DANS LA SÉANCE DD 21 JUILLET
Contre le projet du Uouvcracmrnt concernant la presse.
M. Jules Favrc répondait a M. de Morvtalembert qui défendait les lois restrictive*. Los principaux orateurs de l'opposition Oiaicnt MM. GK-»y, I r»ii|irni, «".milieux, l.aurcnl de r.Vrdèehe, etc. L'Assemblée adopte le projet de loi du Gouvernement.
MtUW US,
C'est un périlleux honneur que de répondre à l'adversaire que rou venez d'entendre, et si je n'en ai pas décliné le fardeau, c'est parce que je suis, mû par une conviction profonde et que cette conviction m'avertit que, d'un bout à l'autre de son éloquent discours, riinuonble M. de Montalcmbert a été, je ne dirai pas seulement à codé de la question, mais à rôle de la vérité; que so déductions Boni danjyc- • et qu'elles doivent «'ire énergiquement combattue! . el Bj quetqne ehoee, messieurs, pouvait mettre cette Assemblée en défiance coutrc le projet de loi qui «si soumis à si sagesse, c'est ï mon sens le discours que vous venez d'entendre. Je puis le résumer d'nn mot, et en le dépouillant ici de tous les artifices oratoires, de toutes les adresses de langage dont il a été orné, il n'a été qu'une perpétuelle provocation à la passion et à la peur. [Apyrobutiun à ijaurhc.)
L'honorable M. de Montalcmberl vous a dit La s.. malade; elle est près de succomber, elle esl incessamment mei du plus grand des périls, de relui d'une tempête, d'un coup de main qui la peut enlever. Dr, pour la guérir, il ne faut pas recourir i ces remèdes dangerem qui déjà l'ont perdue-, c'est dans le système de la compression que les législateurs doivent chercher leurs ar c'est au silence qu'ils doivent demander la raison du mal,
auquel ils aom exposés; al tant qu'on n'aura pas issu le jjouvernemenl que désire l 'honorable M. de Montalembcrt sur cette double base : l'annihilaiion dl lindépeudance, de la raison humaine et du respect systématique pour tous les gouvernements qui s'élèvent, quelles que soient d'ailleurs leurs fautes, la société" serait constamment en péril et menacée d'orages. Et, en effet, messieurs, je n'exagère rien; vous avez retenu, comme moi, les paroles de l'honorable orateur, fit ywu vous souvenez qu'il est allé, de déduction en déduction, jusqu'à faire à cette tribune la publique confession de son délit H de son « rime, comme il voudra l'appeler, d'opposition contre la ■anarchie. Suivant lui, tel a été son tort; il aurait dû\ lorsque le hasard dp la naissance, justifié d'ailleuis ni le Fois, e'esl bien la peine qu'il y ait une exception, justifié par l'éclat du talent, lorsque, dis-je, le hasard de la naissance l'avait poussé dans une Assemblée publique, il aurait du iucliner sa volonté et sa raison devant les actes du pouvoir, ployer constamment le genou, et il regrette aujourd'hui r été indépendant (Biroc d^approbatlon à gaucho.)
Lcciioveu m MomàLOTIAT. Je1 n'ai pas dit uu mot de cela.
Le citoyen Jules FayRS. L'honorable M. de Moutalemberl me fait l'honneur de n'interrompre pour me dire que tel n'a pas été son langage. Je le sais, mais telle a été sa pensé*.
l.e ri i Montalembebt. Je le nie encore bien plus! Vous
1 1 pas le droit d'interpréter ma pensée.
ht citoyen Jules Fàvre. Je supplie M. de Montalembcrt et l'Assemblée de croire que je n'entends rien dire ici qui soit blessant peur M. de Moutalemberl; et si quelque chose, dans la forme, avait pu l'offenser, je me baierais de me corriger moi-même; mais quand M. de Mootalemberi me dit que je n'ai pas même le droit d'interpréter sa pensée, qu'il me permette de lui répondre que c'est pousser uu peu loin l'abus du système qu'il peut trouver trés-bon pour lui, BaÛ que je trouve détestable pour moi-même. (On rit à gauche*)
Quant à moi. je me réserve le droit d'examiner la pensée de mes adversaires, même de M. de Montalembcrt, et si cette pensée est u ctptible d'interprétation, comme M. de Moutaleinbert ne m'a point eo;ore appliqué sur les lèvres le bâillon qu'il porte dans la main, je le prie de me laisser la parole.
