‹ Discours parlementaires (volume 4)Chapitre 55 sur 68 · FI · texte numérisé non relu

FI

à l'aulorilé publique, (ju'elleaété brisée, et qu'en vertu de rurliclc 291 , on a arrélé le mouvement généreux de quelques cœurs chrétiens qui avaient cru qu'il était possible de s'associer pour faire du bien.

Non, ce n'est pas possible, et ce grand problème de la misère qui se présente à nos yeux, nous ne pouvons même pas le combattre par des associations qui essayent de guérir le mal.

Voilà, messieurs, l'article 291, et à côté de cet article je rencontre les paroles de M. (>uJzot, (jui, bien qu'anciennes, peuvent paraître nouvelles aujourd'hui et avoir, je l'espère, une certaine efficacité. Voici ce qu'il disait : ' L'article 291 du Code pénal, je me hâte de le dire du fond de ma pensée, est mauvais ; il ne doit pas figurer éternellement, longtemps, si vous le voulez, dans la législation d'un peuple libre. Sans doute les citoyens ont le droit de se réunir cutre eux pour causer des affaires publiques, même il est bon qu'ils le fassent; jamais je ne contesterai ce droit. L'article n'en est pas moins écrit dans nos lois quelque vicieux qu'il soit. •»

Il y est écrit, il est une honte, il est détestable, il porte atteinte à la plus précieuse des libertés. Le gouvernement le maiutient, et le gouvernement se dit libéral, et le gouvernement prétend asseoir la liberté sur des institutions régulières.

.l'espère que nous entendrons à cet égard des déclarations qui pourront nous rassurer. Il en est temps.

De même, en ce qui concerne l'article 7.t, si souvent attaqué, et j'espère avoir le droit de dire, condamné définitivement au nom de la morale, au nom de la conscience, au nom de la liberté potitique; quelles sont les intentions du gouvernement? Nous sommes encore à cet égard dans l'ignorance, bien que cependant il ait eu le temps de nous les faire connaître.

Le gouvernement a affirmé la paix. C'est assurément, messieurs, une déclaration à laquelle nous adhérons de tout cœur. Seulement, nous ne voulons pas que celte déclaration soit stérile, nous demandons qu'elle porte ses fruits, pour le bonheur, la dignité, en même temps que pour la liberté de notre pays.

Oui, nous pensons avec le gouvernement, bien que ce ne soit pas le lieu de toucher, même sans les examiner, à ces grandes questioas, nous pensons qu'il n'y a aucune espèce d'inquiétude sérieuse à concevoir sur l'état de l'Europt*, et que pur conséquent nous pouvons I affirmer la paix. Mais quelle paix? Est-ce la paix du pouvoir personnel, qui peut, d'un jour à l'autre, entrer en guerre? Est-ce ta paix de celui qui menace ses voisins et, pour les nécessités de sa potilique dynastique, peut compromettre les intérêts de toute une nation? Est-ce, au contraire, la paix démocratique, largement assise sur la conquête de libertés qui ne seront plus disputées?

Voilà, messieurs, ce que nous avuns besoio de savoir, car, dins li seconde hypothèse, ce que nous demanderons à M. le ministre, te n'est pas de diminuer l'effectif de dix mille hommes, mais de reîiw la loi militaire, la toi militaire qui a été condamnée par le pouvoir lui-même, parce qu'il ne l'a pas exécutée, parce que la garde moMt est eucore un vain mot, qu'elle n'existe que sur le papier, et alofs nous lui disons, messieurs : Ce n'est pas la garde mobile, c'est ii g^ar de nationale qui doit être rétablie. {Exclamations nu- plut'uvt banci. — Approùatian à gauche.) Tout citoyen a le droit de déf^od son vote. Refuser de l'armer, c'est porter atteinte à sa dignité prouvei' qu'on conspire en secret contre sa liberté.

