S JUIN 1866. UD
fcment accusée, le remède indiqué par le gouvernement Français est suffi î^ani.
Ce qu'il veut, c'est le retour de nos (roupes, et nous le voulons avec lui, nous le voulons plus que lui, et nous ne pensons pas que le mode decelleretraitcsoil suffisant. et surtout, ayant étési souvent trompés, nous nous détîons encore.
Voici ce que je lis dans une dépêche du 6 avril 18(56, qui résume à ■étt é{yard les intentions du gouvernement français : - Dans la dépêche du 12 février dernier M. Seward rappelle de son côté que le {jouvernement des États-Unis s'est conformé, pendant le cours de son histoire, ù la rèçle de conduite qu'il a reçue de \Vashin(>;ton, en pratiquant invariablement le principe de non-intcrvcnlion, et il ajoute que rien n'autorise à craindre qu'il s'y montre infidèle eu ce qui concerne le Mexique. Nous accueillons cette assurance avec une pleine confiance, et nous y trouvons une praraniie suffisante pour ne pas différer plus longtemps l'cidoplion des mesures destinées à préparer le retour de notre armée. L'empereur a décidé que les troupes françaises évacueront le Mexique en trois détachements : le premier, devant partir au mois de novembre 1866; le second, en mars 1867, et le troisième, au mois de novembre de la même année. Vous voudrez bien faire part ofDcieUemcnt de cette décision à M. le secrétaire d'Étal. "
.le dis, messieurs, que quant à la résolution du retonr de nos troupes, nous n'avons qu'A y applaudir, pourvu que cette résolution soit sincère, pourvu qu'on ne nous abuse pas encore. Et, permettezmoi de le dire, messieurs, nous sommes jus^ju'à un certain point en droit de douter, en présence des publications récentes du Moniteur; et je me demande comment elles se peuvent concilier avec la résolution dont je viens de mettre le texte sous les yeux de la Chambre.
Je ne veux pas à cet égard vous fatiguer, non plus que jeter dans le débat des éléments irritants, il en est trop plein. {Exclamations et rires sur plusieurs bancs.)
Eh bien, je reponds à ceux <pii me font l'honneur de m'interrompre, que j'espère «lue nos troupes reviendront, et alors que l'intérêt français sera compléteraeot dégagé, il s'établira dans cette enceinte un débat, et si EJieu me permet de m'y mêler, cl me donne la force d'exprimer la vérité telle que je la sens, mes honorables interrupteurs entendront tout autre chose. [ExelamatioHs sur plusieurs bancs. — Approbation sur d'autres.)
Mais reprenant ce que j'avais l'honneur de dire à la Chambre, et ne voulant pas, je le répète, la fatiguer parla lecture de documents qui tous viendraient cependant à l'appui de ma démonstration, je prends le dernier, celui, messieurs, qui vous parle de dépêches arri-
tu DISCOURS PARLEMENTAIRES.
vées à la Vcra-Cruz le 11 mai, c'est-à-dire, comme vous le voyez. postérieures de prt^s de qu;ilre mois à la déptïehe que j'ai eu IMiouneur de mettre sous vos yeux.
nu'anoouçait-on dans ces ddpéches^? F.lles soiil toujours emprunlées à CCS bulletins capricieuseiueiU (races p;ir le iMonîtettr, sans qu'il nous soit jamais doum? de viiir une pièce officielle. Je dis irapricieuscmeal. et je maintiens le mot ; s'il fallait le justifier, ce serait très-facile ; je pouirais dire que le Moniteur a voloulairenient carhii des faits afflif^eanls puljliés par d'autres journaux. M. le ministre d'Ktal, qui me fait l'honneur de sourire, sait â merveille ce dont je parle. (Signes de dénégation de M. le ttiinislre d'Ktat.)
J'ai flit le mo! capricicusenient cl je le maintiens: le Moniteur a dil ce qu'il a voulu (lire ; il a retranché ce qu'il a voulu retrancher.