Eh bien, je disais que M. de Montalembcrt, dans ses regrets rétrospectifs, exprimés sur ses premiers pas daus la carrière politique, avait été, >ans le vouloir, ou en le voulant, jusqu'à proscrire dans certaines limites (et quand ou proscrit dans certaines limites, on proscrit dans toutes les limites, car il n'y a plus que l'arbitraire ou la tyrannie pour juges), jusqu'à proscrire l'opposition et l'usage de la raison humaine vis-à-vis des actes du gouvernement.
Cette conclusion de la part de l'honorable M. de Montalembert est parfaitement logique. Oui, dès l'instant que vous voulez faire le procès à la liberté de la presse, c'est-à-dire à la liberté de la pensée ; de* l'instant qu'elle vous gène, dès l'instant que vous êtes vis-à-vis délie, vis-à-vis de l'opinion publique, assez impuissants et assez aveugles ponr ne pas la «avoir dominer par vos actes, pour ne pas savoir entraîner son adhésion par votre propre grandeur, vous êtes entraînés de sacrifices en sacri fiées, d'immnlationen immolation jusqu'à anéantir la pensée humaine dans ce qu'elle a déplus intime et de plus respectable; ct.de marche en marche, d'étape en étape, savez-vous «m vous aboutissez? D'abord à l'oppression de la pensée, et de l'oppression de la pensée à sa persécution, an règne de la police, cl, si cela était possible, si les mœurs le souffraient, jusqu'à la sainte Inquisition. (A gauche : Très-bien! trrt-lnen!)
Kh bien, messieurs, ctal nuilre ce résultat fatal et logiqoi que je viens protester, non-seulement au nom de l'honneur de mon pa\*. des bienfaits de la civilisation qu'invoquait tout à l'heure l'honorable M. de Montalemherl. mais encore au nom de ce sentiment à laide duquel il vous ■flrciwH tout à l'heure un appel qui a été couvert d'applaudissements, c'est-à-dire au nom de la paix publique, c'est-àdire au nom de la pitié, du respect de la vie et de la sécurité de mes concitoyens.
L'expérience a été faite, et tout à l'heure je vous le prouverai, votre système n'est pas nouveau : il s'est trouvé aussi, sous d'antres régime^, des hommes qui, en face d'embarras sociaux, en face de grands crimes, impuissants à les comprendre et à les dominer, ont dit: " C'est l'opinion publique <|iii est coupable, c'est la presse « j 11 1 doit être frappée i ; et ils ont frappé la presse, et ils ont péri sous le mépris et sous la colère du peuple. (Approbation à gauche.)
< est précisément parce que je veux sauver mon pays de pareils résultats que je combats, et que je combats, je le répète, avec la plus profonde conviction, les considérations qui ont été présentées par l'honorable M. de Montalembert, considérations puissantes à un certain point de vue, même en faisant abstraction du talent, mais qui, ainsi que je le démontrerai plus tard, ne touchent en rien au fond de la question, qui ne prouvent que les maux de la société artoellc cl l'ignorance drs gouvernements qui se sont succédé, mais qui ne dbeol rien en faveur de l'efficacité prétendue du remède qui vous est proposé. Voyons cependant un peu ce qui vous a été dit par l'honc— rable M. de .Montalembert, eai ses paroles ne sont pas de relies qui doivent être négligées et qui doivent rester nu réponse.
Vous dites <juc la société est malade.
