‹ Discours parlementairesChapitre 40 sur 57 · IK AVRIL IB · texte numérisé non relu

IK AVRIL IB

transformation impossible avec vos tortures, cl qui est possible au delà des frontières.

Voilà comment doiycul raison ucr des hommes politiques, des hommes d'F.lat qui veulent aller au but qu'ils se proposent, et qui ne veulent pas, sous l'Iiypo rite voile d'une législation exceptionnelle," accomplir des vengeances politiques.

Vous avez dit, messieurs, que la captivité sur le territoire national devait être remplacée par une peine plus dure, non-seulemeui pal les considérations que je viens d'essayer de réfuter, mai^ encore parce qu'elle ne rassurait pas suffisamment ta société; et e'eit i'i où très-probablement M. le ministre de la Justice fera au système que j'ai l'honneur de développer devant l'Assemblée, le plus grave des reproches. La société, dira— t— il, mais comment rfolllfllfi I ilfo à celte émigriitinn d'hommes politiques, qui pourront, car le bannissement n'est pas la rclégalion dans telle ou telle localité éloignée, le bannissement peut comporter le séjour du condamné autour de la France; comment, dira M. le ministre de la Justice, la France pourra- t-elle résister quand elle sera ainsi circonvenue, environnée de tous les hommes qu'elle aura chassés de son sein, et qui, du bord de ses frontières, avec la facilité descommunicationsque l'industrie moderne a établies, pourront nouer et suivre tous les fils de leurs entreprises criminel I

Cette objection, messieurs, elle peut paraître spécieuse, mais en réalité elle n'est que spécieuse, elle n'a aucun caractère sérieux. Ohî alors, si vous supposez que tous les condamnés politiques peuvent aller à l'étranger avec des moyens d'action considérables, avec une fortune toute faite, avee des correspondances établies, avec des facilités de séjour et de comrnumralions qui auraient été préparée- 1 l'avance peut-être, votre objection serait fondée. Mais il faut entre* ici dans l'humble pratique des faits, afin de bien savoir quelles seront la portée et les conséquences de la loi sur laquelle nous délibérons.

Est-ce qu'il n'est pas vrai de dire que la peine du bannissement sera pour la plupart, pour tous les condamnés politiques, on peut le dire, sans exception, non-seulement cette peine de l'exil dont j'essayais tout à l'heure de peindre l'amertume, mais encore la lutte la plus opiniâtre et souvent la plus malheureuse avec toutes les nécessités de la vie? Si dans Pintérieur de la patrie, avec toutes les facilités qu'offrent ces amitiés de l'enfance, les soutiens naturels qui vous entourent, il est déjà si malaisé de triompher des obstacles que vous rencontrez à chaque pas, que serait-ce pour ceux dont l'existence serait brisée au milieu de leur carrière, qui seraient à l'étranger, sans amis, sans parents, sans pain, la plupart du temps, et qui devraient se procurer toutes les ressources de la vie par le travail le

plus opiniâtre? \h! iojm sûrs que les journées de l'exilé, les omis du liauni seraient suffisamment remplies par l'industrie la plus laborieuse el In plus dure, et qu'ils n'auraient pas un iustant pour H) aux intrigues

Vitilà la vérité de la situation.

La vérité est cellc-ri, que la sociélé est .suffisamment défendue par une pénalité qui met entre le condamné politique et la patrie une dlltanci suffisante pour que la continuation de ses entreprises soit complètement impossible; et dès lors, si le principe que j'ai posé comme point de départ à cette discussion, à savoir que les crimes |iol niques placés dans une catégorie extraordinaire doivent être punis par le châtiment le plus dur, est vrai, c'est une faute politique inexcusable que. (l'aller armer la sévérité du Code pénal de disposiMon» extraordinaires.

Vous le voyez, le projet de la commission est un projet qui doit être abandonné, car ce projet soulèvera la conscience publique; ce projet pourrait armer peni-eire le* bras de ceux qui seraient égarés parles passions qu'il soulèverait. Évidemment, si nous rencontrons un système de droit commun ayant des avantages plus considérables que "loi qui vous est proposé, c'est à celui-là que votre ttgMM deJl s'arrêter.

