‹ Discours parlementaires (volume 4)Chapitre 49 sur 68 · PRONONCÉ AU CORPS LÉGISLATIF DANS LA SKANCE DU U AVRIL · texte numérisé non relu

PRONONCÉ AU CORPS LÉGISLATIF DANS LA SKANCE DU U AVRIL

PDLITIOUE EXTBKIEUaiU

Interpellation sur la politique extérieure. Régence de Tuni», Allemagne, Itallt.

!|c de Crète.

MESSlErRS,

Ce n'est pas $ans uoe grande hésitation que je prends la parote^ et l'aurais désiré qu'une personne plus auloriséc que niui adressât M gouveruemenl les questions qu'il me parait tout à fait nécessaire de soulever. iNon pas que je pense le niionient actuel bien choÎM pour traiter ri'utie mauièrc |^;i^-uéralc toutes celles qui intéressent QOtrr politique eïlérieure. Leur {jravité n'a pas besoin d'être démoutrt^t, puisqu'elles touchent à la toisà la ilignité et à la sécurité du pajn^ qu'elles intéressent pru fondement ses finances, sa population, fiqoe, dès lors, elles sont à touségiards di{j;ues de votre sollicitude et de tm préoccupations.

Mais, messieurs, il y a deux raisons qui, suivant moi, m'interdiiest à cet égard un développement complet : l'une, dont le g^ouvcmcmeoi me semble responsable, et dont je lui tlemande la permission de lii faire un reproche; l'autre, qui lui est supérieure, et qui semble ttair à la nature même des faits.

La première de ces raisons est tirée du peu de temps qui nous avant la dissolution du Corps législatif. Nous sentons tous, — et extrêmement difficile de lutter contre un courant qui se compote de senlimeuts parfaitement légitimes, — nous sentons tous que nous ne pouvons pas prolonger ces débats. Non pas, messieurs, que OOtt manquions d'autorité^ c'est une dièse que personne ne voudraitMt* tenir, et tant que le Corps législatif est assis sur les bancs où la plMi<

uair

le suffrage universel, il conserve son caraiière et sa puissance. Mais il est clair rjuc nous devons beaucoup à ceux que nous avons l'honuear de représenter, que le temps qui nous sépare de leur verdict est cxlrémemcnt court, et que peut-être nous ne pouvons mieux l'employer qu'en discutant les intérêts du pays dans cette enceinte; mais c'est à cet égard (juc je prend* ta liberté de reprocher au gouvernement de nous avoir placés dans un étroit passage, et (le ne l'avoir point davantage élargi en nous convoquant un peu plus ifti.

Ceci, messieurs, n'est point à titre de récrimination, mais seulement pour bien constater que si nous n'entrons pas plus avant dans une discussion aussi importante, ce n'est point par abandon ni par un seulimeut d'impuissance, mais par une raison de sagesse un peu forcée.

Quant à la seconde raison, je disais qu'elle tenait à la nature même des faits, et je n'ai pas besoin, pour justifier cette proposition, d'entrer dans de longues explications.

MalheurcuscmcDt la situation politique de l'Europe est actuellement mal définie; il règne, dans les complications dont cette situalion se compose, des obscurités qui jusqu'ici n'ont pas été dissipées.

Est-il possible de le fidre à l'heure actuelle? Ne rencontrerionsnous pas, si nous voulions entreprendre une pareille lâche, des négociations d'une nature délicate, qu'on nous opposerait et qui arrêteraient notre parole, alors qu'on nous dirait qu'une témérité peut entraîner des conséquences fâcheuses? Je ne crois pas que cette observation puisse s'appliquer à toutes les affaires qui nous préoccupent; cependant elle touche aux principales, et c'est une raison de demeurer dans une grande réserve. Et, si je ne me trompe, les affaires qui doivent surtout vous préoccuper touchent A la fois à l'Allemagne, à l'Italie et à l'Orient.

Ne concevez, messieurs, aucune espèce de crainte; les trois mots que je viens de prononcer ne sont pas un programme, et leur énonciation semble être à l'avance corrigée par les observations prélimi- Daires que j'ai eu l'honneur de vous soumettre.

Cependant il n'est pas inutile de dire un mot, mais un mot trèsdiscret, des deux premières questions et d'insister très-brièvement encore sur la troisième. Et pour <jue la Chambre me permette d'accomplir ce dessein aussi rapidement (jue possible, je lui demande la permission de l'entretenir tout d'abord H'une affaire cssentiellement spéciale, mais qui touche tependaiit de trop près à des intérêts français trop respectables, pour que je ne prenne pas la liberté de solliciter de M. le ministre des Affaires étrangères des explications qui nous puissent rassurer, s'il est possible ; je veux parler des négociatîoDS qui sont engagées avec la régence de Tunis pour le paye-

QjQ DISCOURS PARLEMENTAIRES.

mcQl des intérêts en souffrance, de l'emprunt qui a été contnclé par le chef de cet État.

Vous vous rappelez, messieurs, que j'ai eu l'honneur, Taonée dernière, de vous enlretenir de ce sujet csscntiellemeut spécial. Je ne reviendrai pas vSur son esposé, vous le connaissez, et je me conlfDle de prendre les choses au point oii nous les avons tous laissées.

Vous vous rappelez que l'année dernière j'ai eu l'honneur d'adressrr à M. le miuislre des Affaires étrangères, au moment de la discussion du budget, une question sur les négocialions avec la régence iW Tunis. M. le luinistre des Affaires étrangères me fit connaitrcàoctlr époque que, grâce à son intervention, le ministre du bey avait cûùsenti à organiser une commission dans le but de reconstituer les finances du pays.