Cela est \rai, mais, comme ces médecins empiriques qui ne vont
pas rechercher dans le secret des organes, et en interrogeant les m \ stères de la science, la ranse première des maux, vous n'en voyez que les symptômes, et vous vonlez les étouffer par la compression pure, vous allez rechercher l'origine secrète du désordre dont vous vous plaignez. Et pourquoi la société est-elle malade? C'était bien la peine de poser la question et d'essayer delà résoudre. Voulez-vous •que je vous dise comment je la comprends? Oui, la société est malade, uui, In société française, à l'heure qu'il est, et je pourrais dire b société européenne, souffre, et souffre profondément. Pourquoi ? C'est que l'âme de cette société trouve, pour satisfaire les besoins moraux, un corps débile et usé-, c'est que le eccur républicain est encore dans le monde de la monarchie où vous voulez le faire périr. (WÊtt approbation à gauche.)
Croyez-vous que les problèmes élevés qui ont été posés par la Révolution de 89, qui ont été mis en lumière par la chute de la dynastie de Juillet, par le renversement plus éclatant encore de celle à qui elle avait succédé, croyez-vous qne ces problèmes .Tient éie résolus? Ils le sont si peu que vous, quiètes les législateurs du pays, qui devez être les plus intelligents, vous n'osez pas les regarder en face; vouavez peur d'un mot, et quand un orateur que vous aimez vient vous dire-. « La société est assiégée par le socialisme ■, vous battez dc< mains, vous passez outre à la liberté de la presse, et vous la condamnez, tandis qu'au contraire il faudrait la mettre sur le pavois.
Le socialisme! Mai> qu'est-ce donc que ce fantôme qu'on promène constamment aux regards des populations pour les effrayer? Est-ce qu'il y a, au dix-neuvième siècle, un mal inconnu qui ne peut se if -, qui empoisonne les sources de la vie et qui conduit les générations à s'atrophier pour aller descendre dans le tombeau*!' si ce mal existe, messieurs, il ne peut être que dans l'aveuglement des homme* qui, chargés des destinées de l'humanité, ne comprennent pas que. ces flcstinées sont progressives, et qui, au lieu de se pénétrer des besoins [générations actuelles, s'enferment dans le respect idolâtre du passé et voudraient nous immobiliser. Voilà ceux qui causent à la société ces perturbations profondes; ce sont ceux, je ne dirai pas qui ont peur, ils sont trop intelligents pour cela, mais qui font peur Dciliisme (Rires et approbation à gauche.)
La société, dites-vous, est assiégée, et c'est un homme comme l'honorable M. de Montalembert qui vient vous dire ces choses! Il M pourrait faire que la société tilt composée de deux classes ennemies, une qui demande a entrer probablement dans la forteresse, une autre qui s'y concentre.
Mais qoelle est donc cette forteresse? Pourquoi ce siège? Pourquoi ce mécontentement ? Pourquoi ces cris au dehors? Pourquoi ces attaques?
DISCOUKS PARLEMENTAIRES.
Que l'houorablc M. de Montalcmbert uous réponde. Et s'il fallait prendra M mélapliorc au pied de la lettre, s'il fallait se demander, I supposer que son image fût juste, ce que je conteste, pourquoi cette hostilité , pourquoi ecl antagonisme, pourquoi les HDI demandent, pourquoi 1rs autres refusent, je dirais, sans aller plus loin, eu examinant le problème tel qu'il est posé : il y a là quelque chose qui accuse profondément les chefs de la société; ne sachant pas le secret de cet antagonisme, ne pouvant le faire cesser en répandant sur lui le flot de leur vertueuse indignation , ils veulent le faire cesser par le fer ou par le feu.
Kb bien , -i véi 'Hautement la société est assiégée par le socialisme, savez-vous le moyeu de faire cesser le siège? C'est de donner eulrce au socialisme dans la place. [Exclamations ironiques cl rires prolongéf.* Ceci, manieurs, vous parait une témérité OU un sophisme; je tOUB demande cependant la permission de l'expliquer d'un mot.
Qu'est-ce que le socialisme? Je l'ai dit autrefois à cette tribune quant à moi, je crois que le socialisme n'est rien ou qu'il est tout.