Mais, messieurs, nous rencontrons ici une difficulté sur laqurllr M. le ministre de la .luslice n insisté dans le diseoursqu'ila prou lors de la première délibération, et qui, en effet, mérite d'être soi-

gnenjamenl appré< û le,

M. le ministre de la Justice ne s'est pas contenté de repousser l.i législation actuelle comme inefficace, a raison de son action sur les i "ml a innés; il vous a dit que ce qu'il faut avant tout, c'est intimider la soeiélé; que ce qu'il faut avant tout, c'est un exemple qui de -a nue les m;m\aiM> paSSlOBit et qui fasse tomber des uiaius du coupable liiisi iiimi'iil du crime qu'il viendra dfl saisir.

Cette objection, elle u'e>t pas nouvelle, elle a été produite par {DU les gouvernements, sans exception, qui ont réclamé desmesoft bines, et plus d'une fois nous l'avons, -ons une forme OU sous uae autre, entendu répétera cette tribune.

Pour moi, je l'avoue, je voudrais bien provoquer, de la part de ceux qui, à llieure qu'il est, président aux destinée- de la Iran ce, une explication catégorique; je voudrais savoir ce qu'ils entendent besoin incessant d'intimidation et de sévérité que rien ne peut • faire, suivant eux. 11 semble, messieurs, qu'ils stiit^ut à la tète d'uoe société de forcenés, qu'ils n'aient d'autre miaMOU que de châtier, que d'espionner, que de répaudre partout la délation, la haine, l'intimidation.

Hais, de grâce, messieurs, quelle est donc la société à laquelle s'appliquent de pareilles menace*? Quels sont donc les maux qu'il s'agit de conjurer? Quels sont donc les désordres que MM. les ministres peuvent vous signaler pour vous demander de traiter une société française Domine une troupe de révoltés qu'on ne saurait dompter qoe par la force? Vous dira-t-ou ce qu'on a tant «le fois répété : que toute espèce de foi et de croyances a disparu dans ce pays, que les doctrines subversives le rangent, et que bientôt elles produiront, non-seuicmeiw, iiit^ieurs, dans les profondeur* de la société, mais dans ses régions les plus élevées, des désastres qu'il ne sera plus temps d'arrêter?

Voyons un peu, interrogeons pour un instant ce mal dont ou vous fait constamment un fantôme, pour vous conduire de mesures ea mesures jusqu'à ces lois qui méconnaissent les principes les plus saints de l'humanité.

La société, dites-vous, a besoin d'intimidation et d'exemples ; elle est profondément troublée, elle est en proie à un travail souterrain qui, toi oa tard, si le législateur n'y prend garde, aboutira à une fatale exposioo.

Mais. dB gnlce, messieurs, quelles sont doue les causes du mal qui est sans cesse déclaré à cette tribune? Où sont donc les symptômes ii .i;;ilalion et de défiOrdl

Est-ce que. par hasard, le parti qu'on appelle le parti révolulion- Dttre, démagogique, est-ce que ce parti, depuis une année, a troublé la plate publique? Est-ce que vous avez pu signaler des complots et des cinspiralions? (Rumeurs à droite.)

.te leiuande, messieurs, si ce parti révolutionnaire, dont on cherche roiis'aminent à effrayer vos imagina lions, est dans cet état d'hostilité qui <xigc contre lui ces mesures d'intimidation exceptionnelles.

An ! je le sais, tout récemment encore, et lorsqu'une grande cite a fai'i -omi.iitrc par la voie pacifique de l'élection sa volonté souveraine, il ; régné dans certaines régions une terreur qui, un instant, a troublé tais les esprits-, vous avez entendu, messieurs, des paroles qui ont é»; prononcées à cette tribune et qui trahissaient une frayeur mal onteuue; vous avez lu aussi des articles de journaux dans lesquels <ii osait écrire, et Dieu sait en quel lieu : * Les Barbares sont a nos jortes! ■ comme si, lorsque, daus cette grande et pacifique lutte du suffrage universel, uuc opinion étant vaincue, l'opinion victorieuse devait nécessairement être criminelle. Mais, je le suppose un instant, toutes ces frayeurs, je les ramasse ; je veux qu'elles soient .sincères et réelles; je veux, et j'en demande pardon à mou pays, qu'il y ail derrière nous je ne sais quelle faction sanguinaire qui réve encore des violences: je vous le demande, messieurs, est-ce qu'il est prudent,

UtSCOURS PARLEMENTAIRES.

est-ce qu'il est sage «le lui donner l'exemple de lois impiiovables, d'écrire >ur 66tte lablc de la loi que le VCUl de la fortune peut faire paner en d'autres mains, des décret! qui abootinenl à l'ajoute de 1,000 lieues de notre sol* Je demande si cela est prudent.