Assurément, si jamais une entreprise fut à la fois nécessaire et difficile, c'était bien celle que s'était imposée M. le ministre ia Affaires étrangères.

Il serait beaucoup trop long de vous faire comprendre, méiDc brièvement, tous les désordres, tous les vices essentiels dont est affligée l'adminislralion de ce malheureux pays. Je pourrais dire qu'il en est encore au despotisme pur, et ceci suffirait pour justifier les condamnations les plus sévères.

Mais en ce qui concerne ses finances, il faut ajouter que le despotisme se complique du favoritisme le plus incompréhensible. Le* irapôls.à vrai dire, n'eiistenl qu'à l'état patriarcal; ils se payent par les contribuables au moyen de véritables exactions. Ce sont desimp6t» de consommation et de monopole.

Seulement ces impôts de consommation, — je parle des impôl-janlé- rieurs, et non pas des douanes qui n'occupent, dans la régenre,! qu'une taxe tout à fait secondaire, — ces împAts de coQSOflUBation et de monopole sont eu général laissés aux mains de qoelques fermiers, quelquefois d'un seul, qui se trouve ainsi absorber dans son propre patrimoine la totalité delà richesse publique, sauf à en rendre compte a son souverain. Or, ce souverain, qui est certainement un des plus puissants sur ses sujets, puisqu'il dispose de lein existences comme de leurs fortunes, en matière de finances, sijenii bien informé, est l'un des moins exigeants. Il se contente, en effet. pour lui et sa maison, d'une somme d'un million de francs par année: tout le reste demeure dans les mains du fermier général, qui tn chargé de pourvoir à toute l'adminislralion. Or, comme il n'y a pa< d'administration, vous comprenez que la situation de ce fennicf général est excellenle et lui permet d'absorber la totalité des revenue de rÊtat.

Cesl là, messieurs, ane constitution financière qui appelle au plo>

haut degré le zèle el rinlelligence des réformateurs. Et je comprends fort bieo que la tentation ait été très-forte pour M. le ministre des A flaires étrangîTCS, d'autant plus qu'il semblait y avoir de la part de celui qui était le plus intéressé â perpétuer ces abus, comme une tendance salutaire à les supprimer.

En effet, sans vouloir revenir sur des explications compléteraeut inutiles, la Chambre peut se rappeler, et M. le ministre le sait encore mieux, que c'est de la part du ministre tout-puissant de la régence que paraissent être venues ces idées de réformes. Elles avaient été accueillies avec une satisfjctîon naturelle, et elles devaient avoir pour conséquence, non pas seulement le bicn-étrc des populations qui en auraient joui, mais encore et surtout, et c'était là, messieurs, notre véritable préoccupatiou» le payement des intérêts en retard. C'était une sorte de réhabilitation de la faillite à laquelle le régent de Tuais s'est résigné de bonne gnVce.

Malheurcuseaicut ces excellentes dispositions du principal ministre n'ont pas porté leurs fruits, et reprenant les choses où je les avais laissées, je demande à M. le ministre ce qu'il est advenu depuis. On nous a distribué, dans la communication qui nous a été faite, différentes dépêches que je ne veux pas lire à la Chambre, ayant dit que je voulais examiner toutes les questions sommairement. Probablement que la plupart des membres de la Chambre ont parcouru ces documents. Voici ce qu'ils nous ont appris : c'est que M. le ministre ne cessait pas d'être zélé pour nos intérêts, mais que, en même temps, il me permette de le lui dire, il ne cessait pas d'être joué.

Ainsi, au mois de mai 18(i8, alors que les négociations noussoni connues par ces documents, l'adrainislratiou française insiste pour que le projet de réformes soit mis à exécution. Et alors, démasquant sa pensée secrète, le principal ministre de S. A. le bey fait eounaitrc que ces réformes sont absolument impossibles, se donnant undémenti à lui-même , revenant sur ses idées decivilisation et retournant paisiblement à la barbarie. Ouant à nos créanciers, messieurs, iLs sont dans Timpossibilitédc se faire payer, puisque le système qui prévaut ainsi dans la régence les prive de toute espèce de ressources.

Il est vrai que dans le contrat d'emprunt ou avait stipulé des garanties. Je ne parle pas seulement de celles que pouvait inspirer, que pouvait faire naître rengagement d'un prince, d'un monarque, d'un souverain. On avait demandé et obtenu des garanties positives, c'est-à-dire la délégation d'une certaine nature d'impftts et notamment de ceux qui se perçoivent sur les olives et sur les céréales.

M. le ministre a donné à son agent les ordres les plus précis pour que la perception de ces impôts fût surveillée. (Juetle a été la conséquence de sa sollicitude?

Hêbs! il faut bieu l'avouer, avec les dépêches que M. le miaistrea bien voulu nous communiquer, il a abouti, comme son honorable et regretté prédécesseur, à un complet aveu d'impuissance. Et la correspondance constate que les Tunisiens, — je ne parle, bien entendu, que de ceux qui gouvernent, — se moquent de nous avec le saigfroid le plus parfait.

Ainsi, voilà quelle est l'analyse de ces correspondances. M. le ministre écrit à sou agent : ^ Vous devez surveiller la perceplioa des impôts. ' L'agent va auprès du ministre qu'on appelle le Kt dar et lui (lit : 11 ne faut pas que ces impôts soient perçus sans le produit en soit versé dans nos mains. — C'est incontestable répond le Kasnadar. El en môme temps il envoie secrétemesi l'ordre d'anticiper les impôts par une perception prématurée. Et quand nous faisons des observations, il nous répond : ^ LHmpôt n'es! pas perçu • , alors que les malheureux propriétaires sont jetés en pri-sott quand ils ne veulent pas l'acquitter par avance.