Il n'est rien comme système, l'n homme d'un grand talent, qui me fait l'honneur de m'écouler, en a fait quelque chose d infiniment redoutable avec quoi il a ajouté peut-être à la puissance morale dont il dispose sur certaines choses; mais celte importance, je le déclare, elle est sou propre oinraiye, et ceux qui détendent le socialisme n'en revcndiqueni pas I honneur.
Le socialisme n*e<t rien, considéré comme système pris tout d'une pièce-, mais le socialisme, symptôme de l'agitation qui existe dans une certaine partie de la société, ce n'est autre chose que IN d'opposition, ce u'est autre chose que l'indépendance de la i humaine. El quand celte raison nouerait l'égarer dans certain* système*, quand elle serait ami ilieu-e, quand elle serait trop ardente. quand elle pourrait dévier dans si marche, quels seraient le de la ramener dans la voie droite? Est-ce de lui «lire anaihème esl-ce de la pour-uivre !* est-ce de la condamner' Non, messieurs, c'est de lé. lairer. et ce que je vous propose, à vous qui voulez dans la main du gouvernement la férule et le bâillon de la police , c'est d'\ mettre le flambeau qui répande ses lueurs sur les générations. (Très-bien!)
Je ne vous propose donc rien qui puisse être considéré comme factieux. Mais ce que je vous supplie de croire, c'est que cet antagonisme qui existe, suivant M. de Moulalcmbcrl , et qui scinde ainsi là société en deux camps opposés prêts a s' entrégorger, cel antagonisme est une fantaisie de son imagination. (Ctmc/iolemcnts à droite.) Je dis que c'est une fantaisie de son imagination , et si l'on nu donnait un démenti, je répondrais par ce que j'ai eu tout à l'heure
Il Jl : lLI.br 1849
l'honneur de vous dire, que dans toute société où pareils symptômes se manifesteraient, le gouvernement, les chefs de l'État seraient a mt convaincus d'impuissant \t • i »i iw u;lement, et que ce serait à eux à chercher au plus vite un moyen pratique de faire cesser un pareil antagonisme, de dissoudre cette hostilité; et ce moyen, ce ne serait pas la compression qu'un nom propose qui pourrait I. ialiser.
L'honorai»!»- M. de Montalruibert a cru qu'il avait beau jeu pou? demander contre la presse des rigueurs nouvelles, en apporiaul .1
I celle tribune la preuve que certains organes de la presse démocratique avaient commis dans leur langage, dans la manière dont ils liaient les faits qui appartenaient à leur ippiédatiOfl, des pie personne ne veui excuser, il voni a «lit, car il a fait appel à ce qui pouvait produire >ur VOS esprits l'effet le plus puissant; 1! vous a dit qu'un guerrier illustre avai! été frappé dena son honneur. dni H considération locale parla iii.iiiv.usl' pu •->«-, c'est son expresm, à tel point qu'il n'avait pas pu, malgré ses éclatants «cm.
tenir dans sou pays l'honneur de la repreeentetton nationale. Mais, messieurs, qu'est-ce a dire' il me semble mie le snfftmme
universel, dans Si souveraineté, I des droits, a des privilèges qm persono rage à lui contester. L'honorable maréchal auqii
M. de Montaleinberi faisait allusion a-t-il été le seul frappé par cet ostracisme, quand nous avons vu des citoyens qui, je le crois, pouvaient marcher de pair avec lui, et dont l'auréole u était pas moins
liante, M. de Lamartine, le vénérable Dupont (de l'Eure), hu Uni en dehors par les bizarreries «lu suffrage universel .'
