‹ Discours parlementaires (volume 4)Chapitre 39 sur 68 · SI · texte numérisé non relu

SI

ualt. Mais comment en serait-il autrement? quand après trente-deux ans d'occupation on n'est pas mieux d'accord sur les bases fondamentales de l'édifice qu'on veut construire, quand ropioion publique, travaillée en tous sens, mal éclairée im plutôt abandonnée à ellemême, s'égare cbiiquc jour de plus en plus sur son compte. "

Et en effet, tout de même que l'Algérie était le champ de bataille sur lequel notre armée semblait prendre ses exercices les plus utiles, tout de même aussi, d;ins le domaine de la théorie, sa constitution était livrée à toutes les disputes : chacun apportait son système pendant que le régime militaire se fortifiait, s'établissait en Algérie avec plus de force et d'obstination, et ccpeiirlanl je citais tout à l'heure rhonorable maréchal Butfcaud : il ne peut |)as y avoir d'autorité plus compétente en pareille matière; il n'avait pas hésité un seul instant, et avec son coup d'ceil silr, qui appartenait à son âme aussi ferme qu'élevée, il avait parfaitement deviné que l'Algérie... [JnUrruption.)

Son Exc. M. Rouher, ministre iTKtal. C'est de la justice tardive!

Un membre. Mais enfin, elle arrive!

M. Jules Favre. Je n'entends pas l'objection qui m'est faite.

M. LE PRÉSIDENT SciiNEiDEH. On VOUS apftrouve; continuez.

Un MEMBRE. On vous dit que c'est de la justice tardive.

M. Jules Favre. On me dit que c'est de la justice tardive! Je ne sais pas, messieurs, <iuand il m'est arrivé d'attaquer le maréchal llugeaud comme gouverneur de l'Algérie. Je crois que j'embarrasserais très-fort mes honorables interrupteurs si je les priais de citer une «eule de njes paroles qui ne fiH pas en harmonie avec celles que je prononce. Ce n'est donc pas moi qui suis dans mon tort, cl si je n'y suis pas, il faut bien que quelqu'un s'y trouve. {Continuez! contitmez!)

Eh bien, messieurs, je disais que Thonorable maréchal Bugeaud avait parfaitement aperçu que le seul moyen de conserver l'Algérie n'était pas de la soumettre au régime militaire, mais que c'était de développer dans son sein la fécondité du sol et le travail des bras. Et pour cela il voulait y appeler l'éléracnt civil. « Ne point peupler l'Algérie, après l'avoir conquise, disait-il, tout en administrant les Arabes avec bienveillance et justice, c'est vouloir s'y préparer un échec i]<i^ plus graves... «^

Comme je ne veux pas abuser de votre bienveillante aiicntiou eu mettant sous vos yeux des citations trop multipliées, je vous fais grâce de celles que j'avais préparées à l'avance, et à l'aide desquelles j'aurais pu me faire une arme de l'opinion du même homme de guerre.

Mais il me suffira de vous dire ce qu'd pensait. Suivant lui, la race arabe non-seulement n'était pas une race contre laquelle nous devions éternellement nous heurter, en la refoulant, mais, au contraire, une

race susceptible des seotimeuts les plus généreux, des affections les plus fidèles, et il s'agissait uoiqiicmcut de se montrer vis-à-vis d'elle ferme et résolu pour la conquérir, non par les armes, mais par dd ascendant moral auquel elle n'aurait jamais résiste. {Très-bien! â la gauche dt l'orateur.) Voilà quelle était l'opiûloQ du maréchal Bugeaud Elle a été partagée par un grand nombre d'esprits émincnts, et je regrette amèrement, pour ma part, qu'elle n'ait pas prévalu dans les conseils du gciuveniement; car, en dépit de tout ce qui pouvait être dit en ce sens, l'armée n'en a pas moins conservé en Algérie sa prépondérance absolue, rarméc n'en est pas moins restée maîtresse des destinées de la colonie, elfe n'en est pas moins restée, car c'était dans la fatalité de sa situation, radversairc de la colonisation.

