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dans uae famille» dans une admiûislratioo commerciale, il ne peut y avoir qu'un iaveataire, qu'un bilan, une situation qui se solde en équilibre ou en dt'ficit; de même, dans un État, il ne peut y avoir qu'un budget, quelles qu'en soient les divisions, se soldant en équilibre ou en déficit. {Asicntimcittà la fjauche. de l'orateur.)
Voilà la vérilé; et par cette excellente et décisive raison qu'un emprunt ne peut <îtrc considéré comme une recette, c'est une dépense. Je n'ai pas besoin de justifier devant la Cbambre une proposition aussi simple, Ainsi, vos budgets de 1867, IH6S, 1869, ne sont soldés que par des excédanis de dépenses, et vous apfjravez votre étal financier, ;iHn de pouvoir faire houncur à vos affaires. C'est là une situation intolérable, à laquelle il l^ui iitcttrc hn à tout prix.
Nul ne le contcsLe, seulement on prétend que la situation est tout à fait exceplionnellc. C'est là, je ne dirai pas le prétexte, mais au moins l'excuse que nous avons rencontrée toutes les fois qu'il s'est agi de Faire appel au crédit de la nation. On nous avait dit aussi eu 1863 que le livre de la dette publique serait à jamais Fermé. La parole minisiériellc avait été engagée; vous savez quel vent l'a emportée dans l'oubli. Pourquoi aurions-nous plus de confiance aujourd'hui dans des prévisions qui, pour être loyales, ne s'appuient pas sur des errements passés de nature à nous rassurer sur les errements de l'avenir?
Les budgets se soldent donc en déficit et par une aggravation de dépenses; j'examinerai dans un instant ce qu'il y a de fondé dans la qualification d'exceptionnelle , donnée à certaines dépenses, et dans la nécessité prétendue de la création de ressources exceptionnelles; j'ai bien peur, pour me servir encore d'un exemple familier, que le gouvernement ne soit dans la situation d'un père de famille qui aurait employé ses ressources ordinaires à des dépenses de vain luxe et qui ensuite dirait : Vous le voyez, pour nourrir ma famille, je suis dans la néressilé de contracter un emprunt : il est irréprochable.
tjuant à moi, je crois que ces dépenses qu'on a dégagées de l'ensemble des budgets, en leur prêtant un caractère exceptionnel, — je veux parler de dépenses concernant les travaux publics, la guerre et la marine, — je crois que ces dépenses n'ont d'exceptionnel que l'apparence; qu'elles sont, en réalité, des dépenses normales; que vous vous êtes engagés à les subir, qu'elles pèseront sur nos budgets futurs comme elles ont pesé sur nos budgets passés ; enfin que vous êtes condamnés, si vous voulez sortir de cette situation, à attaquer l'arbre dans la racine, c'est-à-dire le système même qui a engendré de semblables abus.
Il ne peut en effet y avoir, dans la situation où nous sommes, <|ue deux moyens d'en sortir : ou bien augmenter les recettes, ou
bien diminncr les dépenses. Au[;mrnlcr les recettes, ce ne peot ètrr par l'emprunt; car, ainsi que je l'ai dit tout à l'heure, et nous soromes tons d'accord sur ce point, l'emprunt est une dépense, et une dépense qui pèse lourdement sur le pays, plus lourdement, à mon sens, qu'on impôt créé pour une nécessité quelconque. Si ce ne peut être par l'emprunt, ce ne peut donc être que par l'impôt ?...Ouc la Chambre prononce sa décision ; assurément la nation s'y soumettra; mais je ne croîs pas qu'une semblable proposition puisse réunir la majorité des opinions de ceux qui me font l'honneur de ra'écouter. Et en effet, non-seulement les impôts sont impopulaires et Frappent quelquefois au cœur les [jouverneracnls qui sont dans la nécessité de les décréter, mais, dans l'état actuel de la production française , sans vouloir dire que la France n'c<?l pas capable de faire encore de grands sacrifices, il est incontestable qu'aller plus loin dans la voie des impôts, ce serait attaquer la production dans son essence , en tarir la source, bouleverser des relations respectables, faire germer dans l'âme des populations des mécontentements qui se traduiront par des désordres et des a^ptalions bien plus dartijereux qu'on ne peut le supposer. {liumevrs.) Nul,^ messieurs, ne peut se résigner, à moioi que la nécessité n'en soit incontestablement démontrée, à une pareille extrémité. Il est donc certain que nul ne peut s'arrêter à une création d'impôts. Eh bien, si l'on ne peut sortir de la situation acloelle. ni par le moyen de l'emprunt, ai par le moyen de l'impôt , il faut prendre l'autre voie, et cela avec une nécessité rifjoureuse.à laquelle il est impossible que nous puissions échapper, c'est-à-dire qu'il faut réduire les dépenses.
Votre honorable rapporteur, messieurs, est à peu près de cet avis. Et quand il parle de la nécessité de faire subir un temps d'arrêt à Fa progression des dépenses, il est incontestable, et il le déclare, qu'il faut entrer dans la voie indiquée par le bon sens et la raison, et nul assurément ne peut se tarf^uer d'un mérite quelconque en l'indiquant. Seulement, messieurs, la difficulté est de savoir si ces réductions sont possibles. C'est là précisément que nous allons toucher les objections capitales qui ont été, dans le cours de cette discussion , adressées* ceux qui réclament des réductions de dépenses par les membres do gouvernement.
