COLONEL
Mon alteiiltOD est trop sérieiiscmeQt fixée sur la légion romaine pour que je puisse ijjnorer les faits jjraves qui s'y aeconiplisseni depuis qiiel*iue temps. Comment donc s'expliquer les désertions non plus individuelles, mais collectives, qui luenarent de réduire à rien votre erfceiiP? Le soldat n'a rien à envier aux troupes de la mère patrie. Il est commande par des officiers français conveoableraenl posés dans notre armée ; il sert une cause respectable qu'il a demandé à servir; il a devant lui ce qui a toujours passionné le soldai fran-
■ çais, un ennemi h combattre, un danjjer à affronter, et cependant il déserte honteusement.
»€e n'est pas le désir de revoir la patrie qui est une excuse, car il sait bien qu'aussitôt rentré en France, il sera envoyé dans un corps disciplinaire d'Afrique, oùil restera jusqu'à l'expiration de son temps de service militaire.
■ «Je déplore cet état de choses, mon cher colonel, parce qu'il est une tache pour notre armée. ^
Mais tout ce qui a été dit de la séparation de l'armée pontificale et de l'armée Française est donc une contre-vérité? L'armée française esta Rome sous la cocarde papaline! Notre drapeau, nous l'avons abaissé devant celui du Pape; nous l'avons changé contre celui du Pape! {Viver réclamations sur quelques bancs.)
H Plusieurs membres. Ou n'entend pas!
I M. Jules Favue. Comment ! ce n'est pas la vérité! Eh bien, que mes honorables interrupteurs prenneut la peine de dire comment il se
»fait que la discipline française s'exerce à Rome comme elle s'exercerait à Paris ou à Toulouse : comment celui qui abandonne le drapeau du Pape est puni comme celai qui abandonne le drapeau français. Celui qui fait son service dans les troupes papalines fait, en réalité, son service dans l'armée française; c'est l'armée française qui est à Rome; elle y est sous un déguisement, vous l'avez masquée (murmures), vous avez été ainsi infidèles à la parole que vous avez dans la convention de septembre! {X'ouvciU interruption.)
I Voilà la vérité, {/tpprobadon à la tjnuche de l'orateur.) M. GLAis-Btzotx. C'est un acte abominable! AI. le marquis de Pire. La France a te droit de suivre ses soldats partout où ils vont.
Voix ^OMBR£LlSEs. N'iulcrrompcz pas!
p. M. Jules Favre. J'entends à mes côtés qualifier cet acte très-sévè- ■rement, j'entends ne le qualifier que légalement, et légalement, il est
IHSCOUnS PARLEMENTAIRES.
la viulation maiiircslc de la couvcntij^a de septembre el de la lui fraoçaisc. ■
11 est la violation de la coûvenliim de septembre, car, par la codvcnlkm de septembre, la France s'est engagée à évacuer Rorae. ctl» Frauce toiitiuue, en réalité, son occupation.
tl est la violation de la loi Craiiçaive, c.ir la loi française confie a» luiiiisire de la Guerre le dépôl de notre armée, non p;is pour iju'il suit détourné an profit d'un prince étranger, mais pcntr qu'il viii cm])loyé dansrintéréi de la France et de la loi,
Eli bien, ce détournement a eu lieu dans les circonstances les plasj lïlrheuses et les plus condamualdcs; et, en vérité, si nous n'élio depuis si longtemps accoutumés à des actes qui, a d'autres époques. auraient paru monstrueux, une pareille énormité soulèverait l'iadi- ];iiation du (layset de la Chambre. M
Vous allez voir que non-seulement l'armée papaliueaété comptt>ce " de s^oldals Français, que les soldats Françjis subissaient la discipline irançaisc. qu'ils obéissaient de loin à un commandement français, mais encore qu'au mépris de toutes les convenances cl de toutes les règles de la discipline, on a cliargé le dergé officicHemcnt de faire le recrutement parmi les aveugles populations de la campagne. {Exclamations sur un grand nombre de hitncs.)
Voici, messieurs, ce que je lis dans un maudejiicnt de Mgr de Nantes, qui porte la date du 8 décembre 18tifi, et vous ullez voir à quel point on se joue, et de nos luis fondameulales, et de nos institutions, et des promesses de la Chambre. ■
Dansée mandement, il est question des dangers considérables que < court le pouvoir spirituel; c'est au nom du pouvoir spirituel qu'on exerce une pres.'-e sur les ûmcs [exclamation $), t'est afin de sauver la religion qu'il est nécessaire, dit Mgr de Nantes, de former on* h légion qui puisse entourer le irùue du Pape. fl
Dans l'article prcuiicr ou C3mm;inde aux fidèles des prit-res. Rien n'est plus légitime, et ce n'c^t pas moi ejui voudrais contredire à cet exercice parfaitement légitime du piKivoir de l'épiscopat.
Si je voulais remonlcr aux anciennes sufLCptibiltiés de la vieille^ monarchie, dont nous sommes si éloignés aujourd'hui, je pourrai trouver que nous, qui nousprétcndous si fiers, nous le sommes liea coup monis que nos pères sur ces ((ucstions qui sont capitales Biei qu'au nom de cette .susceptibilité je pusse condamner les quét demandées par Tépiscopat, les considérer comme des actes dont d s'inquiéter la conscience publique. Je n'en veux rien dire, elles re trent dans le domaine de la liberté, je ne m'en inquiète pas. Mais qui est plus grave, c'est l'article 4, dans lequel Mgr de Nantes, ctna géant subitcmciiJ de rôle et de miniMére, descend de la chaire p*
3 DÉCEMBRK 1B«7.
se faire sergent de recrulement.,. [exclamations et rires) et parle ci» cei termes... {Bruit.)
Écoulez ceci, mes)-ieur.«, il est iraporiaul que vous le sachiez, car lorsque vous donnerez voire approbaliim à la polili(|ue du gouvernement, vous aurez à couvrir de seiublables actes eu face du pays : « Nous iaviioiis nos clicrs coflaborafeurs Arccrutcr autour d'eux. principalement parmi les jeunes (jens qui font partie de la réserve. 'des hointiies de bonne volomé pour rcinplir les cadres de la légion romaine... >
^ Et il ajoute ;
■ « Nous sommes autorisé à leur demander de la part du gouverncnieut cette propagande à la fois religieuse et patriotique. •< {Mouveinenls divers )
Eh bien, messieurs, je réjjouds que celle propagande n'est p;is religieuse, c'est reroiiereur qui le dit-, il déclare, avec raisou, que de semblables entreprises perdent plus la religion qu'elles oc la servent.
H(OA.' oA!) Il ajoute qu'elles ne sont pas patriotiques, carie palriu-
^ tisme ne consiste pas à servir un prince étranger... {bruii), mais a donner tout ce qu'on a pour la patrie, pour son berceau, pour le sol sur lequel les ancêtres oui vécu : voilà le patriotisme. [Mouvements divers.)
IMais, messieurs, ce qui m'ioquièle cl ce qui doit légitimement vous iuquiétcr, c'est celle confusion étrange des pouvoirs, c'est celte ingérence du clergé dans le recrutement des honiincs armés. Nou-seulemeot le clergé abandonne ainsi les devoirs qui lui sont tracés par rKvangile, ei il oublie les leçons de mansuétude et de douceur, mais il vient, au milieu d'un pays organisé, dans lequel la puissance publique est placée sous la sauvegarde du ministre de la Guerre, il vient dans les campagnes opérer un recrutement pour un prince étranger. I Et il a raison de le solliciler, car il y a été oilieieltemenl invité par
■4es dépositaires de la force publique; et voici dans quels termes écri- « valent à Mgr l'évéque de Nantes les deux généraux sous rautorité desquels se trouvaient les jeunes soldats de la réserve :
M ni-ntttii, \" décembre 48C6.
^^onseigneH^, je viens de rcccv(n'r une dépêche de S. Kxc. le ministre de la (iuerre qui m'informe que l'intention de l'empereur est que la légituv romaine reçoive, le plus tôt pttssible, un nombre <l'hommes suf.îsant pour en remplir les vides et en augnicolor même l'effecliF primitif.
Pour seconder le désir de Sa Majesté, et venir en aide aux mesures que je prescris à MM. les généraux subdivisionuaircs pour
décider un certain nombre d'hommes de la réserve... »» — c'est-à-dire de l'armée française, cnlendez-lc bien, c'esl l'armée française qui est déplacée de France pour êlre conduite en Italie! — « de la réseneà s'engager dans la légion romaine, votre inflaence personnelle et celle de voire clergé seraient diin {^rand poids pour mener celle affaire importante à un heureux résultat.
" II n'est point douteux qu'au milieu delà population si catholique de votre diocèse, vous ne puissiez trouver des hommes dévoués et de bonne volonté pour aller défendre la personne du Saint-Père contre les efforts de la révolution.
" Je ne doute pas, Monseigneur, que vous ne vouliez seconder nos efforts, et que dans une cause qui touche de si près aux intérêts de la religion, vous ne soyez heureux de concourir de tout votre pouvoir au recrutement de la légion romaine.
• Vous connaissez les conditions d'engagement dans la légion, et je n'ai pas besoin d'insister sur ces deux points essentiels qu'il importe de faire valoir auprès de vos diocésains, à savoir que le temps passé dans ladite légion compte comme service en France, et qu'un décret de l'empereur conserve la qualité de Français aux militaires autorisés à s'engager dans ce corps.
• Veuillez agréer. Monseigneur, l'assurance de ma haute et respectueuse considération.
« Le général commandant la 16* division militaire,
" Général L. de Lissé.
t dei q
iic!|
Tout à l'heure nous voyions les évéques et les curés devenant agents de recrutement; ici nous voyons des généraux qui prêchent une croisade et qui, au mépris de leurs devoirs, font intervenir, dans l'exercice de leur autorité si redoutable, des considérations religieuses... {chttcholemcnU) qui devraient toujours y être étrangère*.^
Ainsi, tout est confusion, tout est anarchie, tout est violation de loi; car la loi ordonne à tous les Français de servir leur pays; t\\ réserve aux Français seuls cet honneur; elle impose à tous cette charge, et en même temps elle dit que l'effectif ne peut pas être détourné de sa destination, qu'il appartient à la France seule, qn'oflfl ne sert son pays qu'en le servant effectivement, et non pas en allant se placer hypocritement derrière le drapeau du Pape, alors qu'on a dit dans la convention que l'armée française rentrerait eu France, et que farméc papalinc .seule défendrait le Saint-Siège. h
La loi du 2t mars 1832 porte : ^|
1 Art. 6. Le contingent assigné à chaque canton sera formé par ?lirage au sort entre les jeunes Français qui auront leur domicileO'
ÎCEMBRB 186T.
léf^al dans le canton et qui auront atteint l'âge de vingt ans révolus dans le courant de l'année prccCdente. n
Et l'article 48 du :
u Nul Qc sera admis avant V&qù de trente an:; accomplis à un emploi civil ou militaire, s'il ne justifie qu'il a satisfait aux obligations imposées par la préseute loi. "
L'obligation imposée par la loi est de servir son pays, et non de servir dans l'armée du Pape; et ceux qui servent dans l'année du Pap(% les voilà, par une violation de ta loi fondamentale, assimilés aux Français qui n'ont pas quitté le drapeau national.
Violation de la convention! violation de la loi française! violation de notre politique! car vous lancez ainsi imprudemment vos braves généraux Français dans uue croisade où vous les cumpromeElez, et vous leur faites dire, ce qui est le contraire de la vérité, que ce sont les intérêts religieux qu'il faut servir. Vous oubliez ce que vous avez dit vous-mêmes, ce que vous répétez sans cesse.
