‹ Discours parlementairesChapitre 23 sur 57 · LE 19 MARS · texte numérisé non relu

LE 19 MARS

Dans la discussion sur le» clubs.

Le projet de loi du gouvernement était ainsi conçu :

i Les clubs sont interdits.

« Seront considérées comme clubs toutes réunions publiques qui se tiendraient périodiquement ou à des intervalles irréguliers pour la discussion des matières politiques. *

Ce projet fut soutenu par M. Léon Faucher, ministre de l'intérieur, et combattu par MM. Jules Favre et Crémieux.

La minorité de la commission, dont M. Senard était le rapporteur, proposa un amendement ainsi conçu :

■ Ne seront pas considérées comme clubs les assemblées publiques et politiques non permanentes qui ne se réunissent que pour la discussion d'un objet déterminé. *

Cet amendement fut adopté par l'Assemblée.

Messieurs,

En montant à cette tribune, je ne me suis dissimulé aucune des difficultés dont est environnée la thèse que je viens soutenir devant vous. La cause des clubs est peu populaire en France , et je me hâte de le dire, les clubs ont mérité la défaveur dont ils sont l'objet : trèssouvent par leurs violences, par leurs exagérations, ils ont alarmé des intérêts sacrés, et jeté dans quelques esprits sérieux un doute Sur la possibilité d'établir en France une liberté paisible et régulière.

Ces résultats, messieurs, je les constate avec vous; mais la question entre M. le ministre de l'Intérieur et moi est de savoir s'il n'est j>as bien trop tard pour s'en apercevoir, si la question est entière , si elle n'a pas été souverainement tranchée, si la constitution n'a pas parlé en termes si clairs qu'il ne nous soit pas possible, sans la violer, de prendre te parti qui nous est conseillé ; et, en second: lieu,

Le citoyen Jules Favke. Messieurs, cette conclusion serait, je le déclare. » 1 1 1 «-* injustice; mais je fais ici uu appel à la conscience de tous ceux qui me fout l'honneur de m'enleudre, cl je leur demande comment doit être jupe un homme d'Ktal qui se donne, à un an de distance eC après de tels événements, uu pareil démenti! (Interruption.]

Un membre a droite. Ce n'est pas là la question.

Le citoyen Jules Favre. Je vous demande si le pouvoir, qui n'est fécond qu'à la condition d'être fort, qui n'est fort qu'à la condition d'être entouré de prestige, ne périt pas dans la déconsidération, quand il écrit de pareilles choses dans ses annales.

Ce n'est pas tout : la révolution n'est pas demeurée un fait, elle s'est légalisée; elle s'est faite loi, pour ainsi dire, par le vote de la constitution, qui est devenue son pacte suprême.

La constitution I clé votée, je le rappelais tout à l'heure, sous l'empire d'une jurisprudence et d'une législation qui admettaient comme une ebose non-seulement consacrée) mais encore réglementée, ce qui bien plus fort, l'existence des clubs.

D'où vient que, dans la constitution, le droit et réunion a été solennellement proclamé sans aucune réserve, sans aucune de ces restrictions menteuses, que les peuples prennent avec raison pour des subterfuges et qui enfantent les révolutions? La constitution ayant

aourée de l'appan il <!■• solennité que lui donne n dons ii la tribune est-elle, au moment où elle était soumise à voire vole, demeurée muette sur uu aussi grand problème politique ! Non tous ceux qui soûl moulés à la tribune uni rendu un public hommage au droit de réunion, et il sérail possible, aujourd'hui que la constitution est devenue la loi fondamentale, aujourd'hui qu'eu face de Dieu elle a été un contrai solennellement juré entre le peuple et vous, il se pourrait faire que cette constitution fui violée dans son article le plus Ion. I.unenlal, et que le droit de réuniun disparu! !