Te) est le triste tableau des négociations qui ont été entre le cabinet de France et le cabinet de Tunis, et qui aboatisMOI, ainsi que j'avais l'honneur de vous le dire, à cette dédaralioo qui est extrêmement pénible et qui cependant est la vérité même.

Je remprunte à la deruifre dépêche quejc rencontre dans ces documents, elle porte ta date du 29 octobre l8C8,ct elle se termine ains:

•* Nous sommes parfaitement édifiés sur la valeur de ces arguments, toujours les mêmes, toujours aussi peu admissibles; mais quelle qoe soit la persistance du gouvernement tunisien à recourir aux moyens dilatoires, nous en apporterons une plus grande encore à faire valoir nos droits et à exiger les satisfactions qui nous sont dues. Je ne di'^ conviens pas que la tAcbc qui nous incombe ue soit très-ingrate; vous ne devez pas vous laisser rebuter cependant par la nécessité de revenir sans cesse sur les mêmes arguments, et de recommencer constamment le même travail. »

Eh bien! j'en demande pardon à M. le ministre des AfFaires élraagëres, mais ce travail a un nom dans la langue française, et c'est rhistûirc grecque qui nous le fournit : c'est le travail de Pénélope. Il est clair que l'agent de M. le ministre des Affaires étrangères e$t animé des mêmes sentiments que lui, du même zèle, de la même *A' licitudc; il fait des remontrances, elles sont écartées; on se joue âe lui, comme on se joue du cabinet français.

Dès lors, je demande à M. le ministre des Affaires étranséns l'on se contentera d'argumenter sans cesse ; si ces argamcnls, sont toujours mécimnus par ceux auxijuels on les adresse, ne pas une véritable dérision, et si l'on ne finit pas par désespérer à force d'espérer toujours. {Sourira tur quelques banci.)

Telle est la situalioD à taquclle nous sommes réduits.

M. le ministre veut-il qu'il en soit ainsi f C'est la question que je prends la liberté de lui adresser, et je la lui pose au nom désintérêts que je déclurais tout à riieure irès-rcs|)cctables.

Je ne veux rien exapérer. rie reconnais que l'emprunt qui a été émis sur la place dv. Paris était acrompagaé de conditions el de promesses qui auraieut ûù écarter les hommes véritablement sages de la souscriplion. Mais je ne peux pas cependant rae dissimuler, ni dissimuler à la Chaiiihre que cet emprunt n'a été possible qu'avec l'autorisatioQ et l'attache du ffouvernemcnt. I^e gouvernement a la possibililé d'écarter de semblables opératicms; il ne l'a pas fait.

(J'aperçois de lu pari de MM. Jes ministres un signe de dénégation, et j'avoue qu'il me surprend. Ou'il soit impossible à MM. les ministres d'intervenir dans les contrats privés, il n'y a aucun doute à cet égard; mais alors qu'une puis.sauce étrangère s'adresse aux capitalistes français, qu'elle demande à ce que l'emprunt soit coté à la Bourse, le gouverneraent peut opposer son veto, et il faut qu'il en soit ain.M, car i! est le gardien de l'épargne frani^aise, el il pourrait se présenter des circoastances dans lesquelles il serait non-seulement imprudeni, mais encore souverainement impolitique, de permettre à une puissance étrangère de venir puiser dans les capitaux fraueais.

Ainsi le gouvernement a autorisé cette .souscriplion. nuand je disais qu'il y avait mis son attache, peut-être allais-je trop loin; je parlais seulement de l'attache qui résulte de la permission donnée à ceux qui av;iient ouvert ta .souscription, de faire coter les litres h la Hour.«ie. 11 n'en est pas moins vrai <iue la plupart de ceux «|ui ont souscrit cet emprunt sont d;ins la position la plus humble et qu'ils y oui compromis leur patrimoine. C'est une question vitale que celle de savoir s'ils pourront rentrer dans ce qu'ils ont avancé. Le gouvernement l'a senti, et je n'ai pas mis soiïs vos yeux, pour ne (las abuser de vos instants, la partie de la dépêche dans laquelle il déclarait qu'il comptait faire sa propre affaire du payement des intérêts et du remboursement du capital.

C'est là, de la part du gouvernement, un langage très-louable, et je suis bien loin de le condamner, pas plus que je ne demande au gouvernement de faire la guerre au bey de Tunis pour obtenir le remboursement «|u'on nous refuse ; mais entre la guerre el des remontrances inutiles, il peut y avoir des arguments qui ne soient plus seulement diplomatiques et qui peuvent être bons à employer.

,1e demande à M. le ministre des Affaires étrangères, si ce n'est pas une indiscrétion, quels sont ses desseins; je le lui demande, je le répète, parce que celte interrogation répond à des intérêts légitimes,

à des intérêts qui sont en souffrance, qui sont alarmés, et qaioat confiance dans Iii sollicitude de M. le ministre des Affaires ctrangfTR.

Voilà ce que je voulais dire en ce qui concerne cette question spéciale de Tunis. La Cliarabre me pardonnera d'avoir appelé l'attention de M. le ministre des Affaires étrangères sur l'étal des néj^ociaiioos et de lui avoir deniaïKié s'il est possible d'espérer, dans uu délai aîwi bref, ou du moins dans un délai quelconque, une solution Favorable, car il y a déjà environ 12 militons arriérés sur lesquels la France ai reçu qu'une somme de 300,000 francs.

Évidemment, messieurs, les choses ne peuvent rester eu cet étii M. le ministre des Affaires étrangères trouve bon d'engager le gwvernemeni dans une négociation; celle négociation doit aboutir, rt il faut qu'en face de la résistance déloyale cl des procédés de mauTaivr' foi du gouvernement tunisien, la France ne se laisse pas plus longtemps jouer.