Vous voyez cela avec regret, quand il s'agit du Saint-Père ; mais, quand il .s'agit de vous, vous le voyez avec satisfaction, car vous l'encouragez, cl de contradictions eu contradictions, de violations en violations de la loi, vous arrivez à ne rien laisser debout de cette convention du 15 septembre 1864, dans laquelle cependant le pouvoir temporel du Pape n'était pas représenté, de sorte (lue, quand je me place vis-à-vis de cette question : uuel était le devoir du gouvernement français lorsque la convention de septembre 1864 a été pour ainsi dire louroée en dérision au milieu de tous les événements qui ont marqué surtout la dernière partie de l'année 18fi7?je vois que cette convention a été déniée par le Pape, qu'elle a été abandonnée oavertement par lui contre le gouvernement français et contre le gouvernement italien, qu'elle a été ouvertement violée par le gouvernemcut français, et je tne demande comment il peut se faire que le gouvernement français moQtre, en fait d'exécution de traité, cette délicate susceptibilité.
Mais, messieurs, n'esi-il pas vrai de dire que les traités diplomatiques ne sont pas des contrats de droit privé, que leur exécution peut être singuliéremeol modiRce par les événements qui les suivent, et qu'il se peut faire que l'intérêt du pays se dresse en l'ace de I hommes d'État chargés de les faire exécuter et les détermine à s'en éloigner? Est-ce que cela ne vous est pas arrivé? Est-ce que la signature de l'empereur n'était pas au bas du traité du 26 juillet 1852 Est-ce que le Danemark, cette noble, généreuse, niais pcliie nation, n'était pas digne d'intérêt? Est-ce (ju'clle n a pas vcrsû sou sang sur fes champs de bataille pour défendre le droit? El quand elle tendait vers vous ses bras désespérés, on s'est levé dans cette cuccinle, on a
réclamé ea son nom, on vous a inooiré du doi{;t l'esprit envahisseur^ l'iasaliablc ambition de la Prusse-, odvous a dit : Prenez jjardc qu'ui jour la Prusse, après avoir achevé .son œuvre en Allema}^ne« devienne menaçante contre nous. Et vous avez laissé envahir le] Danemark, qui n'a pu être protéfyé par un traité où la France él.iilj lutcrvenue, cl vou< l'avez laissé violer en disant ; L'iuiér^^t de la] France nous défend de l'invoquer.
Toutes les prévisions se sont réalisées, Feeuvre d'iniciiiilé a été' accomplie, le droit du Danemark a été noyé dans son sang; puis: VAuErïchc et la Prusse se sont réunies pour parlaf^er ses dépouilles;] mais elles n'ont pu s'entendre sur le partage des déf»ouilles du vaincu, elles sont entrées en {juerre, et alors remjjereur a écrit sa farafu*^ lettre du 1 1 juin 1H66, où il dit : La Prusse était mal assise; elle avait de mauvaises frontières; elle avait le droit de les rectifier; je ne devais pas m'y opposer; je ne devais p;is m'opposcr aux aspirations de tout un peuple. C'est là un g;rand événement qu'il faut laisser passer.
La bataille de Sadowa a eu lieu, le canon a déchiré la signature dr l'empereur; puis est arrivé le traité de Nikolsburg;, puis le traité île Prague; et l'on a dit : Cest un fait accompli.
Avons>nous eu cette compensation de la rive (gauche du Rbia! Non! nous voynns l'aigle prussienne se montrer sur le pont de Rehl en face du drapeau tricolore français.
Et vous dites qu'il n'y a rien de mieux, que ce tî^and cvéncmeal ne doit pas émouvoir la France? Et vous dites que les traités, qui étaient ions au temps où ils ont été faits, doivent tomber, el qoil est impossible de songer à leur exécution?
Mais, mes.sieurs, je pourrais, si je voulais, rechercher dans Fhisloire de vos irrécusables fautes. Je vous rappellerais un autre traité, paï lequel vous avez pris dans le palais de ses pères un prince infortuné, dont vous avez fait le champion de vos folies,., (rumeurs), que voi» avez conduit sur un rivage étranger, que vous aviez promis de soutenir, à l'égard duquel vous avez fait entendre à cette tribune ces paroles que vos murmures ne couvriront pas et que l'histoire enregistrera : i Nous ne reviendrons que quand notre entreprise auraéic terminée et lorsque le trône de Fempereur Maximilien aura été fondé. " El lorsque la république des États-Unis, délivrée de ses dissensions intérieures, vous a^ d'un geste impérieux, montré le rivage, vous y avez couru docilement... {Murmures,} Vous avez été contraint^ de le faire, et je ne vous blâme pas!... {Exclamations sur plutieun bancs.)
Je ne vous en blâme pas; car, je vous l'avais annoncé , vous élr.-' fatalement placés entre un désastre et une honte; c'est au dcrni r
parli que vuus avez ikhoué, vous avez ab.iiidoatid ce mailicureux prince. Il avait un twilé sijjiiô de vous; il fiiivoquail, quco avczvous fail? Vous avez recfmnii qu'il était d'une exécution impossible, parce que l'intcrtU de h Fraocc dominait tout.
Eh bieoî c'est ce que je vou.'» demande de faire pour le truilé du tr> septembre 1864, A moins que vous ne veniez nous dire que vous ne rccounaisscz les lrait<is que quand ils vous pcrmetleot d'user de voire force contre les faibles, et que vous ne les reconnaissez pas quand ils vous oblijjent d'en user contre les forts. {Munnum et interruptions, diverses.)
M le marquis iie Piué. Et le répertoire républicain compte un ri^picidc de plus. [Cris : N'interrompez pas!]
M. LE PRÉSIDENT ScHNEiDEii. Mousieur de Pire, veuillez ne pas san< ^cssc interrompre, ou je serai ubli^jé de vous rappeler à l'ordre.
M. Glais-Bizoin. On est fier avec les faibles et...
M. Jules Favre. Nous connai-sons tous les tristes événements qui «e sont succédé depuis, et je suis, pour ma part, un ami trop sincère de l'Italie, j'ai trop défendu sa cause, parce que je la considère •comme élaiil inliiiicmcnl liée a notre grandeur, à notre force, à notre prospériliV, pour n'avoir pas le (ln»it de lui dire aujourd'hui la vérité.
Oui, enlisant les documents qui nous ont été distribués par le goutverneraent, il m'est impossible de ue pas éprouver un sentiment de lristes.se (mouvcmfftt), quand on voit le chef du cabinet italien se [réfugier sans cesse derrière de vaines excuses, qui n'abritent un jour l'inexécution de sa parole que pour la mieux faire ressortir le lendemain,et de tempérament en tempérament, de faiblesse en faiblesse, tantôt réprimanl, (anl<M pactisant, arriver enfin à ce funeste dénoiimcnl dans lequel la France"cst dans la nécessité d'inlervcnir. (Aftf aA.')
Mais, si je tien^i ce lan^aj^e, s'il m'est impossible de ne |)as faire une réserve que vous me permettrez, je ne m'explique pas davanUi|»;e, je l'avoue, l'attitude du cabinet frani;ais. Il n'a pas été pris à l'improviste, il a vu venir les événements de loin, et constamment il a conservé vis-à-vis de ses perpétuelles déceptions une irapcrlurbable et inexplicable confiance.
C'est au mois de février 18G7 que commencent ses réclamations; dans le mois de mai, dans le mois de juin, dans le mois de juillet, elles deviennent plus vives. Vous pouvez parcourir la correspondance de M. le ministre des Affaires étrangères et de ses ambassadeurs ; je ne veux pas la mettre sous vos yeux, mais je crois que je l'interprète exactement en disant que M. le ministre des Affaires étrangères a montré la vigilance la plus active, mais eu même leiups la plus stérile.
Il écrivait constamment ; » Maison me trompe! on nous trompe! >* L'ambassadeur répondait : " J'ai vu M. le président du conseil des
ministres qui m'annonce que s'il a trompé hier, il ne trompera plus detnaîn. ^ a
Alors M. le ministre reprcnail confiance; puis il traçait une nou-" vclle dépêche, d;ins laquelle il se plaignait d'avoir été encore trompé : nouvelle réponse dans hiquellc on lui donnait la miïme assurance: nouvelle confiance de M. le ministre; si bien que, si je ne craignais pas de faire un rapprochement indifj^ne de la grandeur de cette dis» ■ cussion, je dirais que, jusqu'à un certain point, le cabinet français ressemble au personnage de la comédie qu'on trompe toujours, mais qui ne se croit pas trompé, car il est le seul à ne pas s'en apercevoir, m {Hires mr qnelques banes,)
Oue conclure de tout cela? Que la liberté d'action que le gouvernement s'était réservée, il entendait en user suivant de secrets de$- ■ seins que nous ignorons.
Ouant à moi, je ne veux pas dire que l'honorable M. Ratlazzi soit dévoué R la politique de la France, malgré ses intimités bien coonues; il a été fidèle aux seutimcnis ({u'elles devaient lui inspirer, jr n'en doute pas un instant, mais enfin, ce n'est pas M. le miaislrr d'État qui pourrait me contredire lorsque j'affirmerai que M. Rattazzi n'est pas ccriaincmcut le ministre te plus Uosiile aux desseins de la i rance et celui qui les comprenne le moins bien. Cependant ce minisire, durant tout le cours d'une année, a été cuastatnment i cùtéde la vérité, et la France ne s'en est pas émue! El la France n'a pas fait nue déclaration énergique! f
Mais rappelez-vous, messieurs, cet événement considérable qui a jeté dans toutes les consciences, — assurément, je puis ici parler sans exception, — une émotion légitime, je veux parler de l'apparition inattendue du général Garibaldi à ce congrès de la paix, où assurément il ne devait pas figurer pour y déclarer la guerre. Le général Garibaldi, à Genève, fait connaître ses projets; on interroge M. Ratlazzi; M. Ratlazzi dit : ^ Je suis sâr du général Garibaldi. Et le gouvernement frau(;ais conserve sa confiance-, il ne fait aucune espèce de déclaration! ■
Laissez-moi vous dire, messieurs, car c'est ma conviction intime, que si le gouvernement français avait pris une attitude résolue, s'il avait déclaré énergiqueraent que, dans le cas où un coup de force serait tenté contre le gouvernement pontifical, la France serait là, ce coup de force n'aurait pas été essayé. {Inlerniptiom ft marquetdittcréduîitè sur divers banct.)
Si le gouvernement fran<;ais avait convoqué les Chambres, si U voix du Parlement s'élait fait entendre, ce grand résultat aurait été obtenu; à coup Mk la force morale aurait suffi; mais le gouvernement n'a pas voulu en faire usage. {Ilrmi.\
2 DÉCEMBRE IHBT.
^}^^c faut-il coaclurc de là, messieurs? Qu'au lieu de dominer les événements, le gouveriicmcnl les suivait; qu'il se réservait pimr toutes les éventualités, — je n'ai pas besoin de m'expliquer davantage; — qu'il a pris conseil de ce qu'il n'avait pas prévu à l'avance, qu'il a laissé grossir des difficultés qu il aurait pu dissiper.
Les voici qui se présentent, et vous savez que Caribalfii arrêté une première fois, retenu prisonnier à Caprera, traverse la ligne de sept vaisseaux qui lui étaient opposés... (on rit), qu'il gagne le rivage italien, qu'il vient à Florence, qu'il y fait une harangue, et qu'ensuite, à la vue de tous les Florentins, entre deux ministères dont Tun n'existait plus et dont l'autre n'existait pas encore, il passe la frontière du gouvernement pontifical pour aller prendre le commandement de ses troupes. Toutes ces choses s'accomplissent : la fiotie française se réunit à Toulon ; il y a contre-ordre , parce qu'on annonce un nouveau minislèrc; a la suite de ce contre-tirdrc, les événements continuent de marcher; et c'est alors que le gouvernement francnis prend la résolution d'intervenir définitivcmeot.