Tout à l'heure, messieurs, j'entendais mon honorable contradicteur vous dire que la colonisation avait été servie par le talent, par les efforts, par le courage et le dévouement de ce corps d'officiers d'élite auxquels on reprochait jusqu'au nom qu'on lui a donné. Il est mauvais, a dit l'honorable M. Jérôme David, comme si ce nom était le fait de l'oppo.sition. Elle a assez de Fautes à se reprocher dans ta pensée de mon honorable coniradicteur, sans lui imputer celles qui n'appartiennent qu'au gouvernement. C'est le gouvernement qai a donné le nom de bureaux arabes à cette institution. Je u'ai po'mi à le critiquer, et ceta me parait être un détail bien insignifiant dans une pareille discussion. J'examine seulement, après mou honorable contradicteur, quel a été le caractère et quelle a été aussi l'inflaence de cette iustilution, lui fai.'iaiit remarquer que s'il nous est arrivé de l'interrompre, au moment où il prinrlamait que la solidarité la plus étroite devait unir l'armée à chacun des membres des bureaux anbeî>» nous avons demandé de faire une exception pour ceux qui, i raison de leurs fautes non pas seulement sou|)çounées, mais juridiquemeoi démontrées, s'étaient rendus indignes. 11 n'y avait là rien, h moo sens, que de parfaitement juste et qui ne pouvait en aucune manière porter atteinte à l'honneur des autres.

En ce qui concerne les bureaux arabes, je suis d'accord avec l'honorable contradicteur que je combats. Oui, cette institution a rendu des services signalés, el le plus grand, c'est de s'être plus initiée, beaucoup plus que le reste de Va population civile, aux mœurs et à la langue arabes, contredisant à son insu de la façon la plus nette cette théorie que l'honorable préopinant professait avant de des- \y cendre de cette tribune, celle de fa séparation absolue des Arabes et des Français.

La meilleure preuve que celte séparation n'existe pas, c'est que les bureaux arabes l'ont franchie, et c'est là ce qui a fait leur puissance et leur a permis de régner en souverains sur le pays. Ils ont accepté

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cetle souverainetét et c'est précisémcat parce que se sont produits à la fois et cette stérilité de la colooisalioa et ces désastres effroyables qui sont venus fondre sur te territoire uù régnent les bureaux arabes, que nous sommes en droit de les rendre, jusqu'à un certain point, responsables de ces catastrophes, et de leur dire que le détestable {gouvernement qu'ils y ont introduit, qu'ils y ont maintenu, malgré les faits, malgré l'expérience, malgré les réclamations des populations, peuvent leur être imputés. (Marques d'approbation sur Ut bancs à la (jauche de ^orattur. — Rédamatiom sur (T autres.)

En disant cela, messieurs, est-ce que je m'attaque aux personnes? En aucune manière. Je suis très-disposé à reconnaître, comme mon honorable contradicteur, que les bureaux arabes ont été et sont encore composés de l'élite de nos soldats, c'est-à-dire d'hommes qui sùxïl courageux, vigilants, prêts à chaque instant à faire le généreux sacrifice de leur vie, allant plus loin encore ; car ils n'ont pas seulement les qualités du soldat, ils voudraient aussi avoir celles de l'administrateur. Mais c'est là, messieurs, une entreprise dans laquelle ils doivent nécessairement échouer : elle est au-dessus, non certes de leur bonne volonté, que je crois enlicrc, mais de leur compétence, qui s'oppose absolument à ce qu'ils y puissent réussir. (Très-bien! très-bien! à la (fauche de l'orateur.)

Eu efJet, messieurs, la puissance militaire a pour privilège et pour grandeur la double supériorité de l'obéissance et du commandement. C'est pourquoi je puis dire, réîiumont dans un mot ma pensée et mes critiques, que jusqu'ici l'Algérie n'a pas été gouvernée , qu'elle a été toujours commandée. Or, pour se développer, un peuple a besoin d'autre chose que de commandement. J'entendais hier, a cetle tril>uue, les paroles qui étaient prononcées par l'honorable ministre de la Guerre : toutes celles qui sortent de sa bouche sont graves et consciencieuses ; celles-ci avaient ce caractère, mais qu'il me pardonne de le lui dire, ces paroles qu'il prononçait m'ont causé une sorte de frémissement. Il nous dit : L'année française se compose de 400,000 hommes, et dans ces 400,000 hommes, il n'y en a qu'un seul qui puisse élever la voix, c'est le ministre de b Guerre! [Cestvrai! sur plusieurs bancs. — Mouvements divers.)

