soit, quel que swi ujours une témérité, <ni, A 1(1 gaurhe iJe foratinr ln M. Jules Favre. Eh bien, il pa*
nirtié des seiitimeuls dnnt on trou
1 iii;irs 18()7; il vuulait conserver son voyant les choses au travers de ses espér; bourjïeois vont lui tendre les bras : sculemenFu veut que ces marques 'd'affection se donuent nvec la discrétion la |)lus cniifre, et la prupo-
tion d'une telle affaire pourrait i^ravement la comproinellre; il dit
oiamraent à S. M. le roi de Hollande : ■ <;ardez-vous bien d'en parler la Prusse! Elle peut avoir mauvaise tête. Toutefois, il ne faut pas se méfier d'elle. Nous sommes siirs que, lorsque nous serons cœur a cirur, nous la ramèoeroDS. n Et on lui impose de se taire; et il arrive (juc le secret n'est pas bien gardé. Les rois eux-mêmes peuvent être sujets à ces faiblesses; carc'esi le ministre des Affaires étrangères qui s'en plaint dans une dépêche à la date du 1" mai 1867, et qui a vraiment son côté piquant. Permettez-moi de vous en lire quelques passapes.
" Je vous envoie également, dit M. le miuistre des Affaires étrangères au éiîDJstre de France à la Haye, je vous envoie ci-annexée une copie de ma réponse à M. l'ambassadeur d'Angleterre.
o Ayant reçu aujourd'hui un télégramme par lequel vous m'annoncez vous-même qu'après s'être concerté avec le gouvernement britannique, le roi grand-duc a proposé de réunir la conférence à Londres le 7 de ce mois, je fais préparer les pleins pouvoirs qui sont nécessaires à l'ambassadeur de l'empereur à Londres, pour prendre part aux délibérations, et ils vont lui être incessamment expédiés. Je vous prie de vouloir bien faire savoir h M. le coiiiie de Zuyien que j'ai reçu communication de la dépêche télégraphique que M. Lightenvelt a été chargé de me remettre, et porter en m<*me temps à la connaissance de M. le ministre d'État du grand-fluché ta résolution du gouvernement de l'empereur. ^
Tout cela me parait prématuré et regrettable. Il en ré>ulte qu'une négociation délicate, dont nous devions avec raison garder tous les fils entre les mains, et à laquelle nous devions conserver, tant que nous le jugerions nécessaire, un caractère confideniiet, a été entamée sans nous et en dehors de nous. Aussi, vous vous le rappelez, et vous pourriez, si cela était nécessaire, en trouver l'expression dans m document qui i^uit ceux que je viens de mettre sous vos yeux , ru
Prusse ce ^^^^^^^^^^^^^^^^^^^^H^Tde Luxf ^^^^^^^^^^^^^^^^^PHnt pdsscr entre Ici
^^^^^^^^^^^^^^^PRpprobre infligé]
que ^^^^^Kf^^^^^^^^l^ ^^^^ ra|)portt*cs duns ccâ d(
mentt ^^^^Bfe^^jWres, ne sonl que récho affaibli de riodi-|
gnatioL I^^^HRtre la négociatiuu ainsi ré^véléc.
C'est ^BBHeurs, que celle indignation prit un caractère vérilablern Pinquiétant ; que, des deux côtes du Bhin, s'échangèrent des provocations qui pouvaient irriter les auiours-proprcs et amener les résultats les plus fuuestes.
Cependant, messieurs, je lecrois/tegouveruenieal n'a jamais voolu faire, mCme de cette négociation telle qu'elle était eugagée, un cas de guerre; quand je jette les yeux sur toutes ces dépêches, elles m'inspirent cette conviction, et je pense, messieurs, que vous la partagerez, qu'à aucune époque le gouvcrnemeut français n'a voulu engager U guerre avec la Prusse. Ce n'est pas moi, messieurs, qui lui en ferai un reproche. Seulement, ce que je lui demande, c'est d'apporter dans ses relations avec ce gouvernement de la sincérité et du sérieux; ce que je lui demande, c'est de ne pas compromettre les intérêts graves ■ qui sont placés entre ses mains.