Ceci expliqué, permettez-moi de dire un mot sur les deux prclnlc^ points que je louchais lout à l'Ueure-, et si je prononce ce moi miinlenaut, c'est pour n'y pas revenir une autre fois.

Je disais qu'il y avait des raisons d'une nature délicate qui mm* commandaient uue certaine réserve; elles ne me paraissent cependant pas de nature à expliquer rabslcntion de ta part du gouveroemeot, de toute espèce de communication relativement à l'Allemagne.

Si le gouvernement pouvait espérer que nous ne recevions aucwK indication extérieure, s'il était le maitrcde la publicité, je comprendrais, jusqu'à un certain point, par quel excès de prudence timorée il aurait exclu de la publicaliou du Livre jaune toute espèce de d ments diplomatiques relatifs au cabinet de Gcrim.

Mais, malheureusement, ou plutôt heureusement, il n'en e«l pS ainsi. Ces documents arrivent de tous c6lés : je les ai recueillis arrr soin, et si je ne veux pas les mettre sous les yeux de la Chambre, C'est par cette excellente raison ijut vous avez présentée, que je craiitànit d'en tirer un avantage trop grand pour uue solution qui peut *tK encore incertaine et sur laquelle il nous est difficile de nous expliquer.

L'impression que ces documents nous ont causée à tous, j'en «f sûr, c'est que, du côté du cabiuet de Berlin, il n'y avait ni pronN»tion ni menace. J'ai peul-élrc tort de laisser tomber ces moisde cette tribune, mais je ne veux pas parler de provocations et de meoffC» . directes, car la France ne les supporterait pas. Si je voulais mcUre M sous vos yeux le langage des dépêches qui nous sont parvenues pr les papiers étrangers, celui qui a été tenu par M. de Bismarck au jarlemenl allemand, je crois qu'il me serait facile de justifier celle proposition qu'en apparence, — el les apparences, quand elles ne sool pas démenties par la réalité, peuvent seules gouverner les dét

nations au\quclle.<i uoiis devons nous arr<^tiT,

qn en a[>parencc, (out est pacifique du côté du cabinet de Berlin, et qu'on ne peut voir aucune raison de se défier de sa sincérité. Cela ue veut pas dire que le cabinet de Berlin ne poursuive pas son œuvre, que cette a-uvre n'ait pas te caractère qu'on a plus d'une fois qualité à celte tribune; mais on peut affirmer (jue le cabinet de Berlin ne cherche aucune querelle, et que, si une querelle venait à naître dans l'état de choses actuel, ce ne serait pas par son fait.

De là je tire cette conséquence que le cabinet français peut ne pas se contenter de vaines déclar;jtions en matière de paix, quMI peut aller plusloiu. Ou nous a traités souvent d'esprits chimériques, quand nous avons demandé qu'on diminuât l'importance des armements, et j'entendais à une de vos dernières séances l'un des ministres les plus autorisés, — ils te sont tous assurément; — mais enmalîcre de budget, il faut reconnatlre que l'honneur appartient à M. le ministre des Finances, ^ dire que pour que des assurances de paix soient efficaces, que pour arrivera un désarmement, il faut élre deux. €ela est incoatestablc; mais ce que je me permets de répondre respectueusement à M. le ministre des Finances, c'est que, pour être deux, il faut souvent que celui qui est seul sache amener son interlocuteur à l'opinion e|u'il

I partage. IL y a pour cela des moyens (jui sont efficaces, et je crains que la France ne les ait pas suffisamment employés. Je ne veux pas entrer dans la discussion de cette (piestion, (jui nous conduirait trop loin, et je me contente, par l'expressiim de mon opinion personnelle et de ma conviction prcjfonde, de dire à la Chambre et au pays qui nous écoute qu'à l'heure tiii nous parlons il ne peut y avoir de causes sérieuses, je dirai de prétexte de guerre, si ce n'est un intérêt <iui ne serait pas un intérêt véritablement national. {Approhalion à gauche.)

Je n'en veux pas dire davantage en ce qui concerne l'AIlcmagoe; et vous voyez que j'ai tenu ma parole d'indiquer seulement les questions sans même les effleurer.

Je serai plus ccjurt encore en ce qui concerne l'Italie, et cela par cette raison que le sujet autiuel je loucherais pourrait amener dans cette Chambre des discussions que, d'un commun accord, nous croyons sage de complètement écarter. Seulement, ilm'est permis de regretter encore que le gouvernement,. sur ce point, ail été aussi sobre de communications, Nous l'avons regretté, non pas qu'il entr;\t dans notre dessein de soulever cette discussion, mais parce que nous aurions été bien aises détrc éclairé.s par lui. Nous l'avons été par d'autres, et nous avons vu que les déclaralions qui avaient été prononcées à cette tribune pouvaient se trouver atténuées par descommunicalionsdiploinatiques d'une très-grande valeur, et de nature à rétablir la vérité

DISCOURS PAHLEMENTAIRES.

des situalioas qui avaient été peul-étre singulièrement exagérées.

Je n'en veux pas dire davantage sur ce point, si ce n'est «pie le gouvernement français s'est engagé à renoncer, je ne dis pas à la protection du pouvoir temporel du Pape, —je ne touche pas à celle question, — mais à l'occupalion du territoire des États puotificaïu. aussitiVt que la siirclé du Saint-Père serait à l'abri de toute atleiate. Je prends la liberté de faire remarquer au gouvernement qu'en mtiltenant son occupation, il appreud h l'Europe que la sécurité du Saint- Père n'est pas encore entière. {Dénégations sur gotiques banct.)