Quanta moi, messieurs, cette supposition me fait horreur, eJ quand je l'émettais tout à l'heure, je demandais à L'Assemblée la permission de le Faire, car il ne me par.ni p.is pmdblc qu il existe en Pince, je ne dirai pas, messieurs, un parti, une doctrine, un svstéme, mais quelques hommes «pu soient assez abandonnés de Dieu, qui méconnaissent anei les moeurs de notre pairie, pour nreronoan eTunpof)

Mhli s violences. Oh! si ces hommes existaient, messieurs, et si, par je ne sais quel eotlp du sort, ils pouvaient avoir jamais une iiafluritn dans notre malheureux pays qu'il soii Inen eniendu que la République de É848, qui a été pure à son oripme, est toujours demeurer pure... Je vous propose de déshonorerj'échafaud polit que el tout ce qui lui ressemble... [Appn&ttHon à gauche ) Je reut qu'il soit mon enteûde que ceux-là sont non-seulement les ennenn -le !. ur pairie, mais encore les plus absurdes des loj;icieu-, les plus inpossihles de- liuiniiics d'État, qui croient Quelque efficacité au sang sersé, la violence qui peut contraindre les citoyens.

Kl. (piant à moi, je le déclare hautement, je dé-ire que non pays en prenne acte, si jamais le malheur de- temps amenait une jer tiou de cette nature, je serais du Côté des victimes pour les «ouvrir de mon corps et pour réclamer pour elles les garanties du droi tOflh muu qu'on vous propose de déchirer. [Xoinelle approbation à ijmchc.) liais encore une fois, messieurs, Je proteste qu'il n'y ■ i-inde semblable dans noire pays. Si des systèmes absurdes se sont produits, si de grandes erreurs philosophiques tint pu séduire les i nations, si des hommes ont trouvé dans leur palriolisine naïf <u'il leur était possible de saisir la -oeiété, de la transformer commeoQ transforme une Statuette «le eire, tous ces rêves, toutes 608 foin viennent échouer devant la majesié el reiierjne du suffrage univers»]. Là est notre salut, là est la voie qui don fermer à jamais les révohtions, et sovrz surs que le parti que vous appelez révolutionnaire ds la démocratie le comprend, et que, par ma TOtX, il déclare ici, solen ncllcracnt, que la violence est par lui maudite comme un anachronisme qui doit à jamais disparaître de noire pavs. {lue approbation à gauche.)

6U en 081 llHSl . -i l.i place publique est paisible, si les ont désarmé, si la violence ne se manife-le que dan- les esprits, d'où rient donc le péril? il vient précisément de-, nprits, do désordre de la pensée, et c'est là ce que chez à atteindre l

Ah ! oui, je le reconnais avec vous, oui, la France est, en effet, pro

18 AVRIL Ift&O.

fondement agitée, oui, il existe dans son sein un désordre moral, qu'il est impossible de nier; mais ce désordre, d'où vient-il"' Fst-ee qu'il est difficile d'eu rechercher et d'en signaler les nuise-? Ksi-ce que CC désordre ni pit>virnl pas d'abord de M que, incessamment on menace les insiiluii.ins que la France s'est données? F.st-ee qu il ne provient pas, en second lieu, de ce qu'on refuse obstinément 61 lyaténiatii|ucrocnl de satisfaire à ses besoins légitimes? Et, eurîn, est-ce qu'il ne provient pas surtout du spectacle im essaut qui lui est donné, de la mobilité d'opinion des bommes qui prétendent diriger ses destinées.'

Kst-ce que vous crowv. qu'avec de pareils cléments il est possible qu'un pays BOil tranquille? Est-ce que cela n'explique pas suflisainnient, Bl de reste, L'agitation de notre nialbeureuse patrie?

Je dis, messieurs, qu'on menai e le- institutions que la France s'est données, et qui les menace '

Je me tourne du coté du parti révolutionnaire, celui que sous appelez révolutionnaire; it déclare solennellement qu'il se range mfll iiiièri.' de la consiitulion, il la veut défendre; il ne dit pas que -oit te denier mot de II BlgOSSC humaine, mais dans le cercle qu'elle a tracé, il demande à avaneer projjressiveuieul vers les améliorations qu'elle emporte.

