SUR LES AFFAIRES DE ROME DANS LA SÉANCE LU 11 MAI
M. Jules Favrc demande la Domination d'une commission pour juger la conduite de l'expédition d'Italie; mais l'Assemblée vote. Tordre du jour pur et «impie.
Lorsque tout à l'heure, M. le président du conseil, en montant à la tribune, se donnait à lui-morne cette leçon que, dans des discussions aussi solennelles, c'était un devoir de ne manquer en rien à l.i moderation et au respect qu'où doit à ses adversaires, j'étais sur que malgré lui, et contraint par la nécessité fatale de sa position, il ne pourrait pas tenir sa parole. Et, en effet, bientôt vous l'avez entendu reprocher à ceui qu'il attaque, d'exploiter l'infortune lamentable dont le pays gémit ; vous avez recueilli de sa bouche cette parole qui, à bon droit, a excité vos généreux murmures, car il est des chose* qui offensent tellement la conscience qu'elles sont au-dessus du règlement : cette parole que le sang de nos soldais avait été pour nous une bonne fortune. (Interruptions diverses.)
Cette tactique n'est pas nouvelle; nous la connaissons, elle appartient surtout aux pouvoirs aux abois qui se débattent de contradictions en contradictions jusqu'à ce qu'ils tombent sous le mépris public. (A gauche: Très-bien' tna-bien!)
Celte tactique, elle consiste à calomnier ses adversaires : cela est facile; ce qui est plus difficile, c'est de leur répondre, et c'est à cela que nous vous convions.
Il ne faut pas que l'Assemblée tombe dans le piège que l'éloquence de M. le président du conseil lui a tendu involontairement. [Hilarité.)
11 ne faut pas que l'Assemblée souffre que la question soit déplacée et que le débat meure sans solution. L'u pareil résultat serait une offense à sa dignité, il porterait atteinte à la conscience publique cl, jusqu'à un certain point, il pourrait alarmer la sécurité. Il faut donc
Il MAI IKI9.
Itfemblée nationale fasse son devoir, qu'elle le fasse tout
enlier, avee modération, mais aoni MOI taihit*s-<\ comme sans pas-
BOB. Or, ce devoir, quel peut-il être? [Se vous est-il pas indiqué par
les circonstances sur leSÇaoltOf aucune espèce d'équivoque ne peut
maintenant régner? car si, lorsque celte discussion a commencé, on
pouvait accuser ceux qui dans leur émotion légitime demandaient
• lion pour le sang versé contre la volonté de l'Assemblé
. on pouvait les accuser de témérité et île décision prématurée,
ce n'est plus possible; une triste lumière s'est Faite dans le débat, cl
maintenant, messieurs, il ne nous reste qu'à le résumer et à conclure.
Kl en effet, messieurs. l'Assemblée n'attend pas de moi que je
pépeade aux insinuations sur lesquelles M. le président du conseil a
m] instant essayé de déiourner vos regards du véritable point sur
lequel Hi doi\enl être arrêtés. Faisant* emportés p;ir l'action ora- .iir«-, 3ppel aux passions de. celte Assemblée, il vous a dit : Ceux-là (jnj veulent la guerre civile, ce sont ceux qui s'insurgrnl contre le suffrage universel, ceux qui, au US mai. ont violé la majesté de celle niblée, el qui ont voulu mettre au-dessus de la loi souveraine du pays l'usurpation de leur folie ou de leur orgueil.
M. le président du conseil ne trouvera pas sur ce point un contradicteur dans cette Assemblée.
Mus M. le président du conseil ne sait pas sans doute que dans le nombre de ces hommes se trouvent aussi ceux qui résistent ouverfcmeLf ù la volonté de l'Assemblée nationale. (Très-bien!)
Et ne croyez pas que vous puissiez nous faire prendre le change en nous disant : Le pays est eu travail; encore quelques jours, et il fera connaître sa volonté! Celte volonté, nous la présumons dans 1 intimité de noire conscience; le pays absoudra notre politique. Non, messieurs, je veux aussi respecter ce mystère du scrutin électoral. Mais ce dont je mus rûr, c'est que l'Assemblée législative sorlie «lu suffrage universel, assemblée française, maintiendra la llépuilique cl la constitution, et qu'elle en punira les violateurs. (Oui! oui! Très-bien!)
Le citoyen Président nu consf.il. J'en suis convaincu au
Le citoyen Jules Favre. Ce dont je suis sur, c'est que l'Assemblée législative, à supposer qu'une intention coupable u 'ait pas présidé à desacles qui SOUl soumis a voire jugement, ne souffrira pas que, par incapacité ou faiblesse d'esprit, ou ait compromis les inlérél.s delà France. (Très-bien!)
Y oubliez pas toutefois que l'Assemblée législative n'est pas
nommées que la souveraineté pour cela n'est pas en déshérence;
quelle est tout entière entre vos mains, cl que vous seriez coupables
i \ ous y laissiez porter la moindre atteinte, si vous ne remettiez
DM iulacl le mandai que VOflU ave/ reçu du peuple entre le» mains de vos .successeurs.
ouand il s'agit de la souveraineté nationale et de la dignité d'une graude assemblée, qu'importe sa durée'.'