Sur quel chapitre ces réductions de dépenses peuvent-elles (ire exercées ?
J'entendais, messieurs , à l'une de vos dernières séances , notre honorable collègue M. Emile Ollivicr, vous dire qu'il était absolument impossible de toucher aux services, que les services généraux Sont représentés par une somme, en chiffres ronds, de 800 millions environ, et qu'il n'est pas possible d'y mettre la main. J'ai été heo-
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reux.jo l'avoue, d'enlcndre votre honorabk' rapporteur exprimer une opinion qui n'a pas un caractère tout à fait aussi absolu. Le moment n'est pas venu de nous appesantir sur les délails; quant à moi, j'estime que, sans désorganiser en rien i'adniiiiistratîou, mais, au contraire, en la Fortifiant, on peut rcaiiscr de véritables économies; non pas, et je serais trés-upposé à celles qui revêtiraient ce caractère, qu'il s'aj^i'^sc de diminuer le Irailcuient dos employés, surtout des employés inférieurs : si je jette les yeux sur ceu\ qui, investis d'une puissance parliculière, liabiteut les régions souveraines où les traitements peuvent fiRilciiieut se donner la main sans se soucier des anciens scrupules luien oubliés qui agitaient nos pères sur la question du cumul [rirct cl itpprobation à la gauche de l'oralcur}, je trouverais dis relrauchcmenls à faire, et je suis convaincu qu'ils protitcraienl au bien public, et que ceux (pii les subiraient auraient le palriotisnie de s'y résigner, se consolant d'ailleurs jjar des services assez cbërement payés pour qu'ils n'aient pas des regrets légitimes. (Nouvelle approbation à la gauche de l'orateur.)
Toutefois, messieurs, il ne faut pas se Faire illusion; si c'est là un principe dont nous désirons l'application, et que nous demanderons en loulo citconstances, il ne dounerail, en face du déficit t|ui se produit. que des ressources relativcineni bien minimes. Il en serait autrement d'une réorganisation vigoureuse de I administration. Je crois (|u'on voudrait, en augmentant le traitement des employés, en diminuer le nombre, de telle sorte que le budget en serait un peu soulagé. Mais, je l'avoue, ce n'est pas sur ce chapitre principalement que l'attenlion du pays est Rsée, car l'allentiou du pays précède la vôtre; cette attention, elle est cnchaiuéc par vos débats, ou attend de vous la révélation de la vérité, non pas d'une vérité enveloppée dans le vague des déclarations de confiance tant de fois trompées, mais une vérité positive, nette, qui ait autant que possible le caractère mathématique. Eh bien, en ce qui louclie les autres services, nous en reucontron»;, et des meilleurs, des plus élevés, c'est la dette publique et la dotation, c'est l'armée et la marine.
Sans doute, quand on touche h ces chiffres, il semble qu'on tombe dans la banalité ; c'est qu'U devient extrêmement banal, eu effet, de nous prendre notre argent sous préleitc d'une guerre qui ne se fait jamais. Nous ne voulons pas, .s'il est possible, éire entraînés jusquelà, et c'est pourquoi, bien qu'il soit dans l'esprit de tout le monde d'attaquer la dotation des ministères de la Cuerre et de la Marine, vous nie permettrez de justifier en quelques mots cette proposition.
Je ne veux pas cependant laisser |)asscr, sans en dire uu mot, le chapitre de la dotation. Nous avons entendu, messieurs, les déclarations de M. le miuistre des Finances, qui nous ont comblés de satis-
faction; il nous » dit qu'il él.iil le partisan obstiné de Tamortissement. Nous le sonimes aussi, et nous croyons que le jeu de l'araortis- ' scmeiii n'c>t point assez bien doté.
Nous voudrions que ries ressources plus considérables y fussent consacrées, cl nous estimerions que les sacrifices qui seraient à cet égard imposés au pays, seraient des sacrifices à la fois moraux et utiles, qu'ils emp^rhcraieni la nation de s'endormir dans celte illusioa énervante qu'il est possible à un pays d'emprunter à fonds perdus, comme un prodigue ou comme un homme ijui veut se perdre. (Trètl/ien à la gauche de r orateur.)
Ainfii, nous désirons que la loi sur la dototloo de ramorlissemeni soit exécutée; nous désirons que, dans le budfjcl qui nous est présenté, les ressources de t'amorlissement soient aujjraentées.
Voilà, messieurs, quel est le vuni pour lequel nous nous irouvou<> tout à lait d'accord avec l'honorable orjjanc du (jouvernemenl; nou? ajouion<^ qu'il serait possible, sur ce cliapitre de la dotation, de fiirc quelques réductions qui ne seraient pas sans importance, que je 0( veux pas indi<|uer; mais enfin j'ai pris la liberté de présenter cette observaiion afin de ne pas laisser croire que sur ce point il est impossible dfr faire quoique chose d'utile.
Ouaul à la {guerre etàla marine, la dotation est en chiffres ronds de tUM> millions. Un peu moins, peut-être un peu plus; il y a à cet épard des divergences : ijrammnlin ccrtant. ijuaut aux contribuables, il est probable qu'ils payeront UOO millions. Ouant aux bud|rel.s de la (pierre et de ia marine, nous les réunissons, cela c>t indispensable, puisqof ce .sont des ministères qui obéissent aux mêmes nécessités, nécessité^ de dévouement et d'honneur pour le pays ; ces ministères dévorent dans le budj^ct une somme de 700 millions, qui, joints aux 6tK) millions de la dotation, forment \,'àWi millions, c'est-à-dire plus de l.i moitié du budget.