Voilà pour le parti révolutionnaire, et je vous défie, dans les publications que vous avez apportées a celte tribune, quand elles ne vous convci aient pas, et que \iiii-. paniez maintenant en poebe parce qu'elles vous gdOOQt, de rencontrer rien qui puisse contredire BOS paroi. 'S. (Approbation à gauche.)

De l'autre côté, est-ce que nous rencontrons, messieurs, la même !•. la même sécurité? Est-ce i|ue avaut-bier.un homme CMUMè* rable dans ce parlement, dont, assurément, vous ue suspectez ni la modération ui la sagesse, et qui a MltOOl l'éininentc qualité de dire beaucoup plus qu'il ne parait dire, n'a pas cru qu'il était de son devoir «le mouler a ni te tribune et de protester contre ce système inouï qui consiste à remellre MMI cesse en question ce qu'on adore ilfi. u llemciii, pour le maudire dans le buis clos des rancunes particulières.' | approbation à gauche.)

Est-ce qu'il n'a pas du clairement que ces publications, eftlQfl étaient faites à côté du gouvernement? Ksi-re PJO il n'a pas été dit dans une autre circonsi.uice, à cette tribune, qu'une de ces feuilles, celle qui s'acharne surtout a mettre l'Assemblée en opposition avec la véritable mission du pays, qui du constamment qu'elle est u\\ embarras, un obstacle, que le pouvoir n'est pas SaSM i;raud, qu il le faut él I que pour le> liantes destinées .je celui qui le tieut.il faut un lion/on sans limites, et qui ne SOti pa gtad par les prérogatives parleineu-

taires; esl-ceque,dis-je.L'eitc feuille n'a pas été signalée comme étant écrite non plus a côté, mais précisément pu celui même qui pourrait éire incriminé, même par uu soupçon? Est-ce que ce soupçon, qui a été suffisainmsnt et catégoriquement exprimé, a été éclairer l ■ [il il Faut dire, messieurs, que ces choses n'en valent pas la peine? K-l-re que par hasard votre souveraineté pourrait être traitée a> tléduii?

Est-ce qu'ayant élé ainsi insultée, elle pourrait se retrancher je ne sais derrière quel équivoque silence et dire : Nous ne somme* pÉB responsables «les publications que lions n'avouons pas? Il ne suffit messieurs, de ne les pas avouer, il suffit de ue les pas désavouer; et dans cette absence de désaveu solennel, d'explications rati ques, il y a attentat contre la majesté du peuple, il y a surtout des cléments d'inquiétude et d'anxiété pour la France, qui expliquent suffisamment son agita tiou. (Approbations nombreuses à gtuche.)

J'ai dit, et c'est là la seconde proposition, que cette i.t.iti.ni delà France s'explique encore par le refus systématique et obstiné 'le satisfaire à ses iutéréts légitimes. En effet, est-ce que nou^ vieillissons si vite que DOtU oublions lliistoire même des deux dernières années? Est-ce qu'eu I s i s il n'y a pas eu des déclarations solennelles desquelles il résultait que la révolution n'était pal seulement «ne résolution politique, mais une révolution qui devait atteindre les profondeurs sociales? Et ce fait, messieurs, est-ce qu'il était muvean? Aujourd'hui, on s'effraye de ces déclarations, je ne nus pal poirquoi. car elles sont partout, elles sont surtout dans l'autorité des faii la sévérité des législateurs, que les aggravations pénales, qti les Noukahiva ne peuvent pas détruire? Est-ce que Napoléon, sur le rocher de Saiutc-Hélèue, n'a pas dit : ■ Le vieux monde est à »uul, le nouveau n'est pas encore assis?, * Est-ce que les paroles de tous li > hommes émiuents ue contiennent pas celte haute vérité, qiiiiue révolution feOCfaJj est en travail, et qu'au lieu de la comprimer v. faut la comprendre et la féconder par l'initiative? (Assentiment t gauche.)

Mais ces vérités elles sont partout ; je ne puis, quant à moi, ouvrit un livre sans y trouver de pareilles déclaration*; et, hier encore, comme j'étudiais un chapitre du budget de l'intérieur, le chapitre des prisons, je lisais uu livre qui a été écrit par un homme dcl'jdmiui--ii-.it i ou ; ic n'est pas un révolutionnaire, ce n'est pas un socialiste. C'est un inspecteur général des prisons, et j'eu parle, parce qu'il a été destitué par la révolution de Février, et ce n'est pas ce qu'elle a fait de mieux, car c est un homme infiniment capable: c'est M.Moreau- Chrislophc; tout le monde connaît son nom et sa célébrité. Eh bien, dans un livre écrit en 1838, ce n'est pas uu fait pour les besoins de la

cause, comme diseni les nvnr.iis, M. Morcau-Christnphe disait ceci :

Nos institutions sociales engendrent plus de crimes qu'elles n'en préxicunciii ; on peut dire même que la société, telle que ces institutions Pool Faite, est complice de presque tous ceux quelle punit. ■

Cela vous parait séditieux ! Cest écrit dans les bureaux du ministère de l'intérieur.