Ceci, messieurs, vous donne une idée parfaitement exacte de la situation de l'armée-, sa force, je le répète, elle est dans son horaogéoéilé, dans sa docilité absolue -, quand un ordre est donné, il est exécuté par tous, et aucune réclamation ne s'élève.

M. Vast-Vimeux. Et ils se font tuer sur un seul ordre, sans réclamation.

M, Jules Favhe. Le propre de la puissance militaire, c'est de ne pas supporter le contrôle : le contrôle ferait tout disparaître; tout

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changerait de caractère si l'on pouvait venir discuter VC'pie ao rtté et répaulctle sur Tépaule. La puissance militaire, elle n'est qu'à anr condition, celle d'imposer sa volonté sans contradiction; elle o'w qu'à la condition de faire courber sous sa loi sa sagesse infaillible: rinfaillibililé, c'est lin sa condition suprême. (Très-bien f à la^tmk de roraieur. — Mouvements divers.)

Eh bien, messieurs, il n'est pas possible de gouverner avec de pareils principes, ils faussent et ils corrompent, car ilsinfatueot cdai qui les exerce, en môme temps qu'ils abaissent celui qui est daos ia nécessité de les subir. Et savez-vous quelle a été la conséquence foitée. nécessaire, de cette permanence du pouvoir militaire représenté par les bureaux anihes dont je reconnais toutsi les qualités, la distinction, le zèle pour le bien public, Tamour du devoir; mais tout cela, messieurs, guidé, gouverné par la loi miliiaire que je viens d'essayer de définir? C'est que les bureaux arabes ont voulu tout faire i image.

Partout oïl ils ont rencontré une société militaire, ils l'ont aceo«îl et ils l'ont gouvernée; partout où ils ont rencontré une société ci viie. ils s'en sont déliés, et ils Tout repoussée, ils ont borné son activité. Et comme ils sentaient instinctivement que celte société civile leur était hostile, qu'il n'élnit pas possible qu'ils pussent coeiislcr sans lui déclarer la guerre d'une manière ouverte , ils lui ont fait obstacle et comme la colonisation ne peut vivre que sous le régime civil, il .s'ensuit nécessairement, par la loi des choses et la force de ces théorie* vis-à-vis desquelles M. Jérftrae David montre un si superbe mépris, que les bureaux arabes sont devenus les antagonistes de la colonisation; et si la colonisation représente la civilisation dans l'Algérie, j'ai le droit de dire que le pouvoir militaire est l'ennemi de la civilisation. {Hi'clamalions. — Très-bien! à la gauche de VoraUur.)

•Vous allons le voir dans les faits :

J'ai dit, messieurs, qu'il éttiit de l'essence du pouvoir militaire d'attirer à lui, d'absorber et d'essayer d'organiser des pouvoirs semblables.

Ali! il n'éprouva, il faut le dire, en Algérie aucune sorte d'embarras pour !e développement de ses tendances. 11 y avait en effet à côté de lui une société dont on a beaucoup peut-être eugéré le caractère belliqueux, mais qui n'en possédait pas moins des qualités guerrières de premier ordre, et en même temps une organi&altoi qui servait merveilleusement à les développer.

Celte société, ce ne sont pas les Arabes pris en masse. On vi souvent dit que les Arabes se divisent en diverses races. Les qui sont attachées au sol, qui le cultivent, possèdent la propriété individuelle régie d'après des lois analogues aux nOtres, elles sooi

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f« JUILLET 186ft.

sédentaires; elles introduiseal dans leur sein un ordre vérilabte qui ne ressemble en rien à la constitution des Arabes pasteurs ou nomades.