Or, comme cette sécurité ne me parait menacée d'aucun cù\é, le gouvernement, par le secours qu'il prête à Sa Sainteté, irait peut-^trc indirectement contre le but qu'il se propose d'atteindre.

Je me contente donc de rappeler cet engagement, de dire que son exécution intéresse au plus haut degré le repos du pays ei en ntm temps le bon ordre de ses finances; je crois qu'il touche à des ipt^ tions plus élevées encore, que le moment ne me parait pas venu et discuter cl que je réserve pour nos successeurs.

H me sera impo>isible d'être aussi bref en ce qui concerne la question d'Orient. Si cependant la Chambre jugeait à propos de ne pas entendre ces explications (partez! jmrUz.'),}C ne veux pas la prendre par surprise, j'en ai pour quelques minutes, et je lui demande la pt^rmission de lui dire tout ce qui me parait nécessaire. {Paries!)

Ouand je parle de la question d'Orient, je veux parler eiclusivemenl de la question de la (^rèce. La queslion d'Orient est très-vasw ; si nous voulions, messieurs, l'aborder dans son ensemble comme dans ses détaifs, il faudrait interroger beaucoup de documents et fiirt valoir de nombreuses considérations. Mais, eu ce qui touche la tJp^cr, le débat peut se resireindre, et c'est uniquement à la situation qui loi est faite par les derniers événements, et surtout par les dernière* négociai ions politiques, que je vcu?c m'attacher,

Oue la Grèce si>ii digne, non pas seulement de nos sympathies, mais encore de notre protection diplornalique et politique, c'est ce que nul ne saurait contester. La Grèce, elle est notre œuvre, elle e<t née d'un cutbousiasme qui a laissé une page brillante et gloricBK dans l'histoire.

Il est possible même que la génération actuelle ait peine i k comprendre; ceux qui en ont été les témoins sentent encore au fttnd de leur cirur une émotion qui n'est pas complètement dissipée. L* Grèce réclamait son indépendance, au nom de l'humanité d'abord. eo invoquant ensuite les liens religieux qui l'attachaient à la France, en faisant valoir les services qu'elle pourrait lui rendre dans une confl*- ■ gration euro|iéenne. Il y avait ainsi, à la secourir, une sorte d'iotrr-A version aux traditions séculaires qui avaient jusque-là pré%'alu. puisque 1

c'élail UQ échec et une diminutiou de puissance de la Porte ottomane. Mais, messieurs, la France y était culraiaéc par des scatiineuts généreux, à ce point que le gouvernemenl dut s'y associer, impuissant (ju'il aurait été à y résister.

Voilà, messieurs, comment la Grèce est née. Je ne veui pas dire qu'en ce moment les traités qui ont assuré son existence politique ont manqué de prévoyance : j'en aurais cependant bien envie, car en les interrogeant et en comparant les déclarations qu'on y trouve avec^ l'obligation pratique de la création du royaume de la Grèce, il rae semble qu'il éiiiit facile à des esprits sagaces de pressentir les diffi-

■ cultes auxquelles ce jeune iClat allait être exposé, Je n'eu veux pas faire riiistoriquc devant vous, cela est complètement inutile, et je rac contente de rappeler que lorsque la guerre de Crimée éclata, la France oe se départit pas des sentiments d'intérêt et de protection qu'elle a toujours conservés vis-à-vis de la firèce, et sur ce point le langage de la diplomatie fut aussi explicite que possible,

La guerre de Crimée avait surtout pour objet d'arrêter la puissance envahissante de la Russie. Mais par cela même qu'elle concourait à affermir la domination de la Porte Ottomane, elle pouvait inspirer certaines inquiétudes à la Grèce.

Voilà coramcnl le^ deux puissances alliées, l'Angleterre et la France, cherchèrent à les dissiper, par des déclarations qui ne peuvent laisser aucun doute sur nos intentions; voici, en effet, ce que disait M. Drouyu de Lhuys dans une dépêche qui porte la date du 13 janvier 18G4 :

« Protéger et défendre la Turquie, sans obtenir d'elle un retour de garanties pour nos frères d'(»rient, ce serait comme un abandon

■ des traditions religieuses de l'Europe, et je comprends que les con- ' sciences s*en soient émues. >

Et lord Clarendon était encore, permettez-moi de le dire, plus explicite; il disait, en effet, dans sa dépêche à lord Strafford : i^ Hue la Turquie ne peut avoir de garantie de son existence, comme Etat indépendant, qu'en se conciliant l'attachement de ses sujets chrétiens et en les intéressant à sa conservation-, que quand même la Turquie surmonterait les difficultés de la crise actuelle avec l'aide de ses alliés, elle ne peut pas compter sur l'assistance étrangère comme sur une ressource permanente, mais qu'elle doit se créer une défense plus sûre dans l'affection de la partie la plus intelligente, la plus active et la plus entreprenante de ses sujets ; qu'il est impossible de supposer que la moindre sympathie puisse être ressentie par les chrétiens pour le pouvoir qui les gouverne, tant que, dans leurs affaires de chaque jour, les chrétiens feront l'épreuve de rinfériorité de leur condition, comparée à la condition de leurs cosujels musul-

OISCOlIltS l'AHLEMENTAIRES.

mans, tant qu'ils seront convaiiKus que c'est en vain qu'ils demaodeQi justice pour les torts qui leur sont faits, soit dans leurs persounes, soit dans leur? propriétés, et cela parce qu'ils sont regardés comme une race dégradre, indif^ne d'Clre mise sur le ra«^me pied que les sectateurs de Malioniet. «

Je ne crois pas qu'il y ait dans celle enceinte une seule per^oone qui puisse désavouer la sagesse et la fermeté de ces paroles-, kur élévation est jurande, car elles prouvent qu'au moment où elles étaient prononcées, les chrétiens résidant sur le territoire otioman étaient condamnés à une sorte d'os[racisnic permanent, qu'ils étaient les parias de ce {gouvernement, complètement placés, à raison de la religion qu'ils professent, en dehors <ic toute espèce de droit commun. Et c'était là, messieurs, ta vérité pure, vérité qui indiguil, i bon droit, la conscience de ceux qui avaient l'honneur de diriger le* intérêts de la France et de la (.iraude-Bretagnc; vérité qui était pro> clamée bien haut, afin que, prenant ainsi possession des e»pnts, elle piU les ramener à un sentiment plus équitable de la situation dere> malheureux captifs.