Y élait-il forcé, messieurs? C'est la question que je me suis posée tout à l'heure e! sur la discussion de laquelle je ne reviendrai pas, après les développements que je lui ai donnés ; je me borne à constater que le gouvernement français s'était réservé sa liberté d'action, <[u'elle lui appartenait tout entière, que le gouvernement pontifical n'avait pas été partie â la convention de t864, qu'il n'en avait jamais réclamé l'exécution, qu'il s'était placé vis-à-vis du gouvernement français dans une attitude telle que celui-ci, au point de vue du temporel, devait se croire complètement dégagé, qu'il s'était placé vis-à-vis du gouvernement italien d.ins une telle attitude que celui-ci pouvait la considérer comme une déclaration de guerre, et que le gouvernement français n'avait qu'à prendre conseil de ses intérêts.
Eh bien, que lui conseillaient les intérêts français?
Ici je n'ai pas besoin de longs développements, surtout de les chercher dans mes opinions, non plus que <laus mon intelligence; je me borne à indiquer les actes du gouvernement.
D'un bout â l'autre de celle série d'événements, le gouvernement n'a cessé de témoigner son intérêt pour l'Italie. Cet intérêt, je l'ai dit, il est sincère, et dans le discours auquel je faisais allusion, il y a quelques instants, prononcé par M. le ministre des Affaires étrangères à la séance du Sénat, ce sont encore les mêmes témoigniges qu'il a fuit entendre. Je suis heureux qu'ils aient été accueillis par le Sénat avec une Faveur que, pour ma part, je considère comme tout à fait inespérée... {Léijèrt interruption.) Je recueille ces témoignages comme pouvant être profitables pour l'avenir, cl je me contente de m. i!2
IMSCOlJftS PARLEMENTAIRES.
cuDStater qu'avanl-hier^ après (anl d'événements cuDsoinmés, qui ont été si douloureux, >ii iuquiétauls, qui contenaient dans leurs, flancs tant d'éventualités si menas-aDtes, M. le ministre des Affaire* étraugères n'a pas ciiangé d'avis sur le ffouverncment de ritaiie, el qu'il considère sou unité comme étant indispensable au maintien de , la paix de l'Europe.
S'il eu est ainsi, si t'esl là l'intérêt français, si c'est la la oonsidération dont vous deviez vous inspirer, et, selon moi, la considération unique, vous uc deviez pas faire votre expédition, car elle était prétisémeul l'iacident qui allait le plus directement contre cet intérêt ; non-seulement il pouvait et devait vous aliéner l'Italie, mais encore il pouvait être le signât dune (-onl1a{);ratioii générale. 8i Tlialie avait persévéré à occuper le territoire puntiJical, si les deux armées s'étaient rencontrées, si dans le nord de rEiiroi>e on avait pris parti pour ritalie, une guerre {jcnéralc était immédiatement engagée.
Est-ce que c'était là votre dessein? Est-ce à propos du pouvoir (emporcl, à l'égard duquel, comme je l'ai dit tout â l'heure, vous avez fiiit des déclarations décisives, dont vous avez dit qu'il était détestable et en opposition avec la civilisation, qu'il était une cause de désordre pour l'Europe; est-ce pour ce gouvernement que voo* voulez niiitrc le feu à l'Europe cl jeter la Krauce <l;uis les conflagrations sanglantes qui pouvaient en être la couiséquence^ [Très-bien! à la gauche de t orateur.)
Non ! non 1 Et cependant vous l'avez risqué^ vous avez couru cette chance, vous n'avez pas reculé devant cet effroyable danger, si di*pruportiuuué avec le but que vous poursuiviez, el encore, comraeni l'avez-vous fait?
Si je ne me trompe, même quand ou se résolvait h ce parti dangereux, n'y avait-d pas encore des tempéraments à observer?
Vous connaissiez mieux que personne les susceptibilités de ritalie, vous deviez les ménager, ces susceptibilités, car elles étaient naturelles, et la situation était telle qu'elles pouvaient amener une coatlagration générale de l'Europe.
Eli bien, au lieu de vous entendre avec le gouvernement italien... (rires ironiques sur divers bancs), il parait, messieurs, que vous préfériez h tout le sang qui a été versé! {Nouvelle interruption et murmura,) louant à moi, je le regrette, ce sang versé, cl je cherche à cette trè buue s'il n'y avait pas moyen d'eo épargner l'effusion par d'autres vuics conduisant au même but.
Eh bien, je le crois. Je comprendrais que si l'expédition fr.ioçaise avait eu pour objet de dégager un gouveruemeut ami de difticullés passagères, ou, pour mieux exprimer ma pensée, que si l'expédition française devait avoir pour résultat, si le gouvernement pouvait avoir
ICEMBRE 1867.
cette illusion qu'elle aurait pour résultat d'amcuer une ÂolutioD définitive, je comprcudrais très-bien qu'on cùl voulu là poursuivre seul et qu'on se fiU passé du gouverucmeul ilalieu. Mais tout à Tlieure nous allons eutcndrc, de la bouche niûjnc de M. ic ministre de* Affaires élrantït^res, cet aveu que rien n'est fini, que tout est à recommeocer. Eh bien, dans ces conditions, il me semble qu'il était intéressant de ne pas offenser rilalie, de ne pas s'en faire une ennemie, de ne pas verser sou sang et de ne pas courir, sans une nécessité absolue, les ris<|ucs auxquels ou s'est exposé; je dis qu'il y avait possibilité de concilier lus difficultés, et que si, d'un commun accord, la France et l'Halie avaient soutenu le Saint-Siège, l'année poaliticale n'eùi plus eu à craindre des forces garibaldiennes, et que la solution eiU été obtenue sans coup férir ; je dis que si vous aviez agi ainsi, au lieu d'agir comme vous l'avez fait, au lieu de faire appel à ce congrès futur et probléinalique, dont le fantôme décevant vous a si souvent trompés, vous auriez élé dans une meilleure position et que vous n'auriez pas eu les éventualités qae vous avez bravées et les désastres que vous n'avez pas su éviter; car il me semble, — pcnncttcz-moi de vous le dire, — que tout était conçu, combiné de manière à compromettre ces intérêts sacrés que M. le minislre des Affaires ctraDgères reconnaît aujourd'hui, et qu'il proclamait avant-hier, intérêts qui se confondent avec l'hoQueur, la sécurité et la dignité du peuple italien. Je dis que nous avions intérêt à ménager tout cela, nui ne peut le contester.
On l'a toujours proclamé; mais quand on reconnaît que nos affaires sont embrouillées du cùté du nord de l'Europe, quand on a derrière soi, à une si courte distance, la leçon de Sadowa, et qu'on peut apprécier le rôle qu'a joué l'armée d'Italie dans ta guerre de l' Autriche avec la Prusse, je ne comprends pas qu'en soulcuaut les intérêts français, on en fasse si bon marché dans la conduite tenue visà-vis de l'Italie, et je soutiens que, sous tous les rapports, on a paru méconnaitrc ces intérêts.
En effet, voici nos troupes qui sont à Rome. Je n'ai pas à examiner la question de savoir si le Saint-Père aurait pu être efficaceraeni défendu par son armée : celui qui la commandait l'affirme; il affirme qu'il aurait pu repousser et vaincre l'année garibaldienne, et qu'il aurait pu même repousser un siège. C'est la déclaration du colonel d'Argy.
Mais j'écarte cet élément de discussion, c( je vais droit aux faits.
Lorsque nous sommes arrivés à Itome, les bandes garibaldienaes avaient élé vaincues par l'apparition seule de notre drapeau.
Je n'examine pas la question, qui pourrait devenir irritante, et qui, dans tousles cas, serait toujours douloureuse, de savoir si cette armée
DlSCOUnS l'ARLKMENTAtRKS.
garibaldtctinc se dirigeait sur la frontière itaiieutic au moincnl où
elle a été att:i<{ui'e, et s'il n'viïl pas été plus Immain de la bisser se
retirer sur le territoire italien... (Itires ironiques sur plusieurs bancs)
M. Glais-Bizoiv, tl Fallait bien essayer les fusils Ctiassepot.
M. Eugène PEJ.i.tTAN. Ces fusils Chassepol qui ont fait merveille.
M. LE PRBsiitKNT SctiNF.iDEn. Une discussion sur une question aussi
grave ne devrait pas être troublée par des interruptions de celle
nature.
M. Jules Favke. Je disais, messieurs, que notre année arrivant de Rome, les bandes garibaldienncs étaient, par cela même, réduites à l'impuissance, je ne veux pas aller plus loiu, tiependant, j'ajoute que la présence de uos troupes à Rome rcudaul complétcuicnt libre, — c'est uu fait militaire incontestable, — l'armée pontificale, si on était dans la nécessité (ce que je n'examine pas) de poursuivre et d'anéantir l'armée garibaldiennc. l'armée pontificale sulfisait, et au delà.
Il y avait donc, messieurs, un intérêt français de (iremicr ordre, et je n'ai pas besoin de le développer devant cette Assemblée, de ne pas faire verser par des mains fran^^aises le san{; italien, le saog d'hommes que vous pouvez juger égarés, mais qui défendaient , en définitive, ce qu'ils considéraient comme la cause de leur pays, et qui avaient combattu à côté de nos soldats à Solférino, à Mageata, à Palestro. Ces hommes ne devaient pas élre traités par nous comme des eonemii^ : nous devions en avoir raison autrement que par \ts armes; toutes lestradiiionsde la politique française nous en Faisaient un devoir.
Malheureusement le gouvernenieut en a pensé autrement; les troupes françaises ont élé adjointesaux trouiics pontificales; celles-ci ont été cugagces les premières, celles-là leur sont bientôt venue» en aide, et vous savez avec quel succès elles ont agi contre l'armée garibaldienne avec des armes perfectionnées! {AA! ah!)
M. Glais-Bizoin. Il n'y avait pas de raison d'agir : c'est abominable !
M. Jules Favre. Je voudrais que la France entière ftU dans celle -enceinte, et qu'elle pût nous écouter...
Soyez srtrs, messieurs, que, quelle que soit votre improbalion, si la forme de mon langage en peut être troublée, ma pensée restera U même, indépendante et calme. {Parla! pariez!)
Je considère comme un mallieur pour mon pays qu'on ait été daD> la nécessité d'adjoindre à larmée pontificale des soldais français qui, arrivés sur le terrain du combat, vis-à-vis d'une masse d'hommes mal armés, se sont servis de ces armes perfectionnées qui ont fait tomber les combatianis comme l'épi .-^ousla faux du moissonneur, cl *\aï ont permis d'écrire dans le rapport que vous savez, cette phrase
:EMBRE 1867.
causé en Europe une impression liorrible : " Nos fusils Chassepot ont f;ii( merveille ! - {Mouvements divers.)
M. Eu{;èQc Pkli.ktan. C'est une iudigniié!
M. Gramkr de Cassaonac. Vous auriez mieux aimé qu'ils raient ! {Rires sur quelques bancs.)
M. Jules Favre. Je comprends et je subis les innexililcs niîcessiics delà guerre, bien que ma raison ait peine à les expliquer; mais j'avoue que je suis profondéracnt attristé lorsque je reiicooire dans un rapport français cette glorification de la destruction des hommes, {fttimeurs sur plusieurs bancs. — Approbation à la tjaurhe de l'orateur. ] Comme s'il s'agissait d'une entreprise pour le jugement de laquelle les lois de l'humanité dussent nécessairement être absentes. {Mouitments divers.)
