PAROLES
PRONONCÉES AU CORPS LÉGISLATIF
Proposition de comité de secours à distribuer aux \ictimes de la guerre.
J'ai rhoiineurde déposer une proposition de loi dont je demande le renvoi à la commission qui est déjà saisie de la proposition de notre honorable collègue M. Steenackers.
Cette proposition, qui est signée de plusieurs de nos collègues, est en effet destinée à faire appel, je ne dirai pas à l'assistance, mais à la solidarité de tous les citoyens pour les secours à distribuer aux victimes de la guerre.
Si la Chambre le permet, je mettrai sous ses yeux l'exposé des motifs en quelques lignes; cela me dispensera de toute autre explication. (Marques d'hésitation.)
La France tout entière, debout pour combattre l'étranger, est préparée aux derniers sacrifices. L'héroïsme de son armée, son honneur, son salut, lui commandent un effort suprême ; elle saura l'accomplir; mais, en prodiguant toutes ses ressources à la défense, elle ne doit pas oublier ceux qui, sans y participer, seront brisés par la guerre. Les maux qu'entraîne après elle cette lutte formidable commencent à se faire sentir; ils s'accroîtront nécessairement. C'est par des moyens extraordinaires qu'il faut les conjurer : le plus puissant est la mise en pratique du principe de solidarité qui unit les citoyens d'une même nation. Que le malheur nous ouvre les yeux et nous montre l'efficacité de l'association. Par elle , d'un bout de la France à l'autre, chacun de nous sera misa même de connaître et de soulager de nobles infortunes. Nous déchargerons l'État de tout le fardeau que nous pouvons accepter, et nous serons mieux placés que lui pour soulager, autant qu'il sera possible, les souffrances de nos concitoyens.
Fn un mot, ayons l'iutelligencc et le patriotisme de faire pour les m. 53
victimes des malheurs publics ce que fait, avec un si admirable dévouement, le comité pour le secours des blessés. Pour cela, à raison de la grandeur de la tache, une loi est nécessaire; nous avons en conséquence riionocur de proposer au Corps législatif le projet de loi suivant :
« Art. 1<r. Il pourra être formé, dans chaque commune de France, des comités de secours mutuels destinés à recueillir et à examiner les plaintes de tous les citoyens atteints par les maux de la guerre.
« Ces comités recevront les secours qui leur seront fournis, soit par les particuliers, soit par l'État, les départements ou les communes, et en feront la distribution aux ayants droit.
« Art. 2. Ils pourront se secourir les uns les autres par des envois d'argent ou de vivres, suivant les nécessités dont ils seront juges.
« Art. 3. Les conseils de famille de la garde nationale sédentaire rempliront les fonctions de comités de secours mutuels.
« Ces conseils de famille seront institués dans chaque compagnie de garde nationale sédentaire, suivant le mode et dans les conditions déjà adoptés dans quelques villes de France. Ils pourront désigner les citoyens qui leur paraîtront les plus capables de les seconder et en même temps de les remplacer.
« Art. 4. Les comités pourront employer les moyens qui leur paraîtront les meilleurs pour obtenir des secours, sans être tenus de réclamer aucune autorité, notamment des associations et des cotisations établies pour ce but déterminé.
« Art. 5. Le résumé mensuel de leurs opérations sera déposé à la mairie, où chaque citoyen pourra en prendre connaissance.
« Signé :
* Jules Favre, Jules Simon, Gambetta, Ernest
Picard, Jules Ferry, Emmanuel Arago,
Glais-Bizoin, Marïon, Tachard, Garnier-
Pagès, Larrieu, Magnin, Wilson et Betii-