» Quant A ceux-ci, et ce sont eux qui composent snr le territoire arabe le plus grand nombre, ils attiraient nécessairement le pouvoir militaire par leurs qualités et leur organisation militaires. Sous le règne des Turcs, ils étaient divisés en triijus ; ces tribus étaient commandées par un Citid nommé annuellement, qui avait le droit de lever rtmp6t, de faire des réquisitions militaires, mais qui avait, pour le contrôler, le conseil communal, et qui, d'ailleurs, se retrempait chaque année dans l'élection et dtms la nécessité de ménager ceu^i auxquels il devait son pouvoir.

Lorsque Abd-el-Kadcr fit contre nous une si rude campagne, il sentit qu'il y avait dans la division de ses tribus, la plupart hostiles tes unes aux autres, et chez lesquelles les Turcs s'étaient plu à entretenir des rivalités, une grande condition d'affaiblisseraent, quand il s'agissait de combattre les Français. Alors il chercha h relier ses différentes tribus par un pouvoir qui concenlrait dans ses mains plusieurs d'entre elles. Pour y parvenir, il créa des agalicks, ainsi qu'il en existe en Turquie et en Asie. Les agas, ayant les caïds sous leur main, pouvaient leur donner des ordres, les mener au combat et rendre ainsi les tribus Formidables. Lorsque Abd-el-Kader fut renversé par nos efforts, nous avons trouvé les agas debout, et nous les avons conservés; mais, en les conservant, nous avons défiguré leur institution.

En effet, les caïds et les agas, au lieu de relever de l'élection, n'ont plus relevé que du pouvoir militaire. Ou leur a laissé leur autocratie vis-à-vis de leurs subordonnés, maison les a subordonnés aux bureaux arabes : de sorte qu'en leur laissant un pouvoir sans limite, on les a soumis à un pouvoir également sans limite.

Aussi un écrivain officiel, parlant de ces choses et répondant à ceux qui prétendaient que les tribus, que les agalicks pouvaient être considérés comme des institutions féodales, unécrivain officiel, dis-jc, a-l-il pu publier ces paroles que je recommande à votre attention. et qui seront pour beaucoup d'entre vous l'explication des abus incurables dont ces communautés malsaines qu'on appelle les tribus sont dévorées, et dans lesquelles on a entretenu un esprit qu'on aurait dû détruire et remplacer par le nôtre ; le changement était possible ; il fallait le vouloir-, nous avons toujours voulu le contraire.

Voici, messieurs, ce qu'a dit cet écrivain officiel auquel je fais allusion :

« On parle de féodalité, et ce souvenir effarouche les naïfs, mais où est la féodalité, et ta Iransmissibilité du pouvoir n'eiistc-t-ellc

Bit

pas? Le moindre sous-ltcuteiiant adjoint d*uQ bureau arabe est ceat foi!) plus puissant que le chef indigène le plus illustre. C'est i lui que ce chef obéit, qu'il rend hommîtgc, qu'il doit le respect; étrange; seigneurs Féodaux que ceux qui uc peuvent ni rançonner ni l}-r>aniser leurs prétendus vassaux sans tomber sous le coup d'une justice supérieure et qu'un caprice de l'autorité politique peut, dans les vin^ quatre heures, jeter sur le pavé on dans l'exil ! »

Voilà, messieurs, en quelques mots, le régime modèle dont l'honorable M. Jérôme David vous demande la contiouatioa; c'est l'euUation de l'autorité souveraine en même temps qae son huniiiatioiL Nous régnons sur des esclaves qui ont d'autres esclaves; uo eoop de notre autorité peut les dépouiller de leur pouvoir éphémère dont nous voulons les revêtir; et quand il nous plail, ils cessent d'ttrc, comme ils ont été qu.ind il nuus a plu.

