II
lirSCOrRS PARLEMENTAIRES.
CoDstaiilinople une pétiliuii demandant le maioUen de leurs prÏMléges. »
Si les feuilles qui ont rapporté ces faits ont été bien informces (ii'putés des Sporades sont venus en France; on ne les a pas accueill ils n'ont pas été reçus par M. le ministre des Affaires étrangères.
Messieurs, je n'accuse pas, à coup sûr, les intentions de l'hoaurab! iiilintuistrateur qui dirijïc ce département. Mais je dis que les ne silés qui l'ont contraint à prendre une résoEuliuQ si douloureuse ool di^ Hre Ijïeu puissantes pour qu'elles triomphassent de ses sentiment, que je me permets ifc deviner, en affirmant qu'ils étaient favoralvle-à ces malheureux.
El voilà comment s'exerce la prolcclion que nous avons promise aux cliréiiens d'Orient! Voilà comment ils sont chassésdc leurs maisons et coïAmcut la barbarie vient les priver de leurs droits acqui» par une loujjue prescription et qui n'étaient nullement à redouter, car les malheureux habitants de ces îles sont précisément . par leur petit nombre, dans rimpus^ibitité de causer le moindre ombrage i ij Turquie. Mais c'est uue question de principe qu'elle a voulu ùder-, c'est la civilisation que la Turquie poursuit dans ces derniers débris ; c'est la Croix qu'elle veut étouffer sous le Coran.
Voilà, messieurs, ce qui s'est passé, cl nous sommes restés uonsculciueut indifférents à ses plaintes, mais dédaigneux. Voilà ce qui me parait intolérable, et je prends la liberté d'appeler sur ces faits raltcnlion bieuvcillante de la Chambre.
Il n'est pas possible que le (jouvernemenl français, changcaDt ù ■ souvent sa politique, s'arrête ainsi, en définitive, à celle qui blci« i nos scntimeuls les plus cliers, et qu'il protéjîc la force brutale cuuirr la faiblesse opprimée.
.l'ai lu, en effet, messieurs, des documents que je pourrais, que jf devrais peut-être mettre sous vos yeux, tous officiels , autbcutjqur*. émanés des différents agents qui résidaient dans l'ilc de Crète, agent» delà Crande-Brctague, de l'Autriche, de la Prusse, de la Francr; tous rendent compte, dans les termes les plus navrants, des barbann auxquelles se siml livrés les Turcs daus t'jle de Crète; des exactiois, des cruautés dont les malheureux insulaires ont été les victimes.
El c'est alorsquela France estintervenue, qu'elle a d'abord denuadé que la Crète filt abandonnée, car c'était à ses yeux une qucstioa qui intéressait l'équilibre européen; ensuite elle a réclamé pour la Crvte au moius le bénéfice d'une administration régulière, ce qui paraissait tout naturel. On s'est joué d'ellie comme à Tunis; seulement il ne s'agit plus ici d'une question d'argent, mais d'une question d'humanité; il s'agit de la protection que nous n'avons jamais refusée à dm malheureux frères d'Orient.
Craignons que, si nous persévérons dans une politique aussi contraire aux véritables traditions de la France, aux inspirations de Thumanité, la Grèce ne cherche ailleurs le secours moral que nous lui refusons. Ce n*est un secret pour personne qu'une grande puissance, qui ne manque ni de force ni de ressources, ni d'ambition
{mouvements divers) a quelque désir de se mêler des affaires européennes. Et M. le ministre des Affaires étrangères peut savoir qu'ayant été éconduits par la diplomatie française, les malheureux exilés de Crète ont pris la mer pour aller entretenir cette puissance de leurs légitimes doléances.
