‹ Discours parlementaires (volume 4)Chapitre 37 sur 68 · PRONONCÉ AU CORPS LÉGISLATIF DAMS LA SEANCE DU 8 JUILLET · texte numérisé non relu

PRONONCÉ AU CORPS LÉGISLATIF DAMS LA SEANCE DU 8 JUILLET

IFFAinES EXTÉHIEtHES.

Messieurs,

li je prends la libcrlc de demander à la Chambre, à l'occasioa do budgel de 186^, quelques iastanls de sa bieuveillante attention, ce n'est pas pour toucher à la discussion pénérate à laquelle elle a accordé une atteotiou soutenue cl qui, je l'espère, aura produit d'uUles céments.

Le budget de 18(jfl, comme ses deux aines de 1867 et de tM8,lF solde par un déficit dont vuus coanaisscz le chiffre : il est de3H aut lions. L'ori{i;iue vous en a été également expliquée, et nous n'avons pas oublié les développements dans lesquels sont enlrés à cri éjjard les membres du j^ouvememcnt. Ils sont résumé^; dans trois lipocs du rapport de ta commission ainsi conçues : u i| est juste de rccoonaitre avec M. le ministre des Finances que l'insuffisance des recettes pour l8fiK cl 180'.» est motivée par l'inscription des dépenses extraordinaires de transformation de notre matériel militaire et naval, «tde création de travaux publics. " Et vous savez également, par le mtau: rapport, que Se chiffre des dépenses du budget ordinaire de IMS offre, sur le chiffre des dépenses de 1867, un accroissement de 78 millions, ramené, il est vrai, par la commission à 50 naillioos. Mais la commission est en droit de se préoccuper d'un semblable accroissement, et elle vient de vous en faire couuailre les causes.

Négligeant complètement ce qui louche aux travaux publics, sur lesquels j'ai eu Tbonucur de m'expliqucr à la Chambre dans une précédente discussion, je m'attache exclusivement à cette partie, i coup SÛT h plus onéreuse des dépenses signalées par la commission:

je veui parler des armemcnls el des irausformations qu'a dû subir te matériel militaire et naval; car celte source de dépenses ne peut s'expliquer que par la politique, par la conduite des aFfaires publiques.

Je ne veux pas dire, messieurs, que ceux qui ont riionneur de les diriger puissent échapper à ta nécessité de dépenses improductives-, celle nécessité leur est imposée par des ciigeaces impérieuses auxquelles ils ne peuvent complètement se soustraire. Mais tout le monde sera d'accord avec moi pour recjmuailre que la sagesse consiste à faire à ces dépenses la part ta plus petite p(>^sible, en les réduisant à ce qui est complètement indispensable.

C'est pourquoi je ne puis accepter, du moins avec son caractère absolu, la théorie professée à cette tribuue par Thonorablc ministre d'Etal, lequel voulait bien reconnaître avec moi que le perfectionnement des instruments de destruction était un symptôme significatif de la fin du système des guerres, ajoutant toutefois qu'afin de pouvoir atteindre un semblat^le avenir avec sécurité, il fallait avoir le plus possible de ces instruments pour ne pas s'en servir.

C'est là, messieurs, un mul qui peut paraître juste; s'il était généralisé, il ne serait que spécieux. Et, quant à moi, je trouve qu'il éveille dans t'espril des craintes qui se sont peut-être présentées â d'autres ioteltigences que la mienne. Accumuler dans nos arsenaux ces armes savantes avec lesquelles on peut se croire les maîtres du monde, faire venir dans nos ca.scrnes la fleur de la jeunesse, et réunir ainsi sous les drapeaux une troupe vigoureuse, vaillante, amoureuse des aventures, c'est peut-être s'exposer à une tentation tcrriltle cl irrésistible, quand d'ailleurs sur ce point on est investi d'un pouvoir souverain et sans contrôle.

Ici je demande à M. le ministre des Finances la permission de faire l'application de ce qu'il disait avec tant de justesse dans Tune de vos dernières séances, à propos de la dotation trop riche de l'amortissement : Cette dotation, vous disait-il, pourrait séduire ceux qui sont chargés de diriger les affaires, par la commodité oii ils se trouvent d'y melire la main. J'en dis autant des forces militaires, elles sollicitent perpétuellement le génie guerrier de la nation ; elles sont sous la maiu du pouvoir, et il semble tout naturel (]u'il désire ne pas les laisser iuactives.

Aussi, messieurs, compreud-oo parfaitement ce mot qui a été prêté à l'honorable maréchal ministre de la Guerre, et qui peut-être n'est pas vrai ; mais ce sont ceux-là souvent qui ont le plus de fortune, et quant à moi Je désire que sa fortune soit en proportion inverse de son exactitude; le mot n'en a pas moins couru l'Europe, il a été répété dans uu grand nombre de feuilles : M. le maréchal, justement orgueilleux des forces qu'il a organisées avec tant d'habileté,

DISCOURS FARLEMENTAinES.

aurait dit que « quand on les avait dans les mains, ce n'était pas pour ne pas s'en servir ».

(M. te ministre de la Guerre/ait de la tête et de la main un tigne de dénéijation .)

Certes, je suis heureux de rencontrer de la part de M. le maréchaf celle dénégation que j'avais à l'avance prévue.

Une voix : Eh bien, alors?