Et quand bieu mène nous serions à la veille de rentrer dans la vie privée, quand bien même nous n'aurious que vingt-quatre heures devant nous, si la constitution a été violée, nuus devoofi la venger; si notre dignité a été oui râpée, mms devons la sauvegarder, el nous devons écarter avec dédain les subterfuges et les sophismes à l'aide «lesquels on a essayé de nous faire douter de nous-mêmes «/)
.le dirai plus, c'est que, plus nous sommes voisins de notre dernière heure, plus il importe de lui imprimer le cachet solennel d légalité, plus il importe de donner au pays, à l'assemblée qui n suivra, ce grand enseignement qu'à quelque heure que ce soit la souveraineté -In peuple confiée à ses mandataires a élé fidèlement gardée. S'il en est ainsi, ne nous parlez plus de la brièveté de notre mandai , nous sommes dans celle enceinte pour l'exercer dans sa plénitude, el les moyens oratoires derrière lesquels vous voiii esquiviez y étaient une atteinte directe. (Ilumntrsà draitt. Appn>balion à gauche.)
Nous respectons le suffrage universel, et c'est justement parce que nous sommes ici, que nous voulons être respectés nous-mêmes par l< pouvoir exécutif.
Eh bieu, M. le président du conseil signalait tout à l'heure comme des factieux cl des I ailleurs de guerre clftte ceux qui mclte.it leur orgueil au-dessus du suffrage universel. J'ai bien le droit d lui dire que ceux-là aussi soûl des factieux el des fauteurs de guerre civile ont mettent leur orgueil au-dessus des décisions d- l'Assemblée. (Très-bUn! tris-bifn! à fjaucht.)
nu'avez-vous fait? Je récapitule vosact< ission..... {rumeur*
dubitaticft) , et comme la conscience de l'Assemblée, celle da pays sera forcée de les apprécier.
Est-il vrai, oui ou non, que, lorsqu'il a été voté dans la nuit du 17 avril qu'où enverrai! uuc expédition en Italie, il a élé solennellement promis, tant dans la commission que dans l' Assemblés, qu'où itérait pas atteinte au gouvernement subsistant?
Est-il vrai, oui ou non, qu'au mépris de cette volonté, d «rue-
lions diamétralement contraires ont été rédigées par le cabinei \
Ksi-il vrai, oui ou non, qu'une proclamation a élé adressée à nos troupes, dans laquelle on leur a dit : ■ Vous êtes enrôlés sous le> drapeaux de Pie IX, et vous irez abattre les anarchistes qui sont ;« Home » ? (Dénéyatiuns au banc ffal minnlrti.)
PtdSIIVnB membres \ BAI i m. Lisez la proclamation.
Le citoyen Jules Favrk. Je demande à M. le ministre des Affaires
!I MAI IfiSO.
étrangères <jtii mo l'ait l'honneur de uMiiicnompre, m celte procla- •alion I été désavouée par lui, oui ou non.
Le citoyen Prksiium D1 CûUlfEtC Si elle contient cela, oui;
ion, non.
Le citoyen DnoOVH Kl l.m vs, ministre des Affaires étrangères. Je ne connais cette proclamation que parce que vous l'avez lue à la tribune-, je ne sais pas oti vous l'avez prise. (Sàétomatkm à (jauche.)
Le citoyen .Iules Favre. Il faut avouer que nous sommes dans uuc
lation singulière: le gouvernement ne cette de nous répéter qu il
ae faut pas d'équivoque dans la discussion, et vous \ons y jetèi I
l»lemes mains. Le gouvernement ne cetti de dire qu'il Ml 88861 fort
puur que la refilé luis»' tonl entière, et il la cache fout entière, et il
des adversaires qui viennent avec tirs pièces partout publiées
et non démenties, d'être dans rtneutetltnde et les suppositions.
Cela n'est pas lolérable ; cela n'est pas digne d'un cabinet qui répond à une Assemblée comme celle-ei. Kvidcrnment, cette ptèi t ..jui fl été publiée partout, dans le Journal des Débats, que vous u'ac- CCIfefei pas d'être factieux, dans le Constitutionnel, qui u'est pas non plus entaché, suivant moi au moins, de ce vice (on rit), cette pièce, elle est une pièce authentique; et d'ailleurs, j'ai bien le droit de vous dire : votre général, probablement, n'est pas parti sans une proclamation ; telle proclamation, où est-elle? montrez-la! u une W s ministres. On l'a lue.
Le citoyen Président du conseil. Vous eu avez excipé vous-même! Le citoyen Jules FAVRK. On médit qu'on a lu la proclamation; je réponds non. On a lu la proclamation adressée au peuple romain lorsqu'on csî arrivé dans les eaux de Civita-Yccchia et qu'on a mis pied à terre. Je parle ici... je tâche d'être clair, et MM. les ministres aerne feront pas mettre de l'équivoque dans ma discussion... je parle delà proclamation à l'année; y a-l-ileu, oui ou non, une proclamation \ l'armée? Il y en a une qui est publiée dans tous les journanx, et • ')u> ne la démentez pas dans le Moniteur.
F.li bien, de deux choses l'une: ou bien nous avez reçu cette pro- (lamaliou, cl vous ne la démentez pas, cl alors je n'ai pas besoin de tirer de conclusion , ou vous n'en avez pas reçu, et alors vous êtes le plus détestable de tous les gouvernements... [itires à droite.)
KgBI ne souffrirons pas que les affaires de notre pays soient ilirigées par des hommes qui prétendent exécuter les ordres de mblée, et qui arrivent à un résultat entièrement opposé à sa volonté; qui, alors qu'on leur demande des explications, répondent : Nous n'en avons pas; qui, lorsqu'on les interroge sur des actes officiels, répondent : Nous n'en avons pas reçu ; et qui, lorsqu'on leur demande compte d'une proclamation, disent : Cette proclamation