Ici, personne ne peut nous critiquer, car cette dépêche, c'est celle du Moniteur ûu !) juin 18(56, c'est la dernière; s'il y en avait une plus récente, je l'interrogerais.
Voici ce ([uc je lis après le préambule : que tout est pacifié, car ■ c est toujours la même phrase ; cl cette phrase ne peut être expliquée que par un état perpétuel de lutte, si ce n'est de (guerre.
» Dans le Miclioacan, le général mexicain .VIendez poursuit ses opérations; il occupe la ]i|;ne de Tacambars à I ruapau ; tout fait espérer que les dispositions militaires prises dans cette contrée y réiabhroiit la tranquillité. Dans cette pensée, le maréchal Bazaine a fait remonier vers le mtrd les colonnes du général Aymard et du colonel Clinchaut. »
El un peu plus bas : • Le général Douay, qui se trouve au Santillo, se préparait à entrer en opérations dans le centre du .Nouveau-Léon, ajjité par les bandes d'Escobedo.
u L'empereur Maximilien s'occupe d'orfjaniser son armée et d'en réglementer le service. "
Et Ton nous annonce que nos troupes reviennent, c'est-à-dire qu'elles se replient. {Murmures.) m
Et en même tcni|)s on nous dit... (Inlerruptitm.) ^
Messieurs, il ne faut pas connaître la fjéographie du Mexique pour ne pas voir que, quand on envoie des troupes au nord, on ne se replie pas du côté de .Mexico et de la Vera-Crui.
Je demande pourtjuoi on annonce que les troupes rentrent lors-V qu'elles s'enjjajîent dans le pays. (Jueî est l'intérêt qu'elles soaticn- * nent? Est-ce rcmpereur .Maximilien abandonné, discrédité par vous, que vous déclarez ne |)as vouloir soutenir? C'est la question que je prends la liberté d'adresser à M. le ministre.
Permettez-moi de dire en terminant que ce qui doit préoccuper la Chambre, au plus haut dcf^ré, — nous n'avons qu'à nous consulter
13 JniN 1866.
les uns el les aulrcs pour <^lre silrs à cet é^^ard de rurianimité de nos sentiments; ils sont au-dessus de toutes les divisions de J;t politique, — c'est riutérét cIl'S iiO.OOO braves qui sont encore au Rfexïque.
Eh bien, c'est dans cette situation, et alors que la totalité de noire effectif ne (leiii pas maintenir le trône de l'empereur Ma\iinilien, ne peut pas eini)<^cher les combats dans lesquels trop souvent le sang français est répandu, et nous devons tous le déplorer, inulilemeui versé, c'est alors que les luttes continuent cl que 30,000 hommes ne peuvent les empêcher, c'est alors que vous allez diminuer rcffeclif d'un tiers, puis d'un deuxième tiers, laissant le troisième exposé a toutes les éventualités; ce n'est pas tout, le laissant dans un pays que vous dites révolté, et que vous n'avez pu complètement soumettre !
C'est dans une telle situation que l'influence morale est toute-puissante. Eh hieu.vous annoncez solennellement que vous vous relirez, vous affichez Maxiniilicn comme un prince insolvable. {Murmures et interruptions.) Vous dites que sa caisse est vide. {Nouvettes inten'uptions,) Mais à moins «jue le français ne soit plus compris dans cette enceinte, j'ai bien le droit de parler ainsi. Ce n'est pas moi (|ui suis l'aulcur de ces dépêches, c'est le ministre des Affaires étrangères, ei quand j'en lire les conséquences polili(|ues qu'elles coiilienneut, je remplis un devoir.
En affaiblissant les forces françaises, vous décuplez les forces mexicaines; et si vous v»»ulcz protéjjcr rcxistcncc de nos soldats, l'honneur de notre drapeau, il est Indispensable que la retraite s'accomplisse daus d'autres conditions. Eli bien, les craintes que j'exprime ne sont pas chimériques, et je ne suis pas seul à les concevoir.