»hl quant aux injures, quant aux excentricités de tel ou Ici journal, est-ce que c'est la un moyen sérteoi qui puisse cire invoqué devant des l< irs comme vous? yuoi! parce que dans un coin de la
fonce un écrivain obscur aurait trempé sa plume dans le tlrl . il
* faudrait à l'instant mettre la liberté de la nreJM M interdit* 64 dépasser les rigueurs «les lois de septembre? Cela est insensé, cela ne v discute pas. Et d'ailleurs, si je voulais user de représailles, si je voulais vous donner des échantillons «le la presse honnête et modérée, si je voulais vous rappeler qu'une de ses facéties, par exemple, était dédire de l'un des honorables membres de cette Assemblée, qu'il avait une face de galérien, que répondrait M. de Monlalcmbert? Le citoyen PB MONI m BJfBBAT. Je dirais que c'est très-mal. Le citoyen Jules FAVRB. M. de Moulaleinbcrt répoudrait que c'est Irés-mal. je n'en doute pas un instant. L honorable M. de Ifontl bert me fait l'honneur de dire qu'il aurait trouve cela Crée mal; je crois qu'il peut répondre qu'il Ta trouvé trés-mal, car c'est de l'histoire, et cependant, lorsque ce fait s'est produit, M. de Monta-
DISCOUnS PARLEMENTAIRES.
lembert n'est pas monté I la tribune pour le déuonccr et pout demander une loi exceptionnelle. (Mouvements divers.)
F.t rependant, permettez-moi de vous lire un passage d'un journal qui appartient à la même nuance, journal qu'on me communique a l'instant, qui a été imprimé hier, et vous aller voir, messieurs, .i quelles fortunes peuvent être sujettes les vérités politiques les pins incontestables quand elles subissent le prisme de certains écrivain* qui sont iiihrrw- i la dénaturer.
Voici an écrit destiné aussi aux habitants des campagnes par de* hommes qui mettent constamment sur leurs drapeaux oftcfttll
Ml, pitié, liberté , BOHtM le* lu-Iles choses qui -ont de nature a séduire et à entraîner les imaginations, et voici comment on s'exprime en s'adress.uit m habitants des campagnes:
NOM sommes de ceux qui protestent hautement contre l'avènement de la République ; nous soutenons à la face du pays que ce n'est encore là qu'une usurpation indigne, qu'un escamotage infâme. Le Gouvernement provisoire avait promis de consulter la France; il n'a consulté que lui-même. n {Approbation xur quehpxcs battes de bt droite.)
Je regrette, meneurs, le mouvement qui vient de se manifester de ce cote, et f-espère que je l'ai mal interprété , j'espêrc que leparoles que je \ieu- de iue ne rencontreront dons cette enceinte qu'une énergique réprobation, car s'il en était autrement, ceux qui, au début de cette session, porteurs d'un mandat souveraiu, inaitrr*. de leur volonté, ont unanimement acclamé la République, m seraient rendus coupables de la plus abominable lâcheté. (Vive approbation a gauche.)
Le citoyen Baroc.he. N'est-ce pas le Journal du Peuple que vous citez?
Le citoyen .Iules I- a vue. Oui, monsieur.
Le citoyen Bmohiik J'ai I "honneur d'annoncer à l'Assemblée qa*3 y a deux heures, ce journal ;i été poursuivi, à la requête «lu mitii»léppublie. {IWx-bhn! (r,*-hn-n!)
Le citoyen Jules Favrc. La réponse, messieurs, n'es! pas nouvelle.
i .;■ noven Ban.miif. Mais elle est vraie.
Le citoyen .Iules Favre. Je ne sais pas si l'honorable M. Ba roche sait ce que veut dire ■ n'est pas nouvelle ». Je dis que la réponse n'est pas nouvelle, je ne dis pas qu'elle ne soit pas vraie.
Je dis que la réponse n'est pas uouvelle et quelle est faite toutes les fois qu'un orateur de l'opposition apporte à cette tribune un article qui est dirigé contre la tonne du gouvernement actuel.
Voix I droite. Kh bien l qu'est-re que cela veut dire, si l'assertion est vraie?
îl JUILLET 1S49. J 1 9
Le citoyen Jnles Favre. Ce que je désire, c'est qn'il soit bien entendu que je n'ai pas été le délateur vis-à-vis de M. le procureur général.
Le citoyen Barociie. J'ai eu l'honneur de dire qu'il y avait deux bennes que Tordre de saisir avait été donné; vous n'avez donc pas a craindre d'avoir été le délateur.