Kt cette parole, messieurs, n'a pas seulement blessé les ctcurs français; mais elle a été accueillie en Italie avec un sentiment tel... {Exrlamaiiont ironiffufs sur un grand nombre de Imncs.)
J'avoue que je ne saurais comprendre le mouvement que je vois se manifester dans cette Chambre.
S'il est vrai, et j'ai con.stamment placé mon opinion à Tabri de celle du gouvernement, qu'il soit de notre intérêt de ne pas blesser riûtérét italien, comprenez-vous que, alors que la nécessité ne nous y obligeait pas, nous ayons fait usage des armes nouvelles qui venaient d"(-Mre confiées à nos soldats? [Exciamationt dit>er.tes.) Comprenezvous que nous ayons mis celte affectation à en tirer gloire, et que nous ayons ainsi, par toute TEurope et par toute l'Italie, annoncé sous cette forme que je ne veux plus qualifier, le succès de ces armes? {iXouveiles exclamations.)
Je vous disais, messieurs, que rémotion en Italie avait élé vive : elle a été telle que, dans toutes les parties de la population, s'est fait entendre une parole de haine contre la France, [l'ives dénégations sur un grand nombre de bancs.)
A Milan, à Naples^ les correspondances attestent que les ouvriers français ont été chassés de tous les ateliers. {Exclamations diverses.) Ceci peut vous paraître excellent, vous vous en réjouissez : le pays vous jugera, [l'ives réclamations sur nn grand nombre de bancs.) Vau.s aimez la guerre, vous semez la zizanie; vous êtes dans votre droit, vous éles fidèles à votre système : pour moi, je suis Français, et quand une nation pour laquelle nous avons fait tant de sacrifices... {ah! ahî voilà!) est enlraînéed.iQScc courant d'opinion fatale, et que ce courant d'opinion est ta suite de fautes qui auraient pu élrc évitées ; quand je vois qu'avec un peu de sagesse et de fermeté on aurait pu épargner celte funeste collision, j'ai bien le droit de m'exprimer comme je le fais. {Approbaiion à ta gauche de l'orateur.)
3(î DISCOURS PARLEMENTAIRES.
Eh bien! je conslate que, dans les villes que je viens de ooramer, les ouvriers français ont été renvoyés des ateliers; je constate qu'à Milan, à Turin, toutes les enseignes françaises ont été brisées, .l'ai (lins les mains une lettre d'tin néf^ooiant de Paris qui fait connaître tous ces détails, et s'ils vous paraissent insignifiants, je vous en demande pardon, ils sont très-importants à mes yeux. Vous pariez toujours des souffrances des classes laborieuses; je suis convaincu que vous <^tes sincères. Seulement, permcltcz-mui de vous dire que tout en parlant beaucoup, vous approuvez une politique qui les dessert et qui les »nnéanfit.
Voici, en ce qui concerne le travail, la production de la France vis-à-vis de l'Italie, ce que je dois vous faire savoir, d'après des correspondances qui m'ont été communiquées:
•< Mo^slEl'R,
« Je reçois à Tmstant une lettre de Turin, dans laquelle un de mes clients me faitcounaitrc qu'il se forme en Italie, sous le nom de Lega parifica, une vaste association ayant pour iiut de refuser l'usage de tous produits français.
-' Comme conséquence, je reçois ordre de hâter quelques envois, car dans peu de jours il ne serait plus temps.
" Les adhérents à cette association sont déjà fort nombrcus, et leur nombre va sans cesse en a uj^m entant.
.l'ai pensé qu'il ne serait pas inutile, Monsieur, de vous faire connaître ce résultat imprévu de notre iutcrvenlion.qui vient encore aggraver la position déj;i si prcc.ilre de notre commerce extérieur. »
Voilà ce qu'écrivait un commerçant de Paris qui fait un négoce habituel avec l'Italie. Ses commandes sont suspendues.
.Ainsi, ta staguatum des affaires, le cUùmagc cl tous leurs effets désastreux produits par une politl(|uc mauvaise, sont aggravés par l'eipédition de Rome, qui vient rompre nos relations avec rilalie.
Les intêr^'ts Irançais ont donc clé compromis.
Mais, messieurs, je puis ajouter que l'Intérêt qui semble, je oc veux pas dire le prétexte, mais au moins, |»ûur beaucoup d'opinions, la rai'itm de la grave dctcrnilnation prise par le j^ouvernemcnt français, que cet intérêt est cerl;imciiioiit celui qui a le plus à souffrir de cette tléplor;iblc cspédition.
(Juaud je louche à ce sujet, je n'éprouve, messieurs, aucune espèce d'embarras à renouveler une déclaration que j'ai eu l'honneur d'' faire un jmir, dans cette enceinte, lors d'une discussion du même genre, et qui, je l'avoue, rlcvnlt à mes yeux être la dernière.
2 nÉCEMBRE 1867. 3<3
Je suis plein de respect cl d'éfçarcis pour les croyances sincères de •ceui qui peui^cnl qui" les inlért^ls de h reli{|rioa sont inlimement unis à la coQservaiioo du pouvoir leniporel. Sur re lerrain, messieurs, je rompreods quels mênii(;;cmcn(s inficis ou se doit les uns aux autres, précisément parce que, au-dessus de toutes les nécessités passaçi^res qui peuvent nous préoccuper, se rencontrent des souvenirs, des espérauces qui (Héritent les dt'FérctifCS de tous; mais, messieurs, il m'est impossible, même en me plaçaot dans cet ordre d'idées auxquelles soûl 3cr|uiscs, je l'ai dit, toutes mes sympathies, de ne p;»s faire observer à ceux que je suis dans la nécessité de contredire, qu'ici les leçons sont tellement éclatantes et répétées, que je ne peux comprendre, je Tavouc, la persévérance de leur opinion.
On disait, dans une autre enceinte, qu'on ne discutait plus la quesijoo de savoir si le pouvoir temporel était nécessaire à la conscrvatitMi du pouvoir spirituel. Eh hicu! je le dis éf;aleiiient, à un autre point de vue. et je ne comprends pas comment ceux qui licnucni par la loi. p:ir le. co'ur, aux intérêts sacrés de la religion, peuvent atn<i la subordonner aux événements si chanfycants et souvent SI affîi^i^eauts de la politique; je ne comprends pas comment il leur est possilvic de concilier le pouvoir spirituel, devant ler|ucl ils .s'inclinent pieusement, avec les huit siècles pendant lesquels l'Église a vécu étant complètement dé^aç^é.e..
En effet, messieurs, il suffit de jeter les yeux sur l'histoire pour .se convaincre que celte puissance que le Saint-Père aurait acquise en devenant souverain temporel n'a été, en réalité, qu'une servitude, qu'une sorte d'entrave mise à sa main auf^uste, cl que cette prétendue puissance l'oblijîe de se mêler au milieu f\c certaines souillures humaines que la relijjion condamne, et de se comprometlre avec de certains hommes que les sociétés repoussent, «i je pouvais traiter ce sujet devant vous, si j'avais la force d'enlrer dans tous les développements qu'il comporte, j'ai la conviction que j'arriverais au dernier deQré de la démonstration.
En voulez-vous la preuve? Je la trouve dans un ordre d'idées que uc récuserooi pas mes honorables contradicteurs, car je l'emprunte à l'histoire de rÈçlisc ellc-raéme.
Eh bien! messieurs, voici le curieux rapprochement que cette histoire nous donne. Depuis l'orjfjine de la papauté, 2;')7 pontifes ont occupé la chaire de Satnl~l>icrre; f)r» jusqu'à 756, époque à iaiiuelle Pépin donna la Romapne en récompense de la sanction (jue le pape Etienne avait accordée à son usiirpHlion ; 102 de 756 jusqu'."!
Savez-vous, messieurs, quel a été le nombre de ceux que l'Éfîlise a accueillis dans l.i milice de ceux qu'elle a canonisés?
1> I :i eu VRii F A K I. K M £ N T A 1 H t S .
Sur les 95
régné
jusquVD 7&6, 69 oDt élé caoont c'est-à-dire les sept dixièmes; sur les 162 papes qui ODt régné de 756 jusqu'en 1867, tO seulement oot mérite les honneurs de la canonisation, c'est-à-dire le seizième. {On rit.)
Voilà donc rÉ(];lise qui se juge elle-même : si ce n est pas la domination temporelle qu'elle poursuit, si c'est le pouvoir spiriluel dao'^ sa pureté et dans son âU|;usle exercice, c'est elle qui, dans sqs sainte.^ archives, nous a montré ce que valaient cette théorie et ce système de la nécessité de la souveraineté leraporellc,
J'ajjoute que l'histoire est là pour confîrraer complètement ces résultats; car, encore uue fois, le jour où ils se sont assis sur uu trône temporel, les papes oui souvent oublié leur caractère sacré. Dans un grand nombre de circonstances, ils ont pactisé avec toutes sortes d'iniquités. Si je voulais fouilkr ccne histoire, je n'aurais pas de peine à prouver devant vous que ctriaius règnes ont été certainement les plu9 sanglants et les plus souillés de tous ceux des moDarchies humaines. •
Mais, au surplus, messieurs, ta question du pouvoir temporel, eu ce qui concerne le souverain pontife actuel, a été, permet tcz-rooi de le dire, tranchée souverainement par lui, et je ne puis pas invoquer d'exemples plus réceuL<i, plus illustres cl plus concluants pour établir ces incompatibilités profondes, radicales, que la raison actuelle, que la civilisation, ont mises en lumière, qui ont existé de tous les temps, surtout alors que les sociétés sont sorties, par l'émancipation, de* liens dans lesquels le moyen âge tes avait longtemps retenues.
Eh bien! le pape actuel a eu l'occasion de se prononcer comme prince (empurcl, et quelle fut jamais, messieurs, plus éclatante et plus magnifique occasion? Vous vous souvenez qu'après le règne de Grégoire XV], qui avait si fort affligé l'Italie, quand le pape nouveau apparut tout couronné de douceur et de mansuétude, il laissa tomber de ses lèvres des paroles qu'un n'avait jamais entendues tomber do Vatican, paroles d'espérance el de lilierté:
u Lève-toi, û peuple italien, dit-il à sa chère patrie; debout pour conquérir ton indépendance f toutes les libertés t'appartiennent. • Et alors, d'un bout à l'autre de la Péninsule, c'est un frémissement généreux; les événements se précipitent, les trônes s'écroulent : i ce moment, le Saint-Père chancelle dans sa foi...
M. le marquis itE Piké. Oui, dans le sang de Rossi. (Bruit.)
M. Jules Favae. Dans sa foi politique; je n'ai pas voulu dire autre chose, el je ne conqircnds pas que je n'aie pas élé compris. Je croi? que mes honorables collègues Tout ainsi entendu. [Oui! oui!} C'est alors, dis-je, que le Saint-Père chancelle dans sa foi politique; on lui fait comprendre les dangers de sa situation. Écoutez ces parole*
sif^nîfîcatives qui lui soiil adressées par ses ministres, et qui, rapprochées de la répODse qu'il y fil, vont juf^er la quei^tioD.
La question peut être résolue de trois manières, c'est un memoranflum qui porte la date du 28 avril 1848 , — la question peut être rùsotae de trois manières :
« Ou Votre Sainteté consent à ce que vos sujets fassent la g-uerrc;
u ihi elle déclare absolument qu'elle ne veut pas que la guerre se fasse ;
- Ou enfin elle déclare que, tout en voulant la paix, elle ne peut empêcher la fïuerre.
