‹ Discours parlementaires (volume 5)Chapitre 26 sur 55 · III · texte numérisé non relu

III

peuvent faire naître les agitations qui sont les causes inévitables de son établissement.

D'ailleurs, est-ce que nous pouvons fermer les yeux à tout ce qui se passe autour de nous? Est-ce que ce n'est pas la destinée de l'Europe? Est-ce que nous ne voyons pas chaque nation venir s'asseoir successivement à ce banquet? Est-ce que nous ne voyons pas les rois absolus déposer, du moins en partie, leurs couronnes, et les peuples reconquérir leurs droits? Soyez-en sûrs, les mépris injustes, passionnés dont, au delà de nos frontières, nous sommes quelquefois les victimes, ces sarcasmes dirigés, par une race assurément virile, mais que nous valons certainement à tous égards, contre la race latine, ne sont explicables que parce que, au delà de nos frontières, on nous croit résignés à la servitude. (Vives réclamations sur un grand nombre de bancs. — Applaudissements à la gauche de l'orateur.)

M. Ernest Picard. Nous ne sommes pas résignés.

M. le président Schneider. Je demande encore une fois à l'orateur de ne dénigrer ni notre État ni notre pays. Ce mot de servitude qu'il a plusieurs fois déjà répété, en même temps qu'il est d'une injustice évidente, ne peut faire tort qu'à sa thèse, car l'exagération est toujours un mauvais auxiliaire. (Très-bien! très-bien!)

M. Jules Favre. J'appelle servitude la substitution de l'arbitraire à l'action de la loi. (Très-bien!)

Et c'est précisément parce que la loi qui vous est proposée renferme trop de souvenirs et trop de traces du décret de 1852, qui avait consacré un pareil système, que je vous demande de la réformer par des modifications libérales; et je vous dis, avec une conviction profonde , que c'est là le seul conseil que nous donnent nonseulement la politique, l'intérêt moral, mais encore la sécurité publique (interruption), le souci de la grandeur du pays au dedans et au dehors.

Nous ne pouvons pas souffrir longtemps qu'en Prusse et en Autriche on organise et l'on installe des institutions cent fois plus libérales que les nôtres (mouvements divers)y et quand nous sommes placés à la queue des autres nations, soyez sûrs que, tôt ou tard, la France en ressentira un chagrin amer. La France, on vous l'a dit, veut impérieusement vivre et penser par elle-même ; elle veut être elle-même et rien qu'elle-même. C'est à cette condition qu'elle sera grande au dedans et qu'elle sera aussi invincible au dehors, si jamais l'étranger osait l'attaquer. (Vives marques d'approbation à la gauche de V orateur. — L'honorable membre, en retournant à sa place, est félicité par ses amis.)

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