Je dis que l'article», auquel je tais allusion, et que je n'ai pas besoin de remettre sous vos veux, car il est présent à vos mémoires, je dis que rel article 8 ne souffre aucune ambiguïté, et s'il en souffrait, les pifolei mêmes du rapporteur, et les paroles du rapporteur SOOl un commentaire, nous le savons maintenant (on rit), les paroles mêmes du rapporteur détruisent toute espèce d'hésitation A cet égard. Voici comment s'exprimait, par sou orgaue, votre commission de cotisiilulion : eu parlant du droit de réunion, du droit de la liberté d'aller et venir qui était dans le premier projet de constitution, on disait :

Ce sont là des droits inhérents à la nature même; toutes convention» sociales les supposent. Antérieures et supérieures à ces conventions, «Iles servent à les juger; car, sans l'exercice libre de ses facultés, l'individu n'est plus un être moral et responsable, il ne figure plus

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dans les sociétés que comme un nombre, une force inerte, privée tout .1 la fois de spontanéité et de stimulant. -

\ uila les doctrines de la commission de constitution, et ne pense/ [UM(UCCcsoit sur me population ainsi mutilée par le retranchement de la plus précieuse de ses facultés, «pic M. la ministre de l'Intérieur veuille mainlenanl asseoir son empire

le m'attends donc à ta «pu- I un di'- membres fie la commission de (-(institution tnon te à la tribune pour détendre son œuvre, pour nous dire >i l'article S de la constitution, si général, m plein de libéralisme, riritcn.ut un piège odieux dans lequel la liberté dut trébucher au premier pas.au gré de quelques amluiions et de quelques frayeurs. [Approbation à ijnnrlip.)

1 1 commission ne fait pas celte chose, il demeurera démontré pour l'Assemblée, pour tous le> nommés de sens, que l'article H a compris dans son texte le droit de club, comme le droii de réunion, et limt a l'heure, quand je discuterai cette question, je n'aurai pas de peine à prouver que ce mot dont on s'effraye tant n'est qu'une des n inilcstiiions du droit de réunion, qu'on peut réglementer sans tlnuir, et vou«. l'avez lui, mais qu'on ne peut pas supprimer sans loin lier en même temps an droit de réunion.

Kl, du reste, je n'ai pas besoin de m'aventurer dans une pareille discussion. Le projet de loi contre lequel je lutte est clair et précis; U est le contre-pied, il est la négation de la constitution. La esfflltH tuf ion av;iit dit que le droit de réunion devait Cire respecté. L'article G du projet du gouvernement dit : u Les clubs sont interdits, t

or. qu'est-ce que Ls clubs? Les clubs soni simplement des réunions périodiques ou non périodiques, régulières ou non n'ipilirn-s, nu l'on s'occupe de politique. Eh bien, ce droit de réunion est coupé dan- n racine; je me trompe, c'est la constitution qui est détruite par vos mains. (Approbation à yaue/ic.)

Voilà donc les deux objections considérables que je heurte à mon passage et dès le début; il est impossible d'aller au delà sans nier tout ird la révolution que uous avons faite ou que nous avons sanctionnée, sa us dire qu'elle est à refaire, il est impossible d'aller an -ans briser de nos mains la constitution qui est noire ii'tivrr. Or, souffrez que je m'indigne et que je m'alaruie à la fois du rôle qu'on veut vous taire jouer. On a obtenu de vous, en inquiétant vos consciences, un vote qui vous a empêchés de mettre la dernière main M œuvre. Je m'incline devant cette décision; vous avez mieux aimé abdiquer que d'être soupçonnés ; mais aujourd'hui on veut vous faire faire un pas de plus, et l'on vous convie à déclarer que dans votre constitution vous avez manqué de sagesse, de prévoyance, d'esprit politique ; que vous n'avez pas été touchés des dangers qui alarmaient î u

la société; que VOUS avei Eté les ennemis jurés de la famille, de la propriété, «lu travail, de la stabilité publique: voila ce qu'on veut vous faire faire. Quant i mol, je vous conjure de résister à une pareille sollicitai mu, et c'est bien le moins que cette Assemblée, qu'un a forcée ainsi I disparaître brusquement de la scène du monde où elle a tenu une place considérante et digne, en rtVsronita debout, fièrement enveloppée dans le drapeau de la révolution, et Entai a d'autres la téméraire et l'impie entreprise d'y porter la main. (Acclamations à qauche. — Tris-h'nn! très-bien!)