» La première de ces décisions est celle que le ministère estime ^trc réclamée par la nécessité des temps et par l'esprit public; il pense qu'elle relèvera l'autorité matérielle et morale du gouvernement qui, par l'imporlaiice d'une telle résolution dans le présent, s'assurera pour l'avenir la plus grande puissance daclion, Ouoique II' ministère, même au point de vue temporel, considère la guerre comme un mal, toutefois, dans le cas actuel, il Ja regarde comme le moindre des maux; bien plus, il voit en elle le seul moyen de rétablir promptementdans l'Italie bouleversée cette paix naturelle et durable que pourra seule pru iuire la légitime acquisition de sa nationalité.
- Au contraire, le raioisière est fermement convaincu que la seconde solution, — le refus de fitirc la guerre, — produirait tous les maux contraires aux avantages ci-dessus énoncés, et compromettrai! gravement la domination temporelle du Saint-Siège. Il ne peut sans frémir imaginer quelles réactions, quels désordres pourraient résulter, sinon dans la capitale, certainement dans les province.c, d'une décision qui serait en opposition directe avec l'enthousiasme qui entraîne aujourd'hui les peuples. »
Et ce qu'il y a de plus significatif, c'est que la première signature que je rencontre au bas <le ce mémorandum est celle du cardinal Anionelli. Il voulait la guerre et il disait : O vSaint Père, c'est vous qui l'avez déchaînée, vous devez céder au torrent qui entraîne ritalie entière.
Et le Saint-Père répondait : Atlendu que quelques-uns désirent que nous nous unissions aux autres princes et peuples de l'Italie dans la guerre contre l'Autriche, nous avons jugé convenable de déclarer hautement et ouvertement dans celte assemblée solennelle u'une telle décision est bien loin de nos conseils à nous, qui, si indigne que nous soyons, occupons sur cette terre la place de Celui qui commande la paix et enseigne la charité; à nous qui, selon l'office de notre suprême apostolat, appelons et embrassons toutes les nations, tous les peuples et toutes les races dans un égal et paternel amour. <-
Voiï DIVERSES. C'est sublime ! — C'est très-vrai l
M. Jules Favrb. Ces paroles sont sublimes; elles sont la déchéance temporelle du Pape (exclamations); elles sont inconcilwbles avec f pmcipaulé; car s'il était prince it;ilicu el père spirituel des âmece jour-là il a déposé sa couronne pour conserver sa tiare ; el pens a la reprendre, c'est anéantir, c'est dé[ïrjider le pouvoir temporel, sans lui rendre la force nécessaire, il ne Faut pas se faire illusion, pour subsister. Et quant à nmi, je suis bien convaincu que le Pape ciU été plus puissant à (Jai'lc que restauré à Rome par les armes de Ja France. Et quand je me mets en face des éveil lualilés possibles qui auraient pu être te résultat de la oon-intervcnlion de la Fraace, »i €D effet Rome avait succombé, le Pape, la quittant avec le bâton de l'exil, ci)t été cent fois plus puissant sur lesâmesquclor>qu il rtçoe en venu de cette victoire qui a coûté le sanp de tiOO linltcns. {Ruineun divrrtcs.)
Voilà, dis-je, ce que peuvent ra|)peler les sonvcnirs auxquels je suis d'autant plus en droit de faire allusion qu'ils sont exaciemeol i leur place dans une quotioiidt- cette nature. Et.en vérité, je ni'étoone qu'on se souvienne si peu des leçons du divin Maitrc, dont le Saiol- Père est le représentant sur la terre. Ou'esl-ee qu'il a écrit ? tju'estce qu'il a dit? (}uand il a envoyé ses apAircs pour prêcher sa loi, est-ce qu'il leur a ordonné de commander des armées, de ceindre If baudrier, d'avoir le casjpic en léte? Il leur a dit : Souffrez la pcr>fculiun . et quand on vous frappera , résignez-vous ! El quand lai' même était menacé dans sa sécurité et dans sa personne, il a pnmonc^ ces paroles qu'on a Intp oubliées : t".clui qui se servira de l'cpét périra p;jr l'épée. Et .s'il a été j;:r;ind dans le monde, s'il a forcé i<i générations â s'incliner devant lui, c'est par son sacrifice, paru douceur, par son cs|iril de renoncement ; el c'est par cet esprit At renoncement qu'il a été digne de commandera toutes les {ifénération» qui l'ont suivi. El bien! ce sont ces vérités qu'on oublie; ce sooveiiif du divin Su|iplicié» il est probablement io(»|>[)ortuu, il le faut remplacer par celui d'un prince revêtu de pourpre. Kh bien! savez-vou.< quel a été le résultat de votre victoire? Oui, en effet, vous avez «m* «*hé cette divine iinaf^e de la tiare, el vous l'avez remplacée par celk de l'inslrumcnl meurtrier que vous avez {glorifié ! [Exrlamniion^ r' rires. — Très-bien! à la gauche de l'orateur.)
Voilà ce qui restera dans le souvenir de l'Italie, et voilà rc ipu i été. — je ne crains pas de le dire, — la journée la plus néfaste «|tif la papauté ait pu traverser; je n'en sache pas, messieurs, qui lt»iaif été plus Funeste, qui ail plus profondément ébranlé son pouvoir temporel, je ne veux tn'occupcr tjuc de celui-là, Kh ! messieurs, croyMvous que les tempéraments qui sont aujimrd'biii conseillés par If Rouvcriiemeni soient de natureâ le consolider? Mais je ne sichep*'
qu'on ait iniiJ{;iné uac combinaisou qui soit pour lui plus huniiliaate. On en est à discuter sur la (jucsliou de savoir si la conférence se réunira ou si elle ne se réunira pas. M. le minislre nous dira à cel égard ce qu'il pourra nous dire; nous ne lui deinaudons pas l'impossible; nous serons fort modestes.
Quant à moi, je l'avoue, la question m'a paru complètement indifférente, quant à son résultat final; uinis elle me semble capitale quant à la di[;oilé du vieillard qui rè(jnc au Vatican. S'il a quelque Çrandeur , c'est sa faihlesse , c'est sa persistance, siin unité dans la résistance; c'est celte inflcxiliilité. (ju'oq peut trouver hautaine, mai'; qui n'en est pas muins conséquente avec elle-même. Pour lui, apparaître dans la conférence, mais c'est être placé dans celle aUcrnalivc ou d'abdiquer ou d'élre dépnsé; car admettre que la conférence, telle qu'elle sera composée, veuille ré»()udrcdansun scnsop|)osé aux lumières de la civilisation ta question qui lui sera soumise, ce serait substituer une chimère â une chimère et condamner la France à ontnouvelle déception. La conférence, elle, serait donc une aouvelh* bumillation pour le Pape.
Et nous, messieurs, nous, qui devons, en définitive, résoudre toute* ces questions ou essayer de les résoudre d'après les intérêts français. [quelle est notre situation? Je dis qu'elle serait cent f.»is pire, ccni ifois plus embarrassante, cent fois plus dangereuse qu'avant la convention du mois de se|)teml,re I8G1 ; et eu effet la convention de 18G4, elle, par;iissail une solutiou ; la convention de ISG-i , elle a été comprise par beaucoup de gens, comme une évacuation définitive. En effet, le {gouvernement français avait démontré avec une telle autorité que nous étions à Home contre le droit, qu'y retourner paraissait impossible, à moins qu'on ne veuille avouer que le droit i«st une matière flexible dont on abuse à volonté, qu'on prend et qu'on Irelire suivant les bes()ins de sa politique.
I.e {ïouvernemcnl français ayant démontre qui! ne pouvait rester '^mà Rome parce qu'il violerait le dr.tit , il ne pouvait plus y retourner. ^Bcar y retourner, c'est le violer deux fois, c'est revenir sur nue prc- ^Bnièrc décision, et se condamner â ne pouvoir plus chauffer. Donc, ^Ba convention, qui n'a pu protéger le {ïouvcrucracnt français contre ^■cette éventualité, a ag^rravé sa situation. I Voilà le (jouvcrnement à Rome, ou à Civita-Veccliia, ce qui c>t
I exactement la même chose, que va-l-il faire? c'est là ce que je lui demande.
Si j'interroge le langage de M. le ministre des Affaires étrangères, dans le discours dont j'ai déjà plusieurs fois parlé, j'avoue que je ne rencontre pas de très-grands éclaircissements. M. le mini.stre des affaires étrangères, après avoir parlé de la nécessité de conserver
lunilé de l'Italie, parce que l'intêrt^t italien est uae questiou de premier ordre, Fait appel à la honnie volonté du gouvernement italien, el l'en^jage à se lircr d'embarras : ■< Nous es.pérons que le gouvernement ihilicn comprendra la nc^cessitéde mettre An à cet antagonisme, el qu'il nous Fournira les moyens de faire cesser un état de choses fJcheux pour tous les intérêts, r.
Car, j'oubliais de le dire, M. le mioistre, dans le discours qu'il i prononcé» a fait au Sénat une révélation inattendue; ce qui lui est apparu, après tous ces événements, c'est qu'il existait un antagonisme entre le pouvoir temporel et le gouvernemenl italien; voilà ce (jac M. le ministre est parvenu à voir, c'est cet antagonisme qui l'embarrasse, et il espère que la conférence pourra le faire cesser. Il fait appel au gouvernement italien, et ce n'est pas seulement M. le ministre qui fait cet appet, un des orateurs les plus émioents, les plus autorisés du Sénat, Mgr de Paris, disait dans son discours... ifnlemtption et rires.) M. de Paris, j'en demande pardon au Corps législatif, je parle comme Saint-Simon, puisqu'on nous ramène à son régime et je suis bien aise de rappeler que ceux qui disent : Mgr de Paris, oublient les bonnes traditions; du temps de notre prédécesseur Louis XIV, on disait : M. de Paris; mais qu'importe? puisque le Corps législatif le préfère, je dirai très-volontiers : Mgr de Paris.
Monseigneur de Paris disait : * La France a tenu ses engagements, mais cette inlcrvenlion elle-même n'est qu'un acte temporaire; elle ne peut être considérée que comme un remède, un expédient; c'e«t plus, j'ose le dire, une complication qu'une solution.
" Nous nous trouvons aujourd'hui dau.'^ une situation plus difficile que précédemment en face de l'Italtc, qui pourrait se croire humiliée. ^ — C'est un défenseur de la politique du gouvernement qui parle. — ^ La France, de son côté, est plus engagée encore elle semble ne pouvoir guère ni avancer ni reculer. • (Riret à la gavehtM de r orateur.) ■
11 faut sortir de cette impasse, il le faut à tout prii; et pour sortir de cette impasse, il n'y a que deux voies, je n'en connais pas nue troisième.
En reveuant à la déclaration de 1862 et de 18G4,il faut reconnaître que le gouvernement temporel du Pape est inflexible, que, par des rai.souis que je n'ai pas h esarainer, le gouvernement du Pape ne fera aucune espèce de concession, qu'il réclamera sans cesse ses provinces, qu'il se refusera à Inule espèce de réformes, et alors abandonuer^ le gouvernement temporel du Pape et t'Ilalie, qui s'arraugeron ensemble au mieux de leurs intérêts, {Exclamations,}
Vous ne voulez pas de ce parti? Alors, inévitablement, voili 11
[ique que vous demaadez et que vous conseilliez au F^ape et à la France; il ne peut pas y en avoir d'autres ; j'ai dit en commcaçant que le temps des demi-mesures, des expcdieûts était passi; que nous aurions besoin d'uuc pensée ferme, d'uue politique nette et bien déBnic. Celle que je vous proposais a ce caraclfre, vous la repoussez; il faut alors cfticacemenl soutenir et maiuteuir le pouvoir temporel du Pape...
Voix nombreuses. Oui! oui! C'est évident.
IM. Jules Favre. Vous dites oui!
De plusieurs bancs. Oui! oui!