Si vous vouliez, messieurs, d'autres citations, je pourrais les multiplier.

Messieurs, j'ai choisi mes auteurs de manière à uc pouvoir être inspecté. \ oui le p issage d'un livre qui a été écrit par un vieillard ayant passe quarante années de s:t vie à la prélecture rie police. Ainsi, je prends mes témoins chez l'ennemi, je suis généreux ; vous allez voir quel est leur langage.

i Maintenant toutes les consignes du monde [ceci a été écrit en 1832), toutes les consignes du monde n'empêcheront pas la plupart des crimes civils et politiques dont une société au rebours du bon sens (j' en demande pardon à fa société, ce n'est pas moi qui TOUS le dis) doit être le foyer perpétuel, (juand vous aurez préposé deux espions à la garde de chaque individu, qui vous garantira qu'il ne faille pas surveiller à leur tour let espions eux-mêmes et ainsi de suite? L'ordre est doue à refaire de fond en comble, cl jusqu'à cette refonte, l'assassinat est dans la destinée des particuliers et des rois.

Et plus bas, si vous permettez encore celte citation :

«« La communauté de biens, eu tant que principe social, abstraction faite des servilités du cloître, a de fortes chances de résurrection dans l'égolsme des propriétaires et le besoin de vivre des prolétaires. et cependant Babeuf est fort arriéré vis-à-vis de nous; on ft'expOSt au réveil de ses doctrines sans règle, en évitant de prendre ailleurs les éléments d'une plus uoblc initiative, et ces éléments existent. Ceux «pii nous disent qu'une grande révolution est désormais impossible, sont de bonnes gens, mais Fort ignorants. C'est sur l'autorité des votes que les pouvoirs s'endorment , e*es( 1001 la mita des furieux qu'ils se réveillent. « (Mouvements divers et prolongé*.)

Messieurs, ces citations, si vous les trouviez séditieuses, je les corroborerais d'autorités qui sout de nature à trouver grâce dans celte enceinte, car elles émanent précisément des membres de celle majorité.

Ouand il arrive que dans un discours préparé et dans lequel les solutions philosophiques sont indiquées a l'avance, a la lueur de la lampe de la méditation el du cabinet ; quand il arrive, dis-je, que dans un de ces dfeeoOTSj tin.in.' d'un des philosophes qui siégenl de ce cùté de l'Assemblée (la gauche), on rencontre celle phrase : - que la société est au rebours du sens commun et qu'elle est à recon-

si mire ■ {Ias murmures de la majorité interrompent et etn\

la continuation du discourt.)

Eh bien, écoutez ce que dit un des membres de cette majoriii je prends encore dans l'administration, car c'est surtout aux mdaM fonctionnaires que je m'adresse, comme étant plus compétents.

Ko 1848, DO des membres de celte Assemblée disait : Ce u'est pas seulement la nouvelle loi politique que l'Assemblée ualioualc aura à décréter; l'édifice social tout entier est à reconstruire.

M. de MoMiuKiio. Qoj est-ce qui disait cela?

M» Jules Pavbjb. C'est M. Hocher (du Calvados) que je Uaw l'on ne me contredira pas SUrce point, pour l'un ries membres les : l.irés et les plus distinguée «le « elle Assemblée.

Voici M. de Ségur d'Aguesscau; qu'il me permette de citer un mot qui a été imprimé dans sa profession de foi. M de >égur d'Agnesseau disait en propres termes : ■ Ce n'est pas un roi, ce n'est pas une dynastie seulement qui a élé emportée par la prodigieuse révolution de février 18-18, c'est la royauté mciue qui a péri. La forme monarchique a fiui son temps, elle est désormais convaincue d'impuissance pour satisfaire SUS nécessités sociales de la démocratie triomphante. (Approbation et rires ironiques à gauche.)