Lorsque, au mois de février 1866, la discussion s'est engagée au Sénat sur cette question du Mexi(|uc, c'est l'honorable maréchal dont je citais tout à IMieurc les paroles, qui a fait entendre son opinion, et, pcrmeltez-moi de le dire, cette opinion est d'un très-grand poids. C'est lui qui, ayant fait la guerre, connaissant les mœurs du pays et pouvant en apprécier les difficuhés, disait :
« Il nous appartient d'aider eocore quelque temps celui qu'elles $e sont librement dimné, à réparer le mal que leur ont fait les autres pendant cinquante ans d'anarchie. .Vutrement la France ne voudra pas encourir une pareille respon.sabilité dans l'histoire ; les fauteurs de désordre, les bandits qui sont maintenant sans chef, en fuite et dispersés devant l'énergique et incessante poursuite de nos vaillants soldats, au contact desquels se retrempe chaque jour le courage des Mexicains, se rallieront sous le drapeau de Juarez. 11 est à craindre que le découragement, s'emparant des populations timorées, ne les livre à la vengeance de hordes barbares dont on peut pressentir les
[-elles doDl elles ont si
cruautés, par celles dool elles ont si souvent ensan(jlauté le Mexiqt Et c'est si vrai qu'à Theure où je parle, des villes évacuées par nos tniupcs ont été abandonnées par leurs populations. »i
Voilà, messieurs, l'élal véritable, et il n'y a rien d'exagéré dans ce tableau. Pour notre honneur, pour l'intérêt de nus nationaux, nous ne devons pas seulement proléfjer notre année, nous devons prolé{);er les résidents français que notre retraite peut eiposer aux périls les plus horribles... (inierruption), nous devons protéfîer les populations qui se sont compromises pour nous. Nous l'avons cunslarameot annoncé, vous iiave/. qu'à relire nos discours des autres années : vous verrez que c'était là l'une de nos plus considérables préoccupations, et si vous exécutez votre retraite autrement, vous manquerez au devoir qu'une [jrandc nation civilisée a contracté vis-à-vis d'elle.
Je demande donc que le gouvernement s'explique, que le çouveruement promette â la Chambre, — si le sentiment que j'ai eu l'honneur d'exprimer est partagé par elle en ce (|ui touche la retraite de nos soldats, — que cette retraite s'effectuera eu masse, afin qu'aucun corps ne reste exposé aux attaques de ceux qui, dans le pays, seraient enflammés par des passions que la retraite de nus premiers soldats aurait considérablement augmentées.
Je le demande, messieurs, et certes, quand j'adresse une semblable prière à la Chambre et au gouvernement, est-ce que je m'impressionne seulement de toutes les cousidératioos générales qui planent au-dessus de ce débat? Est-ce que ce ne sont pas les nécessités du momentquinousavcrlissentqu'agirautremenl, ce seraitia plus inexcusable des imprudences? Est-ce que ces braves qui sont au Mexique ne peuvent pas être utiles dans notre pays? Est-il possible de conserver des illusionsàcct égard, quand, dans la séance d'hier, on nous a signifié que la carte d'Europe allait être remaniée... {l'ive inierruption.)
M. le président Wai.eswku Monsieur Jules Favre, ne revenez pas^ je suis oblige de vous le dire, sur la discussion d'hier. — Vous appréciez ce qui a été dit hier, et cela est contraire à l'intention inaniFcstétr par la Chambre; n'appréciez donc pas, car votre appréciation néces — sitcrait une réponse, et, je le répète, la discussion sur ce sujet n'esC pas possible, vous le savez.
M. Jules Favre. Je me sens bien modeste et bien peu de choses mais cependant je ne crois pas encore en être réduit au point ot9- M. le président voudrait me mettre. Il n'est pas possible qu'un roem- — bre de cette Assemblée n'ait pas le droit, quand il examine une de^^ questions les plus capitales qui touchent à l'intérêt de son pays, d^^ regarder autour de lui... (Mouvements divers.)
Et quelle est donc l'incroyable situation que vos singulières réserve ^ nous feraient ?
Nous sommes les mandataires du peuple, les représentants de la nation... {Vive interruption.)