Je ne dirai pas qu'il soit responsable de la paix, puisque je oc trouve nulle part sa responsabilité, bien que devant l'histoire elle puisse être effective; mais je dirai au moins qu'il a failli II compromettre sans le vouloir et sans le savoir. Dans les dépêches que j'ai étudiées, je rencontre en effet cette pensée, qu'eu réalité U ne pouvait être question de guerre. La dépêche de M. le ministre des Affaires étrangères, en date du 18 avril, se termine ainsi :
u Nul ne sait mieux que M. de Bismarck combien de pareilles imputations... » ce sout les imputations qu'un reucontrait dans la bouche de tous les diplomates étrangers, qui affirmaient que la guerre allait éclater entre la France et la Prusse, par suite de l'ambition et de» prétentions de la France. — " Nul ne sait mieux que M. de BismaKk combien de pareilles imputations sout dénuées de fondement. En suivant avec la Prusse des pourparlers cunftdcnliels, dont sou langagr antérieur nous autorisait à espérer un meilleur résultat, nous u'avion^ au contraire d'autre but que de consolider pour de longues année» U paix de l'Europe, en lui donnant pour base des rapports de confiaurc et d'amitié entre la France et l'Allemagne. Toute notre conduilr proteste contre le soupçon d'arriére-peusécs belliqueuses de noirt part, et vous ne sauriez trop vous élever contre de pareilles allégttions, si elles se produisaient à Saint-Pétersbourg. "
Ainsi, messieurs, et je tiens à constater ce fait, le gouvernemcat •
icic avec une pensée de paix, et il a soulevé les ora^yes de la guerre; il nous a coalraiuls à ajouter à noire budget, à tiire de précaulion militaire, le chiffre énorme de 158 millions; il a jelé dans le pays une terreur assurément bien légitime. (Réclamations et exclamaiioHS sur un grand nombre de hanct.)
Messieurs, je rae sers peul-^tre d'une expression qui rend mal ma pensée; je suis prêt, s'il le faut, à la modifier.
Personne u'esi plus respectueux que moi envers le sentiment uatioaal que j'éprouve tout le premier.
Une voix. Il y parait î
M. Jules Favre. Quand je parle de terreur, je ne parle pas de la crainte que peuvent faire éprouver les dangers de la guerre , mais je parle de cette crainte patriotique qui anime les âmes, toutes les fois qu'un grand ébranlement peut précipiter deux peuples l'un contre Pautrc, et assurément les cœurs les plus vaillants, les esprits les plus généreux éprouvent de pareilles craintes, (Très-bien ! à la gauche de l'orateur.)
Ces craintes sont venues à la suite de ces démarches et de ces négociations du cabinet français, qui, je le répète, n'avait pas le moindre prétexte pour amener un semblable résultat.
Il ne m'appartient pas de discuter ici la question de savoir s'il était bon , s'il était opportun , s'il était politique de réclamer l'évsH cuation de la forteresse du Luxembourg. {Ah! ah!)
Je dis que cela ne m'appartient pas, et voici quelle en est la raison, et très-certainement M. le ministre d'Étal ne la trouvera pas mauvaise : c'est qu'au mois de septembre 18B6, M. le ministre des Affaires étrangères trouvait que la paix de la France était parfaitement compatible avec l'exisience de la forteresse de Lnxembourg et son occnpatiou par l'armée prussienne, à moins qu'on ne dise qu'on a irompé la France, et ou ne le dira pas; car, très-certainement, le 16 septembre 1H66, la question n'était pas née. On a cependant tout examiné; on a jeté les regards sur la carte de l'Europe ; on n'a vu aucuu d;«nger à ce que les Prussiens occupassent la forteresse du Luxembourg; oo n'a pas trouvé celle occupation incompiitible avec la paix et avec la dignité de la France.
Je pourrais examiner cette question, mais cela est inutile. Je reconnais que, sur ce point, le gouvernement a obtenu une victoire diplomatique. Je ne suis pas assurément de ceux qui dédaignent ces victoires; elles rae paraisscut les plus précieuses, et celles qui doivent être le plus encouragées; car, au moins, elles ne sont jamais accompagnées d'effusion de sang.