Le citoyen Jules Favrk. F.t si je voulais faire un appel à mes souvepennettez-inoi ici une digression d'un mol, je pourrais dire
•ni m'a autrefois répondu aussi que des poursuites avaient clé buées, et que jamais on n'en a plus entendu parler.
Le citoyen < »dilon Barrot, ministre de la Justice. Dans quelles cir-
BStasi
itoyen Jules Favrk. Je n'ai pas besoin de dire dans quelles cirronst races. [Exclamations à droite.)
Je vais le dire, puisque l'Assemblée parait se récrier. Ouoiqu'il soit délicat de revenir sur l'histoire du passé, quand des personnes sont en jeu, si l'Assemblée le veut, je m'expliquerai, c'est d'une réponse de M. le ministre de l1 Intérieur qu'il s'agit.
11 m'est arrivé une fois de venir à cette tribune avec un écrit qui paraissait offensant pour la morale publique, et surtout pour la paix de la société ; cet écrit était relatif à une randidature qu'alors, messieurs, M. le ministre de l'Intérieur combattait en la signalant comme étant le malheur du pays, comme étant le triomphe de l'impérialisme. C'était ce que disait M. le ministre de l'Intérieur d'alors.
Le citoyen Dc/faure, ministre de l'Intérieur. Je n'ai jamais dit cela ; j'ai parlé en termes plus convenables que cela.
Happcicz-vous ce que j'ai dit, si vous voulez citer mes paroles.
Le citoyen Jules Fayre. Cest parce que je me rappelle la réponse, que je la cite.
Le citoyen Ministuk nu i.Mntkriki r. J'aime à supposer que VOUS
t l'avez oubliée.
Le citoyen Jules Favhe. M. le ministre de l'Intérieur disait que c'était une candidature qui nous menait droit à IF.nipire. Voila 1rs expressions de M. le ministre-, il les a oubliées dans si position nouvelle, je le crois bien. Je les lui rappelle. Le citoyen Ministre de l'Intérieur. Tairne à croire que vous avez oublié mes paroles; je ne veuv. pas supposer autre chose.
Le citoyen Jutes Favkk. Je n'ai pas le Moniteur sous les yeux, mais je pourrai l'avoir demain, et rétablir dans le journal la phrase que je cite de mémoire, et l'on verra qui se trompe des deux. Je disais qu'à cette époque je signalai tin écrit. M. le ministre de l'Intérieur
me fit l'honneur de me dire que l'écrit était poursuivi
Le citoyen Ministre DE l'Intérieur. Cela était vrai.
DISCOURS PARLEMEKTAIKtS.
Le citoyen Jules Fayrk. Mais que jamais on n'a entendu parier dej décision in.lifiairc.
Le citoyen Ministre. Il est vrai que l'écrit a été poursuivi et qu'une décision B été rendue.
ta citoyen Jules Fvvre. M. le ministre de l'Intérieur me répond que la décision a été rendue. C'est probablement une décision à buts elos, puisque personne u'cu a entendu parler.
m. -m v je demande pardou ù l'Assemblée de cette digression. Ce n'est pas moi qui l'ai provoquée. J'ai mis sous nos yeux, sans m'inquiéter <le savoir s'il était on non poursuivi ci uniquement pour nous taire voir dans quels excès pouvaient tomber les écrivains qui [tachent à la faction ou à la fraction qu'on appelle honnête et modérée, j'ai mis sous nos yeux le passage d'un journal qui répondait de la manière la plus péremptoire à ce que vous avail dit l'honorable M. de Monlalemberl; et eu voici la moralité : c'est que La liberté de la prose, comme toutes les libertés du monde svee elle des abus cl des maux, les gouvernements faibles s'en eut, li - gouvernements forts tes dédaignent, et les gouvernements forts, en réprimant les abus, vn faisant faire un sage usage de la liberté, arrivent à la naturaliser dans la pays.