Aussi, messieurs, après nos triomphes en Crimée, lorsqu'à (a guerre succédèrent les négocialious, dans le traité de IRâ6, M. le comte Walewski, (|ui avait Thouncur de présider le congrès, fit entendre des paroles qui seront toujours utiles à rappeler dans At semblables questions, car elles prouvent et le droit incontestable de la France et le sujet d'application de ce droit; elles prouvent son éternelle sollicitude pour ces malheureux qui sont sacriHés à ont domination aveugle, fatahste, laquelle n'a |)erdu quelque cbos« de sa barbarie qu'à raison de la contagion inévitable de la douceur des mœurs et du progrès de la civilisation, mais qui n'en demeurent pM moins exposés à tous les caprices, sans que le malheureux clirétifli ait aucune espèce de garantie, ainsi que le disait très-bien lordCiarcndon, ni pour ses biens, ni pour sa personne.

Aussi, flans la s<;ance du 8 avril IHrjti, voici comment le président du congrès s'expliquait : « Il appelle l'attention de rassemblée su des sujets qui demandent des solutions et dont il peut être ntflcde s'occuper afin de prévenir de nouvelles complications et d'assorcr pour l'avenir le repos du monde... Le congrès n'ignore pas que l'étal dans lequel se trouve aujourd'hui la (Irècc est loin d'être satisfaisant... '

El dans une autre séance, il jircnait acte de l'adhésion, au moiui tacite, donnée à ces vérités par tous les autres plénipotentiaires, qw personne n'avait contesté la nécessité de se préoccuper sincèrcmeni d'améliorer la situation de la Grèce, et que les trois autres cours pro- . tectrices avaient reconnu l'importance de s'entendre entre elles i eti m égard. ^

Voilà, messieurs, la situation qui était réViMée par les hommes les plus compétents en 1850, et voilà comment la main puissante de la Fraocc, après avoir protégé la Turquie contre les envahissements delà Russie, s'étenflait aussi pacifiquement sur la Grèce, pour que ses droits fussent respectes; et certes ellectait hieneu mesure, après les services considérables qu'elle avilit rendus à la Porte OItoraane, d exiger d'elle un traitement unpcuplushum^-tiu vis-à-vis des sujets chrétiens.

Je reconnais qu'elle l'a essayé; seulement, ici encore, elle me paraît avoir à peu près compiétemenl échoué, et je n'en veux donner d'autre preuve que les évéuements qui éclatent dix ans après ; je veux parler de rinsurreclion de Crète, qui a été, comme vous le savez, le point de départ du dernier événement auttuel je vais venir.

L'insurrection de Crète a-t-elle eu pour cause les menées souterraines de quelques aventuriers, l'ambition du gouvernement grec, ou bien, au contraire, n"a-t-elle pas éclaté spontanément à la suite de vexations intolérables, de mauvais traitements que la population avait à subir et contre lesquels elle se révoltait?

C'est une question qui n'a besoin que d'être posée pour être résolue, car sa solution résulte des documents raémes qui, l'année dernière, nous ont été distribués par le gouvernement.

Il est bien clair que les plaintes des Cretois ont reçu l'assentiment de presque toutes les puissances, et que la France a fini par reconnaître leur légitimité,

le ne veux pas, messieurs, mettre sous vos yeux les procès-verbaux qui consacrent ces faits, ce serait abuser de votre bienveillance; je les tiens pour constants. Seulement je rappelle ce que j'ai eu l'honneur de dire l'année dernière à cette tribune : que sur ce point important et au moment où a éclaté un événement qui, malgré son caractère restreint, pouvait arrivera troubler la paix du monde, la France a semblé hésiter, qu'elle n'a pas eu là nue politique en forme, qu'elle en a eu en réalité trois succesïives et contradictoires.

La première a été la désapprobation formelle de l'entreprise des Cretois. Vous vous rappelez que, précisément à cette époque, M. le ministre des Affaires étrangères venait d'être appelé à ses hautes fonctions; il quittait l'ambassade de Constantinople, et, en venant à Paris, il crut devoir s'arrêter dans la capitale de la (irèce. Il eut là une entrevue avec le jeune roi: il lui fit connaitrc la désapprobation formelle du gouvernement français ; il lui affirma que jamais le gouvenieraent grec non plus que les Cretois ne seraient appuyés dans cette entreprise, et il laissa ainsi le cabinet grec dans la stupéfaction. Je dis dans la stupéfaction, car c'était une opinion, probablement énoncée, mais c'était une opinion générale en Grèce que la France avait été sympathique à la révolte de la Crète.

DISCOURS PARLEMCNTAIKES.

On était allé beaucoup plus loin. Je ne veux pas catreteoir Chambre de détails qui, n'ayanipoiol un caractère officiel, pourrsiei être contredits; mais je ne craius pas d'affirmer que cette déclaration de M. le ministre causa au cabinet d'Athènes un grand chagrin r\ aae véritable surprise.