Je ne veux rien exagérer, je ne veux point apporter à cette tribune des pressentiments {bruit) que l'avenir se chargera peut-être de démentir ; seulement, messieurs, sûr que je ne me trompe pas quand j'invoque les véritables sentiments de mon pays, l'intérêt qui attache tous ceux qui ont un cœur à la cause de la malheureuse Crète, je la recommande à M. le ministre des Affaires étrangères, non pas pour qu'il lui porte un intérêt stérile qui aille se perdre dans des protocoles sans efficacité, mais pour .qu'il prenne en main sa défense, et la défense du droit contre la barbarie et contre l'oppression. {Très-bien! très-bien! sur les bancs à la gauche de l'orateur.)
PRONONCÉ AU CORPS LÉGISLATIF
Il AN S LA SE A > CE DU 13 AVRIL 1 80'.>
QUESTION ALGÉniEM<B.
Sur l'amenilcmcnt ttc M. Lo lion, demandanl pour l'Algérie un gouvercenieati
Messieurs,
Il csl assurément très-rcf^retlable, et cela sous tous les rapports, (luela question soulevée part'aracndemeatiiiiraport.inl de l'honoraWe préopinanl SDil uéccssaJrenieut jijournée. .le reconnais cepemlaiit 4|ue le principal élément de solution mauque au débat. Cet élémcûl, c'est l'enqutUe à laquelle il a été procédé l'année dernière. Ottr enquête a été faite avec le plus çrand soin, et je m'empresse de Ir dire, eu étaut ici l'écho de tout ce (jue j'ai entendu en Alçéri»*. «*llf J été faite avec la plus gmade indépeudaocc.
C'est pour nous, messieurs, une raison de désirer plus vivcnicni qu'elle suit mise sous vos yeux; cela n'a pas été possible; encore une fois, je le regrette et je reconnais avec Tliouorable M. Le Hun qu'il est cilrémemciit difficile de discuter daus une semblable silaaiioD que nous n'avons pas faite. ISéaiiniuins, les intérêts qui sont aia^ laissés en souffrance, ne pourront éprouver aucune espèce de satisfacltou de l'ajouruenieut qui vous est proposé. Et il est une ou dcai questions qui pourraient, à ce qu'il me semble, si ce n'est être lr>ilées, au moins être indiquées ilcvaul la Chambre, même en rabancr des documents desquels je viens de parler.
Ainsi, nous avions demandé que l'AlgiTic ertt le droit de nonniirr ses représentants; et assurément, messieurs, quelles que .«oient le? lumières que nous rencontrerons dans l'enquête dont tout h l'heort je faisais un éloge anticipé et par ouï-dire, cette question, qui a ét^ déjà soumise une première fois à la Chambre, pourrait être disealéf
devant elle et résolue par son vole. Je ne sais quellc<! raisons seraient aujourd'hui onposées piir le {juuvernemcnt ou par ceux qui coasidèrent la mesure que nous avons réclamée comme inopportune. Déjà nous en ,ivon«: entendu quelques-unes. On nous a dit qu'il était extrêmement difficile de pouvoir ap|diquer la consiiiuiiou qui refait la France à la colonie al(jérienne; que celle cohtnie, comme vous te savez tous, recevaituneorgaui^ialiou particulière des séualus-consultcs, et que les sénatu-s-eonsultes ne s'étaient point prononcés sur celle questi<m de représentation.
Je ne pourrais que répéter ce que j'ai eu l'honneur de dire à la ("hanibrc l'année dernière , dans la discussion que peut-être elle n'a point oubliée.
Sur la première question, il est bien clair que ce n'est point la constitution actuelle que nous invoquons; mais si cette constitution contient une lacune, éviflcmmenl injuste et contraire aux intérêts généraux, au lieu d'invoquer la cunstitution , il Faut s'empresser de la modifier. (,)uc sur ce point le Corps législatif soit incompétent, c'est possible; mais, comme il y a une autorité qui ne l'est pas, c'est le Sénat, nous sommes parfaitement bien venus à nous foire les échos des vœux qui reviennent de tous les côtés de la province d'Algérie, et en vertu descjuels la représentation est éuer<]i([ucment réclamée.