Voilà, messieurs, l'image des chefs arabes; or, je vous le demandr que devient la société arabe quand elle est entre de pareilles miia^* elle .s'émiette de plus eu plus, ctimme la poussière qui va

en se divisant. C'est ainsi que disparait la dignité individue.

vite humaine; et vous en êtes à vous demander commeof les tribus sont vicieuses, comment elles sont inertes, comment elles didùgnent le travail! Mais leur existence n'est pas assurée; elles ne connussent pas le droit, elles n'ont d'autres lois que les caprices de celui qai\e> commande, de même ((ue celui qui les commande n'a d'autre eit^ieoct que les caprices de nos propres chefs, [/ipprobfttion à ta çnek é* Foraletiv.)

Eh bien, supposez que les bureaux arabes, dont on vous a failiml éloge auquel je me suis associé en partie, supposez que les burtJ arabes, investis du pouvoir que vous savez, soient dirigés par<l<* êtres privilégiés auxquels la faiblesse humaine n'aurait pe i^ départie : je mets en fait que ces êtres investis d'une si haute jnKrfil*, là où elle ne peut être que difficilement contrôlée, seraicol il» rimpossibiUté de ne pas commettre de fautes. Ne l'oubltef p>?s(e> questions délicates, difficiles, complexes, elles sont souvent Uis^i la soluiiou d'un officier, brave toujours, j'en suis convaioco. iui>| iuexpériineuté, qui sort de l'École, qui peut être infatué de sonpwf pouvoir, qui voyant autour de lui tant de fronts inclinés, se B^ixtod sur sa propre valeur, et se croyant plus sage que les plu< donne des ordres, dicte des lois et les fait exécuter avrr In .Irr rigueur.

L'honorable M. David vous disait, quand il vous pariait dcsJ mités qui ont fondu sur la colonie, et notamment de la famine l'insurrection de 1864 y avait été pour quelque chose.

Oui, il a raison : je le dirai comme lui et après loi- mâiâJ

tnsurrecliOQ de 1864, et plusieurs autres, quelle eo a été la cause? a-t-elle jamais été éclaircie? la vérité s'est-elle faile à cet égard? C'est là ce que l'honorable M. Jérôme David aurait peut-Cire quelque peiae à nous dire, il a eu raison quand, en curamençant son discours, il a appelé, comme étant le meilleur auxiliaire dans une discussion pareille, la modération et la réserve; mais ce ne serait pas vouloir coanattre la vérité que de ne pas se rappeler que plusieurs de ces insurrections ont été causées par les erreurs, — je ne veux pas me servir d'une autre expression, — de ceux qui étaient revélus de ce pouvoir absolu, toujours si dangereux, et sur la pente duquel il est si fecile de glisser, et de (glisser jusqu'à TalUme.

L'honorable M. David nous disait également avec raison que le drapeau de l'insurrection a été levé en isiî-f par une famille qui uous avait été profondémeut attachée, qui avait rendu à la France des services signalés, qui avait eu plusieurs des siens couchés sur le champ de bataille avec nos propres soldats. Cela est vrai, et cependant ce sont les chefs de cette famille qui, les premiers, ont prêché la guerre sainte et ont appelé les tribus à la révolte.

Et bien, si l'honorable M. .lérûme David veut consulter les rapports officiels, il y verra que celui qui, le premier, a trouvé la mort dans cette fatale rencontre, était préetsément signalé par cette famille pour l'excès de ses cruautés dans l'exercice de son pouvoir; que ce sont des fautes de cette nature qui souvent nous ont aliéné l'esprit des populations et ont poussé à la révolte celles qui voulaient être les plus pacifiques.

Quant à moi, je réponds h l'honorable M. JérAme David : Vous préteudttz que l'insurrection de 18G1 a été causée par la témérité de nos colons qui se sont trop avancés vers le Sud; enlendez-lcs tous, et ils vous diront : iNous u'avons pas besoin de vous; uous nous défendrons à nos périls et risques, et ce n'est pas quand nous chercherons des moissonneurs, quand uous vendrons les toisons de nos brebis, quand nous chercherons à éiabhr des relations pacîBques, que nous soulèverons de pareils ressentiments chez les Arabes; les maraudeurs, nous en faisons notre affaire; mais ce que vous voulez, vous, ce sont des expéditions pour vos soldats, et c'est là ce qui tue la colonie, si c'est là ce qui fait sa gloire ! {Approbation sur les bancs à la yauclie de torateur.)