Mais je me hâte d'ajouter que lorsqu'il fut h Pans, s ct;ml nu commuoicalion avec les chanceliers d'Europe, M. le ministre moi complètement son opinion; à ce point que, sur les iasiigatioos cabinet autrichien, — et M. le ministre actuel des Affaires élrangri connaît toutes ces dépêches auxquelles je ne fais qu allusioa citer, — sur les insti(];ations du cabinet autricliiea, auquel se joigiif celui de Berlin, et par une conversion à coup sûr fort étrange, M. \e ministre en arriva nou-seulcraeut à faire des remontrances à U Torquie, mais encore à faire une proposition de cession de l'île deCrèit au profit de la Grèce.

Toute l'Europe connaît ces choses, et dés lors vous voyez la iKttauce qui sépare l'une de l'autre ces deux politiques : c'est onwufi un non, c'est l'affirmation et la néjjatiou; car si l'Europe étiiiût^ ressée à ce que l'ile de Crète ne restât pas plus long^tenips tatnks mains de la Porte Otloinaue, il est clair que la Crète avait ni^on dt secouer ce joug odieux, puisque l'Europe était de comphciiè ivtf elle.

Eh bien, vous savez quelle fut la réponse de la Porte OtlumiDr; elle fulàlafois ferme et fiére : elle rappela que la Crète faisait pirfif de l'empire ottoman depuis les traités, qu'on pouvait la lui arraclut, mais qu'elle ne la céderait pas.

En présence d'une semblahle déclaration, il fallait recouriria qu'on peut appeler au Palais un parti subsidiaire, on ne réclama ptv la cession de ce territoire, mais on demanda à intervenir dausl'adi*nistralion intérieure de la Turquie, en ce qui touche, bien entcmii. la Crète, et vous vous rappelez ce mémorandum que j'ai là, <pif ne lis pas, qui porte la date du 29 octobre 1867, m^^morandum dv* lequel la Prusse, la (;randc-Breta(jne, l'Autriche et la France inttf^ viennent à la fois pour demander à la Porte Ottomane de Iraiterli Crète avec plus d'humaniic et d'administrer ces malheureuses paj»* lations au lieu de les dépouiller, de sillonner cette ile de roules f permissent les communications, et, en un mot, de mettre fini« régime in(olérable, qui serait tôt ou lard la cause d'une nou«* insurrection.

En même temps, vous le savez encore, je rappelle ces faits ii^ somm;iiremenl, non-seulement le gouvernement français doniuiii la Grèce ces témoignages inattendus de faveur; non-sculcincBi i entrait dans les négociations pour se déclarer très-nettenieat cooW

la Porte Ottomane, mais eucorc il totërait tes enlrcprises qui se faisaient à ciel ouvert et les comité.<; dans lesquels ou levait des liomraes et l'on recueillait de l'arçcDt et des armes, et vous Q*avcz poiat oublié, messieurs, ces valeureux marias qui, h la faveur de la brume, avec des balancelles, au risque de la vie et en bravant le blocus qui enfermait Tile de Crète, allaient jeter sur ces malheureux rivaffes des hommes et des fusils.

Toutes ces choses éLaient sues de ta France. Je ne dis pas qu'elle les approuvât officiellement, mais c*est alors qu'elles s'accomplissaient qu'elle tenait te lanfijage eu complète contradiction avec celui qu'elle avait fait entendre au mots d'août lMG(i.

Comment trouverez-vous étonnant que l'insurrection de Crète ail continué? Comment trouverez-vous étonnant que la (irèce ne s'en soit pas désintéressée? Je ne veux pas rechercher par quelle cause secrète la Turquie a tout à coup pris une attitude qui semblait démentir tous ses précédents. Jusque-là elle s'était épuisée en vains efforts sur ce petit morceau de terre qui avait été arrosé de tant de sanj; généreux. .Mais bientôt elle s'en prit au gouvernement grec lui-même, et vous connaissez l'ultimatum qu'elle lui fit signifier. La Grèce résistant» ce fui alors que la France et les autres puissances inlervinrcut.

Ici, bien loin de blâmer le gouvernement, je suis trës-prét à le remercier. Il m'est difficile d'admettre que ta conférence h laquelle il a été procédé ait eu une très-grande efficacité : elle n'a résolu aucune (jucstion, elle les a toutes ajournées. Cependant, messieurs, toutes les fois qu'il s'agit de la paix ou de ta guerre, il serait bien injuste de ne pas .savoir gré aux gouvernements mêmes de leurs bonnes iuten lions dans de pareilles questions, quand cites se débattent daus une .situation semblable à la nôtre qui pourrait amener un vaste embrasement. Au milieu de tant de questions indécises, de tant de confusions, de tant de passions qui s'ignorent elles-mêmes, bien qu'elles soient sur le point de s'entrc-déchirer, quand on rencontre un gouvernement qui, par un moyen quelconque, arrive à ajourner une lutte, ou doit, je le répète, accueillir sa décision avec satisfaction.

La pensée de la conférence est venue du cabinet prussien ; la France avait jusque-là employé ses bons offices vis-à-vis de la Grèce pour la déterminer à rentrer dans l'exécution du droit des gens ; je ne recherche point, ne voulant pas me livrer à une discussion de détail et aller, au delà des faits connus, étudier les intentions, je ne recherche pas qu'elle a été la cause de cette inspiration du cabinet prussien, et pourquoi elle a été favorablement accueillie par te cabinet français; je me borne à la constater avec le sentiment que tout à l'heure je prenais la liberté d'exprimer; seulcraeat il me semble qu'à ce

ag» DISrOlînS PARLEMENTAIRES.

inimiciit solennel la France, je n'hésite pas à le dire, ou loaiao moins le cabinet français, a manqué de fermeté, et que pcai-«ire vis-à-vis de la Turquie il ne s'est pas montré suffisamment eiipeani.