M. le président Waleswki. Cest justement à l'opinion et à la Yolonté des mandataires de la nation que j'invite Thonorable M.Jules Favre à se soumettre en n'entrant pas dans une discussion que la Chambre, par des raisons que tout le monde comprend et apprécie, a décidé hier qu'elle ne poursuivrait pas. {Très-lien! très-bien!)
M. Jules Favre. Je ne discute rien, je constate, et à moins de vouloir, je le répète, que nos oreilles n'aient rien entendu, il faut bien admettre, si nous avons des cœurs français, que nous ayons été impressionnés... {Réclamations.)
Je vous admire, messieurs, mais je n'envie pas votre disposition d'esprit. {Bruit.) Quant à moi, je préfère user de la mienne, et je me contente de vous dire, en terminant, que nous manquerions à tous nos devoirs si nous n'envisagions pas cette question dans les rapports qu'elle a nécessairement avec toutes les autres ; si nous nous supposions en paix, si nous ressemblions au pilote qui voit l'orage à l'horizon et qui s'endort confiant comme si le flot ne le menaçait pas. {Exclamations ironiques sur quelques bancs.)
Eh bien, messieurs, nous avons des raisons de croire, et nous avons été suffisamment avertis hier que les dangers sont possibles, qu'on peut réclamer de la nation de grandes et suprêmes résolutions. Il faut que nous soyons prêts à toutes les éventualités, et pour cela nous avons besoin de toutes nos forces vives, nous avons besoin de ramener dans notre sein ces enfants de la France qui n'en auraient jamais dû être écartés. {Interruption.) Nous saluerons leur retour avec enthousiasme et, je l'espère, nous y trouverons un grand enseignement, et désormais la force virile qui nous est nécessaire pour nous opposer à des folles qui coûteraient un milliard à la France ! {Très-bien! très^ bien! et applaudissements autour de l'orateur. Réclamations sur un grand nombre de bancs.)
DISCOIIUS
PRONOXClî: AU r.ORPS Ll-'CISLATII'
DANS LA SEANCE DU IftJUIN 1866 IN r * V r. i n n i t a l « t n i c
Messieurs,
Il senit tout à fait téméraire dans la situatiun où nous nous iroovons d'essayer de traiter la question alfïèrieriiic. Plusieurs fois, d.ius cette criccinle, j'ai (Irfeudii ropiiiioii; de ceux qui csfimenl que cette question (ja^jneraii beaucoup à ce que rAlçcnc fiU ici spécialcmeot représentée. Cette opinion a étt^ coinbaHue par les orfjanes du gouverucmeQt.etJe l'avoue, je suis tenté de me raujjcr à leur avis, quand j'eutends mon honorable collègue M. J^aujuinais défendre les intérêts de rAlfféric.
Mais celte illusion est de c<iurtc durée; elle se dissipe à TiaslaDt même où, pour remplir un devoir, je me lève et j'essaye de parler après lui. Alors, messieurs, je sens profondément combien il serait utile à l'Aliïcric d'avoir nu d-teuscur, je ne dirai pas plus convaincu, mais au moins plus échiirc (pie crhii qui a l'Jiouneur de solliciter «juclques instants d'attention de votre part; et si je le fais, c'est qu'il rac semble que cette question, nialjyré sa gravité, peut se réduire à des termes très-simples, e1 que même dans l'état d'esprit oii nous nou!^ trouvons, il ne nous est pas tout à fait impossible de faire entendre des vérités utiles, et d'exprimer des sentiments dont le {jou\ ^rncmeol, dans sa loyauté, voudra bien profiter.
Or, messieurs, à mon sens, la 4|uestion alpénenne peut se résumer ainsi ; A qui, de l'élément civil ou de l'élément militaire, doit appartenir la direction suprême? ^
N'ayez à cet égard aucune inquiétude, je ne veux pas nae lancer V dans l'examen de tous les problèmes que la question ainsi posée peut soulever. Je me contente de dire que pour tous ceux qui prennent h