Et ce n'est pas seulement, messieurs, au nom de votre dignité. <!»• votre honneur, que je vous supplie de respecter l'u'iivrc de uiire intelligence-, je vous adjure de le faire au nom de la paix et île In Sécurité de mon pain,

Kst-ce que nous pouvons douter qu'autour de nous subsistent eni-ore de coupable- espérances cl de folles pensées.'' Est-ce que OOOJ ne connaissons pu les organisations qui, malgré leur ma-qne, laissent percer leurs intentions secrètes et marchent plus ou moins, au moyeu de coalitions nouvelles, à la discorde civile et à la desiruction de la République '

\ i. \i QUI. OtU ! oui !

I.e citoyen Jota l'uni. Nous les connaissons. < la mations ci applaudissements à gauche.)

Eli bien, messieurs, je vous le demande, si vous vous abandonnez vous-mêmes, qui vous défendra/ SI \ous portez la main sur la constitution, comment demandercz-voiis a iefl ennemis de la respecter, et que deviendra la République !

Ce n'est pas tout, d'ailleurs. Vous gavez, messieurs, qu'à l'avénement de tous les pouvoirs nouveaux, ries difficultés nombreuse» >\\rgiSSOBl «le toutes parts; <jue ce nV>l pas trop i\u zèle le plus dévoué, de la capacité la plus éprouvée, de la vigilance de tous les jours pour conjurer les pénis qui entourent cette société encore chancelante sur une base qui esi mal établie. C'est là l'histoire de toutes les révolutions, de tous les pouvoirs qui succèdent à un pouvoir.

Eli bieu, tous les hommes d'État vous diront que, dans cette situation précaire, ce qui importe avant tout, c'est de ne pas donner de prétexte à l'agitation, qu'on ne peut pas toujours dominer.

Voyez au fond du cœur des ambitieux, de ces hommes qui savent conseiller les partis, qui tarant aigrir les souffrances, qui, par leur exagération, peuvent enflammer ttfl ;lmes , ils \oiis dironl : Tout ce que nous demandons avant lotit, ce sont des prétextes.

El ii i, messieurs, vous allez leur offrir, non pas un prétexte, une raison. Et je voue le demande encore, quand la première étincelle aura produit l 'embrasement de cette grande cité et que vous

19 MAHS 1819. |(3

■oral i donner votre mol d'ordre à vos défenseurs, que dircz-vous. si ceux qui viennent les attaquer oui Inscrit sur leur bannière : ■ Res- ; | la eoustilutiou ! [iris-bien! très-bien!)

Voilà, cependant, messieurs, les dangers contre lesquels on nous Fait courir en aveugles.

Il me semble que je pourrais m'arréter lu. que ma discussion est G HDpUtft; que j'ai prouvé que supprimer le droit de réunion, ainsi que le propose M. le ministre de l'Intérieur, c'est uicr la révolution, <• t*t houlewrscr et détruire la constitution.

Cependant, messieurs, ee n'est pas assez, et H importe, en Supposant pour un instant que la constitution n'a pas tranché la question d'une manière souveraine, que nous -oniines encore les maîtres de iiation, que nous pouvons admettre ce droit qui esta notre porte et que nous demande la bourgeoisie; il importe, dis-je, d'examiner froidement, au point de vue politique, philosophique et tneJal, si véritablement il est prudent et sage de supprimer le droit de réunion, sj ce n'est pas d'abord offenser la nature humaine dans ee qu'elle a de plus précieux et de plus cher, si ce n'est pas aussi déchaîner HT notre commune patrie les discordes civiles et les tempéteft Celte question, nous pouvons l'examiner en toute liberté, et, je ne crains pas de le dire, sons ci: rapport notre situation est meilleure qu'elle ne Pétait lorsque le projet de loi a été présenté.

Kn effet, messieurs, le cabinet qui. à relie époque, pomait paraître, aux yeux de certaines personnel prévenues, encore chancelant, s'est aujourd'hui complètement raffermi. Il ne saurait être question de le renverser, ou même de l'ébranler; il ne peut aujourd'hui montrer anémie susceptibilité, car elle ne serait pas à sa place-, elle est dominée par l'intérêt du gouvernement, de telle sorie une tes personnes qui, dans eetle enceinte, uni pris l'habitude de eonjfcftéKf les orateurs de l'opposition connue des candidats au pouvoir, habitude déplorable contre laquelle je proleste ici de toute mon énergie [rumeurs), peuvent avoir leur ronseience parfaitement en repos; les paroles que je prononcerai ne pourront pas être relevées par M. Itisliat ni par son : il ne peut s'agir ici d'une question de cabinet. Dégager la discussion de ces accessoires, c'est d'ailleurs, messieurs, lui rendre une allure plus libre, plus aisée ; c'est lui restituer sa grandeur naturelle cl sa véritable portée.