La Turquie avait le droit, puisque celait à elle qu'on propu^ait une conférence pour arrêter ses armées» prêtes à entrer en campi- {îne,de se tenir à rultimatum qu'elle avait signifié; elle avait le drmi de poser ses ccinditions, mais on avait le droit aussi de le modifirr par l'influence morale, souveraine, qui appartient à une f^randr nation comme la France, laquelle a rendu à la Turquie des service aussi signalés.

Matlieureusement, il n'en a pas été ainsi. Lh Turquie a annoncé d'avance, non-seulement qu'elle n'admettait pas qu'il fût question de la cession de l'ile de Crète, ce que je comprends, mais qu'elle ne voulait pas qu'on s'occupfttde l'administration intérieure de cette tle.

Or, messieurs, prcncz-y bien jjarde, accepter la conférence dans de semblables conditions, c'était reculer en deçà du 25 octobre 1867, en deçà du H avril I8j6; c'était donner aux {jénéreux instincts de \» politique française, à son besoin de sentiment, si vous le voulez. — mais le sentiment, dans les choses de ce monde, a une puissance très-grande, — c'était donner, dis-je, à cette politique, un édatinl démenti. Et c'est ainsi que chacun l'a jugé. La Grèce, elle, a été écartée de la conférence; messieurs, on l'a dit avec raison^ et cette parole n'est pas de moi.^ elle n'y avait qu'une place ; c'était la place d'une accusée, elle devait y comparaître devant ses juges-, il ne lui a pas convenu d'aciepler un pareil rôle, il faut en féliciter ses bomiar» d'État; mais, par cela même qu'elle était absente, ses intérêts ont été singulièrement sacrifiés.

Je neveux pas dire qu'on ait accueilli toutes les eitigences dc\i Turquie; on les a cependant sanctionnées en les adoucissant ; detdlr sorte, messieurs, que la (Jrèce est sortie de cette conférence humiliée, diminuée devant l'Europe; et la (îrècc ne peut pas subir une hunuliation ni une diminution, sans que cette humiliation et cette diminution atteignent la France. La France s'est trouvée alors diretlfment engagée dans la cpiestion, elle avait un intérêt d'honneur j soutenir sou alliée, et à faire triompher dans cette conférence do prétentions qui étaient légitimes.

.Mahieurcusement, messieurs, je crains qu'elle ne Tait pas fail.ei. quand je disais que la question qu'il s'agissait de résoudre ddosU conférence avait été purement ajouruée, je crois que j'étais dan» l( vrai, et je tire cette conséquence de l'attitude même du gouvcmfraent grec. Permettez-moi, messieurs, celle dernière cilatioa . fH* me parait complètement justifier l'opinion que j'ai pris la Ubertf d'exprimer devant vous.

Voici, messieurs, comment M. Rangliabc faisait connaitrc à son fîOuvert»emcQt les imprcssious que lui inspirait cette solution, qu'il ne pouvait accepter sans un grand sentiment de tristesse :

« Il esl flautanl plus rcgrel table , dit le ministre des Affaires êlranjïèrcs de la Grèce, (jue la conférence ne se soit pas occupée de ta question créloise qui piiurrail, en se renouvelant dans un temps plus ou moins rapproché, produire les ni<?raes effets, que les grandes [uiissaDces, à rexceplion de la Grande-Bretaj^nc, ont cru devoir peser, en 18G7, sur la Porte Ott(>mane pour ia déterminera consentir a un examen des vœux des Cretois..... C'est là ce qui, comme j'avais l'iioaneur de vous le dire, place le cabinet français en contradiction flvec lui-même.

■ Le gouvernement du roi, ajoule-t-il, comptant sur les dispositions des six grandes puissances signataires du traité de lH56ea faveur des cbrélicns de l'empire ottoman, se flatte qu'elles voudront bien eiiuployer leur haute iuMuence afin que le sort des Cretois, et de tous les chriMiens nos coreligionnaires, soit sérieusement amélioré, j-

Eh bien, messieurs, comment ce vœu, bien modeste assurément, bien mélancolique, et tel qu'il convenait à celui qui avait été ainsi évincé de la conférence, comment a-t-il été entendu par le gouvernement?

A peine s'était-il passé quelques semaines depuis que ce vœu avait été produit, que le gouvernement français, contrairement à Kmtes les traditions (jue tout à l'heure je rapjielais, a refusé d'écouter les plaintes, cependant très-légitimes, de malheureux Grecs qui avaient vu leurs anciens privilèges violés par la barbarie de la Porte Ottomane.

Vous savez, en effet, ce qui s'est passé dans les Sporades. Les Sporades sont de petites îles, sur l'Archipel, parmi lesquelles se trouve l'ile de i'athmos. On m'accusera d'ôlrc un seulimcntahsle, c'est possible; mais enfin, il y a de grands souvenirs qui vont droit au cœur, et il est difficile de se défendre de certaines impressions. Eh bien, dans ce groupe d'îles vivait une popubitou fort brave, jouissant, aux termes de chartes séculaires, de privilèges qui leur assuraient la noniinaiiou de leurs magistrats, de leurs patriarches, le libre exercice de leur culte. La Turquie, trùs-forte par l'adhésion qu'elle avait trouvée de la part de la France, résolut d'en Htiîr avec ces restes d'indépendance qui pouvaient être dangereux par la contagion qu'ils auraient exercée sur les autres parties du territoire grec,

Les îles ont été envahies, les privilèges ont été détruits, et les malheureux qui ont voulu se défendre, forcés de prendre la mer. nuelques-uns sont venus en France. Voici ce que je lis dans une dépêche:

« Les habitants se sont enfuis dans les montagnes et ont envoyé à

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