QUESTION ROMAINE
Après la déclaration de M. le ministre d'État : « Au nom du gouvernement français, l'Italie ne s'emparera pas de Rome. Jamais la France ne supportera cette violence faite à son honneur et à la catholicité. »
Messieurs,
J'avais eu l'honneur, en montant à cette tribune, d'exprimer un vœu qui certainement était partagé par la presque unanimité de mes collègues, c'était celui d'obtenir de la part du gouvernement une déclaration nette et précise qui fixât d'une manière irréfragable la situation présente. Je reconnais, messieurs, que les dernières paroles prononcées par M. le ministre d'État ont ce caractère, et si je monte à cette tribune une seconde fois, si je vous impose de nouveau, pour quelques instants, la fatigue de m'entendre, ce n'est pas seulement pour constater ce résultat déjà considérable, mais c'est surtout pour en déterminer la portée.
Quand tout à l'heure l'honorable ministre disait que jamais la politique de la France n'avait changé, il était involontairement dans l'erreur... (rumeurs négatives), dans une erreur qui frappait mon esprit, et sur laquelle je vous demande d'appeler les méditations du vôtre.
M. le ministre d'État répondait à un interrupteur, et, se plaçant en face des éventualités que nous réserve la décision qui vient d'être prise, car les conclusions de M. le ministre d'État peuvent être qualifiées ainsi, disait que la tâche qu'acceptait le gouvernement français était une lâche difficile.
Cela est vrai ; tout le monde est d'accord sur ce point. La question
est de savoir si cette tâche est possible, si elle est sage, si elle est politique ; mais ce que je tiens surtout à justifier devant vous par un simple souvenir, et bien entendu sans user, je ne dirai pas sans abuser, mais sans user, du droit de citation derrière lequel particulièrement j'ai retranché les développements peut-être trop longs que j'ai eu l'honneur de porter à votre connaissance dans une de nos dernières séances, je dirai que très-certainement, — et ceci ne peut être contesté que par ceux qui voudraient oublier tous les précédents diplomatiques, — je dirai que la tâche qui est vaillamment acceptée par M. le ministre d'État est différente de celle que le gouvernement s'était jusqu'ici imposée.
Et voici, messieurs, quelle est la différence capitale qui la caractérise et qui mérite bien d'être relevée.
Je ne veux pas reprendre les lectures que j'ai eu l'honneur de vous faire, le Moniteur est là pour attester qu'en 1862 l'empereur faisait entendre des paroles que je résume exactement quand je dis que, dans sa pensée, l'occupation de Rome ne pouvait durer plus longtemps dans les conditions imposées à la France par la papauté, en face de l'antagonisme que la France n'avait pu vaincre. (Bruit.)
Messieurs, je ne désire vous retenir que le moins longtemps possible, mais il est évident qu'il ne faudrait pas mettre à mon compte les interruptions qui m'empêclieraient de parler.
Je disais donc, et à cet égard je défie la contradiction, car je m'appuie sur des documents authentiques, je disais qu'en 1862 le gouvernement français reconnaissait que, depuis 1849, il avait entrepris une tâche qu'il avait crue difficile, pour me servir de l'expression de M. le ministre d'État, en ce qui concerne celle qui nous est aujourd'hui imposée, qu'il déclarait presque impossible, que notre ambassadeur près la cour de Rome déclarait, quant à lui, absolument impossible, et au sujet de laquelle il disait que le gouvernement français ne devait conserver aucun espoir. (Bruit croissant.)
Or, sans entrer encore dans aucun détail à cet égard, je me contente de vous rappeler que cette tâche était une tâche libérale... (Le bruit continue.)
Si la Chambre ne veut pas m'écouter, je la supplie de prononcer la clôture, cela vaudrait beaucoup mieux.
(L'orateur descend de la tribune et revient à son banc.)
M. le président Schneider. Je rappelle M. Jules Favre à la tribune, et je lui déclare que, suivant moi, la Chambre est très-disposée à l'écouter. (Oui! oui!) Seulement il ne doit pas lui paraître étonnant qu'à la suite d'une discussion si solennelle et si prolongée, il y ait dans l'Assemblée quelque hésitation et quelque émotion; je lui demande donc de se montrer un peu plus patient. Je demande éga-
lement à la Chambre d'écouler silencieusement un orateur qui développe uue pensée en rapport avec l'importance de la discussion. (Très-bien!)