Seulement, à cùlé de celle reconnaissance de la victoire diplomatique remportée par le gouvernement, il est juste de mettre en parai-
lèlc ce i[ue celle victoire lui a coûté. Je ne parle plus, roes5ieur!<, des 158 raillitiris de dépenses de précaution qui cependant sont bico queltiue chose pour ceux qui les payent ; mais ce dont je parle, c'c^t la con.solidatiou définitive de i'état de l'Europe vis-à-vis de toutes le» puissances. Vous avez voulu d'un congrès, vous l'avez appelé, il sVst réuni, et c'est dans cette assemblée solennelle que la Prusse est apparue couverte des dépouilles de l'Aulriche, qu'elle y a été admise telle, et que l'humiliation de cette dernière puissance a été solennellement consacrée.
Et aujourd'hui, ce n'est plus seulement une question prussienne; c'est uue question euronéeune. C'est vis-à-vis de tous les cabiuct< que vous vous trouvez, c'est avec eux que vous auriez à compter.
Je sais bien qu'on a discuté, cl qu'il me soit permis de le dire avec tout le respect que je porte aux hommes d'Élat de l". "onglet erre, je sais bien qu'on a disi-uté peut-élre avec plus d'habileté que de sincérité la qucs(ion de savoir ce qu'étaient la solidarité et la garantie. Ces questions peuvent prêter à des équivoques, à des réponses douteuse*, quand elles sont agitées dans des assemblées délibérantes; mais lorsqu'elles sont résolues sur le terrain et en Face d'armées qui vont s'enlre-choquer, les traités engagent tous ceux qui les ont signé*. Soyez îirtrs que nous sommes aujourd'hui en face des puissances, et tjue la diplomatie du cabinet a eu cette conséquence qu'aujourd'hui ce n'est pas avec la Prusse que nous avons à traiter, mais avec tous les cabinets réunis.
Quant à moi, je suis loin de m'en affliger, mais je demande encorr, avant de terminer, à eon.<^later quelle est, sur ce point, la disposition intérieure du cabinet français, qui co^l^a^te singulièrement avec les iQquiétudes que sa politique a fait naître et avec les couséqueoces ruineuses qui en sont découlécs.
Dans la communication rierniére qui nous a été faite à la d«le du 13 mai, quel est le langage qu'on lient vis-à-vis de la Pni-v»c? Il n'est I as téméraire, il ne péilie pas par un excès de Hcrié, Vous Mei en juger :
« Nous étions autorisés à espérer que nos relations amicales avcr J le cabinet de Berlin préparer.'MPiit une s(iilu(ii>n favorable, car notre ■ intention a lonjours été de ménager les justes susceptibilités de la Prusse et d'admettre dans uue question qui avait à nos yeui un caractère européen, t'examen loyal des traités et de l'intérêt des grand»*'' puissances.
• ÎSous Dc saurions dire trop haut combien les puissances oui montré, dans la fâche qu'elles s'étaient imposée, d'esprit d'impartialité et de désir sincère d'arriver, par un équitable et honorable arrangement, au but de leurs efforis.
tn JUIMKT 1867.
Le
it de r
gouveroeracut de i empereur, — c est ainsi que se termine ce document, — pense qu'il doit se féliciter d'avoir obtenu ces rtsullats, et d'avoir pu, en même temps, constater combien les sentiments des puissances à notre t^gard se sont montrés équitables el .-imicaus.
" Il croit enfin utile de fîdre ressortir ce fait que, pour la première 'fois pcut-<»trc, ia réunion d'une conférence, au lieu de suivre la guerre et de se bornera eu sanctionner les résultats, a réussi à la prévenir et à conserver i l'Kurojie les bienfaits de la paix. Il y a là un indice précieux des ienflau<:es nouvelles qui prévalent de plus eu plus daos le miuide, el dont tous les amis du profjrès pacifique et do ia civilisation doivent se réjouir. »
Oui, messieurs, (uns les amis du pruf,rès pacifique el de la civili- .sation se réjouissent tontes les fois qu'une guerre est évitée-, mais tous les politiques sages et prudenls doivent adresser de .sévères critiques au gouvcruenicnt, toutes les fois qu'une guerre a été risquée sans utilité et sans raison valable.
