‹ Discours parlementaires (volume 4)Chapitre 47 sur 68 · MARS IS · texte numérisé non relu

MARS IS

J'ai les mains pleines de pliiiritcs que je na veiiJi pas vous lire, — j'ai déjà trop abusé de voire atleniion, — mais enfin j'ai les mains pleines de plaintes de propriétaires qui se Irouvaienl lûcr sur la place de la Bastille, qui se félirifaient du point rie vue qu'offrait cette place, qui n'avaient pus le (îoiU do M. le préfet, — on ne peut le* en accuser, — qui avaient l'air, la lumière, et qui, aujourd'hui, au lieu d'*Hre sur la place, se trouvent dans une rue de tiuclques mètres de lar{ïcur, ccl es, masqués derrière des édifices qu'ils n'avaient pas prévus et qui, s'ils avaient existé, les auraient emp<^chés d'aciiuérir.

Vous parlez des promenades! Mais qu'avcz-vousfait du parc Monceau, je vouslc domanf!e(«A .' oA/),un dcsptus beaux jardins, que vous aviez toutes sortes de raisons de laisser aux Parisiens? (liUerniptioiis.)

Je disque vous aviez toutes sortes de raisons de le laisser aux Parisiens; il ne vouscoiUait pas cher, celui-là, et dès lors il me semble que vous pouviez bien les en laisser jouir.

Vous ne l'avez pas fait, vous n'en avez donné qu'un tiers tout au plus; puis, après en avoir livré le tiers, vous avez permis à un spéculateur de le ro[;ncr tout autour, de sorte que, au lieu des plantations qui faisaient ta Fraiclicuret l'ombre dans ces lieux, nous voyons s'élever des maisons d'une hauteur indéfinie, qui viennent complètement c,a(er celte promenade sans beaucoup de profit pour la diminution des loyers.

Je ne veux pas, messieurs, pro!on{ïcr cette discussion, et je me hàtc de finir en vous disant que malheureusement, ce que nul ne conteste, ttjus ces beaux résultais, et, suivant moi, tous ces excès, toutes CCS conséqueuccs funcNtes, tout cela a été obtenu au moyen d'illé<>^alitésqu'on ne prend plus la peine de dissimuler. Eh bien, chacun y a plus ou moins conrouru; elles nesont pas seulement l'œuvre d'un niafîistrai dont ou a parîé à cette tribune, elles sont l'œuvre de la commission municipale, comme elles sont l'œuvre du ministre qui, cepeudant, les a condamnées.

Dans une pareille situation, qu'est-ce que nous vous demandons? Est-ce que nous .sommes téméraires? Est-ce que les finances, est-ce que les affaires, est-ce que la gestion morale de la ville de Paris, sont dans un tel état qu'il faille continuer dans un même ordre d'idées? Non, messieurs.

On vous le disait avec raison, nous n'avons pas à nous inquiéter du caractère, de la probité, des vertus des honorables membres de la commission municipale. Kous nous associons, à cet égard, sans les connaître, aux clofîcs qui leur ont élé adressés. Mais, messieurs, ces éloges ne peuvent en rien atténuer la ré.sponsabililéqui pèse sur eux, Dou plus que le jugejucul que nous sommes en droit de porter sur leurs actes.

blSCOUnS PABLEMBNTAIRES.

'adf

Je vous le demande, si, au lieu ville, il s'apissait de l'adminislralion d'une usine; si, au lieu d>liT membres d'une commission municipale, ces honorables per>uaBi> étaient membres d'un conseil de survcillaucc, est-ce que vous croyw que, devant les [riîiuuaux, qui ne se coulenleraient pas de proclâmfr leur amour platonique pour la loi, tout en souffrant qu'elle fût violit. mais qui la feraient respecter par des décisions légales, est-etqw vous croyez que devant de tels tribunaux les merabres d'un coBSCil de surveillance qui auraient tout abandonné, qui auraient laiss»^ violtr la loi, qui auraient blessé les plus cliers intérêts de l'cDtrc|irisc doui ils étaient les directeurs, est-ce que vous croyez qu'ils écbnppeMicBi à la lé|;itimc responsabilité qui pèserait sur eux? Assurémcnl aoa. {Trcs-ùien! à ijauche.)

Quant à cette responsabilité, nous ne la demandons que pjrlr* insliditioDS.

(Jue tes personnes soient écartées ; laissons-les, messieurs, avec b éio{jîS qu'on leur a décernes; mais ne continuons pas. de jrrâcc, par ce système de fatales complaisances, de docdilés ass^uréioeaf trèicondamnabtrs, de volontés qui nous portent à tout compronicilrc. ne conliauoos pas à nous cDga^jer davantage dans la voie dont on a signalé tous tes dangers.