M. Jules Favre. Il n'y a de ma part aucune susceptibilité, je prie la Chambre de le bien croire, il n'y a qu'un respect très-profond pour sa volonté, pour ses impressions, et si elle juge que la discussion est épuisée, je suis prêt à redescendre de la tribune. (Non! non! — Parlez! parlez!)
Je disais, messieurs, que ce qui était certain, puisque le fait est attesté par des documents authentiques, c'est que le gouvernement s'était imposé, en 1849, une tâche dont il considérait, en 1862, l'accomplissement comme à peu près impossible. Et ce fut précisément son insistance qui détermina la convention de 18G4, laquelle n'en était, à mon sens, que la solennelle déclaration. Qu'il y eût, messieurs, comme je l'ai dit moi-même, une espérance parfaitement loyale de la part du cabinet français, que, laissé vis-à-vis du gouvernement italien, le Saint-Père pourrait plus facilement s'entendre avec lui que quand il supportait , non-seulement nos armées mais nos conseils, cela est incontestable. Mais ce que je signale, et c'est là le seul fait que je veux reprendre, c'est que de 1849 à 1864, le gouvernement a expliqué son intervention à Rome par l'espérance et le désir d'obtenir du Saint-Père des concessions libérales.
Je ne vous rappelle pas les paroles si énergiques dont se servaient l'empereur, le ministre des Affaires étrangères et nos agents près des cours étrangères. 11 est bien certain, messieurs, que le résumé de ces différents langages est ce que je viens de dire, et qu'en 1864 les armées françaises ne s'étaient retirées de Rome que parce que la tâche était devenue à peu près impossible, et qu'on espérait qu'elle s'accomplirait mieux en notre absence.
Eh bien, franchissant tous les événements qui se sont succédé depuis, je dis que la situation a aujourd'hui changé du tout au tout. Lorsque j'appelais votre attention sur la différence qui marquait l'action autrichienne et l'action française, je disais que l'action autrichienne avait toujours été une action soumise, tandis que l'action française avait été au contraire une action qui se permettait le conseil.
Je n'ai pas besoin de vous en dire les raisons. Aujourd'hui, toutes celles qui ont été invoquées en 1862 et eu 1864 disparaissent aux yeux de M. le ministre; elles ne sont plus rien, il n'en lient plus compte; et MM. les ministres proposent d'engager le pays dans une seconde expédition de Rome, dans une seconde intervention qui, celle-là, sera marquée au coin de la plus parfaite soumission vis-à-vis du Saint-Père. (Réclamations sur plusieurs bancs.)
Je ne discute pas, messieurs, prenez bien garde; je me borne à constater, et cette constatation est extrêmement importante pour justifier ce que j'avais l'honneur de vous dire, à savoir : que la tâche entreprise par le gouvernement en 1867 est bien différente de celle qu'il a entreprise en 1849, 1859, 1862 et 1864. Je le reconnais, on est sorti de la position difficile qui était si bien signalée par les paroles que j'ai empruntées au discours d'un éminent prélat, qui disait qu'on ne pouvait ni avancer ni reculer. Je dis qu'on en est sorti, car on a reculé, et l'on propose à la France de reculer. (Nouvelles réclamations.)
Messieurs, encore une fois, il est extrêmement difficile de préciser les faits lorsque ces faits authentiques sont contestés par des hommes aussi respectables que vous. Quand je dis que le gouvernement du Saint-Père est en opposition avec le libéralisme moderne, je rappelle des paroles que j'ai empruntées à la lettre de l'empereur ; quand je dis que cette opposition au libéralisme moderne effraye les consciences catholiques, et qu'elle empêche des hommes sincères de conclure un pacte avec le gouvernement du Saint-Père ; quand je dis cela, ce n'est pas moi qui parle, c'est l'empereur. L'empereur en 1862 et 1864 était conduit par cette espérance, par cette conviction, qu'il pourrait amener la conciliation entre le libéralisme moderne et le gouvernement du Saint-Père. Aujourd'hui, je le reconnais, le gouvernement a perdu cet espoir, et il ne s'occupe plus de cette question ; il se soumet complètement au gouvernement du Saint-Père tel qu'il est établi. (Interruptions diverses.)