Ainsi, messieurs, les bureaux arabes se sont forcément constitués en adversaires de la colonisation. Les bureaux arabes ont conservé, perfectionné, et je puis dire qu'ils ont dégradé rorganisation de la iribu; ils y ont introduit des chefs dont ils étaient les maîtres souverains. Par là, ils ont régné d'une manière absolue sur tout le territoire militaire; et par cela même, ils ont été trës-impalicmnient sup-

niSCOUftS PARLEMENTAIRES.

portés par luus ceux qui croieal ù l'assimilatioa des races el que l'Évançile peut faire reculer le Corao.

J'en ai la preuve daus un documeut of^cicl que la Chambre, i rëment, me pardonnera de mettre sous ses yeux; il émane «fn homme considérable et autorisé en pareille matière, qui s'est trouvé en contradiction avec l'honorable gouverneur géaéral de I-; r > au moment où il voulait, par l'effort de la charité la plus ;; attirer auprès de lui ces races arabes, non pas par esprit de pra$éJy tisme, mais par simple charité, et parce que ces races arabes tuitm frappées de mort et de famine.

EU bien , messieurs, voici ce que dit le respectable arcbe^rquej d'Alger, dans uu document dont vous connaissez certaioemeut plusieurs passages :

» Je demande, conformément <i mon droit et à mon devoir, que li liberté soit donnée à l'Kglisc eu Algérie. Je manifeste la volooté d'user de ce droit, non pas pour employer la contrainte, mémcindirccte, à quelque degré que ce soit, non pas même pour la prédiri'' > publique et immédiate de l'Évangile, parce que je ne crois pi <■ moment encore venu, mais uniquement pour l'exercice da dévouement et de la charité, espérant gagner par là l'aFfecliouet la confiance des iudigèoes et arriver à les éclairer peu à peu.

« Pour cela je veux fonder à mes frais des établissements cluntables, maisons de secours, hospices, etc., au sein des tribus qù vos* dront les accepter. »

Vous croyez peut-être, messieurs, que ces vues généreuses teroat secondées par le gouvernement?... Oui, elles l'auraient éiésiUraiioa et le pouvoir civil avaient dii prévaloir; mais nous sommes cnfKt des bureaux militaires, qui les repoussent, et voici ce que dit If «*pectable archevêque :

•> Le gouvernement de l'Algérie ou plutôt les bureaux anlKioej contestent, ou, pour parler plus exactemcul,me refusent ahs(«luBrtnt 1 ce droit, comme ils Tout du reste fait à tous mes vénéré5 prêt)r-| cesscurs,

- Ils me le refusent, sous prétexte que la présence de rcligicm. <*< religieuses chez les Arabes amènerait des révoltes, eu surexduni'' fanatisme musulman.

' Ce prétexte, toujours renouvelé depuis 1830, quiconque a bai»"' l'Algérie el connail la théorie des révoltes iudij^Oues sait qocUc in est la valeur, f

Ainsi, voici un homme de Dieu, un archevêque qui vent fonder df^ établissements charitables ; les bureaux arabes s'y oppuseut. Elpou^ quoi, messieurs? Parce que les bureaux arabes vculcoi se réserrertt privilège de l'éducation politique et morale de la race arab*."

veulent faire tête à la civilisation chrétienne en relevant la civilisalioD musulmane.

C'est là leur rêve, et Ils préleiidenl l'accomplir. Les paroles que tout à riieure nous reucoulrions dans la bouche de l'honorable M. Jérôme David, ces images d'enfants qu'on veut conduire comme des chevaux bien bridés et bien scllt^s, outre qu'elles sont de nature il blesser singulièrement les susceptibilités d'une race généreuse et ifui peut avoir ses impattcuccs, elles sont contraires k la vérité. Mais ce qui n'est pas contraire à la vérité, c'est que les bureaux arabes, pour se faire accepter par les populations iniliy;ènes, oui, les bureaux arabes se posent en véritables saint Vincent de Paul de la société musulmane; ils veulent à tout prix recueillir les enfants orphelins, les (garder dans des écoles où on leur ensci{;ne le Coran. Nous en sommes là, messieurs : par le fait du gouvernement militaire, le Coran est enseigné à la race arabe. La race arabe et la rnce chrétienne, il ne faut pas qu'elles se fondent ensemble, il ne faut pas qu'elles se rapprochent; le conmierce arabe pourrait arriver à vaincre ces ré.sistances, et pour ce motif, le commerce devra être repoussé.