Dans la session du conseil général de la province d'Alger, ce vœu a de nouveau été formulé avec un certain sentiment de tristesse, j'en conviens, car pour un granil carps comme le conseil général de la province d'Alger, il y a eu quelque chose qui jusqu'à un certain point a ;>u lui paraiire fticheux, de sans cesse émettre des v<rux qui sont au «si sans cesse dédaignés.
Voilà pourquoi M. le rapporteur au conseil général faisait entendre ces paroles empreintes d'une mélancolie que jcrecommanfle à la sollicitude du gouvernement : -^ Eu recherchant, dans l'exposé de M. le préfet, la suite qui a été donnée aux vœux que nous avons adressés à 1 administration, daus le cours de notre session de 1S67, votre commission, messieurs, a éprouvé une véritable tristesse. "
Cette tristesse se conçoit, les vœux n'ayant pas eu de saîte. Pourtant le rapporteur en propose un dernier :
" Nous terminons, dit-il, en vous proposant d'émettre le vœu que les vœux que nous faisons soient pris par le gouvernement en plus sérieuse considération qu'ils ne l'ont été jusqu'à présent, rf
Kh bien, toutes les fois que le gouvernemeni a la parole, il s'en sert piHir nous assurer qu'il étudie milrement ces questions, qu'il se pénètre des besoins des populations, qu'il est exlrémemcnt sensible à la volonté que ces populations manifestent.
Les conseils généraux, qui, à coup sûr, ne sont pas un ramassis de
694 DISCOURS PA ULEM KN T A I R ES.
factieux, ont le droit, d'après la loi, d'émettre des vœux. Vousvoytr, messieurs, ce que le gouveraeraenten fait, puisque ces couscUs généraux sont dans la uécessité d'émettre vœux sur vœux et en mémt temps de proclamer leur impuissance.
C'est afiu de faire cesser un pareil état de choses que nous tondrions que la Chambre prit on considération l'araendement que nous avoDS proposé.
J'ai répondu ainsi à l'objection qui est tirée de la constitution , de votre propre incompétence, j'ai répondu en disant que ces objections sont un obstacle de pure forme, facile à francliir; que lorsqu'on interroge les vœux des populations, on voit qu'elles sont profondéracDi blessées de la continuation de l'état de choses que le ijouverncmeni leur impose.
Mais permcttez-nioi d'ajouter, et c'est un mot seulement, qu'une autre objection tirée du fond même, la difficulté que présenterait l'élection de députés en Algérie, n'est pas plus sérieuse.
Le {jouvcrncrueni, en effet, nous a dit dans la discussion à laquelle je fais allusion que, d'après la constitution, il devait y avoir pour b représentation nationale un député pour 3:j, 000 électeurs ; qu'Userait assez difficile de déterminer ce nond)rc en Algérie, et que, danâ tous les cas peul-étre, si l'on voulait ainsi appliquer le principe constitutionnel, il n'y aurait qu'un député en Algérie. M'y âurait-il «[D'od député en Algérie, ce serait déjà une amélioration considérable ; ce serait une satisfaction donnée aux vœux qui, chaque année, sont émis par les conseils généraux. Nous aurions au moins dans cette enceinte un homme compétent, autorisé, revêtu du mandat national, i]vi viendrait nous entretenir des affaires de la colonie, et qui nous permettrait de contribuera sa prospérité et de faire cesser les injostircs dont elle souffre.
Mais je suis bien loin de concéder au gouvernement qu'en appliquant, je ne dirai pas te principe absolu de la constitution, mai^sa règle générale, on arrivera seulement à la nomination d'un seul député. Voici, en effets quel est le chiffre de la population française en Algérie, et sa répartition.