C'est clans cette situation que le gouvernement prononce cette parole que je reconnais nette et considérable : La France défendra quand même, entendez bien ceci... (Oui! oui!)
Mon Dieu! messieurs, ce que je dis est incontestable : je pose des faits, afin que la question soit éclaircie ; je n'ai pas d'autre dessein, je ne veux pas rentrer dans la discussion, je veux avec vous préciser la situation; je le veux pour mon pays comme pour vous, cela est tout simple, j'accomplis un devoir qui nous est commun.
Eh bien, je dis que la déclaration n'aurait aucun sens si elle n'avait pas celui-ci : Le gouvernement maintiendra le pouvoir temporel du Saint-Père, maintiendra Rome et son territoire... (Oui! oui!)
Messieurs, je vous supplie de vouloir bien me laisser parler. Modérez votre zèle. (Exclamations et rumeurs.)
Evidemment c'est du zèle, seulement ce zèle, quand je suis forcé de le combattre à pleins poumons, je le trouve excessif. (Rires sur plusieurs bancs.)
Je disais donc que le gouvernement a pris l'engagement de maintenir le pouvoir temporel à Rome et dans son territoire, dans tous les cas... (Oui! nui!) Et le gouvernement ne se préoccupe de l'unité
italienne que précisément parce que l'unité italienne, suivant certains hommes d'État italiens, ne peut exister qu'avec la possession de Rome... (Interruption.)
Messieurs, quand on veut préciser une question, c'est un trèsmauvais procédé que de se dissimuler à soi-même les difficultés et les faits.
Or, le gouvernement français est aujourd'hui en présence, non pas du cabinet qu'il a jugé à cette tribune, et je ne veux pas revenir sur cette partie du débat, mais d'un cabinet qu'il déclare être composé d'hommes parfaitement modérés et à la politique desquels il donne son adhésion. Or, quelle est la politique du gouvernement, de ce cabinet? (Nouvelle interruption.)
Eh bien, vous n'avez qu'à jeter les yeux sur les circulaires de M. le général Menabrea, qui est le chef du nouveau cabinet, et dont le cabinet français fait l'éloge, et vous verrez que le général Menabrea dit que la possession de Rome est indispensable. (Interruption.)
Le fait est-il vrai, oui ou non? (Bruit.) Si vous croyez trouver le moyen de faire tomber des circulaires par des murmures, vous êtes très-puissants; mais c'est là un moyen d'obscurcir les difficultés et non de les résoudre. (Nouvelle interruption.) Il est impossible de discuter ainsi. (Parlez!)
Je dis que, en présence d'une prétention si nettement formulée de la part du gouvernement italien, le gouvernement français entreprend une tâche qui me paraît non pas seulement difficile, mais impossible. (Réclamations et dénégations.)
Mais elle est encore impossible à un autre point de vue que M. le ministre d'État n'a pas touché, et je le comprends à merveille. Il vous a parlé tout à l'heure de la marque de déférence que le Saint-Siège avait donnée au gouvernement français en annonçant qu'il participerait à la conférence sans condition. Mais permettez-moi de vous dire que, en considérant, comme nous le devons, le Saint-Siège comme pouvoir temporel, c'était bien le moins qu'il accordât cette marque de déférence au gouvernement qui est venu le sauver dans une position aussi critique. (Interruptions.)
Mais M. le ministre d'État peut-il monter à cette tribune et nous dire que le Saint-Siège acceptera le compromis qu'en définitive la politique française entend consacrer... (Nouvelle interruption.)
Oh ! messieurs, vous voyez que la question est tout aussi confuse qu'avant. (Oh! oh!) Vous allez voter un ordre du jour de confiance, comme vous l'avez fait pour l'Allemagne, comme vous lavez fait pour le Mexique, et il aura le même sort : voilà ce que je puis vous assurer. (Rumeurs.)