M. Jules Favre. Je vais vous dire à quelles conditions cela ser» ossible et quelles en seront les conséquences. A quelles conditions? Le voici. Je ne pense pas qu'aucun de mes onorablcs auditeurs consente à ce tjue la France entretienne ce ^rvice intermittent pour aller constamment au secours du* Pape, fentes les fois qu'il est menacé. {Mouvements dictrt.) Ceci est contraire a la diijnJté du pays, contraire à la sécurité du {jouvernciiient du l*ape,qui pourrait être victime d'une surprise. Si ou veut soutenir le pouvoir temporel, il faut le soutenir sérieusement et efficacement. )ui! oui!}
M. Kupèoc Pelletan. Vous voulez payer cela, alors! M. Jules Favre. D'ailleurs, j'ajoute qu'entretenir constanimeni une ïotte et une armée serait les immobiliser, au grand détriment des in lé rets frau^:ais. {Inlerruplion.)
bSi donc ce parti est inacceptable, il fout aviser à un autre, et il n'y a pas d'autre , à mon sens au moins , que celui-ci {{ui puisse être opté : restaurer la puissance du Pape telle qu'elle existait avant 1850; car le domaine actuel, trop restreint pour garantir son indépendance temporelle, ne suffit pas à cette nécessité. 11 faut donc indispcnsablcment que vous demandiez au gouvernement de faire le contraire de ce qu'il voulait en 1KG2, alors que vous accueilliez ses
iéclaratiuns avec applaudissements : il faut qu'il détruise de ses lains l'œuvre qu'il a élevée en tS59, il faut qu'il arracbe à l'Italie les rovinces que le Pape pos.sédait avant 18û9. Plusieurs membres. iNon! non!
M. Jutes Favre. Mais, messieurs, permettez-moi de vous f^irecetle observation. Les provinces que te gouvernement pontifical qualifie tle propriétés — suivant la doctrine du moyen âge, liomnies ei ■pues, tout appartient au maître, qui en dispose suivant son libr,< arbitre souverain [r.'clamatiom) — ces prcnitires ne sont pas une propriété ordinaire; ou peut les contenir par la force, mais les fai(«i sont là qui prijuvent que quand la force se retire, les provinces 'insurgent. {Di'nàjatiom et bruit. )
DISCOURS PARLEMENTAIPES.
M. Fiiçène Pelletan. Et les Roraagnes!
M.Juh's Favre. Messieurs, je m'éloane que vous puissiez coulesle^ ccîle v<îril«?, alors que la CDiivcnfioo de scpterahrc a dil positivement] que Rome serait occupée par une. arrack* que le Pape recruterait daaij tnus les Étals ralholiques, et qu'il est avéré aujourd'hui que le priocipal noyau de cette armée est sous les ordres du maréchal raicisire de la guerre. Dire que le Pape n'est pas arme pour contenir sef j sujets, c'est méconuallrc l.i vérité. (Mouvements divers.)
Dans tous les cas, ta situation ne s'est pas, à coup sûr, améliorée] depuis (859. Or, en 1859, les Autricliiens étaient dans les Hotnaj^nes. t^iuel était leur effectif? 35,000 hommes. Il vous faudra donc entre-] tenir 35,000 hommes dans les Romaines. [Dénétjalions.)
Comme les méconlenteraents seront plus vifs, comme vous scrw plus détestés que les Autrichiens,^, [Interruption et britit.) Il est facile, de murmurer; qu'on veuille bien me répondre par une bonne raison! à ce que j'ai Tlionneur de dire. Est-ce que vous croyez que les Italiens] soient moins attachés à leur indépendance aujourd'hui qu'ils at l'étaient en 1859? Est-ce que vous croyez que les Français, venant' imposer par la force un gouvernement qui a été chassé, ne sen)Qt<j pas dans la nécessité de le maintenir par la force? Si bien que vou*'' voilà inévitablement condamnés à avoir à Rome et dans les Romagoes une armée de 40 à ,'>0,000 hommes. ., (interniption)., c'est-à-dire que vous immobilisez cette force au profit du gouvernement du Pape. c'est-à-dire que vous condamnerez la France à dépenser cent iniliiooj par an pour cet objet, alors qu'elle mancjuc de chemins vicinaui, alors qu'il n'y a pas assez d'écoles, que le service de rinstruclion publique y est en souffrance. (Exclamations sur plusieurs bancs.) Voo$ lui direz : Acceptez ce sacriticc de cent millions par an. Au moio$ faul-il que l'on sache pourquoi et pour qui on le fait.
II a été jusqu'ici question des résistances de la cour de Rome à too) les avis, à toutes les suggessions du pouvoir fran(;ais. Je ne me suis pas expliqué sur les causes de cette ré.sistaucc, je me suis contenté de les indiquer d'une manière générale et vague; voici, messieurs. U charte du pouvoir temporel telle qu'elle a été proclamée après raûre délibération; voici les principes .sur lesquels ce pouvoir temporel repose, les principes pour lesquels vous dépensez l'argent de U France, pour lesquels vous faites couler le sang de nos soldats et celui des soldats italiens. [Ah! ah!) Vous allez les entendre, non pa* tou*, mais quelques-uns seulement, car je ne veux pas fatiguer votre attention, et quand je tes aurai mis sous vos yeux, s'U y a dans cette enceinte une seule personne qui consente à venir les défendre, j'avoue ' que je consens à abandonner mon o[)inion.
Voici ces propositions. Dans l'encyclique de 1864, après le préatu»'
s DECEMBRE 1867.
3Sf
bulc donî j'ai détaché un fragment, le Saiat-Père fait coaaaitre an nombre c^nsMlérable d'erreurs qu'il déclare être fondamentales, qui peuvent exposer ceux qui les professent à des peines éternelles dans J'autre monde, et aux censures ecclésiastiques dans celui-ci; et, au nombre de ces erreurs» en voici «|uel(iues-unes que je recommande à votre attention.
Il s'af>;it de l'indépendance civile des princes et des nations, et cela eu vaut la peine, pui'-quc c'est le pouvoir civil que vous mettez au service du pouvoir teraporct du Pape.
C'est la 64* erreur. {Itirex à la gauche de l'orateur.) Vous voyez que je vous fais grflce d'un praud nombre d'autres qui sont toutes de bi inùme force, et que la «ocicté moderne n'est pas traitée avec indulgence ci miscricorde par le père de toutes les miséricordes. {Bruit.)
" Les rois ei les princes... y c'est là l'erreur, dis-je, et pour connaître la vérité, it faut prendre le contre-pied de ce que je vais dire, et le prendre sous peine de damnation dans l'autre monde et de la censure ecclésiastique dans celui-ci. ; Les rois et les princes uonseulemeot sont exempts de la juridiction de rÉglise, mais même ils sont supérieurs à rÊgpILse quand il s'agit de trancher les questions de juridiction. ^
Ainsi, voilà nos magistrats (]ui doivent aller prendre leur investiture à Home, sans quoi ils sont sédiiieux et condamnés aux peines éternelles. {Humeurs à la droite de l'orateur.)
C'est là la vérité, et vous n'y pourrez rien changer. 11 faut que la France sache en face de quelles difficultés nous nous trouvons.
Voulez-vous que je détache du cbapitre relatif à la science, l'erreur fondamentale que condamne le Saint-Siège? La voici :
<< La science des choses philosophiques et morales, de même que les lois civiles, peuvent et doivent être soustraites à l'autorité divine et ecclésiais tique, r, [liircs à la gauche de F orateur.)
Cela est clair, et le Pape assurément ne cache pas son autorité. Il vous prend tout et il vous laisse le reste... {Rires et mouvements divers .)
Il vous prend la science, la loi civile, la liberté de conscience; tout cela est confisqué; et de la hauteur de l'autorité suprême où il se place, il fait main basse sur toutes ces choses qui sout des erreurs, et des erreurs qui vous exposent au feu et h In censure.
Voulez-vous que nous prenions, pour en finir et ne pas vous fatiguer davantage, car tout le reste est de la même force, le chapitre (jui termine cl qui est intitulé : « Erreurs qui se rapportent au libéralisme moderne ", et ce mot me reporte involontairement à la lettre de l'empereur qui dit, le 20 mai 1862 : ' Lcgouvernemcnl temporel du Pape parait en hostilité avec tous tes principes libéraux de l'Europe.»
Nous pouvons bien changer la conjecture en une affirmation-, car c'est le Sainl-Père qui va parler, el voici dansquels termes: - A notre époque, — c'est une erreur^ je m'empresse de le dire, c'est la 87', — à noire époque, il n'e«it ptus utile que la religion catholique soit con» sidérée comme l'unique religion de TÉlat, à TcxclusioD de tous 1< autres cultes. •>
88* erreur : ■■' Aussi c'est avec raison que dans quelques pays catholiques la loi a pourvu à ce que les étrangers qui viennent s'y établir)* jouissent de l'exercise public de leur culte particulier. "
Avis à nos honorables collègues qui Font remonter leur foi jusqu'à la religion auguste de Moisc ou appartiennent à des familles qui, à l'époque de la rélbnnation, ont suivi la foi indépendante de Luther {Rumeurs diverses.)
Tous ceux-là méritent Ja condamnation, et non-seulement la condamnation, mais encore ils <loivenl être exclus de la société civile; car c'est une erreur de croire que ces étrangers puissent s'y établirel jouir de l'exercice public de leur culte particulier.
sa* erreur : ' Il est faux que la liberté civile de tous les cultes d que le plein pouvoir laissé à tous de miinifcstcrouvcrleraentct publi* quemcnt toutes leurs pensées et toutes leurs opinions jette plus facilement les peuples dans la corruption des mœurs et de l'esprit, et propage la secte de l'indifférenlisrae. n
Ainsi la liberté de conscience, la profession de tous les cultes est, de toutes les erreurs, la plus cuudamuuble, el l'Église ne doit pas la souffrir.
Enfin, c'est ta dernière, mais c'est assurément celle qui souffre le moins de réplique, et je crois qu'elle satisfera les plus impatients.
" Le pontife romain peut el doit se rètoncilier, se mettre d'accord ^vec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne. »
)ilâ le divorce ouvertement prononcé. D'un côté, la société civile avec toute sa puissance qui vient d'éclore, jeune parses forces, jeune par ses aspirations; el de l'autre côté, le ponlifc qui veut la ramener en arrière, au moyen ige et à l'oubli de toutes les conquêtes qu'elle a pu amasser. Voila le divorce proclamé; et quand l'empereur déclarait, dans sa lettre du 20 mai, que les résistâmes du baint-Père élaicnl la cause principale du désordre moral qui éclate eu Europe, combien, messieurs, ses paroles étaient empreintes de sagesse et de profondeur!
Nous entendons souvent dénoncer dans les grandes assemblées où les hommes réunis manifestent le plus franchement leurs sentiments intimes, les dangers que peuvent faire cuurir â la société les doctrines du matérialisme et <le la uégatiuu de Dieu. Ah! je suis d'accord avec ceux qui les conibailent ; je suis [ennemi de la religion
2 DECEMliftE 1867.
du salaire, du culte des voluptés g^rosslLTes, de ces spéculalions qui perraeJtent à quelques avcnluriers audacieux de s'enrichip au détriment des dupes qui suivcol leur eliar meaieur; mais je suis nussi l'enDemi de eoux qui uient la raison huinaiuc, qui vculcut humilier ma liberté, car eu humiliant ma liberté, et eu la uianl, ilii se proelament les |>rcmier> ctmleinplcurs el les plus audiirirux néjplcurs de Dieu qui me l'a donnée.