Les Français qui pourraient être inscrits sur les listes électonks sont, en .\lgérie, d'après le recrutement de 1866, au nombre de J0,897, ce qui contient assurément le chiffre de 3r>,000, et ce qui permettrait, comme je le disais tout à l'heure, ce qui serait déjà aa progrés incontestable, ce qui permettrait à l'Algérie d'envoyer OD député dans cette ccceinte, et même deux, puisqu'à chaque fractian de 17,000 électeurs peut correspondre la nomination d'un député.
Mais ces -<6,8!)7 citoyens, qui sont, d'après le droit commun, d"apr*s tes principes généraux, des électeurs puisqu'ils sont des citoyens
IS AVRIL I«fl9.
fi9B
français, sont répartis daus les (rois provinces en proportions à peu près égales. Ainsi, dans la province d'Alger, il y en a 19,800 ; dans la province d'Orau, 13,855; dans la province de CoQSt;intiuc, 13,190.
Vous voyez donc, messieurs, et cela est dans la nature des choses, que ces provinces contiennent un chiffre à peu près égal d'électeurs. N'csl-il pas suffisant et assez respectable pour déterminer le gouvernement à accorder à chaque groupe de ces citoyens un mandataire qui les représente? Et n'est-il pas certain que les intérêts locaux de chacune de ces fractions du territoire algérien pouvant avoir des exigences particulières, il est aussi juste que raisonnable de leur accorder le droit d'élire un député? Quant à moi, je ne comprends pas quelles peuvent être les raisons qui arrêtent le gouvernement dans une mesure de cette nature, alors qu'elle est réclamée par l'Algérie, alors qu'elle est conforme aux intérêts généraux de la France.
Nous ne connaîtrons les véritables besoins de l'Algérie que le jour où ils pourront nous être révélés par ceux qui, vivant sur son sol, s'inspirant de sa vie de chaque jour, pourront être ses véritables et autorisés mandataires. {}farques d'approbation autour de l'orateur.)
Je ne veux pas prolonger davantage cette discussion; c'est bien plutôt, comme l'a fait le conseil général dans sa dernière session, un v<eu que je me permets de transmettre à la Chambre et en présence ilu pays qui nous entend.
Huant à moi, je regrette profondément qu'il ne soit pas possible au gouvernement de présenter, si ce n'est un projet de loi, au moins un sénatus-coDsulte, qui, pour la législature prochaine, viendrait apporter un remède à l'état de choses actuel dont souffre profondément l'Algérie, et qui est assurémeut aussi défavorable aux intérêts de la mère patrie. [Nouvelles approbations autour de l'orateur.)
Permettez-moi, messieurs, d'ajouter un mot, et ce mol est relatif au régime de la pres.se en Algérie.
Vous savez tous que le gouvernement a pensé que la loi de 1868 ne devait pas lui être appliquée; quelle en est la raison? Il m'a été impossible jusqu'ici de la deviner. Si les institutions civiles de IWlgéric ne sont pas conformes k celles de la France, ce que je reconnais, il n'en est pas moins vrai que son gouvernement doit se modeler, autant que possible, sur celui de la mère patrie. Et quand bien même l'élément militaire conserverait encore une prépondérance dont nous contestons la légitimité et Tintérét, je suis convaincu qu'il finira par disparaître complètement. En effet, après les révélations qui sont contenues dans l'enquête à laquelle il a été procédé, et en présence des explications ([ui, j'en suis sdr, seront aussi loyales que fermes dans la bouche de mon honorable collègue M. Le Hon, ce qu'il faut dire, messieurs, c'est -que rélément militaire, quelle que soit sa prépondérance en Algérie,
DISCOURS PARLEMENTAIPiES.
ne peut pas cependant conserver indéfiDimeat la suprématie qu'il s'est arrogée sur la pensée humaine. {Très-bien! autour de toratmr.) Tandis qu'en France vous avez reconnu qu'il est saîje, poUliqae, opportun de faire cesser le régime administratif, qui était, vous le savez, exercé par des mains civiles, et qu'il fallait rendre à la pre*v le ré[îime de droit commun, vous avez mainlenu pour l'Alt^éric k régime administratif qui est conHé à des mains militaires.