Voilà donc, messieurs, des dépenses auxquelles il est difficile dr toucher, si ce n'est par le jeu insuffisant, suivant nous, de l'amortissement. Ces dépenses, qui sont déclarées nécessaires par le go«verncment, absorbent la moitié du budfjet. Certes, s'il est indispeosable de subir de semblables conditions, il faudra se rési[fucr; seolement, il faudra que la France soit bien avertie et qu'elle sache quel sort lui est réservé.
Ces 1 ,300 millions joints aux 800 raillions en chiffres ronds, porleni le bud{>:et officiel, tout compris, de 2 milliards 100 millions à 2 milliards 200 ou 250 millions.
Ce budget, s'd est nécessaire.se soldera éternellement en déficitpar unea{j|îrava(iondedépeQses,c*est-à-direpardescmprunisquiviendroDi le solder comme pour les trois exercices que nous soldons <
jjourd'
i .JUILLET I8«8. "» b(fb
Voila ce qu'il faut que la France suchc, et si elle ne veut point accepter une pareille solution, il est indispensable d'examiner s'il n'y a pas rie dépenses susceptibles d'i'tlrp retranchées dans cette seule partie du budget qui est assez élastique pour admettre des réductions importantes.
Je suis inlerveiui à la der/iière heure dans le débat, et la Chambre en comprendra la raison : c'est ma profonde incompétence ; mais enfin j'obéis à un devoir de conscience, el je dois dire que j'attendais 5oit de 1.1 part du {^uuverocment, soit de la pari de la commission, sur ce fait si considérable des armements eiceptionucls, de la paix armée, des explications qui puissent être discutées et faire impression sur les consciences cl les esprits.
Ces explications ne sont pas venues. Il faut même le dire, si le langage de M. le rapporteurpeut offrir desadoiiciv-iemcnls à noscraintes, le silence du fjouvcrnemeut n'est pas de nature à les calmer. Je ne lui en fais pas un très-gros reproche. Quelle que soit la parole de MM. les ministres, cette parole est une autorité assez considérable pour qu'il .soit bon de l'eulendre et désirable qu'elle se produise. Or, avec la prudence que je caractérisais il y a un instant, M. le ministre des l'ioanccs s'est enveloppé dans ses chiffres, il en a tiré de merveilleu'ics clartés; mais plus ces clartés étaient resplendissantes, plus elles laissaient dans l'ombre cette question qui, à mon sens, est la question vitale : Est-il nécessaire que la France se ruine pour ne pas faire la guerre el pnur attendre qu'on ne la lui fasse jamais, puisqu'elle uc menace personne et qu'elle D'est menacée par personne? Voilà, messieurs, la question. (Très-bien! très-bien! à la (jauche de l'oraleur.)
Perracltcz-tuoi d'uu mol de prendre les devants et de dire qu'à mon tour, sur ce poinl. je suis eu parfaite conformité d'opiiuou avec plu>ieurs de mes honorables collègues. Il est impossible de ne pas se rendre à celte évidence que la guerre n'éclatera pas, à moins que celui-là seul qui pput la décréter iw. l'ail résolue cl ne la veuille-, la France ne la veul pas; les nations qui l'entourent ne la veulent pas; il n'y a, je ne dirai pas aucune cause, mais aucun prétexte de guerre, et si la volonté nationale, si la volonté de nos voisins se réunisseni pour empêcher la guerre, nousue pouvons pas, à cou|» sur, désarmer le pouvoir, et il n'appartient à personne de porter la main sur la constitution; mais il nous appartient, c'est notre devoir rigoureux, de veiller aux deniers des contribuables; par là, nous pouvons saisir ce frein que nous cherchions tout à l'heure, et nos mains patriotiques ne reculeront pas devant raccomplissement de ce devoir. {Approbation à fa gauche de la tribune,)
Suflit-il donc, quand trois budgets successifs se terminent par des découverts de 18J,t34,143 francs, de prêcher la confiance, de
déclarer que ce suut ta des circoQ<j(aQccs exccpiioauelles, aoe sorte de trombe qui est venue assaillir l'Europe-, mais que maintenant le beau temps est revenu, ([u'it n'y a plus rien à craindre, qu'on a devant soi un avenir calme et prospère/ Seulement on veut s'armer jusqu'aux dcots, parce que les naiious voisines sont armées de même : ou veut demander à la France que ses e^nfants, c'est-à-dire sa pro- (luctiuu même, ce qui fertilise le sol, — et je ne parle pas ici au nom des sentiments de Himillc qui vibrent si fort en nous, je chercbe à m'élever au-dessus de ces considérations qui cepcudaal péoctreot mon Ame, — on veut demander à la France que tous ses enfants soient envoyais dans les casernes, quand ils seraient si bien aux champs t- 1 dans les ateliers {XouveUc aj/pt-olalion à la ymic/te de f orateur.)