F.h bien, messieurs, pour examiner la thèse que je me pose en aussi peu de mots que possible, cl ne pas abuser de la patience et de la bienveillance de l'Assemblée, je veux d'abord examiner avec vous, au point de vue historique, quelle est la valeur...

I n membre A GAUCHE. Oll! oh ! [Parlez! parlez !)

Le citoyen .Iules Favre. Je veux, dis-je, examiner au point de vue

i»isi:oi;rs parlementaires.

historique, «1 que Niouornblc interrupteur se rassure, il ne s'agit pas de consulter l'histoire des Pcrs«- B\ dJëfl Macédoniens, moi- seulement la notre, re qui sera beaucoup moins long, et -urtout beaucoup moinennuveux; je veux d'abord examiner au point de vue historique, je le répète, quelle est la valeur de l'objection, suivant moi, la plus«onsidérable, qui est faite à ceux qui demandent pour les clubs une liberté illimitée ou une liberté réglementaire, ainsi «pie vous l'ave/ f.iit par votre loi du 28 juillet «lernirr. Bl ensuite, je vus «•xaminer. en me dégageant de toute espère de préoccupations historiques, -t-à-dire en envisageant la situation aetuelle telle qu'elle non- .» été faite par les événements auxquels nous gfonj été mêlés, s'il ed prudent, s'il est sage, pour rendre le repos a la société, pour guérir les maux dont elle peut souffrir, de supprimer le droit de réunion, ou, ce qui est la même chose, d'interdire les clubs.

lu d'abonl placé touiuie préliminaire de cette discussion, dout la unie partie est évidemment la plus importante, ce que j'ai appelé la partie historique; car vous savez que tous ceux qui ont pris la parole contre le droit de réunion se KOOl appuses sur les exemples qui ont été fournis parla première République, et vous rencontrerez dans tous les ilisruurs, dans tous les nus rages qui M sont produits à l'oirasion de eetle question, re qui parait, uiessuMirs, à la grande majorité de la population, un axiome, que les «lubs sont inconciliables avec toute espèce de gouvernement libre, avec la République organisée. La meilleure preuve, dit-on, c'est que la Convention, la Convention elle-même les a supprimés.

F. h bien, messieurs, j'ai cité l'objection parce qu'elle a une grande valeur, je le répète, parce qu'elle décore une maxime qui est généralement adoptée; mais je demande la permission «le ne m'v arrêter que bien peu d*in«-lant*-, par « elle seule, mais décisive raison, que dans la période à laquelle je fais allusion, je nie que la France ait eu El «pion peut appeler un gouvernement libre ainsi que nous l'entendons aujourd'hui, ainsi «pie nous voulons le voir s'établir et durer.

\insi, messieurs Ion* le- exemples qui ont été tirés de ce qui passé sous le règne de I \ -semblée constituante, de l'Assemblée législative ou de la Convention, tous «es exemples pOItSSl à faux, précisément pareeque, dans cette période, n'a jamais été établi ce gouvernement que nous avons fondé et que nous saurons maintenir. Pour i, mental, l'aut-il une bien longue démonstration? Est-ce «pie tous ceux qui me fout l'honneur de m'enicndre ne sont pas assez familiers avec l'histoire «le notre pays pour n'être pas convaincus de la profonde vérité de la proposition que je \iens d'énoncer"'

Quoi! mefitteUM, vous «hrreheriez un gouvernement libre, véritablement libre comme le vôtre, dans cette période qui s'est écoulée