ont doue là, meStieUTS, des ;irç;uinents sans portée; CC n'est pas une Chose nouvelle que ce qu'est venu vous dire l'hoir M. de Moutalembcrt sur les abus possibles de la presse, mai. ce qo D aurait du ajouter, c'est la démonstration de l'efficacité du remède qu'il Nous propose; c'est la possibilité d'atteindre, dans leurs festations varices, tontes les pensées des écrivains répandus sur looi b- territoire de la République,
A moins d'arriver au système que j'indiquais tout à l'heure, I à-dire au système de la compression et du silence absolu, le uouorablc, honnête, légitime, de M. de Monlalemberl sera toujours trompé par 11 passion, par l'adresse, par l'an que les écrivains mcitront à reudn- une pensée qui pourrait être injuricu ■■
Encore une fois, ce sont Là les conséquences nécessaires, fat de l.i liberté de la presse, et des hommes comme vous ne sauraient s'en épouvanter.
QUC vus | dit encore l'honorable M. de Mont.il. mbert, loujuur> en iusi-i.inl MUT l'état précaire et dangereux daus lequel la s< se truuvc plan
Il roui I dil quelle était I la merci d'un coup demain, et que telle était la fragilité «lu gouvernemenl qui aujourd'hui préside aux destinées «le la Fraucc, qu'uu jour du mois dernier il s'était rencontre celle possibilité que dans quelques heures ce gouvcrucuiciil disparut.
.In
rs, je suii bien aise que l'honorable M. de Montalembcrt nié cette Idée, car je puis lui répondre perdes exemples qui. je l'espère, porteront la conviction dans vos esprits. La République est à la merci d'un coop de main. Mais la monarchie! avezvons donc oublié la révolution de 1830 et la révolntloD de 1848? ce pas en trois jours la première fois, en vingt-quatre heures la seconde, que deux dynasties ont disparu ?
Cest là votre utopie! Vous venez Ère que la République pourra durer plu« ou moins de temps, qu'on a lorl de faire de l'opposition aux anciens gouvernements, qu'il faut y revenir; que la société n'aura de trêve, qu'elle ne jouira de la paix définitive que quand elle m-im enfin à l'ombre de la monarchie!
Voix NOMSREtJSES. 1! n'a pas dit cela.
Le citoyen Moktalembert. Je n'ai pas dit un mot de cela-, j'ai dit qu'il fallait en revenir au respect du pouvoir. Le citoyen Jules Favri. Je vous montre, l'histoire à la main, ce e vaut votre sécurité; je vous montre quelle protection les monarddes donnent aux société?-; je vous montre la monarchie conduisant la société deui fois aux abîmes dans un espace de temps de moins de dix-huit années.
Vous ave/ cité par opposition à ees grands enseignements, deux faits d oui oureux de notre histoire contemporaine : l'émeute de IK1S et la journée du 13 juin dernier.
I. «-meute de juin 1848, vous avez eu raison de le dire, elle a fait éclater dans toute sa force, dans toute sa puissance, laissez-moi 'jouter dans toute sa majesté, la force du principe républicain. h di-.ote. Allons donc! allons donc!
Voi\ A GAUCHE. Nous ne comprenez pas.
Le dtoyen Président. Dans sa répression; voilà ce que veut dire l'orateur. (Oui! oui!)
Le citoyen Jules I.w t.e. .le dis que cette émeute a fait éclater dans
tonte sa puissance la force du principe républicain, cl, en vérité, je
'étonne que ma pensée n'ait pas été comprise, c'est ma faute sans
outc-, mais comment pouvais-Je concevoir un doute quand j'ai ftfl
artie moi-même de celle Assemblée qui I payé sa dette et qui n'a
liui, quel que fut le déchirement intérieur de ses entrailles,
descendre dans la rue, de se mettre à la tétc il 's légions et de
rouver par son dévouement que l'ordre et la pais devaient être, à
ut prix, rétablis dans l.i capitale de la République? Je disais que
Ite journée à jamais funeste avait fait éclater la force du principe
Pourquoi? parce que, ainsi que le disait l'honorable
Hontalembert, de tous les points do territoire une môme
.i a conduit sur le sol de Paris, pour défendre la République