Écoutez comment ou s'exprimait dans une circulaire émanée du gouverneur géhéral, qui rappelait ce que devaient être les bureaux arabes en 1861 :

u Le chef de l'État a consacré tous nos vceux en faisant connaître solennellement sa pensée. Nous pouvons, rassurés par cette haute et suprême approbation, accomplir l'ipuvre de civilisation qu'il a confiée à notre intelligence et à notre sollicitude bien connue pour les intérêts indigènes.

' AprtS avoir fait la conquête du peuple arabe, l'armée est encore aujourd'hui le tuteur de ce peuple. Elle doit faire son éducation jusqu'au jour où elle pourra demander son émancipation, en le déclarant majeur et capable de gouverner hn-mérae ses intérêts. C'est ud enfant dont l'avenir lui est confié et dont elle répondra devant l'histoire. »

Je proteste, messieurs, je proteste à un double titre contre ces paroles : elles sont insult;iiitespour la race àlaquclle elles s'adressent; elles sont d'ailleurs une usurpation qui ne peut pas appartenir au pouvoirmilitairc, au pouvoir militaire qui commande .souverainement, à la condition qu'il obéisse souverainement encore à la loi civile, au droit qui le domine, et sans les inspirations duquel il ne sera qu'une Force aveugle. (Trèt-bien! très-bien! à la gauche de l'orateur.)

Le pouvoir militaire est incapable par lui-même d'accomplir cette mission, el c'est parce qu'il se trompe sur sa propre grandeur, c'est parce qu'il en a fait pour ainsi dire la gageure, qu'il veut que celte société soit sienne, qu'il l'a saisie entre ses mains, qu'il ne veut en

laisser la direction à aucun autre, et que nous le voyons ainsi violemment aboutir à ces catastrophes, à ces calamités sur lesquelles il est impossible de fermer les yeux.

Et ce n'est pas seulement par les institutions politiques que le< bureaux arabes repoussent la colonisation au mépris de tous nos inirréts, de notre commerce, de nos échanges, de notre richesse, du développement de notre propre force en France , c'est encore en cherchant à se dérober k plus possible aux vœux de la mère pjtric en ce qui touche la constitution de la propriété.

L'honorable M. .lérôme David vous a dit un mot de ce siyei important, qui, à lui seul, pour être bien expliqué, exigerait de grands développements ; je veux, bien entendu, vous les épargner, et je oeuwcherai ;\ ce point que pour m'en occuper pendant quelques mioDiei.

La question de !a propriété est en effet l'une des plus grave; elle est la subslancc même de toute colonisation.

Supposez qu'un territoire soit conquis, mais qu'il ait été anténeuremeni occupé. Il es! iiiconteslable que s'il est occupé par uaeract commerçante suffisamment dense pour que la production paisse s'y opérer, et qu'à côté d'elle il se produise le phénomène de b cdqjoo)matîon, on verra se faire des échanges fructueux ; rarc*és( «e erreur des premiers âges que de croire qu'il y :iil dans la terre une vertu substantielle qui sera génératrice de richesse. La riche$i>e, mesaeon, elle est dans h pensée de l'homme, elle est dans son activité, dan* *i prévoyance, dans sa force. Elle est surtout dans son associatioa.dio^ son affection pour ses semblables, dans les liens de sympatbie qtn unissent les hommes. L'homme isolé n'est rien. Rapprochcz-ledese semblables : faisant corps avec eux, il ;ipparait dans toute sa forre, car avec eux il devient quelque chose; il devient une société, il devirti puissant, et quant il s'inspire par de pareils sentiments, il peut aiNMUr à des entreprises uliles. [Très-hUn! trèt-blfn! à la gauche de ror^eff.)