Nous avons également le droit de dire au gouvernement qu'il ne lui est plus permis de rester dans les traditions anciennes en ce qui touche l'instruction publique, et ce n'est pas sans une joie patriotique que j'ai entendu, au commencement de cette séance, mon hoooribic ami et collègue M. Jules Simon déposer à cet égard un projet «k loi, dans lequel nous avons été, vous le savez, précédés par r.\ngleferre. Et permettez-moi de mettre sous vos yeux quelques lif^urs qui ont été prononcées à la Chambre des communes par l'honorable M. Forster, qui en est membre; elles vaudront mieux que mrs\>aroles. elles provoqueront, j'en suis convaincu, les sérieuses méditaiioo« de la Chambre et la déterminalton à prendre une résolution à ci égard.

i Le Parlement a décidé, dans ces derniers temps, par une réuilation qui lui fait honneur, que l'élément populaire parliciperau désormais au gouvernement du pays. Maintenant donc que nous loi avons donné le pouvoir politique, il ne faut plus attendre pourtni donner rinstrucCion. Il y a des questions qui réclament des réponses, des problèmes ([ui demandent des solutions Est-ce de collèges doctoraux plongés dans l'ignorance qu'on peut attendre et ces réponses et ces solutions?

u Nous savons tous, d'après une expérience malheureuse, que l> science n'est pas la vertu, que l'instruction élémentaire Te*! biec moins encore, et que l'éducation seule ne donne point la force àc résister aux suggestions mauvaises; mais bien que le savoir ne soi: pas la vertu, le manque d'éducaiion est une faiblesse, el dan-» le* âpres luttes de la vie, qui dit faiblesse dit généralement iaforlune.

cl linFortune conduit au vice Oui de nous ne voit, soit dans If*

villes, soit dans les campagnes, des enfants grandir en allant prub»blemenl au crime et plus probablement a la misère, en raison soit d'une éducation mauvaise, soit d'un manque absolu d^éducati (Trit'bien! à gauche.)

De semblables réflexions ne s*appliquc;it-eUes pas à un paj"*

21 FÉVRJER 1870

pouvoir repose sur le suffrage universel, c'est-à-dire sur ta délibération et sur la décision de tous?

Jespèpe, messieurs, que M. le ministre de l'iûstruclion publique iipporlera à celte tribune, non pas de dérisoires augmentations de budget, mais au moins des paroles qui aunonccront à la Chambre et au pays que le cabinet est décidé à entrer h cet égard dans la voie des plus larges réformes, à prendre les millions pour les jeter sur riastruclion publique, à réformer comptétcmcnt le système de nos écoles, de nos institutions primaires, à couvrir le sol d'écoles normales et à tacher d'arriver enfin à résoudre ce grand problème de Tignorauce qui pèse si lourdement sur nous et nous fait si souvent douter de noire propre avenir. {Approbation sur plusieurs bancs.)

Voilà, messieurs, la tâche qui est imposée au ministère.

Mais, j*ai le regret de le dire, et cette fois en terminant, je crains (jue le ministère ne soit, à l'heure où je parle et dans les conditions politiques oii il se trouve, placé dans limpuissaocc absolue de réaliser toutes CCS réformes, qui cependant sont absolument indispensables.

tjuelle en est la raison? Vous l'avez devinée, et quelques explications préliminaires qui se sont échangées entre nous vous Tont fait suffisamment pressentir. La situation du ministère dans cette Chambre est équivoque (dint^yations), et il est absolument indispensable qu'elle devienne claire et précise.

Si le ministère est animé des bonnes intentions qu'il fait connaitre, il faut qu'il conserve sa liberté d'action, et qu'il ne rencontre pas autour de lui des faits et des actes avec lesquels il serait dans la nécessité de composer.

Vous comprenez irès-bien quel est le sens de ces paroles, et je n'ai pas besoin de les expliquer. (.S'/.' si!)

La signification que j'y attache, messieurs, est celle-ri : c'est que le ministère ne peut réaliser les réformes indispensables d(jnt je viens d'avoir l'honneur de parler à la Chambre, qu'avec le concours d'une Chambre nouvelle. {Ah! ahî)

Cette proposition, \l mes yeux, est l'évidence même, et peut-être que si nous n'étirms pas tous engagés dans la question, nous arriverions à nous mettre d'accord; mais cette dissidence d'opinion, messieurs, elle est pour moi une obligation étroite de ne parler qu'avec réserve. La réserve cependant n'exclut pas la franchise, et je vous ai demandé la permission de n'en pas manquer. [Parlez! partez!)

Or, permettez-moi de vous dire que l'idée que j'exprime me semble correspondre à un fait si frappant, que je comprends à peine qu'elle puisse être con lestée.

En effet, chacun se dit qu'un régime nouveau est inauguré; vous avez entendu à cette tribune l'un des minisires du régime passé

Page 1