C'est là, messieurs, une anomalie; c'est un danger. C'est d'abonl une anomalie que rien n'explique, et les colons de l'Algérie ^ demandent par quel privilège humiliant pour eux ils sont jugé? indignes d'une liberté qui a été reconnue nécessaire en France.
Je dis ensuite, messieurs, que cette exception est dangereuse. Elle est dangereuse précisément parce qu'elle suscite en Algérie des irritalious qui peuvent toujours être pour le gouvernement une sorte d'embarras, Elle est dangereuse, eu oulre, parce qu'elle arme le poiH voir militaire d'une autorité qui est bien plus pernicieuse à celui qs! l'exerce qu'à celui qui en souffre.
.te pourrais très-facilemeul justifier celle opinion en metiani sons vos yeux quelques-uns des averlissements qui, dans des tenues pitt* récents, ont été adressés à la presse algérienne. J'en ai uo entre les mains, oiuui journal a été averti pour avoir émis le vœu que l'Algérie eilt des représentants au Corps législatif; et voici, en effet, messieurs, ce que dit ravertissement qui a été donuô au journal l'Kcho (tOrn: < Il ne faut pas comprendre le premier mot de ce qui se passe du» les élections de uos départements... pour ne pas savoir que l'Empire n'autorisera jamais l'Algérie à élire des députés indépendants. •
Sur quoi M. le gouverneur de la province de l'Algérie donne un averli-^semcul au jtmrnal, et cet avertissement est ainsi raolivë:
» Considérant que l'auteur de cet article cherche ainsi à jeter b déconsidération et le mépris sur l'administration algérienne et le gouvernement de l'empereur,
■ Un deuxième avcrlissement est donné au journal tÉcàod'Oran. *
Et vous voyez à quel résultat piquant et inattendu on arrive, lorsqu'un journal est frappé d'un avertissement pour avoir suppusé de la part du gouveruement la résistance qui va se manifester, je n'en doute pas, par l'organe de M. le générai Allard, Le journal d'Orananil deviné que le gouvernement s'opposerait à l'élection des dépntés de l'Algérie, et pour cela il est considéré comme ayant appelé sur Icgouveruemenl h décousidéralion et le mépris, et il est frappé d'un atertisscmcnl. Je demande ce que devient la conscience publique en présence de semblables contradictions. N'avais-je pas raison de dire que ce pouvoir arbiiraire, discrétionnaire, est beaucoup plus dangereux pour celui qui l'exerce que pour celui qui le subit? Peut-il
is AVRIL lacg.
dépendre d'un général ou d'un préfet de disposer de la cousidéralioii {ïuù citoyen, et l'adminislralcur n'esl-il pas atteint, dans uue certaine mesure, dans la considération qui lui est essentielle, quand il se trompeaussi lourdcmeol dans l'exercice du pouvoir qui lui est contié?
Dans un autre avertissement, je rencontre un détail «jui n'est pas moins curieux. Mgr l'archevêque d'Aljjer était veuu à Paris, et un journal avait racouté qu'il avait eu avec l'empereur plusieurs entrevues. C'est dans la correspniirlance parisienne du journal l'Akhar, et c'est précisément à cette iiccasiou tpic le journal reçoit, non pas un avertissement, mais un communiqué, dans des termes qu'il n'est pas tout à Fait inutile die mettre sous les yeux de la Chambre, pour lui prouver ce que devient ce pouvoir discrétionnaire et comment il travaille, si ce n'est à la pacification des esprits, au moins à leur cdilicalion.