On lui demande encore des sacrifices d'argent considérables, ils s'élèvent à l,f>00 niillious pour la çucrrc et la marine, car celte progression (le ticpeuscs que tout à l'iicure ji* constatais lorsque j'envisageais les faits {jéuéraux , elle est vérifiée par tous les seniccs M spéciaux; c'est là ce que vous a dit M. le rapporteur avec une bono- ■ rabic franchise ; mais quand ou jette les yeux sur les chapitres de U }}uerrc et do la marine, il est impossible de ne pas être épouvanté- En effet, on vous demande au budget ordinaire de la guerre pmff 1860, 38I,G94,&52 francs, avec une augmentation sur IbUÎ, qui assurément mérite d'être remarquée, de 33.503,615 francs, sans parler du budget rcciiticalif , lequel est de 50,73», 822 fraDcs, sau parler encore du budjjet de fAl^^érie, qui est de 14 million» et quelques cent mille francs, ce qui porte ainsi à une somme «k r»01,i)-J9.472 fraucs les sacrifices imposés aux populations, d'aprtJ votre lot de finances, par la {guerre qui ne se fait pas, parla guerre qu'on promène comme un épouvanlail sur l'Europe, qui pèse sar toutes les transactions de la France, l'appauvrit et la condamoc j uqc mort lente, ou tout au moins à de rudes souffrances.
Le ministère de la Marine est exactement dans la même siiualiOD. Son bud(;ct ordinaire est de 1G3,0»8,255 francs. Il y a, comme bMjours, un budget extraordinaire de 10,500,000 francs. Il y a, eu outre, 6,044,698 fraucs pour le budget rectificatif, ce qui fait for la marine 180,832,053 francs, et au total 684 millions.
Voilà, messieurs, les sacrifices qu'on demande aux popoMBlli pour ces deux grands services, dont je suis loin de mécoosattre l'importance. {Interruptions et rumeurs.) €c n'est pas luoi qui chercherai à les déprécier.
Messieurs, vous avez peut-être raison de murmurer, car il y a e« dans mes paroles une contradiction iuvulontaire, ou plutôt je me &iif servi d'une expression qui n'a pas bien reudu ma pensée. J'ai dit qie je ne voulais eu aucune maaiérc porter atteinte à la grandeur dd
services qui peuvent être readus par tes deux dépariemeiits que je viens de nommer. Seulement, les sacrifices que l'an demande au pays ne doivent être qu'en proportion exacte des uécessités publiques. Or, ce sont ces nécessites que je recherche ; je demande comment elles peuvent être justifiées.
Lors de la discussion de la loi du contingent, ou plutôt des observations qui oui Été très-rapidement cchan^jces, à l'occasion de cette loi, entre les membres du cabinet et nous, les droits de la Chambre ont été complètement réservés. Il a été entendu que si la Cbambre avait voté la lui sur l'armement militaire, elle n'eu claiC pas moins constamment maîtresse des hommes cl de l'argent; qu'il lui appartenait dès lors, en jetant les yeux sur la carte de l'Europe, de savoir si les dépenses qu'on veuait lui réclamer comme nécessaires étaient ' rigoureusement indispensables, et de lui refuser les hommes et I l'argent, si la nécessité ne lui était pas démontrée.
Voilà le droit, et je ne pense pas que nul ici puisse le contester. 11 est clair que, dans la discussion du budget, nous avons le droit rigoureux d'examiner si, en eftel, un armement militaire aussi considérable est nécessaire, s'il est indispensable, s'il peut être justifié, je ne dis pas par une cause, mais, je réitète le mot, parce qu'il est l'expression de ma couviction profonde, par un prétexte.
Qu'est-ce que je lis dans les documents otTiciels? Qu'est-ce que nous [avons entendu dire à cette tribune? Les événements qui se sont accomplis ont amené dans le monde entier une perturbation profonde : l'équilibre de l'Europe est rompu, les forces .se sont déplacées; à côté de nous se sont formées de grandes améliorations militaires et civiles qui n'existaient pas auparavant. Il faut que la France soit armée comme ses voisins ; sa sécurité est attachée à ce qu'elle soit embastionnée, cuirassée, qu'elle ait dans ses magasins des monceaux de poudre et de mitraille ; sans cela , elle est exposée à périr.
J'avoue que ma conscience proteste contre de semblables assertions, qui cependant doivent être rigoureusement justifiées, pour
le le budget le soit également ; et quand j'entends un pareil langage, je distingue deux catégories de personnes qui peuvent en effet n'être pas iu.<^pirécs par les mêmes intentions : les unes sincères, les autres qui ne le sont pas.
Les personnes sincères appartiennent à cette école qui voudrait, à rheure où nous sommes, appliquer l'œuvre de feu le cardinal de Richelieu : elles s'en sont fait une idole ; ce qui est écrit dans son testament doit être encore notre règle. Il semble que rien ne soit changé, que le grand roi dicte encore ses volontés à l'Europe entière. Le sublime de la politique est de nous ramener à celle de Louis XIV, ut que tout ce qu'il a voulu établir soit respecté. C'est-à-dire
que, pour ces personnes, l'Europe est un échiquier; chacune des pièces est fixée, arrfilée |wr la diplomatie ; et celle diplomatie est là qui, avec un art plus ou moins consommé, joue sa partie. Mais voili que le vent tic I;) tempête vient à souffler; non-seulemcnl les pièces. maisTéchiquicr lui-même sont renversés. El vous voulez tout rcconsiniire, vous voulez reraellre les choses en l'ctat où elles étairnt Mais vous oc songez pas aux décrets de la Providence et aux voloolé^ de Celui qui est plus fort que nous. Si l'on veut dire que lélat d« FEurope n'esi pas le même, je reconnais qu'en effet de grands feils s'y sont manifestés, et tout à l'heure je dirai lesquels. Seulement, messieurs, ce (juc je nie, c'est <iue les perturbations profondes «jnise souf produites aient servi aux idées fyuerrières. De cette fransformatiou est née, au contraire, une {jrandc opinion qui, de plus en plus, Fait son chemin dans le mimde, qui conquiert les intelligences , qoi les discipline; et cette opinion, c'est le culte de la paix, c'est l'amov du travail, c'est le besoin de l'ordre ! {Très-bien f à ta gauche dt {orateur.)