Et quand ils mettent à l'appui de leur dotlrinc la force niatérielle, quand ils iavoqueut les instrumeuls de deslrucliuu, quand ils &c réjouissent des meurtres, quand ils disent : Le sauf; a cuulé; c'est bien! notre pouvoir a été sauvé! alors, messieurs, je les considère comme étant les plus dangereux matérialistes et les vrais enucmisde la société moderne elde la paix pu!)li([iic... {très-itien! à la gauche de Coratcur) el du proj^rès qui doit s'accomplir eu ce monde, el jotcr sur nous et sur nos enfants les rayons de la [jloircet de la prospérité ma té rie Ile.
Eh bien, c'est cette doctrine que vous voulez faire trioiuplicr par les armes.
Je le sais, le gouvernement, par un miracle de sa loj^ique, miracle auquel il nous a du reste accoutumés, a t'ait déchirer celle charte de l'obscurantisme par les mains du conseil d'l\lal -, mais il eu a recueilli les lambeaux pour eu faire des bourres à des fusils Chassepol... {vlua acdamatiom) el imposer cette charte aux malheureuses |)opulatit«js de l'Italie, en mêlant le sang italien au sat)[r innocent cl précieux de nos enfants. (Bruit el agilation.)
(L'orateur, en descciid.jtU de. la tribune, est entouré de ses amis f|ui lui adressent leurs félicitations. J
PRONONCÉ AU CORPS LÉGISLATIF 0ÀN3 LA SËANCE DU 5 DËHEMBRE 18G7
QUESTION nOM4INE
Après la déclaratioii de M. le tiiinislrc d'Klal : « Au non» du gouvernement Itnnrais, l'Italie hp s'emiiarera p,ii5 de Rome. Jamais la France te suppmit'ra celte violence faite à son honneur et à la catholicité. »
Messieurs,
J'avais eu l'hotiDeur, en montant à celle tribune, d'exprimer an vœu qui cerlaiucmcut était partagé par la presque unanimité de mes collègues, c'était celui d'obtenir de la part du {gouvernement une déclaration nette cl précise qui fixât d'une manière irréfragable la situation préseule, .le rccoiiQiiis, messieurs, que les dernières parules prononcées par M. te ministre d'Étal ont ce caractère, et si je niutife à celle tribune une seconde fois, si je vous impose de nouveau, pour quelques inslanls, la fatigue de m'entciidre, ce n'est pas seulemcnl pour constater ce résultai déjà considérable, mais c'est surloui pour en déterminer ta portée.
Ouaud tout à l'heure l'hoDorable ministre disait que Jamais la poUiiquedc la France n'avait changé, il était involontairement dans l'erreur... [ritmt'urs uègulives), dans une erreur qui frappait mon esprit, et sur laquelle je vous demande d'appeler les médilatious du vôtre. ,
M. le miDistrc dÉlat répondait à un iulcrruplcur, et, se plaçant en M face des éventualités que nous réserve la décision qui vient d"*lre ■ prise, car les conctusions de M, le ministre d'État peuvent être qualifiées ainsi, disait que la lâche qu'acceptait le gouvernement françaii M était une lâche difficile, ■
Cela est vrai ; tout le monde est d'accord sur ce point. La questioa
t DÉCEMBRE 1S67.
tâche
possible, si elle est sage, si elle est politique ; mais ce que je liens surtout à justifier devant vous par un simple souveuir, et bien entendu sans user, je ne dirai pas sans abuser, mais sans user, du droit de citation derrière lequel particulièrement j'ai retranché tes développements peut-être trop longs que j'ai eu J'hunneur de porter à votre connaissance dans une de nos dernières séances, je dirai que très-certainement, — et ceci ne peut être contesté que par ceux qui voudraient oublier tous les prcccdeols diplomatiques, — je dirai que la tâche qui est vaillamment acceptée par W. le ministre d'État est différente de ccUe que le gouvernement s'était jusqu'ici imposée.
Et voici, messieurs, quelle est la différence capitale qui la caractéxise et qui mérite bien d'être relevée,
.le ne veux pas reprendre les lectures que j'ai eu l'honneur de vous faire, le Moniteur est là pour attester qu'en 1862 l'empereur faisait entendre des paroles que je résume eiactcmcnt quand je dis que, dans sa pensée, l'occupation de Home ne pcjuvait durer plus longtemps dans les conditions imposées à la France par la papauté, en
I jfacc de l'antagonisme que la France n'avait pu vaincre, (HrHit.)
Messieurs, je ne désire vous retenir que le moins longtemps possible, mais il est évident qu'il ne faudrait pas mettre à niuu compte
^ les interruptions qui m'empêcheraient de parler.
' Je disais donc, el à cet égard je défie la contradiction, car je m'appuie sur des documents authentiques, je disais qu'en 1862 le gouvernement français reconnaissait que, depuis 18 19, il avait entrepris une Idche <|u'il avait crue difficile, pour me servir de l'expression de M. le ministre d'État, en ce qui concerne celle qui nous est aujourd'hui imposée, qu'il déclarait i)resque impossible, que notre ambassadeur
tprès la cour de Home déclarait, quant à lui, absolument impossible, -et au sujet de laquelle il disait que le gouvernement français uc devait conserver aucun espoir. (Rniil croissanl.)
Or, sans entrer encore dans aucun détail à cet égard, je me contente de vous rappeler que celte tâche était une tâclic libérale... {Le hruil rontinue.)
Si la Chambre ne veut pas ra'écouter, je la supplie de prononcer la clôture, cela vaudrait beaucoup mieux.
[L'orateur descend de la tribune el revient à son batu.)
M. LE PRÉsiDEM SciiNEiDEi\. Je ra])pelle M. Jules Favre à la tribune, €l je lui déclare que, suivant moi, la Chambre est très-disposée à l'écouter. {Ouif oui!) Seulement il ne doit pas lui paraître étonnant qu'à la suite d'une discussion si solennelle et si prolongée, il y ait dans TAssemblée quelque hésitation et quelque émotion; je lui demande doue de se montrer un peu plus patient. Je demande éga-
356 DISCOURS P A R1,£M ENTAI IlES .
lemetit à la Chambre d'écouler sileucieuscment un orateur qui développe uue pensée en rapport avec l'importniicc de la discussioD. {Très-bien!)
M. Jules Favre. Il n'y a de ma part aucuQe suficeptibililé, je prie la Chambre de le bien croire, il n'y a qu'un respect tri^s-profood pour sa. votonltS pour ses irapressions.el si elle juge que la di$cus<;ioD est épuisée, je suis prêt à redescendre de la tribune. {\on! non! — Parlez! pttrlez!)
Je disais, messieurs, que te qui étnit certain, puisque le fait est aiiesté par ries documeuls autlienii<]ues, c'est que le gouvcraeraetit s'était inipiisi-, eu 181SI, une lâche dont i! cousidérail, en f8(J2, Taccomplisseineut comme à peu près impossible. El ce fui précisémeut soD irisjslance qui détermina la conveiilion de 1864, laquelle n'en élail , :i mon sens, «jue la solennelle déclaration. Ou'il y ertl, messieurs, comme je Tai dit moi-m^me, une espérance parFaileiuent loyale tfc la part du cabinet français, que, laissé vis-à-vis du gouvernement italien, le Saint-Père pourrait plus facilement s'entendre avec loi que quand il supportait, uon-seulemeut nos années mais nos cooseLIs, cela est incouleslable. Mais ce que je sip;nale, et c'est là le seul fait que je veui rejjronilre, c'est que de lHif> à 1861, le gouvernement a expliqué son intervention à fîome par l'espérance et le désir d'obtenir du Saînt-l'ère des coneessioas lîliérales.
Je ne vous rappelle pas les paroles si énergiques d(M)t se scrvaicni rempereur.le ministre des ARiiires étrangères fl nos agents pré< dc^ cours étrangères. Il est bien certain, messieurs, que le résumé de ves différents langages est ce (pie je viens de dire, el qu'en I8t>l les années françaises ne s'étaient relirées de Home (jue parce que la tdche était devenue à peu près impossible, et qu'on espérait qu'elle s'accomplirait mieux eu notre absence.
Eh bien, franchissant tous les événements qui se sont succédé depuis, je dis que la situation a aujourd'hui changé du tout au loot. Lorsque j'appelai'; votre alleutioa sur la différence (]ui marquait l'action autrichienne et l'action française, je disais que l'action aatrichieuue avait toujours été une action soumise, taudis que l'arliui) française avait été au contraire une action qui se permettait le conseil.
Je n'ai pas besoin de vous en dire les raisons. Aujourd'hui, toute* celles qui ont été invoquées en t8(i2 el en 18t»i disparaissent aiu yeux de M. le minisire; elles ne sont plus rien, il n'en lient pins compte; et MM. les ministres propusent d'engager le pays dans une seconde expédition de Uomc. dans une seconde intervention qui. celle-là, sera marquée au coin de la plus parfaite soumission vis-à-vis du Saint-Père. {Héc la mat ion s sur plusieurs bancs.)
s DECEMBRE 1867.
Je ne discute pas, messieurs, prenez hien pardc; je me borne à couitalcr, el celte cousialation est extrêmement importante pour justifier ce que j'avais Vhooneur de vous dire, à savoir : que la tâche entreprise par le gouvernement eu 1867 est bien différeute de celle qu'il a entreprise en 1849, 18;jî>, 1802 cl 18(îi. Je le rceounais. on est sorti de la pusilion diFficile qui était si bien signalée par les paroles que j'ai empruntées au discours d'un émincnt prfM;it,(jui disait qu'on ne pouvait ni avancer ni reculer, .le dis qu'on en est sorti, car on a reculé, et Ton propose à ta France de reculer. (Xourelles rédamaHons.)
Messieurs, encore une fois, il est extrêmement difficile de préciser les faits lorsque ces faits authentiques sont contestés par des hommes aussi respectables que vous. Ouaud je dis que le gouvernement du Saint-Père est en fipposilion avec le libéralisme moderne, je rappelle des paroles que j'ai empruntées à la lettre de rcrapereur; quand je dis que retle ijpposîlion au libéralisme moderne effraye les consciences catholiques, et qu'elle empêche des hommes sincères de conclure un pacte avec le gouvernement du Saint-Père ; quand je dis cela, ce n'est pas moi qui parle, c'est l'empereur. L'empereur eu 18f>2 et lKfi-1 était conduit par <'cttc espérance, par celte conviction, qu'il pourrait amener la conciliation entre le libéralisme moderne et le ffouvernement du Saint-Père. Aujourd'hui, je le reconnais, le gouvernement a perdu cet espoir, cl il ne s'occupe plus de cette question ; il se soumet complètement au gouvernement du Saint-Père tel qu'il est élabli. {Inlemtptwns eiiverus.}
C'est dans cette situation que le gouvernement prononce cette parole que je reconnais nette et considérable : La France défendra quand même, entendez bien ceci... (Oui! oui!)
Mon Dieu! messieurs^ ce que je dis est incontestable : je pose des faits, afin que la question soit éclaircie; je n'ai pas d'autre dessein, je ne veux pas rentrer dans la discussion, je veux avec vous préciser la situation; je le veux pour mon pays comme pour vous, cela est tout simple, j'accomplis un devoir qui nous est commun.
Eh bien, je dis que la déclaration n'aurait aucun sens si clic n'avait pas celui-ci : Le gouverneracut maintiendra le pouvoir temporel du Saint-Père, maintiendra Rome et son territoire... (Oui! oui!}
Messieurs, je vous supphe de vouloir bien me laisser parler. Modérez votre zèle. (Exclamations et rumeurs.)
Evidemment c'est du zèle, seulement ce zèle, quand je suis forcé de le combattre à pleins poumons, je le trouve excessif. (Riret sur plxtiieurs bancs.)