Ces danjjers, messieurs, je les résume d'un mot : c'est, cndéfinilivf, la confiscali.m de Paris au profit d'un seul homme; ce sont 2 million'i m d'habitants qui sont livrés à son (jouvcraeraenl, à son bon pbivir, a ■ sou caprice. 11 ne le dissimule pas^ quand il s'agit d'un cnibellivsenml. croyez-vous que ce sont les iiilért''ls ffénéraux qui Tindiqueul? >oii, ce sont des considérations d cslhélique personnelle; c'csl pirot ifu'il lui plait que son repard puisse s'étendre librement d'un poiol» un autre qu'il bouleverse les maisons et les fortunes. (Trrs-hin!* gauc/tc. — lléciamalions nombreuses.)

Voici le pasîiagc qui me permet de parler ainsi que je le fiais. M.l» préfet de la Seine, répondant auï objections Ié(;ilinics qu'ont wiolfvécs les scandaleuses expropriations de la rue de la Pai\, en pif» ntur de Paris, dans l'un des quartiers les plus riches, où ii a jetéle» znillioos, où il les a prodigues dans ce gouffre dans lequel ils se uni perdus, mais où ils ne se soûl pas perdus pour tout le muadc.cariU ont produit ces énormes augmciilat ions de valeur de terrains, et cetif silua(i[)nai-titîcic!ledonton a parlé, situation que vous verrez s' cvaDooir comme une lantasmagorie purement artificielle, .M, le préfet dtsaU .

" nurl(]u'uii pcnse-l-il mninlenani qu'où ait eu tort d'ouvrir U grande artère <|ui a métamorphosé si complètement , en les rendaoi abordables, tous ces espaces qui faisaient tache sur la carte de P«k entre la Oiaussée-dWniin et le faubourg Saint-Honoré?

s MARS 1860.

Ainfïi, parce qu'il y a un e&)>ai'c qui (ait laclic, uu uc !»'occupc |r;is de ce qui ie remplit, des habitaiiKqui y loçciil, deshùlcU qui y soni coDslruits, il faut que h tache ctisparais.'ie, il Faut que le boulevard passe. Ces (ÎO millions sont jcIl^s dans le gouffre; ils vont augmenter artificiellement la valeur dei terrains, desaulrcs maisons, et aupmcnfer aussi praporlionnelicmcnt le** loyers. Tout cela importe peu^ il faui que la lâche fli.sparais.<ie et les habitants aussi. Il n'y a plu.s de Parisiens, il D'y a plus que deux hommes : M. le préfet et l'empereur. C'est M. le préfet qui le déclare à la fin de son rapport. Il fait Trlof^c de .son administration, il diSclarc qu'il n'a plus ricua demander, qu'il a obtenu toutes les faveurs de son souverain ; il prétend qu'il est arrivi^ à cette époque sereine et désintéressée de la vie cù l'on peut tout juger avec impartialité!

« C'est pourquoi, dit-il, je ne suppose pas montrer trop de présomplion .si j'affirme qu'aucune pensée d'iimour-propre ne peut plus m'animcr, et si je me juf;e iuléressé seulement dan.s ce qui reste à faire pour achever la transformation de la capitale de l'empire, par le senliment profond du bien public, cl par un soin jaloux de l'honneur de la (jrandc œuvre qui doit fournir une belle page de l'iiisloirc de ce règne glorieux. "

Et Paris, et tes Pari.sicns, où sont-ils? Ils sont confisqués, il n'en est pas {|uestion. Paris est oublié; mais les contribuables payent, ils ont toujours payé! (Murmures mr un </raml nombre de bancs.)

Et vousflilcs que ce n'c.sl pas une «lucslion publique?

El M. le ministre d'Klat n'a pas craint de déclarer que les grandes considérations qui doivent influer sur le gouverucmcat des empires sont ici tout à fait hors de saison. Messieurs, il faut que nous soyons à celle époque de frivolité, de confusion, d'anarchie morale, pour qu'un pareil aveuglement soit possible.

H n'y a pas de qucsiîon plus politique que celle qui s'agite devant nous, il n'y en a pas qui touche plus profondément cl plus légitimement aussi aux intérêts de la nation tout entière.

Oui, la question est ainsi posée : l ne grande cité de 2 millions visà-vis d'un homme; cet homme, ce n'est pas le préfet, c'est l'empereur; c'est l'empereur, par la consiilullon, et votre constitution, vous ne pouvez |ias ta violer. {Trrs-bienl àgauc/ie.)

Vous pouvez bien, vous, monsieur le ministre d'Élal, par votre habilclé oraloirc, par l'éclat de votre talent, désintéresser votre responsabilité personnelle, con.servcr votre portefeuiltc; mai.s vous le faites en découvrant le souverain, et vousnc pouvez pas le lai.sscrseul responsable vi.s-à-vis des Parisiens justement blessés. (live approbation à gauche. — Réclamations et iimn/ntres sur un grand nombre tfe bancs.)

ese DISCOURS parlbmintairis.

L'amendement de l'opposition était ainsi conçu :

t Les électeurs de la Seine seront immédiatement convoqués à relie d'élire un conseil municipal.

« Une commission de 18 membres sera nommée par le Corps légisIatiL Elle se réunira immédiatement à l'effet d'établir le bilan complet et régulier des valeurs mobilières et immobilières appartenant à la tUIc de Paris, t

L'amendement fut rgeté par 178 voix contre 56.

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