Voilà ce qui est né de cette Europe transformée qui, j'en coDvicos, ne ressemble ni à celle de Richelieu, ni à celle de Vauban, ni à celle du raarcclial de Catinat. Ce sont de glorieux ancêtres assurément: nous sommes fiers de leurs exploits; mais nous ne tenons pas à Icor ressembler. [Trèi-hien! Irh-bim ! à la (jnuchc. de Forateiir,)
Ouaot aux autres pcrsonni.igcs dont je ne dirai qu'un mot, ceui-li, je leur refuse la sincérité; ils ont surtout pour but d'affirmer que U démocratie doit prévaloir; ils se mettent à son service pour la dominer [tisientimenl à la gauche de t'oralcurj, et pour la dominer, ils excjtent ses passions, ses rivalités; ils lui montrent de l'autre côté de no$ frontières des voisins qui sont exaltés, dil-ou, qui révent de chimériques envahissements; on f.nil appel à ce qu'il y a de ptoj noble dans les susceptibilités de l'honneur français, et l'on dit : • Voilà l'ennemi, voilà celui contre lc(]ucl un jour il faudra marcher Croyez-vous que de l'autre cûfé de ces frontières il n'y ait pas de* personnages, inspirés par les mêmes pensées et tout 4u<si peu .'iacèrcs, qui tiennent le même langag^c à nos voisins? ^ Ces Français, leur disent-ils. ce sont des aventuriers, ce sont des brouillons; U« sont couverts de gloire; ils ont visilé tous les champs de bataille; «Is y ont laissé de leur sang, ce sang a été recueilli par l'hisloire; i'^ n'en ont pas encore assez, ils veulent de nouveaux exploits, elc'ert notre sol qu ils rêvent. " Et c'est ainsi qu'en excitant les populaMon^ les unes contre les autres, on les domine, on les as.servit.
Dans cet équilibre de forces armées, de bastions dans lesquels sont des canons qui ne partent pas, des fusils à aiguille plus ou moii»' perfectionnés, qui restent dans les arsenaux, je vois une sorte tir
eonsptratiou contre la liberti' des peuples (vive appruhation à la gauche de l'orateur. — Exclamations sur un grand nombre de bancs), el je voudrais avoir une parole ;isscz imissaule pour leur dire : Il faut que les peuples se tendent une raain fralcrncllc. [Interruption.] Ces armes, il faut les rejeter; ce fer, il faut le iransfonner en socs de cliarrue, en machines à vapeur. C'est le travail, c'est l'industrie, c'est la pais qui sont vos maîtres; détrompez ceux qui vous prêtent des inteulioiis guerrières. (Mouvements divers.)
L'état de l'Europe dcmeni-il ces ron>idiTalions? Oh! .soyez sans crainte; j'ai peul-ètre abusé de votre bienveillance (parlez!), mais ce n'est qu'un mol, car il est convenu avec M. le ministre des Finances lue nous avons le droit d'iUrc sincères. Eh bien! au lieu de nous ;arer dans des observations qui pourraient ^Ire lon{çues, mais qui îraient inutiles, nous pouvons aller droit au fantûme. 11 n'est pas en >rienl, il n'est pas dvi ciVté du midi de l'Europe : il est au nord. C'est la Prusse qui, suivant beaucoup d'esprits excellents, pourrait, je ne dirai pas faire courir quelques danfjers, mais au moins occasionner quelque inquiétude à la France. El pourquoi/ F'arce qu'eu effet, et je le reconnais, la situation de la Prusse a considérablement changé; elle s'est agrandie. S'est-elle agrandie outre mesure? C'est l;\ un mol que je n'oserais pas prononcer ici, bieti que cependant j'en eusse peut-être le droit ; car il m'est permis de rappeler que dus 1864 j'ai élcxt la voix dans celle enceiule pour supplier le pays de ne pas perdre de vue l'ambition de ce puissant voisin qui, prenant prétexte, car ce n'était qu'un prétexte, de ta querelle du Sleswig, menaçait en réalité l'Allemagne liiut entière du poids de sa prépondérance.
En 18G6, cela est vrai, nous aurions pu parler à l'Europe, et nous avons conseillé de le faire. Malheureusement on ne lui a parlé que pour la roenaceret rentrer ensuite dans une inaction quia tout rendu possible. De là, de grands événements, cela est incontestable, mais il me sera permis de dire à ceux qui en exagèrent la portée , que peutêtre ils se trompent.