Il faut donc arriver à cette conséquence quand on fonde une colooie.

Mais ici, et sans chercher en rien à vous faire l'historique de et qu'était la société que nous avons rencontrée au moment de h roo* quéle, Je puis dire que nous avons trouvé des terres qui étaient librr» beaucoup d'autres qui n'étaient que précairement occupées.

Eh bien, depuis 1830, nous n'avons pas encore pris un parti définitif sur ce qu'il fallait faire des unes et des autres.

Les 900,000 hectares qui étaient à la disposition du ^ouverncfDMt. et qu'on appelle les terres hcrjHck, n'ont été distribuées quedioMoe proportion extrêmement faible à la colonie.

Ouant aux autres terres, l'honorable M. Jérôme David vooi exprimait avec une très-grande clarté quelle était leur double caractère.! à part les terres kabyles, bien entendu, dont il n'est pas qiieslioi.i

Les unes sont sous le régime du cummuaisme; les autres sous uq régime qui y ressemble jusqu'à un certain point, car si les premières sont possédées par nue collection d'îutlividualités qu'on appelle l.i tribu, à la télé rie laquelle se trouve le chef, le cairl, si celles-là sont placées sous le régime du pur communiïtme, que les plus inlelligents efforts n'ont pu dissoudre ni changer, nous avioiiis à cùlé de ces terres, des terres qui sont sous le communisme, mais un peu moins : ce sont des terres possédées non pas parla tribu, mais par des familles de la Iribu. C'est encore le communisme, car l'honorable M. Lanjuinais vous l'expliquait hier avec clarté aussi, là où existe la polygamie, là où il n'y a pas d'état civil pour les familles, elles sont entourées d'obscurités et de nuages beaucoup plus épais que ceux qui enveloppcut ces petites souches de princes qui, dans le moyeu âge, cherchaient à se créer des titres nobiliaires, en voulant prouver qu'ils descendaient du premier homme, aâu que d'autres ne pussent avoir de plus illustres prédécesseurs.

Dans cet élal de choses, il est impossible de se recunnaitre-, de telle sorte qu'il faut arriver à une transformation de cette propriété. Et pour le dire en passant, c'est pour cela que nous avons demandé la suppressioo de ce droit de chcfaa, qui doit élre ainsi caractérisé : qu'il est toujours permis au vendeur de ressaisir entre les mains de l'acquéreur les parties de propriétés sur lesquelles il a un droit équivoque.

Eh bien, dès 1848, on s'est occupé de cette question de propriété, car elle est capitale. Les essais n'ont abouti à aucun système. Ka 1848, on a introduit eu Algérie le régime civil pour la propriété, el. bien qu'il ait été très-pt:u de temps appliqué, il n'en a pas moins produit les résultats les meilleurs. La lui de 1K51 est venue généraliser; seulement, ce qui n'est un mystère pour personne, ce que l'honorable M. Jérôme bavid reconnaîtra loyalement avec moi, j'en suis sik, c'est que l'exécution de la loi de 1851 a été constamment entravée par les bureaux arabes, qui, fidèles à leur esprit, — je ne leur en fais pas un reproche, j'ai suffisamment démoniré que l'institution conduisait à ce résultat, et non le mauvais voutoirdes hommes. — ont empêché que le canlounemcnt décrété ait amené quoi que ce soit d'utile. C'est alors que le sénatus-consulte de 1863 a été rendu. Ce sénatus-consulte a eu surtout pour conséquence de consacrer entre tes mains des Arabes une propriété jusque-là précaire. Il était pour eux un mince bienfait; mais il ouvrait une porte à un meilleur avenir. Beaucoup d'esprits jugèrent qu'elle n'était pas assez large.

Je ne veux pas, messieurs, à Thcure avancée où nous sommes, vous lire tout entière une citation, bien qu'elle ait un irès-grand intérêt; je vous rappellerai seulement eu quelques mots l'opinion de

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