' Le journal l'Akhar du 1 1 de ce mois publie, au titre Correspondance parisienne, un article de M. Allao. qui parle des cutrevues de l'empereur et de l'archevêque d'Aljjer. D'après cet article, M\^,v I.avi- Çcrie, sentant qu'il avait dans le chef des bureaux arabes un ennemi à surveiller, se serait !den {jardé de quitter Paris pour retourner dans son diocèse. Il serait resté plus de trois mois à Paris, et, dans cet intervalle de temps, ses entretiens avec l'empereur aiiraieni été nombreux. Il aurait surtout vivement appuyé la nomination de M. Béhié, fi qui la position de gouverneur ffénéral aurait été offerte. Knfin, le réçime militaire serait mort en principe, et sesjours seraient comptés.»
Et c'est ce communiqué qui s'exprime ainsi, bien entendu, enTésumaut ce qui avait été publié par le journal.
Il ajoute : ^ Le correspondant de VA/iltar a été mal infurmé. D'après les renseignements reçus de Paris, il est f.iux que l'ciupcreur ail reçu plusieurs foi.s Mgr Lavifferie; il ne l'a vu qu'une seule lois, quelques jours apr^s son arrivée à Paris.
' Sa Majesté n'a nullement pensé à offrir le gouvernement de l'Algérie â qui que ce soit, et il n'est nullement dans ses intentions de changer l'orfi^anisalion actuelle de la cotouie. n
C'est le souci des choses qui ne le re^jardeot pas qui peut conduire le gouvernement militaire à de pareilles publications, à des puérilités semblables.
Comment! il va s'inquiéter d'une nouvelle qui est publiée par un journal delà localité! Et sur quoi roule-t-clle? sur le séjour d'un prélat qui dirige les affaires ecclésiastiques, non pas seulement d'une partie de l'Algérie, mais encore de toute l'Algérie- et parce que ce journal a raconté que ce prélat avait eu l'honneur d'être reçu plusieurs fois par Tempereur, voici le gouvernement militaire qui est en proie à des terreurs qu'il ne peut plus contenir. H faut absolument démentir un bruit aussi dangereux! Si Mgr Lavigerie est plusieurs fois
reçu aux Tuileries, vous en lirez cette conclusion que cela serait àébvorable à la mansuétude et à la durée du g^ouvernement miliuiit.
Je n'ai pas ici d'opinion personnelle ;i exprimer; mais ce qoeje puis dire, c'est que si le chef de l'Élat entrait en communicatioaavcc ceux qui peuvent lui donner les meilleures informations sur l'Algérie, fl il demeurerait convaincu que, d'un bout de celte province à l'autre. ~ on désire le gouvernement civiL Le {jouvcrnement militaire, quek que soient d'ailleurs les vertus, le coura(je, le mérite de ceuï qui es sont investis, le gouvernement militaire a fait son temps, il est r»d&calemeut condamné, et ce ne sera pas par les proiestalions impuissantes du communiqué, mais par des mesures sages et efficaces, qu* ûO arrivera à établir dans cette province la paix et le travail qui loi sont indispensables. [Très-bien! Irès-hien! autour de l'orateur.)
Ce que je demande, c'est que le {jouvernemcnt renonce à et régime de taquinerie qui le compromet beaucoup plus qu'il ne contpromet la presse; qu'il applique la toi de 1868 à TAlgérie comne il l'a fait pour la France. Tout ce qui a été dit sur les incoovéaieots du nouveau régime a été, suivant moi, beaucoup exagéré. La prestt a pu certainement, comme la pensée humaine, dont elle n'est (jnela représentation, se laisser aller à des exagérations; ces exagérations, permettez-moi de le dire, elle les a très-cruellement expiées par le$ nombreuses poursuites, par les condamnations presque aussi ooibbreuses que les poursuites, dont elle a été l'objet, et si la prcsM m considérait que SCS intérêts personnels, que son salut financier, ellf pourrait peut-être préférer le régime admimstratiF; mais la prtsse. messieurs, <.st représentée par des citoyens courajjeux et Indépoidauts... {interruptions sur pluiieurs bancs. — Approbation autcmr àt l'orateur)^ qui comprenuent que le régime du droit comman, Wa qu'il puisse les exposer à des peines plus sévères, à des ennuis bcascoup plus considérables que le régime administratif, est cependjni le seul garant d'une liberté véritable.