J'appartiens, messieurs, à une école qui compte, j'en suis convaincu, beaucoup de partisans dans cette Assemblée. [Mouvements divers.) }t crois que l'homme, dans son effort, est toujours domine par une puissance mystérieuse et souveraine, dont il lui est impos- .sibie de comprendre les desseins, et que souvent la prudence ta pins consommée, le courage le plus viril, les résolutions les mieux combinées conduisent la faible créature, que nous sommes, à des résultats qu'elle n'avait pas prévus, et que souvent aussi le bien nall de ce qui paraissait devoir consacrer à jamais le mal contre lequel elle protestait. Eh bien, ces réflexions, que vous me pardonnez, me paraissent s'appliquer très-exactemcul aux événements qui se sont accomplis
DISCOUnS PARLEMENTAIRES.
eo 1866. Il est certain qu'en 1866 riofiucnce de la Prusse a considérablement grandi, et que 1;) nôtre n'a pas subi la même pro- (rressloD. ■
Mais est-ce qu'il n'y avait pas une sorte de fatalité dans ce résultat? 1 Je parlais tout à l'heure du Steswif;, et vous vous rappelez la parole célèbre de lord Palmcrston : ■ On n'enflamme que ce qui est iafluamable. n
11 y avait dansrAltcmag;ne un mécontentement sourd, unevoioati très-arr<^tée dp se reconstituer, et il est clair, messieurs, que celte ^ieiIlc orQ:aaisation caduque et à demi vermoulue qu'on appelle b CoDfédéraiion germanique, et qui, en ce temps de chemins de frr. se ■ mouvait avec une vitesse d'une demi-lieue tout au plus à l'heuft, ta Confédéralion germanique ne pouvait plus suffire aux besoins modernes; elle était condamnée, oui condamnée, — et je ne rappellerai pas ici tous les fait^t qui justifient cette opinion, — elle était condamnée, et deux grandes puissances étaient en présence. Or, rAlIcraagQe, elle, est allée dans ce conflit, à l'esprit nouveau: non que j'aie la simplicité de faire de M. de Bismarck un Libéral; tt cependant M. de Bismarck ['était certainement plus que le cabinet autrichien au mois de mai t866. L'Autriche, depuis. a eu le bon sens d'entrer dans les voies de la liberté, de secouer le joug que l'Éplise voulait lui imposer. Tous les hommes qui sont amis du progrès l'en ont félicitée; mais il lui a fallu pour cela l'expérience du malheur. (I lorsqu'elle a engagé le combat, soyez siirs, messieurs, que la victoire était à l'avance acquise à celui qui représentait les idées les pla; fécondes, celles de l'avenir.
De telle sorte que, si Je recueille en moi-même les résultats de ces grands événements, voici à quelles conclusions j'arrive : si, eo effet, l'Allemagne était travaillée par un besoin impérieux, elle doii être apaisée; si l'Autriche était mal organisée, instruite par la rude Ic^oa da malheur, elle en est venue à une meilleure organisation. Et, IMSsieurs, nous avons pu nous en cuavaincrc dans une circonstaocf solennelle : notre souverain est allé !\ Sallzbourg, il a cherchés s'entendre avec l'empereur d'Autriche. Je sais bien que M. le miaistrf des Affaires étrangères a écrit une circulaire pour démontrer à l'Eorope qu'il ne .s'agissait que d'une visite de simple convenance et d'épanchcraent de famille : personne plus que moi n'est respectueux pour de pareilles considérations et ne comprend mieux que lorsqu'il s'agit des princes, elles doivent avoir leur place comme s'il s'agissait do dernier des citoyens; mais M. le ministre des Affaires élraugèrc» reconnaîtra avec moi qu'heureusement il a pour privilège, je dirais presque pour devoir, de ne pas dire toujours toute la vérité, d'en laisser une partie dans l'ombre, et nul assurément ne voudra croire
t jriLLKT 18«8,
que l'empereur des Français se soit abouché avec Tcmpereur d'Auiriche pour une seolimeiitale lominunication.
U y avait autre chose. Je n'exerce ici aucune espèce de critique, je constate des faits : c'est que la Frnuce a cficrclié auprès d'un souverain étranger un appui guerrier, on ne peut pas le méconnaître; c'est que l'Auiriclie, préoccupée de la réor{]raoisa!ion de son empire, n'a pas voulu entrer en lice, c'est encore incontestable, et qu'ainsi une (jaranfie considérable était conquise A la paix. Aussi la guerre ne peut pas venir du cAté de l'Autriche, qui ne veut pas s'associera nnus; la Prusse commeHrait-elIc l'étourdcric de nous menacer? Ah! oni, il y aurait un moyen de la pousser à celte extrémité, qui serait aussi périlleuse qu'insensée. Ce serait de lui raontrer l'épée de la France ; répce de la France ne menacerait pas seulement la Prusse, elle irait au cœur de l'Alleniagne. C'est au cœur de l'Allemagne que je veux aller aussi, mats par la liberté {nh! nh!), par la souveraineté nationale, parla participation de cette Chambri-* aux affaires de notre pays, pour la plus {grande expansion de cette loi salutaire qui fait que le principe du droit et du pouvoir est dans l'ensemble des citoyens qui compitsent une nation. {Approbation à ta gauc/te de l'orateur.)
On vous l'a dit avec raison : depuis que la France est entrée dans cette voie, il est certain que les ressentiments qui paraissent exister de l'autre côlé du Rhin ont considérablement diminué. D'ailleurs, ;:ilorR même que ces ressentiments existeraient, serait-ce une raison pour nous de repousser la politique qui nous paraîtrait la plus sage? J'entendais dire par un des honorables orateurs qui m'ont précédé à cette tribune, que le désarmement n'e'Iait possible qu'à la condition de le faire de concert avec tous les autres peuples. Ah ! messieurs, si vous jetez en Europe une semblable maxime, c'est à la famine que vous la condamnez par cette loi pcrpélueHe des armements. Non, non; il faut qu'une puissance ait le courage de .se prononcer, et cette puissance, ce sera la plus forte, la plus sage, la plus glorieuse, celle qui n'a plus besoin de faire ses preuves, et qui, mettant ainsi l'épée au fourreau, apprendra au monde qu'il est temps d'entrer dans l'ère de la paix. {Nouvelle approbation du mime côlé.)