1789 jusqu'en 1705 ou 17981 Cette période, cherchez-en la • -n.if i f m-. 1 1 î« >n dans le nom que l'instinct populaire, qui ne se (rompe |«s, lui a donné, qu'est-ce que c'est? Est-ce la Képublique ? i;'rsi la Hé vol ut ion : voilà son nom par excellence; car depuis le premier mol qui a été prononcé par ce noble révolté qu'on appelait comte de Mirabeau et qui s'él.tit mêlé au tiers pour pouvoir briser dans sa Forte nuon œ régime odieux qu'il avait eu le temps de maudire à Vinccnucs, jusqu'à l'attentai commis ibp r \s-emhlée par le glorieux vainqueur •I \ noie et des Pyramides, j'ai ehcrcbê vainement une bonne pape pour la liberté! Ce que je vois partout, messieurs, c'est la lutte, t'est le combat, ce sont les passions, ce sont les partis qui se prennent, iilrc-cluiquenl , qui se déchirent, qui se niellent en poussière, jusqu'à ce que sur cette poussière la gloire puisse bâtir un camp, • il camp d'un jour, parce qu'il a voulu étouffer la liberté sous MB épéc i I ivt approbation dans plusieurs parties de la salle.)

Permettez-moi, messieurs, de le dire, el >i c'était une digression, mblée voudrait bien m arrêter, .le ne vomirais rien dire contre son sentiment. {Parlez! parlez!)

Quand on lit ces papes terribles et glorieuses, lecture qu'un homme d'État ne saurait trop répéter, il semble que l'Ame se scinde en deux parts, l'une tout absorbée d'admiration et d'enthousiasme, et l'autre toute frémissante d'épouvante et d'horreur : car dans cette arène, aux pins nobles vertus, ans plus sublimes dévouements, aux plus fécondes et aux plus initiatrices pensées, se sont trouvés mêlés des li les jDJÇjUe-U >au> nom, il faut le dire, afin d'éviter ces traces sanglantes de lâcheté et de folie qui auraient suffi à déshonorer une époque, i Bravos à gauche.)

Eh bien, quelle moralité tirer de ces choses? c'est que notre pairie était alors livrée à je ne sais quille lutte enire le génie du bien et le Bénie du mal, qui] la tenaillaient et ne lui laissaient aucune trêve. Et faut— il vous le dire.' faut-il vous le rappeler? Les hommes qui ont abordé cette grande et sainte époque et qui, à travers tant d'erreurs [el il était impossible de n'en pas commettre), ont eu la gloire immortelle de sauver leur pays, de sauver la Révolution, de vous donnei nue France libre, indépendante, dans laquelle vous pouvez délibérer aujourd'hui a l'ombre du suffrage universel; ces nommes, messieurs, <|ui ont tout donné à la cause de la patrie et de la liberté, tout, nonnenl leur vie, mais encore, ce qui était bien plus précieux, leur Itiou devant la postérité... (Xouvelle approbation.) \ Irawrs tout te sang, toutes ces larmes, toutes CM ruines, ils onl constamment •eursuivi leur idole, la liberté, qu'ils ont vue fuir devant leurs yeux condamnés à ne jamais la voir, comme s'ils réalisaient cette fanage antique, comme s'ils étaient les nouveaux Moïses du peuple de Dieu,

brûlés parle désert et mourants sur les limites de la terre promise sans pouvoir y eutrer. [ApptàtidbtentenU it gauche.)

Ouels enseignements, messieurs, y a-t-il à tirer dune pareille épopée? Les N«>i< i : < est une les partis sont appelés, les un- après les autres, à commettre- les mêmes erreurs, à tomber dans les mêmes fautes. Ces erreurs el ees failles, quelles sont-elles? C'est dl n*nier. quand ils sont arrives, les principes qui les oui fail triompher-. 6*061 d'appliquer a leurs ad\ersaires une doctrine diamétralement opp<< à celle qu'ils ont cuseignéc au peuple; et c'est ainsi qu'ils tombent à la rois dans la déconsidération et la faiblesse, el qu'ils déchaînent sur leur patrie des malheurs inouïs. {Tris-hifn!)

