MARS 186R. 1RS
Est-ce que c'é(ail :i l'oppositioa qu'il devait s'adresser? est-ce que c'est l'oppositioD qui était responsable de ce qui se passait en Algérie? S'adresser au gouverucineut, crime de lèse-majesté! clou le lui a bien Fait voir par le mois de prison au prix duquel ou lui a fait expier l'inexcusable tort d'avoir raison.
Pcrmcttez-moi de continuer :
« Attendu que, par les termes dont il s'est servi comme d:ms la pensée qu'ils rcnforment, TlKiillicr est sorti des borues d'une discussion sérieuse et d'uue critique loyale, et c}ue ses déductions ne peuvent avoir pour effet quedadîrcr le mépris et la haine sur le gouvcrnemeut... i
M. Olais-Bizoin. C'est cela !
M. Jules Favue. - ...Ce qui constitue les délits prévus et punis par le décret de 184K , etc.
Voilà ce merveilleux, cet élasli<]ue délit d'excilalion à la liniue et au mépris du gouvcrnemeut, qui permet de frapper d'une peine rl'un mois de prison celui qui crie gare, quand la famine est aux portes de la colonie. On condamne l'écrivain, et, après l'avoir condamné, oïl n'apporte au mal qu'il a sif^nalé que les millions insuflisatiis que vous venez aujourd'hui nous réclamer. Voilà votre rép;imeî
Eh bien, je le demande à la Chambre qui me Fait l'honneur de m'écoulcr, n'est-il pas de notre ilevoir. alors que nous donnons l'argent de la France, bien ([u'avec joie, alors que nous donnons l'arf^ent de nos paysans pour secourir les malheureux Crabes qui succombent au fléau de la famine, de rechercher, de nous enquérir et de savoir si, avec un peu plus de s:i{îcsse et de prévoyance, le gouvernement n'aurait pas pu empêcher ce tléau de sévir ainsi sur ce malheureux pays?
Permettez-moi de le dire, messieurs, il ne peut jamais se rencontrer des circonstances dans lesquelles votre conscience suit plus directement engagée; et l'auteur de cet article, condamné pour avoir pressenti la famine...
S. Km;, m. BAnocuE , tjarde tics Sceaux. Ce n'est pas pour cela qu'il a été condamné.
M. Jules Favre. Certes! Il n'avait pas deviné à quelles .scènes horribles celte famine réduirait une infortunée population. C'est une honte pour le temps oii nous vivons; mais, permetlcz-mui de le dire pour ceux qui peuvent être responsables, il est l)on ipic Ton sache si c'est par suite d'un vice de système, si c'est par la faute de ceux qui nous administrent, qu'on n'a pas empêché tout ce qu'où pouvait empêcher. C'est une lionic pour notre temps de voir de par^'ils actes de barbarie cl les scènes de cannibalisme qui se sont pas.sécs sous les yeux des autorités françaises, désolées, j'en suis convaincu, mais
HSCOURS PARLBMENTAIRl
impuissantes, parce que le mal avaii {jniiidi dans de telles propornonqu'il élait impossible de l'arri'ler.
Messieurs, je le dis sans déloiir, si nous étions une Asscinbli^o jQvesiîc des pouvoirs qui, selon moi, devraient appartenir aux représentants de \a Fnincc, nous pourrions décider d'urgence une enquête, et c'est p;ir les rcoseifyueniieats (tîrei Is, bien mieux que par le> documents que le gouvernement veut bien nous fournir, qu'il nous seraii possible d'arriver à la découverte et h la constatation de la vérilé. Mais, du moins, si la conslitulion nous interdit cet ai-te viril que. pour ma pari, je regarderais comme nécessaire pour déjjager ma conscience... (f-umeurs tur quelques bancs), il ne nous est pas défendu de demander au gouvcrncmenl non plus des déclarations vagues et sans consistance comme celles que renferme l'Exposé de la situation de l'Empire, mais les rapports, les cnqut^les, les pièces originales.
On a constamment répété, — c'est une étude du plus haut intérêt, messieurs, — que les mœurs et les habitudes des Arabes ne pouvaieot pas s'assimiler aux ntVtres. C'est, à nitm sens, une erreur; c'est, do reste, une grande question que je ne veu\ pas assurément traiterid.
Vous savez, messieurs, quelle est la diversité des opinions qui se sont produites à cet égard; je ne me permettrai pas de parler delà mienne. J'ai recueilli des faits, j'en ai même observe pour ma pari, qui peuvent me conduire à une opinion complètement contraire à celle qui a prévalu jusqu'ici. Fl justement je rencontre dans le rapport un clément précieux, un fait que je demande encore la permission de signaler à votre attention et qui viendrait singulièrement i l'appui de celle peuséc consolante qu'en substituant le dn)it à la force, la justice a la menace, nous pouvims arriver jusqu'à l'àmc àf« Arabes, jusqu'à leur cœur, jusqu'à leur esprit, nous pouvons en fiûre, si ce n'est de véritables citoyens, au moins des administrés comprrnaul le bénéfice de notre domination, au lieu de les réduire à létal de peuplades errantes, sans cesse frémissantes et ne demandant qu'à secouer le joug qui pèse sur leur front.
Ce fait, messieurs, le voici :
On a eu l'occasicm de faire a^ppel aux Arabes, non pas pour leur partager des terres, non pas pour entrer dans leurs mœurs, —ce qui était, ainsi qu'on l'a répété très-souvent, tout à fait indispensable,— mais pour briser ces mœurs, pour changer ces habitudes, pour le$ conduire dans des voies complètement opposées; et le rapport constate que l'appel fait aux Arabes a été entendu, que 40,000 jadigène< se sont rendus sur les chantiers cl qu'ils y ont travaillé avec les autre» ouvriers.
C'est là, suivant moi, un fait considérable, et qui nous protirr qu'avec du bon sens et du courage, on peut arriver à une iuitiatlao
Utile de principes entiërement différents de ceax qui jusqu'ici ont été appliqués.
Ce que nous vous demandons, dans Tétat des choses, après avoir protesté contre Taveaglement avec lequel jusqu'ici on a maintenu le régime des tribus et le régime militaire, c'est que l'Algérie jouisse enfin d'un régime légal, d'un régime civil, qu'on cesse de la considérer comme pays conquis, et que, comme première- preuve, on permette à ceux qui ont ce droit primordial, qu'aucune con^titutipn, qu'aucune dictature ne peut enlever, d'envoyer dans cette enceinte des élus de leur choix qui y paraitroot comme les représentants de leur pays devenu Kbre. {Approbation sur les bancs de la gauche de U tribun». — Rumeurs et réclamations sur les autres hanes,)
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