Voilà ce que je conseillerais à la France.
J'ajoute, messieurs, que la science me parait conspirer pour un pareil résultai. Kt, en effet, quelle est aujourd'hui la conquête privilégiée de la science? Sa conquête, c'est la destruction avec un raffinement qui ne s'était jamais vu : on ne songe qu'à immuter les hommes, à en immoler le plus grand nombre possible dans le moindre temps pos.sible. J'ai éprouvé un sentiment douloureux quand, dans l'une de vos dernières séances, l'honorable et illustre maréchal ministre de la Guerre nous disait qu'il avait reçu plus de six cents pro-
512 DISCOURS 1>AIILK«ENTAIRES.
positictUH (le peiTcclioniietneiil pour le Fusil Cbasscpul; on trouve que tuer quatorze hommes daiii^ uoc niiuutc, ce n'est point asîsez. oa \cui aller jusqu'à en immoler treule! Eh bien, je dis que c'est la fiu de la {guerre... (oui! oui.'], h fin de la lîloire, h tin de ces sacrifice^.la Hu des glorieux entrainenieuls, la fin de ce caractère des amoureuses cl romanesques aventures i[uî poussaient nos aucicnnes populations gauloises sur le champ de halailtc. Ouaiid la {guerre sera K-duitc i cette prtioision maihéraatiquc où elle tend à arriver, clic ne sera plu» qu'une boucherie, et la «onscienre publique s'en éloii^nera avec (légoûl. (Très-bien! à la gauche de Voraltiir.)
Mais, eu même temps, la science nous provoque à la paix par toutes ses iuvculions, par tous ses miracles. Vous dites qu'il est ut^ccs&airc quenous conservions ces fctriificalions dont nousentourons la moindre de nos bour(;ades, dés qu'elle touche à la frontière; qu'il nous faut cette ceinture de villes tortificcs. Tout cela, permettez-moi de le dire, c'est là de l'ancicuuc polilique, c'est de la politique de baioe; ce n"c>t pas de la politique d'épanchemenl et d'abandon... [rumoÊn ironiques), ci j'ose dire que ceux qui enseisjneni et pratiquent cette politique ne comprctiuciit pas leur temps; ils ne le compreoaeii! pas, car le temps actuel, on a eu raison de le proclamer souveat, le lem|)S actuel appartient ^ la démocratie.
Vous parlez de frontières, mais elles ont été renversées, les froih liêres ! i.es potentats ont cherché à arriver à ce résultat, et nous lisons dans l'histoire que le jifrand roi se félicitait d'avoir abaissé les Pyrénées. Plus lard, un grand capitaine a aussi essayé de les écraser som le talon de sa botte victorieuse; elles se sont relevées. Savcj-vous ce qui les a abaissées? C'est la main de nos iufîénieurs, c'est le ruban de Fer qui circule autour de ses vallées, c'est la civilisation. La civili»lion, c'est la haine de la guerre. {Très-bien! sur plusieurs banfs)
Eh bien, messieurs, si c'est là le mot de l'avenir, si nul ne peut le contester, est-ce que nous nous cantonnerons dans cette politi(|De insen.sée, — j'ai le droit de dire ce mot avec un membre de la nayh rite, qui l'a applii{ué au budget, — dans celle politique qui consista, sans faire la guerre, sans la redouter, à .se tenir emprisonnés àta» des dépenses qui épuisent le pays, et le condamnent à des sacrifias perpétuels.
il est temps de revenir à de meilleurs errements. Pour cela, je demandais si le gouvernement ferait eutcndrc une parole consolante. et je cherchais quelles pourraient ëlrc les raisons qui lui faiiiaient garderie silence. Ces raisons, messieurs, tout le monde les comprend. iNous sommes respectueux vis-à-vis de la constitution. {Bires ironiqut$ sur plusieurs bancs.) yu'cst-ce qu'elle veut de nous dans cette question* llien, moins que rien; car nous avons le droit d'émettre une opinion
i JUILLET 1868.
et une voloaté, et cette opiaioQ et cette volonté seraient foulées aux pieds le jour où le conseil de celui qui seul décide tout, nous précipitera dans des événemeats que nous aurons condamnés.
Le ministère n'est pas dans une «ituatiou mcitlcure-, de telle sorte que nous sommes en droit de tenir à la Chambre ce tangage, et si j'ai eu la bonne Fortune de toucher juste dans les considérations que j'ai eu l'honneur de développer devant elle, la conséquence serait celleci, qu'il n'y a qu'un seul qui puisse décharger la situation de cet inconnu qui la domine et la dévore, rendre l'activité à la production, la confiance aux esprits, le repos à l'Europe. Qu'il vienne dire, il le peut, il le peut par son Sénat; qu'il vienne dire que désormais il ne fera pas la guerre sans votre concours, et alors vosbudgels ne seront plus soldés en déficit... {allons donc!], alors la France pourra prendre son Tànf, dans le monde et ne .sera plus condamnée à des sacrifices stériles. {Approbation à la ijauche de C orateur. — Réclamationtàsa droite et en face.)