Nous avons un rôle ingrat dans cette Chambre, car nous disons
notre pensée, qui souvent a le malheur de vous déplaire; et cependant cette pensée a été souvent un avertissement qu'il eût été précieux d'accueillir autrement. (Voix : Non! Jamais!)
Mais aussi nous ne voulons nous faire les prophètes d'aucune espèce d'événement; nous posons une question, nous nous demandons s'il n'y a pas dans la pensée du gouvernement comme dans la pensée d'une partie de la Chambre, une confusion inévitable qui vient de la nature des choses.
Entreprendre cette tâche peut être très-méritoire, mais au moins faut-il indiquer et soutenir par des raisons plausibles pour des hommes prévoyants et prudents, les moyens à l'aide desquels on pourra atteindre le but. (Interruption.)
Invoquer l'action du temps pour y aider, alors qu'on est en présence de termes qui sont inconciliables, permettez-moi de vous le dire, c'est un langage indigne d'une grande nation et d'une grande Assemblée (exclamations), qui veulent qu'une argumentation repose sur des bases plus sérieuses.
Je ne dis pas, messieurs, que le gouvernement français ne soit pas assez fort pour faire accepter sa volonté par le gouvernement italien, je n'ai jamais prétendu cela; seulement, je dis que le gouvernement français me paraît poursuivre une chimère quand, d'une part, acceptant le cabinet italien Menabrea et ses déclarations, il ajoute, de l'autre, que le cabinet Menabrea sera amené par lui à renoncer au vote de 1861. (Interruptions.) 11 ne faut pas se faire illusion, ce vote de 1861 n'a pas été seulement une décision parlementaire; il est, nul n'en peut douter, l'expression de la pensée, je ne dirai pas de l'unanimité, je serais téméraire en me servant d'une pareille expression, mais au moins de la majorité considérable de la nation italienne.
J'entends expliquer l'unité italienne de différentes manières, notamment de la part d'un illustre orateur, par l'ambition de la maison de Savoie. L'unité italienne, je ne veux pas dire qu'elle est aussi vieille que Machiavel et Dante , mais on peut dire que celui qui en a été l'inspirateur le plus puissant dans ce siècle, c'est précisément le Pontife qui paraît en souffrir davantage aujourd'hui. C'est lui qui, en 1847, a fait entendre en Italie ce cri d'indépendance, d'émancipation et de délivrance, qui a enflammé tous les courages, qui a électrisé les âmes. (Mouvements divers.) Par conséquent, il ne faut pas vous étonner si vous êtes en face d'un sentiment d'une profondeur incontestable, ayant sur la nation italienne une action irrésistible.
D'où il suit, — et c'est la conséquence que je veux faire toucher du doigt, — que si vous entreprenez cette tâche, qui consiste à vouloir que la nation italienne renonce a l'expression de ce vœu, vous l'en-
treprendrez avec la perspective à peu près infaillible de soulever dans la nation italienne un grave mécontentement. (Eh bien?) Or, vous avez toujours protesté de l'intention contraire. Vous avez espéré, et c'est là que je prouverai que la chimère qui a été soutenue par le gouvernement français mérite d'être indiquée, vous avez toujours espéré que le gouvernement et le peuple italien pourraient être amenés à renoncer à l'expression de cette volonté.
Mon horreur profonde pour les dénoûments fatals auxquels participe la guerre et qui sont soumis à cette loi aveugle, mon intérêt pour l'Italie, doivent être vis-à-vis de la Chambre un sur garant de ma sincérité, et en vérité, messieurs, je pourrais me passer de toute espèce de caution. (Bruits et mouvements divers.)
Je dis donc que ce que je désirais le plus ardemment, c'est que la conciliation fût possible. Or, elle me paraît aussi problématique qu'elle l'était en 1849 et en 1864, par cette excellente raison que ni Tune ni l'autre des parties n'entendra abandonner ses prétentions. La prétention du Pape n1est pas seulement de conserver Rome; vous n'avez qu'à recourir aux dépêches que j'ai mises sous vos yeux. (Marques d'impatience.)
Permettez-moi, messieurs, de vous faire une observation.