C'est cette liberté véritable dont il faut assurer les bienfaits à l'Algérie comme k la France. Il ne faut pas reculer devant la vérité quand elle se lit dans les colonnes d'un journal, et croire qu'à Faid» d'avertissements, de communiqués, on puisse la supprimer.
Déjà, l'année dernière, j'avais mis sous vos yeux des averlissencAls adressés à des journaux qui avaient eu le tort de s'iaquirterdcs symptômes mcnavants qui apparaissaient dans les tribus et pouvaicDl faire craindre que bieutùl elles ne fussent victimes du plus rcdootable des fléaux. Oue sont devenus ces avertissements? Ils ont clé démentis par l'histoire, laquelle malheureusement, par ces gnndcf épreuves, nous a donné une leçon, et nous serions bien aveugle» 4 nous n'en profitions pas»
Il AVRIL 1869.
l'n dernier mut sur ce qui concerne le lerritoire civil et le terri loire militaire.
Nous ne pouvons pas discuter ici cette grande question, puisque l'honorable M. Le Hou, qui est le mieux renseigué d'entre nous, juge à propos d'ajourner la discu.s.^tion à laquelle il devait se livrer-, cependant je puis dire qu'au moins, dans une certaine mesure, la <Iuestion,en Algérie, est radicalement et souverainement élucidée, et 4|ue dans la partie de la province d'Alger qui est à l'abri de toute espèce d'incursions de la part des Arabes et dont le territoire peut »>tre livre, sans aucun danger, à la culture, c'est une mesure coraplé(eracnl inacceptable que de maintcuir eucore la dislinclion entre le territoire civil et le territoire militaire.
Le gouvernement civil, c'est-à-dire la loi et le droit commun, voilà ce qui amènera en Algérie la prospérité dont uous devons la dolcr sous peine d'offenser les intérêts les plus clicrs de la France tout entière.
C'est donc à ce résultat que uous devons tous tendre. Je reconnai.s, comme l'houorablc M. Le Mon, qu'uue vaste enquête a eu lieu et a démontré de grandes uécessités; mais en l'absence des documents nécessaires pour la complète ititelligcnce de la question, ce sont surtout des indications et des vaux que nous avons à exprimer tlevant la Chambre, et je termine dès lors par celui-ci, qui est peutêtre bien vulgaire, mais qui m'est inspiré par les nécessités de autre situation de tous les jours.
On nous promet une enquête, elle est à l'impression; elle sera distribuée à la Chambre; je voudrais que nous suivissions pour ce document, comme pour tous les autres, l'usage qui est établi dans uq pays voisin, c'csl-â-dire qu'au lieu de se borner à l'impression du nombre d'exemplaires indispensable aux ttéputés, aux sénateurs et aux grands corps de l'Étal, ces documents fussent mis dans le commerce, qu'on pilt les vendre à prix réduit, et qu'ainsi tous les citoyens pussent les acquérir.
W'oubliez pas qu'en définitive, nous ne pouvons être qu'un gouvernement d'opinion : nous représentons nos concitoyens, nous cherchons à être les interprètes de leurs intérêts; mais, nous inspirant surtout de leurs idées cl de leurs besoins, c'est pour uous une nécessité qui se manifeste de jour eu jour plus impérieuse d'associer la nation tout entière à ses intérêts, à ses affaires, dans l'ensemble comme dans les détails.
Telles sont, messieurs, les seules observations que je voulais soumettre à la Chambre. Je la remercie de les avoir écoulées avec intérêt. [Approbation autour de l'orateur.)