Le second enseignement, c'est que les partis qui se culbutent am-i les uns les auires ne devraient jamais oublier que tout-' \iolrme amène des représailles, que toute violation d'un droit amené la \iolation d'un droit correspondant uri-s-bien!). el que quand ces partis son! vainqueurs, au moins par prudence, pour leur Sécurité personnelle, ils doivent s'empresser ff uiserire sur leur drapeau les mots de générosité, de clémence el île pardon. Ww approbation à gauche.) Ne cherche/ pas d'autres enseignements dans eette lusioire; el. en ce qui louche la question qui nous occupe, je vous le demande, quel rapport y avait-il entre ce volcan qui bouillonnait de toutes \ irU la tranquillité dont nous avons joui même au milieu des agitations

fiévreuses qui ont suivi la révolution (rumeurs el dénégations

à droite) entre ces efets, ces vengea m « it, 666 proscriptions, ees ho-iilités contre les personnes, el la magnanimité de la nation qui, lorsqu'elle a triomphé, n'a pas même voulu se souvenir qu'elle avait ru des ennemis } i/Wt-bicn!)

Kl si vous vouliez que j'entrasse plus avant dans la question, s'il était aussi nécessaire que cela me parait inutile, d'étudier techniq. ment, pardonnez-moi ce mot, la différence qui sépare de ces époq le droit de réunion à l'heure qu'il csi, après la constitution de IK48, avec un président librement élu, avec une assemblée délibérant à l'ombre de ce suffrage universel que nous avons tout à l'heure invoqué, est-ce que je ne vousdémontrenii pas, messieurs, l'histoire lia main, que ces Assemblées populaires n'ont jamais eu, permettez-moi cette expression, et je ne veux ici rien dire qui paraisse une plaisanterie, mais que les Assemblées populaires n'ont jamais eu l'innocuité des clubs actuels, et qu'au lieu de se borner à discuter des question à mettre sur la tribune des problème- philosophiques plus ou moins effrayants, les Assemblées populaires, à partir de la Constituante jusqu 1 la fin de la Convention, ont été un corps politique, un Étal dans PKlal!*

> ous n'avez qu'a consulter les premiers procès-verbaux de la Con-

situante, vous verrez que la Cou si it uante l'avait voulu ainsi, que c'était entre ses mains une arme puissante nmire la monarchie, qu'elle plaçait l'inviolabilité des assemblées populaires lOOfl H propre- infaillibilité, dont elle leur faisait un bouclier, et que ces assemblén < '(imprenaient ainsi Unir Importance, qu'elles faisaient citer à leur barre des Fonctionnaires publics, les distrayaient dp leurs travaux, envoyaient des adresses i l'Assemblée, y pétitionnaient, UOB»eeillo Dent, messieurs, par une pétition signée d'un grand nombre de citoyen-;, mais par la présence des citoyens eux-mêmes, qui étaient adrni* à la barre. (Jft

PuOtmnts Mi\iFii;is. Nous avons vu cela le lu mai.

Le citoyen .Iules Fayiu Quelle est I mu-, messieurs, encore une fois. l'analojîic i|ui peol exister entre un pareil ordre de faits et d'idées et le speelaeb: dont DOW sommes témoins aujourd'hui? Et quand mi répète constamment que la Convention a brisé les jacobins, ou OttbUc deux BOOMS : la première, nie la décision de la Convention a été une »n politique, exclusivement politique; que la < ".(invention, qui était gênée dans sa marche par defl obstacles de lonle nature, a pafjé

sur le corps des jacobins pour aller au delà et continuer la révolution 1rs jacobins étaient devenus un obstacle à la Convention; et, en deuxième lien, on oublie que les jacobins s'étaieut placés en faee de U Convention, qu'ils lui avaient résisté, qu'ils l'avaienl dominée, .le ne dis pas ces choses pour blasphémer contre l'histoire et la mémoire des hommes de cœur qui, dans cette époque terrible, animés du plus pur patriotisme, ont poussé les armées aux Frontières et écrasé au dedans les obstacles qui s'opposaient à la destruction de l'ancien ie et à l'édification de l'ordre nouveau {vive approbation à gau- \t les di- pour vous faire comprendre comment, politiquement, rvs.rmblee nationale a pu et du être conduite a détruire un obstacle qui j;énail l'exercice de son action légitime. Il n'y a pas autre ebote, comme l'a très-bien fait remarquer notre honorable rapporteur, dtm ce fameux décret de fructidor an 111 dont on a tant abusé!