Nous sommes divisés sur ce point ; vous croyez que le Pape changera d'avis, tandis que je crois qu'il y persévérera... (Bruit.) Vous êtes moins respectueux que moi pour la puissance du Pape, car si le Pape changeait d'avis, il se déjugerait, et il a affirmé dans ses dépêches, qui sont des documents authentiques, que c'était pour lui un article de foi qu'il ne pouvait pas abandonner son patrimoine, et qu'il le réclamerait sans cesse, si bien qu'il acceptera vos services et jamais n'opérera de conciliation.
De là, cette conséquence sur laquelle il est bon que nul ne s'aveugle, que notre occupation sera indéfinie, que nous ne résoudrons pas le problème, et que, il faut que la France le sache, pour courir après une nouvelle aventure complètement chimérique, on lui demandera au moins 25 millions chaque année. (Interruption.)
On immobilisera son armée et sa flotte, et il peut arriver telle circonstance où ces secours nous seraient extrêmement précieux et où nous souffririons un grand dommage dans nos intérêts.
Mais non-seulement, — c'est là mon dernier mot, et je vous demande pardon d'être encore à cette tribune, il faut être soutenu par le sentiment du devoir pour lutter contre l'impression de la Chambre; — non-seulement la France est condamnée à une occupation indéfinie... (interruption sur quelques bancs) oui, indéfinie, à des sacrifices permanents; non-seulement les déclarations de 1862 et de 1864 sont abandonnées; non-seulement cette occupation soutien-
drait un pouvoir qui, en 1862 et en 1864, était déclaré être l'ennemi des institutions libérales ; non-seulement nous serons condamnés à voir protéger par nos armes des faits qui sont indignes de la civilisation, — c'est M. Drouyn de Lhuys qui Fa dit, — mais encore il sera acquis que non-seulement nous protégeons le pouvoir temporel, mais que c'est à îa cause de la catholicité, c'est-à-dire au pouvoir spirituel, que nous faisons ces sacrifices. (Oui! c'est cela!)
Dès lors, nous voici violemment ramenés en arrière, et dans une circonstance que je vous supplie de vouloir envisager, nous faisons une véritable intervention religieuse. C'est en faveur des principes éternels que nos armes sont sorties du fourreau, et c'est la foi que nous protégeons par le sang. (Interruption.) Non-seulement ce sont là des procédés d'un autre âge, qui compromettent singulièrement l'honneur et la dignité de la France libérale, mais encore nous portons la plus funeste atteinte à la cause que nous prétendons défendre, car nous la marquons à ce signe qui doit tôt ou tard conduire à de funestes résolutions, à ce signe contingent, passager, nécessairement aveugle de la force politique, qu'elle n'a pas sa racine plus haut que les hommes.
Voilà la situation qui nous est faite, et elle nous est faite précisément par la confusion que nous avons signalée à celte tribune, et contre laquelle, pour ma part, je me suis élevé moins éloquemmcnt que mon honorable ami M. Jules Simon, mais exactement avec le même sentiment.
Et tout à l'heure l'honorable ministre d'État... (Marques d'impatience vers les bancs en face de l'orateur. — De plusieurs côtés : Aux voix!)
Votez, messieurs, si vous voulez.
(L'orateur quitte de nouveau la tribune.)
M. le président Schneider. Je rappelle M. Jules Favre à la tribune. (Parlez! parlez! — Assez! — Aux voix! — Mouvements en sens divers.)
M. Jules Favre, en remontant à la tribune. Tout ceci, messieurs, peut vous paraître très-réjouissant, mais pour moi je m'en attriste. Nous sommes des hommes, et nous ne devons pas agir comme des enfants. (Réclamations et rumeurs.)
M. le président Schneider. Je ne puis admettre à aucun degré l'expression de M. Jules Favre. La Chambre n'a pas l'habitude d'agir de la façon qu'il vient de dire; mais on comprend qu'à la suite d'un débat aussi long, où toutes les attentions ont été concentrées, la Chambre puisse avoir son opinion faite et éprouver une certaine lassitude. (Oui! oui! — Mouvements divers.)
M. Jules Favre, descendant de la tribune. Qu'elle se repose, alors!
L'ordre du jour pur et simple est voté par 237 voix contre 17.
PRONONCÉ AU CORPS LÉGISLATIF DANS LA SÉANCE Dl) 23 DÉCEMBRE 1867