Or, c'est précisément, messieurs, ce que nous avons à repraciier au
rcabinet. J'ai dit qu'il avait joué les destinées de la Fraui;c sur une
prétention à laquelle la France aavaii aucuuc espècs; d'inlcrèl, je ne
dirai pas sérieux, mais considérable, dlutérét qui piU expliquer les
^résolutions extrêmes auxquelles le gouvernement pouvait être
'eiU rainé malgré lui.
' Je faisais tout à l'heure allusion à ce sentiment d'irritalion réoi-
j) roque qui, à un instant fatal, s'est emparé des deux nations. Est-ce
[que j'ai perdu le souvenir, messieurs, de ranxiétc causée par cette
prritation réciproque? Il ne m'en coiUait rien de rendre hommage au
''Succès diplomatique obieuu par le gouveruement ; je le félicitais
jd'avoir emp(*ché ce déplorable fléau de la guerre. Mais ce qu'il faut
'dire pour être juste, c'est qu',^ côté du gouvernement, au-dessus du
[gouvernement, il faut encore tenir compte d»; l'éniotion considérable
Nfui s'est produite dans l'opinion publique, et cela d'un bout à l'autre
^e l'Europe. Oui, rendons-en grâces s ces progrès de la civilisation
nui sont invoqués dans le document que je viens de lire; à mesura
ue l'éducation publique se perfectionne, chacun comprend mieux.
ornme le disait mon honorable ami M. Garnier-Pagès, que les peu-
ilcs sont faits pour vivre en paix, et non pour s'eutre-déchircr; que
le temps des guerres, des conquêtes et des ambitions est passé, et que
i des âmes perverses, malintentionnéfs ou téméraires, voulaient se
Îetcr au milieu de ce niouvemeni parifiquc, les peuples doivent lc< 'cjetcr de leur sein.
Voilà ce qui a été compris d'un boui de l'Europe à l'autre -, et je pourrais vous citer des faits éloquents qui prouveraient tjuc ces sentiments étaient puissamment interprétésetavaieui un écho eu Angle-
Hev(
lerre ei jusque dans les rangs les pins cieves, puisque celle femme, qui n'a pas été seulement un modèle de vertus privées dans la \1e domestique, mais qui a été. je ne crains pas de le dire, l'honneur des souverains modernes, et qui s'est assuré une gloire impérissable parce qu'elle a toujours respecté les droits de la naliou, elle a écrit de sa main royale au roi de Prusse, pour lui dire qu'il devait trouver dans son cœur des raisons d'étouffer les germes empoisonnés de la guerre. Elle a fait une noble action, elle a donné un grand exemple; cet eiemplc doit être compris par vous. Seulement ce n'est pas à des vœux stériles que nous devons nous borner î
Sans doute, quant à la question de la guerre, nous sommes tous d'accord : c'est un horrible fléau ; elle vous apparaît comme un fantôme. La guerre est quelquefois une nécessité; quand l'iionneur est engagé, il ne faut marchander ni son sang ni ses trésors. Seulement, il n'est permis de risquer ces biens préticui que pour des causes qui peuvent récllefncDt ou les compromettre ou les perdre; et c'est pour cela qu'il importe qu'une nation, quand elle veut éviter ces funestes résultats, ait le courage viril de surveiller elle-même et de gouverner .ses propres affaires.
On vous parle sans cesse de confiance^ on vous dit qu'il faut vous jeter dans les bras du gouvernement, que la moindre pensée de critique et d'opposition peut être sérieuse. De la confiance, messieurs! alors que nous avons traversé toutes ces ruines et que nous marchotis d'insucci\s en insuccès! Delà confiance! quand on a laissé consommer en Allemagne, pour ne pas sortir de l'Europe, cet état de choses qui peut <^trc si menaçant contre la France et auquel elle ne peut opposer que sa générosité! Ce serait plus qu'une faute, ce serait un crime. Vous êtes la nation, et c'est à la nation, forte de son caractère relevé, de son indépendance restituée, qu'il appartient de prendre la véritable direction de ses affaires. Sans cela, vous êtes menacés d'une autre expédition du Mexique en Europe, et peut-être que le jour oti l'on se repentira de n'avoir pas su la prévenir, il sera trop tard. {Trh-hicn! tris-bien! — Bramt et applawlisseiiunts sur plusieurs baatt à la gauche de l'orateur.)