Je crois donc, messieurs, que la question est vidée, qu'il est inutile d insister davantage sur des rapprochement! historiques dont je crois avoir fait apercevoir toute la faiblesse.

Par la même raison, je ue m'arrêterai pas davantage à discuter la législation des Anglais et la législation des Klats-l LoftS; je viens de dire tout à l'heure que nous n'étions pas terroristes ni thermidoriens, à plus forte raison nous ne sommes ni Anglais ni Américains

Jr crois donc qu'il est temps de revenir à la situation actuelle, à la France de 1848 et à ses légitimes besoins], de mettre la main sur son ni'ur et de savoir si le sacrifice qu'on lui conseille ne sera pas pernicieux pour ses intérêts.

Sur ce point, messieurs, il y a deux idéei prituip;ilo- qui DU paraissent dominer la dtseu-sinii el que je vous demaode la permissiou de vous indiquer, ne fût-ce que pour établir dans OC qui me reste à dire un peu d'ordre e! de méthode.

Il me semble que pour savoir si les dota MAI Msd dangereux «pie le suppose M. le ministre de l'Intérieur, qui réclame leur intcrdiriiou, il faut nous demander quel peut être le fruit des enseignements qui mil été fournis par l'Iiistoire depuis le 24 février jusqu'à ce jour; et i! RM amitf examiner la question en elle-même, c'est-à-dire en faisant pour ain-i dire le bilan de la société; et quand nous aurons arrêté nos investigations à l'heure où nous sommes, au lieu de ces vue. rétrospectives, nous jetterons uu coup d'iril vers l'avenir el nous interrogerons ses besoins.

L'expérience des faits qui se sont écoules depuis le 24 février jusqu'à ce jour n'a pas le même caractère que celle des faits auxquels je viens tout à l'heure de faire allusion. Les faits qui se sont accomplis depuis le 24 février, nous en avons été les témoins, nous en avons tous été plus ou moins il leurs, nous avons tous les éléments pour les toucher du doigt et pour les juger, sinon, messieurs, avec impartialité. au moins avec connaissance de cause.

Kh bien, d est uu fait que M. le miuMrc de l'Iuléricur nr peut pas

MOI e'éffl que, depuis le 24 février 1K4N, les clubs ont HÉMBtÉj

et j'ajoute immédiatement que la société a subsisté aussi, cl que je ne

sache pas que M. le ministre de l'Intérieur soit assis sur ses ruines.

[l\unwur< (fivfvses. — Rires Mf quelques hanes.)

J'ai rappelé que la révolution de Février s'était faite eomme une protestation en faveur du droit de réunion. D'ailleurs, la révolution de Février ayant été l'avéncment de la démocratie la plus {tige, la plus triomphante, la plus généreuse qui jamais ait été rêvée,

VOtt dire «pie le lendemain de la révolution de Février le droit de réunion a pris des proportion* que M. le ministre trouverait sans doute effrayantes, et qui auraient effrayé sans doute plusieurs perso es autres que M. le ministre de l'Intérieur.

Après la révolution de Février, les clubs se sont multipliés sur tous ints de la capitale et de la République. F.l.je dois dire, eu -.multipliant, ils ne se sont pas affaiblis-, en se multipliant, ils ont été comme autant de foyers qui, dès le troisième jour de la révolution, étaient contre le (iouvrrnemcul provisoire, des ceutres d'opposition incandcsrenls et irréconciliables. Là, messieurs, sont venus les hom- « « de tous les partis, ceux qui pouvaient être égarés par leur amlition, ceux qui trouvaient injuste de n'avoir pas été admis au partage du pouvoir, ceux qui rêvaient le renversement de cet ordre de choses si nouveau encore cl qui paraissait si fragile; el, comme la liberté

imitée était laissée à tous, je vous laisse à penser quelles étaient les i, quels élaieut les discours* quilles étaient les violences de chacune de ers réunions.'

Kh bien, qu'cst-il arrivé/ Le (.ouvernement provisoire a-t-il été renversé? Non. (Rires ironiques sut plusieurs bains.)

Le citoyen Pac.nerre. Ob n'est pas la faute des clubs.