Je disais donc que le gouvernement a pris l'engagement de maintenir le pouvoir temporel à Rome et dans son territoire, dans tous |les cas... {Oui! oui!) El le gouvernement ne se préoccupe de l'unité
italienne que précisément parce que Tanité italienne, suivant crrtaius hommes il'ÉluI italiens, ne peut exister qu'avec la possession df Rome... {Interruption.)
Messieurs, quand on veut préciser une question, c'est uu \U^ mauvais procédé que de se dissimuler i\ soi-même les dif(iciitté.< n les faits.
Or» le {jouvernement français est aujourd'tiui en présence, non pas du cabinet qu'il a jufjé à cette tribune, et je ne veux pas revenir sur celte partie du débat , mais d'un cabinet qu'il déclare être composé d'hommes parfaitement modérés et à la politique desquels il donoe son adhésion. Or, quelle est la politique du pouvcrncnocnt, de ce cabinet? [Nouvelle interniplion.)
Eh bien, vous n'avez qu'à jeter les yeux sur les circulaires de .M. le général Menabrea, qui est le chef du nouveau cabinet, cl dont le cabiuet français fait l'éloge, et vous verrez que le général Menabrci dit que la possession de Home est indispensable. [lutetntption.)
Le fait est-il vrai, oui ou non? {Bruit.) Si vous croyez trouver \e moyen de faire tomber des circulaires par des murmures, vous <t trAs-puissanls; mais c'est là un moyen d'obscurcir les difficultés non de les résoudre. (.Voui'e//c interruption.) 11 est impossible de d cuter ainsi. {Parlez!)
Je dis que, en présence d'une prétention si nettement formulée la part du gouvernement italien, le gouvernement français entreprend une ti\chc qui me parait non pas seulement difficile, mas impossible. {Réclamations et dénégations.)
Mais elle est encore impossible à un autre point de vue que M. 1 ministre d'État n'a pas touché, et je le comprends à merveille. Il v a parlé tout à l'heure de la marque de déférence que le Saint-Si avait donnée au gouvernement français en annonçant quil particii rait h la conférence sans coiidilion. Mais permet tcz-moi de vous di que, en considérant, comme nous le devons, le Saint-Siège commi pouvoir temporel, c'était bien le moins qu'il accordât cette ruarqi de déférence au gouvernement qui est venu le sauver dans une poîttion aussi critique, {tnterritptiom.)
Mais M. le ministre d'État pcut-il montera cette tribune et nous dire que le Saint-Siège acceptera le compromis qu'en définitive 1* politique française entend consacrer.., {Nomvelle interruption.)
Oh ! messieurs, vous voyez que la question est tout aussi confia* qu'avant. {Oh! oh!) Vous allez voter uo ordre du jour de confiance, comme vous l'avez fait pour rAlleinague, comme vous l'avez îwX pour le Mexique, et il aura le même sort : voilà ce que je puis vuuj assurer. {Humeurs.)
Nous avons un rôle ingrat dans cette Chambre, car nous dLsoo*
s DÉCEMBRE 1867. 3&»
notre pensée, qui souvent a le malheur de vous déplaire; et cependant cette pensée a été souvent un avertissement qu'il eût été précieux d'accueillir autrement. {Voix : Non! Jamais!)
Mais aussi nous ne voulons nous faire les prophètes d'aucune espèce d'événement; nous posons une question, nous nous demandons s'il n'y a pas dans la pensée du gouvernement comme dans la pensée dfnne partie de la Chambre, une confusion inévitable qui vient de la nature des choses;
Entreprendre cette tâche peut être très-méritoire, mais au moins fout-il indiquer et soutenir par des raisons plausibles pour des hommes prévoyants et prudents, les moyens à l'aide desquels on pourra atteindre le but. (Interruption.)
Invoquer l'action du temps pour y aider, alors qu'on est en présence de termes qui sont inconciliables, permettez-moi de vous le dire, c'est un langage indigne d'une grande nation et d'une grande Assemblée (exelamationt), qui veulent qu'une argumentation repose sur des bases plus sérieuses.
Je ne dis pas, messieurs, que le gouvernement français ne soit pas assez fort pour faire accepter sa volonté par le gouvernement italien, je n'ai jamais prétendu cela; seulement, je dis que le gouvernement français me parait poursuivre une chimère quand, d'une part, acceptant le cabinet italien Menabrea et ses déclarations, il ajoute, de l'autre, que le cabinet Menabrea sera amené par lui à renoncer an vote de 1861. (Interruptions.) Il ne faut pas se faire illusion, ce vote de 1861 n'a pas été seulement une décision parlementaire; il est, nul n'eu peut douter, l'expression de la pensée, je ne dirai pas de l'unanimité, je serais téméraire en me servant d'une pareille expression, mais au moins de la majorité considérable de la nation italienne.
J'entends expliquer l'unité italienne de différentes manières, notamment de la part d'un illustre orateur, par l'ambition de la maison de Savoie. L'unité italienne, je ne veux pas dire qu'elle est aussi vieille que Machiavel et Dante, mais on peut dire que celui qui en a été l'inspirateur le plus puissant dans ce siècle, c'est précisément le Pontife qui parait en souffrir davantage aujourd'hui. C'est lui qui, en 1847, a fait entendre en Italie ce cri d'indépendance, d'émancipation et de délivrance, qui a enflammé tous les courages, qui a électrisé les âmes. (Mouvements divers.) Par conséquent, il ne fiiut pas vous étonner si vous êtes en face d'un sentiment d'une profondeur incontestable, ayant sur la nation italienne une action irrésistible.
D'ott il suit, — et c'est la conséquence que je veux faire toucher du doigt, — que si vous entreprenez cette tâche, qui consiste â vouloir que la nation italienne renonce à l'expression de ce vœu, vous l'en-
niSCOURS PARLEMENTAIRES.
treprcndrcz avec la perspective à peu près infaillible de sou dans la oalion italienne un {jrave mécoiilenlcmcnt. {Eh h'unf vous avez toujours proieslé de l'intcalioo contraire. Vous avez esptîré, et c'est là que je prouverai que la chimère qui a été soutenue par le {jouverncraetit français mérite d'être îndii]ucc, vous avez toujours espéré que le gouverDcracnt et le peuple italien pourraient êlrt amenés à renoncer à l'expression de celte voloutê,
Mon horreur profonde pour les dénoOments fatals auxquels participe la pucrre et qui sont soumis à cette loi avcuffle, mon intérêt pour rilalie, doivent être vis-à-vis de la Chambre un srtr garant de ma siocérilé, et en vérité, messieurs, je pourrais me passer de toute espère de caution. {BrtiUs et movvemenls divers.)
Je dis donc que re que je désirais le plus ardemment, c'est que la conciliation fiii possible. Or, elle me. parait aussi problématique qu'elle Tétait en 1849 et en 1864, par cette excellente raison que ai l'une ni l'autre <ies parties n'critcudra abaudonner ses prétentions. La prélcDlioû du I^ipc n'est pas seulement de conserver Rome; tous n'avez qu'à recourir aux dépêches que j'ai mises sous vos yeuj. {Marijues tfimpalienrc.)
Permettez-moi, messieurs, de vous faire une observation.
Nous sommes divisés sur ce point -, vous croyez que le Pape changera d'avis, tandis que je crois qu'il y persévérera... (Bruit.) Vous êtes moins respectueux que moi pour la puissance du Pape, car si le Pape chanfjeail d'avis, il se déjugerait, et il a affirmé dans ses dépêches, qui sont des documents authentiques, que c'était pour lui un article de foi qu'il ae pouvait pas abandonner son p:itrimoine,ct qu'il te réclamerait sans cesse, si bien qu'il acceptera vos services et jamais n'opérera de conciliation.
De là, celte consi-qucnce sur laquelle il est bon que nul ne s'aveugle, que notre occupation sera indéfinie, que nous ne résoudrons pa» le problème, et que, il faut que l;i France le sache, pour courir après une nouvelle aventure comjvlétcmcnt chimérique, on lui demandera au moins 25 millions chaque année, [interruption.)
On immobilisera son armée et sa flotte, et il peut arriver telle circonstance oii ces secours nous seraient extrêmement précieux et où nous souffririons un grand dommai^c dans nos intérêts.
Mais non-seulement, — c'est là mon dernier mot, et je vous demande piirdou d'être encore à cette tribune, il faut être soutenu par le sentiment du devoir pour lutter contre l'impression de U Chambre; — non-seulement la France est condamnée à une occupation indéfinie... {inttri-uption sur queltpus bancs) oui, indéfinie, 4 des sacrifices permanents ; non-seulement les déclarations de 1862 et de 1864 sont abandonnées ; non-seulement cette occupation soutien-
s DÉCEMBRE 1867 361
drail un pouvoir qui, en 1862 el en 1864, ét;iit déilart' iMfe rconemi des iastiiulions libérales; non-scuîeinent nous «enins fondaimics à voir proléger par nos armes des faits qui sont iudigtios de h civilisation, — c'est M. Drouyn de Lhuys qui l"a dit, — mais encore il sera acquisque nou-seiilcnicnt nous protégeons le pouvoir temporel, mais que c'est à la cause de la catholicité, c'est-à-dire au pouvoir spirituel, que dous faisons ces sacrifices. (Oui! c'est cela!) M Dés lors, nous voici violemment ramcoés en arrière, et dans une circonstance que ]c vous supplie de vouloir envisaffer, nous faisons une véritable intervention religieuse. C'est en faveur des principes
■ éternels que nos armes sont sorties du fourreau, et c'est la foi que nous protégeons parle sang. (Inlerruptiiin.) Kon-seulement ce sont là des procédés d'un autre âge, qui compromettent singulièrement
■ rhooneur cl la dignité de la France libérale, mais encore nous portons la plus funeste atlcinlc à la cause que nous prétendons défendre, car nous la marquons à ce signe qui doit tftt ou tard conduire à de funestes résolutions, àce signe contingent, passager, nécessairement aveugle de la force politique, qu'elle n'a pas sa racine plus haut que les hommes.
Voilà la situation qui nous est faite, et elle nous est faite précisément par ia coufu.sinn que nous avons sigtialée à celte tribune, et contre laquelle, pour ma pari, je me suis élevé moins éloqui'mmcnt que mon honorable ami M. Jules Smioo, mais exactement avec le même sentiment.
Et tout à l'heure l'honorable ministre d'État... (Hf arques d'impatience vers les bancs en face de l'orateur. — De plusieurs côtés : Aux voix!)
Votez, messieurs, si vous voulez.
{L'orateur quitte de nouveau la tribune.)
M. LE PRÉSIDENT SCHNEIDER. Je rappcHc M. Jules Favre âla tribune. {Partez^! parlez! — Assez! — Aux voix! — Mouvements en sens divers.)
M. Jules Favre, en remontant à ta tribune. Tout ceci, messieurs, peut vous paraître très-réjouissant, mais pour moi je m'en attriste. Nous sommes des hommes, et nous ne devons pas agir comme des enfants. [Hi'rlamalions el rumeurs.)
M. LE PRKSiDKNT SCHNEIDER. Je ne puis admettre à aucun degré l'es pression de M. Jules Favre. La Chambre n'a pas l'habitude d'agir de la façon qu'il vient de dire; mais on comprend qu'à la suite d'un débat aussi long, où toutes les attentions ont été concentrées, la Chambre puisse avoir son opinion faite et éprouver une certaine lassitude. {Oui! oui! — Mouvements divers.)
M. Jules Favue, descendant de la tribune. (Ju'elle se repose, alors.'
L'ordre du jour pur el simple est vott^ par 237 voix contre 17.
DISCOIRS
PRONONCÉ AD CORPS LÉGISLATIF