Voilà le dernier mot de la question : c'est la nécessité du moment. Nous l'avons demandé au nom de la liberté; nous vous le demandons aujourd'hui au nom du salut de nos finances. Car enfin vous répétez sans cesse, et c'est là le sens de la plupart des discours ministériels, qui ont le privilège irès-légiiime de vos applaudissements, que si des dépenses considérables ont été faites, des résultats magnifiques ont été obtenus.
Je ne veux pâs mêler la critique à l'éloge, je l'accepte par hypothèse; seulement je vous dis que si vous êtes des bienfaiteurs, vous êtes des bienfaiteurs très-dispendieux. Si la Fnince a été assez riche pour pajer sa gloire, elle n'est pas assez riche pour payer l'Empire dans de semblables conditions. Il est temps qu'elle avise. {Vives réclamations et murmures. — Approbation à la gauche de l'orateur.)
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PRONONCÉ AU COnPS LÉGISLATIF DANS LA SÉANCE DU fi J U I L L E T 1868 DUcDMion du prolot de loi relalif aux supplémenln de crédits de l'exercice 4
Messieurs,
Les observations de l'honorable ministre des Finances me paraisseni renfermer une asserlion qui semble contradictoire et que je roodniç relever.
Les chiffres que tout à l'heure il mettait sous vos yeux établissent ■ que, depuis 1852, les recettes et les dépenses auraient subi une progression constante, mais inégale. Celle des recettes est supérieure et. en chiffres ronds, cette supérioriti' aHeindrail 200 raillions.
S'il eu est ainsi, on s'explique très-difficilement conament un çodvcrncmcnt ayant des recettes qui sont constamment supérieures ant dépenses en est réduit à emprunter constamment.
.le dis, messieurs, emprunter constamment, car les chiffres qui ont été réciproquement examinés dans le cours de celte si>|eaneUe discussion établissent que depuis 1852, avec des receltes qui ont lottjou^ été eu croissant, avec des dépenses qui ne les ont jamais atleinles,le j;ouvcrneraenl a été dans la nécessiié de recourir, pour une soiBlie de pnVs de 5 milliards, aux ressources extraordinaires, {Réelamâtitiu et murmures.)
Comment, messieurs, est-il possible de concilier des résoHals qtu semblent aussi cnntradictoires?
Vous avez entendu la distinction qui a été faite récemment par MM. les minisires et à laquelle, suivant moi, l'honorable M. Buffet vient de répondre d'une manière victorieuse. La distinction enlrete budgets sert merveilleusement, je ne dirai pas l'équivoque, taâi Tillusion dans laquelle on semble se complaire. II y a des budgets qui sont eti excédant» mais à côté de ces budgets en excédant qu'on pré-
il y a (les budgets
tt en déficil, et les budjjet!^
seate au p
qui soiU ea déficit dévoreut les excédants des budgets qui {irésentcDl ces ressources.
Il est donc clair que quand on examine la situation dans son ensemble, ou est dans la nécessité de reconnaître que les budgets se sont soldés en déficit dans ces dernières années. Seulement ou explique ce résultai par les dépenses exceptiynuelles auxquelles le gouvernement a été obligé de faire face» et dès lors nous en sommes réduits à cette explication, qui est assurément trés-peu rassurante, qu'avec les recettes qui oui clé constamment en croissant, qu'avec les ressources extraordinaires qui ont atteint le chiffre que tout à Fheure j'avais l'bonueur d'énoncer à la Chambre, le gouvernement est cependant perpéluellemeui en face de nécessités exceptionnelles qui le forcent à. recourir à des emprunts.
Et quelles sont ces dépenses exceptionnelles? A Dieu ne plaise que je veuille rentrer dans la discussiou. {liiterntpiions et rumeurs.) Mais l'observation que je prie la Chambre d'entendre a uniquement pour but d'opposer à ce que je regarde comme un système, un système qui le combat.
Tout à l'heure M. le ministre vous disait que quand des nécessités exceptionnelles se présentent, au lieu de surcharger le présent par le fardeau d'impôts qui seraient assurément insupportables aux populations, il est plus sage de recourir à l'emprunt. Je le veux comme lui, mais à quelle condition? A la condition que ces emprunts, dans la pensée même de ceux qui les votent, puissent faire face aux nécessités exceptionnelles qui sont prévues. Mais quand, au contraire, les emprunts viennent solder des dé|)enses consommées ; quand, au contraire, comme dans la loi actuelle, nous sommes en face de trois budgets qui présentent, en chiffres ronds, un déficit de 400 millions, il est mcontestablc que rien n'est plus facile que de faire illusion et de faire miroiter, dans un budget dont nous ne connaissons pas les détails, les chiffres que vous avez à voler; de sorte que la parole que M. le ministre faisait entendre était inexacte. Ce ne sont pas des dépenses exceptionnelles que nous soldons, c'est le déficit des ressources ordinaires, {liédamations. — Très-bien! irèx-èien! autour de l'orateur.)
Et je n'en citerai qu'un exemple en terminant, car je ne veux pas vous retenir davantage. Je ne parle pas des nécessités exceptionnelles de la guerre, que cependant nous pourrions, que nous devrions utileraeul discuter, et si nous entrions dans le détail, nous mouirertoos que tes armements extraordinaires dont on vous a tant parlé ne sont pas la seule cause des ressources extraordinaires auxquelles on a été obligé de recourir, mais que les déficits considérables qui