Le citoyen Jules Faviie. L'honorable M. Paynerre m'interrompt pour rae dire que ce u esi pis la faute des clubs.

BmVdOUtC -, je le crois toul aussi bteagUC l'honorable M. Pa^uerre, et je lai dit, je pense, d'une manière suffisante quand j'ai iudujué quel était leur esprit, esprit d'hostilité violente, esprit de déclamatniii incendiaire, et rcla chaque jour et à toute heure de la journée!

Kh bien, je vais peut-être dire quelque chose qui paraitra un para- .luxe, un sophisme sourires), '^ai cependant, jusqu'à un certain point, le droit de parler de ces choses, puisque je les ai vues de près; je déclare que, s'il avait pu se faire, chose tout à fait impossible sans doute, que le Gouvernement provisoire, nul par la haute pensée d'ordre et de pacification qui ne l'a pas abandonné un instaut, fit le lendemain de son avènement adopter par la population le premier article de la loi de M. le ministre de l'Intérieur, dans nia conviction profoude, le r;ou\ernement provisoire aurait péri au bout de quinze jours [c'est vrai!}, et l'Assemblée ne sérail venue ici qu'A travers les plus grands malheurs. {C'est vrai! c'est vrai!)

lOOTiction, messieurs, il ne suffit pas de l'énoncer, il faut la justifier. Mais déjà, messieurs, vous m'avez devancé, et votre sagacité est trop grande pour que vous n'ayez pas compris que, dans cette société si tourmentée, où tout était par terre, où il u'y avait plus d'autre autorité que l'autorité morale, ce besoin de conservation et de Ion qui bit que les sociétés, par une admirable et miraculeuse loi île Dieu, traversent les plus grandes épreuves sans se décomposer, c'était la liberté seule qui pouvait être une sauvegarde. Les clubs étaient précisément l'aliment de ces «Ames inquiètes, turbulentes, désordonnées, qui venaient là chercher une satisfaction à leur médiocrité vaniteuse, à leur besoin de paraître, ci qui, après s'être soulagé le cœur, ne pensaient plus à conspirer. (Rires ironiques.)

Messieurs, ces choses peuvent être infiniment lisibles à l'heure qu'il est non/}; mais ce que j'affirme, c'est qu'au moment où elles s'accomplissaient elles ue l'étaient pas, et les hommes qui étaient menacés par ces projets de subversion, croyez-le, ils avaieut l'œil tau i ■•.-..minent ouvert sur ces orateurs auxquels je fais allusion; ils n'avaient pas bosoio qu'un commissaire de polire vint en écharpe sur les tréteaux d'un club pour savoir ce qui s'y passait ; trois fins par jour le Gouvernement provisoire était instruit, et bien instruit de

chacune des paroles qui étaient prononcées dans h'* clubs, et nonseulement les clubs étaient une sorte d'exutoire pour les sentiments passionnés «le cette population, mais encore c'était un excellent observatoire pour le Gouvernement provisoire qui, d'heure en heure et jour par jour, savait les sentiments et les pensées de la partie la plus violente de h population. (Très-bien! très-bien! — âgikltkm.]

Les limiiines qui étaient an Gouvernement provisoire ne se sont pas effrayés de ces violences qu'ils connaissaient et <ju'ils -inviil laieut, cl ce n'était pas, de leur part, je vous prie d'en être convaincii-, iiiipcritie ou raîhlaCM ; r'élail ap|>rérialion intelligente et exacte de la véritable situation, car il en est d'extrêmes cl qui exigent aussi des remèdes extrêmes l-,l OC n'c.-t pas -ans quelque • iMimcment que j'ai entendu des hommes que vous avez vus dan- la antichambres et les salous du Gouvernement provisoire, dans une attitude que je ne veux pas rappeler... (rires ci apphmdksem gaucltt), qui au seuil de cette enceinte ont acclamé la H< '-publique el volé que le Gouvernement provisoire a\aii bien mérité de la patrie. attaquer, aujourd'hui que le danger Bal pUSé, fol homme- qui se sont dévoués au salut du pats. Oue faisaient-ils alors, cet mes-ieui» qui -nul aujourd'hui si sévères, que faisaient-ils? (Xouvelles acclamations à gauche.) Uue ne proleslaienl-il- '.'

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