‹ Discours parlementaires (volume 4)Chapitre 62 sur 68 · DANS LA SÉANCE DU 15 JUILLET · texte numérisé non relu

DANS LA SÉANCE DU 15 JUILLET

Pour demander la commuuicalioD des dépCche» échangées eoire la France et

la ProBse.

Je ne veux dire qu'un mot pour exprimer rnoo seiiliinent. (Bruit.) Je veux opposer ua Fait à ua fait et conjurer la Chambre de vouloir bien se souvenir du grave devoir qu'elle remplit ea ce moment. {RumeurM.)

M. le ministre des Affaires étrangères vous a déclaré que s'il se trouvait une Chambre française qui ne fût pas de sou avis, â l'instaQl même il donnerait sa démission

Il eut été peut-être préférable, alors (|u'j1 s'agissait d'enj;ager le pays et la Chambre dans la voie oii ils sont aujourd'hui, que M. le ministre des Affaires étrangères apportât uue semblable susceptibilité vis-à-vis des opinions bien connues de celte Assemblée (interruption) et qu'alors, — je le dis parce que je suis dans la vérité

M. Pi>ARU. On ne vous comprend pas.

M. Jules Favre. Je m'explique; les opinions bien connues de celte Assemblée, ainsi que vous le rappelait tout à l'heure M. le garde des Sceaux, c'était le maintien de la paix (Rédamatiom à droite.)

Or, si ce maintien n'est plus possible, c'est uniquement grâce à la politique qui a été suivie par le cabinet. (Allons donc!) En effet, le cabinet vous déclarait, il y a quelques jours, qu'aucun sujet d'inquiétude n'existait pour lui en Europe (murmures) y et qu'il ne puisait pas dans la situation particulière de la Prusse vis-à-vis de la France un sujet d'alarmes ou de récriminations.

Voilà, messieurs, ce qui a été dit; alors une question secondaire est née; le cabinet avait le devoir de l'examiucr cl de la résoudre; mais comment? en observant les voies prudentes de la diplomatie (exclamations) y et en ne venant pas du haut de cette tribune jeter à

une puissance qui écait cucorc une puissance amie , un défi qui d^ji engageait la France dans la voie compliquée dont nous tofoo» aujourd'hui le funeste dénomment.

Voilà la première faute tlu cabinet.

Je ne reviendrai pas sur ce qui a été dit par l'hoDorable M. Thien, à savoir, que ce que rt'clamait le cabinet, il l'a obtenu; mais j'en tire deux conséquences : la première, qu'au point de vue des intérêts des deui pays, il n'y a aucun motif avouable de guerre. {Exclawtatiotu d dénégations.)

Messieurs, si vous pensez le contraire, il faut le dire hauteracot t\ ne pas vous envelopper dans une question secondaire, dans no prétexte qui cacherait vos véritables desseins.

Il faut alors expliquer la contradiction de votre conduite avec le

langage que vous avez tenu à cette tribune {Jtruit.) Vous avei

trompé le pays, quand vous lui disiez qu'il n'avait rien à cniadre des eutrcprises de la Prusse..... {Bruit ton/us.) Où est la vérité? Mai* elle n'a pas été chaiiiîéc par uue ni'gociation qui a été une négociation heureuse, puisque vous avez obtenu le retrait que vous deouodiez. ij\ie\ est donc le sujet du débat? Comme on vuus l'a dit, c'est

une question de susceptibilité (Rumeurs.) Oui! c'est uncq\ie>tioD

de suscepiibililé.

Messieurs, je reconnais comme vous qu'une question de susceptibilité peut être une question d'honneur. Je reconnais que si UFnnrt ne doit faire la guerre que dans des conditions absolument indispcttsables, au nombre de ces conditions se place assurément une insotle qui serait faite à sou honneur.

Mais c'est là, messieurs, ce qu'il faut examiner avec maturité ..,* {Exctfimaliom el rifa au centre et à droite.)

Quand il s'agit de couvrir l'Europe de ruines, vous ne voulez p» de réikxions, vous ne voulez pas entendre parler de maturité! Vous vous associez à ce que vous a dit M. le garde des Sceaux quand il

nous a déclaré avec un cœur léger {réclamât iotu) avec un «wr

léger qu'il acceptait la responsabilité.

M. LE GARDE DES SCEAUX. Permettez!

Voix a <;AUCiiE. Vous l'avez dit!

M. .fuies Favre. Nous vous demandons de réfléchir, nous nu deiiianduo.^, au nom de la France, au nom de ses intérêts, au nom^ votre propre dignité, vous ne voulez pas nous donner le temps de k réflexion ■

M. LE (;arde des Sceaux. Pas d'équivoque, monsieur; quand j'il dit : cœur léger.....

M. Jules Favre. Vous l'avez dit et répété! fl

M. LE CAHUE DES SCEAUX. Mals écoutez donc! J*ai dit cœur léger.

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parce que quand uu remplil sua devoir, on n'a pas le cœur troublé. Voilà ce que j'ai dit!

M. Jules Favre. Quand on remplit son devoir, et quand l'accoraplissement de ce devoir, c'est régor^jenient de deui nations, on n'a pns le cœur léger; on doit l'avoir troublé quand on a des sentiments généreux. [Exclamatinns en sens divers.)

Je ne vous dis que cela.

La question est réduite à celle de savoir si rtionocur de la France K aélé engagé..... [Inlcrruptmns,)

V 11 faut la préciser d'un mot. Comment l'honneur de la France a-l-il été engagé? et quelle csl la preuve qui nous est fournie qu'il le soil? Où est la dépêche officielle, où est le compte rendu de la confiTcnce dans laquelle noire ambassadeur a vu mécounaitrc en lui la dignité nationale? Voilà ce que nous avons intérêt et devoir d'examiner.

Eh bien, on n'a rien apporté à celle tribune {exclamationi), si ce n'ciit un télégramme, et nous savons quel est l'usage coupable qu'on peut faire d'un télégramme [Vives re'cl/tmadotu.)

M, LE cAdDE DES ScEAUX. Padcz pour vous, n'insultez pas!

M. Jules Favre. Vous n'avez pas le droit de m'interrompre. {Rumeurs et bruit.)

M. LE GARDE DES SCEAUX. J'ai le droït d'interrompre pour protester contre une pareille parole.

M. r.E rEîl^sIDE^'T SciiisEtDER. Monsieur Jules Favre, veuillez expliquer vos paroles, tl n'est pas permis de faire ici des allusions qui pourraient attaquer l'honneur d'un de vos collègues... .

M. Jules Favre. Je dis que ce n'est pas sur des télégrammes qu'on peut décider une question de paix et de guerre.

Il faut que la Chambre voie les dépêches (irt/tfrru;///oni), et je dépose sur le bureau de la Chambre une résolution sur laquelle je provoque le vole de la Chambre, car je ne veux pas accepter la responsabilité d'uu vote comme celui qu*on nous demande et qui se passerait dans les ténèbres.

Ka voici :

Nous demandons communication des dépêches, et notamment de celles par lesquelles le gouvernement prussien a notifié sa résolution aux gouvernements étrangers. »

Voilà ce que nous vous demandons de nous produire, et nous réclamons sur celte proposition un vote de la Chambre. (Longue agitation.)

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