M. Jules Favre. Mais elle ne sert qu'à réfuter ce qu'il y a suivant moi de trop absolu dans Topinion de M. le ministre d'État, qui pense qu'une nation n'est aujourd'hui véritablement forte qu'à la condirioo de se cuirasser, de se bastionucr, de se fortifier, de se çarnir d'instruments meurtriers à l'aide desquels elle pourra repousser les agressions voisines. [Interruptions diverses.)

Je crois que la véritable sagesse consiste à rendre ces agressions impossibles, et si je voulais caractériser d'un mot la politique qui serait la mienne et que je voudrais voir adopter par le gouvcrnemenl, ce serait de détourner les nations voisines de la funeste voie dan? laquelle elles sont engagées, au lieu de les y suivre, et pour parler plus clairement, de décourager la guerre, d'en détruire complètement les chances et les éventualités. C'est là, messieurs, ce que je voudrais que le gouvernement entreprit vis-à-vis de toutes les autres poiisances de l'Europe, je voudrais qu'il parlât luiut et ferme avec l'autorité qui lui appartient; et certes, si ce langage était suivi des actrs dont je viens de parler, je suis convaincu qu'il aurait les plus utiles résultats.

Mais, messieurs, le langage de cette tribune, bien qu'il émane de MM. les ministres et qu'il puisse de ce chef avoir une valeur que je ne méconnais pas, ce langage, à mon sens, ne suffit pas. Et pourquoi? Certes, je ne veux pas accuser les membres du gouverneroeot d'avoir manqué de franchise. Ils ont subi l'ascendant impérieux d'une situation qu'ils n'ont pas faite et qu'ils n'ont pas pu faire ; ils ont toujour», toutes les fois que nous avons pris la liberté de les interpeller, protesté de leur désir de la paix ; mais il y avait dans ces protestations des réserves qui, suivant moi, sont utiles et dangereuses.

A quoi bon, messieurs, en effet, parler constamment des nécessilés possibles de notre dignïié et de notre honneur? Est-ce que ce n'est pas là un sous-enlendu que chacun conserve dans sa conscience et dans son cœur? Si la sécurité est absolue, comme vous le prétendez, n'accompagnez pas vos déclarations de ces déclarations contraires qui jettent les esprits dans les incertitudes de la crainte. Laissez-moi vous dire qu'à cet égard it y a quelque chose de si vrai dans le sentiment que j'exprime, qu'il a été traduit, d'une façon familière peutêtre, dans uti journal satirique qui nous vient d'Angleterre, et où

l'on reproduit la conversatioQ de deux miaistres, Tua français, l'antre prussien. Le ministre prussien abordait le ministre français et ki disait : » Vous savez à meneille qucjc veuï la paix. — Je la veux plus forlement que vous, disait le ministre français. Sur quoi le ministre prussien répondait : — Mais tous nos armements sont pour notre sécurité nationale et non pas dans une vue d'a^îression. — Je n'ai pas d'autre inlenlioii, lui disait le ministre français. Sur quoi le ministre prussien s'écriait : — Je ne crois pas un mot de ce que vous me dites. Et le ministre français lui répondait : — Ni moi non plus! m [On rit.)

Ceci, messieurs, est certainement une boutade-, mais reconnaissez avec moi que cette boutade cache beaucoup de vérité. Nous nous épuisons les uns et les autres en désirs pacifiques. Les nôtres n'ont que la valeur de vtrux consciencieux; les désirs paciHqucs de MM. les ministres en ont une plus {grande, je le sais, mais cette valeur ne sau~ rait être cependant décisive. Ce qui lui donnerait ce caractère, ce seraient les actes dont ces déclarations seraient accompagnées, et ces actes, messieurs, ne sont pas impossibles; ils sont désirables, et je crois que dans l'état actuel de l'Europe, avec un peu de bonne volonté, ils sont Faciles.

Quels sont les actes que je viens demander au gouvernement, et qui, suivant moi, feraient complètement disparaître ces nuages pesants qui obscurcissent Thorizon, qui paralysent jusqu'à un certain point l'aclivicé sociale, qui produisent ce malaise que chacun reconnaît au moins dans une Irès-notable mesure, cet embarras mortel dont nous sommes a la fois les témoins et les victimes. Ce serait vis-à-vis des puissances étrangères, un langage ferme et net, et une provocation respectueuse, mais résolue à un désarmement général. Et, prenez garde, messieurs, que si la France se faisait l'avocat d'une pareille cause, elle pourrait y mettre tout son cfpur, toute sa générosité, en même temps que toute sa force.

On nous disait qu'elle est armée de manière h ne rien craindre. J'en suis convaincu : nous devons avoir à cet égard toute espèce de confiance dans l'activité et la vigilance de M. le ministre de la Guerre, et je suis sûr qu'en ceci je traduis lidèlcuient .sa pensée, il est également plein de confiance dans le patriotisme, dans le courage et l'esprit des populations, si jamais la patrie venait à être menacée.

C'est là le meilleur des remparts; il vaut mieux que ceux que vous pouvez puiser dans les armes offensives et défensives, et quand on vient vous demander des millions pour perfectionner tel ou tel engin de guerre, lor.sque les hommes de guerre qui viennent vous faire ces réclamations vous disent que vos économies sont déplacées, qu'elles tendent à affaiblir l'armée , certes, ils ne se trompent pas. ils en

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