Ouc signifient, messieurs, CCS Citations que je pourrais multiplier, carie dossier (pu esl à la disposition de mes collègues esl, grâce a hi.-n, assez volumineux; que signifient ces citations? nu'eu 1848 c'était une opinion unanime, proclamée d'un bout de la France à l'autre, que ii révolution politique qui venait de s'accomplir devait avoir puur conséquence des transformations sociales-, transformations, il faut bien s'entendre ÎCt, qui touchent non pas aux bases esseotielli lesquelles repose la société, mais à ce mécanisme qui louche à la production dis riCUeSSOS, SU lucn-t'tre, a l'enseignement, à ecttr lumière qui doit se répandre sur tous les citoyen*. Voilà, messieuTA ce qui devait être l'objet des préoccupations constantes du I» leur, voilà les réformes sociales qu'il devait accomplir; c'était là le mandat qu'il avait puisé dans la révolution de 1848, et personne ne le pouvait contestai

J'interroge, messieurs, la majorité, j'interroge la minorité de celte Assemblée; qu'on me réponde, ou'a-i-on fait en ce sens? Rien, absolument rien; nous en ximinrs encore à attendre ; la nation attend

aussi

Je le sais, précisément pour exiger cette loi de déportation qui venait si violemment arrêter une loi d'affaires qui pouvait promettre du travail au peuple, on a arraché des mains du conseil d'État, qui n'en avait pas terminé l'examen, un projet de loi sur la réforme hypothécaire, cl on l'a déposé sur la tribune. Sans dmite, nous

18 AVKIL IK5»>.

n'avous pus à nous plaindre d'une pareille précipitation, mais nous croyons qu'à côté de celle loi, il aurait été MflO plus sage de présenter d'autres projets que celui-ci, et que ce projet de loi impossible sur les caisses de secours et de retraites. Voilà, messieurs, l'inven-

• taire exact de tout ce qui a été fait par l'Assemblée depuis 1848. Après ces promesses, après ces déclarations solennelles, quelle doit être la pensée de la nation? On a dit au peuple qui souffre, à

■ l'agriculture qui est écrasée sous le fardeau de la dette hypothécaire et de l'impôt : Nous allons nous mettre à l'œuvre; puis uous nous mettrons à IVtivre pour aiguiser des armes de sévérité, pour savoir comment le» écrivains seront poursuivis, traqués, garrottés, emprisonnés, cncellulés [Oh! oh! longues rumeurs à droite. — Approbation à gauche .)

la cellule ne suffit pas; ou va imaginer, sur une terre de feu, à une

I grande distance de la lerre natale, au delà de l'océan Atlantique, de construire une citadelle, une enceinte fortifiée, comme la pudeur de la commission veut le dire, comme l'hypocrisie, et permettez-moi de le dire (Rumeurs sur les bancs Je la majorité.) Voilà tout ce que vous lavez faire pour les besoins de la France qui attend, et vous voulez que la France ne soit pas agitée! Vont voulez que, dans son sein, il ne se manifeste pas des symptômes de désordre moral! Vous voulez qu'elle s'explique la eoulradù lion des législateurs qui touchent à tout et qui, ensuite, terminent l'examen solennel qu'ils ont fait de la misère sociale par ce rapport fameux sur I assistance, par ce rapport qui n'est autre chose qu'une déclaration d'impuissance!

Je le déclare ici, dans ma profonde conviction, il faut changer de route et de politique; il faut, à peine de voir le mal l*a0graJCfi ma) que je reconnais avec vous, faire autre chose que des lois de répression pénale, qui ne fout qu'augmenter le mal au lieu de i'adoiu ir.

Ouand je dis (c'est là ma dernière pensée, je vous prie de me la laisser expliquer d'un mot) qu'à toutes ces causes d'agitation vient encore m joindre le spectacle déplorable de la mobilité politique des hommes qui gouvernent nos affaires, est-ce que je ne rends pas ce qui est le sentiment de la conscience publique indignée? Ah! vous voulez que l'autorité soit respectée ; je le veux comme vous. Dans un gouvernement républicain, la loi d'abord, les hommes ensuite. (Juc la loi soit élevée au-dessus des passions de parti, que tous les hommes -■oient purs de toute espèce d'antécédent» qui puissent les faire broncher dans la voie du bien où ils sont engagés. [Approbation à gauche.)

Eh bien, vos hommes d ll.il fje n'aeeuse pas leurs intentions,

Dieu m'en garde); c'est leur faiblesse que j'accuse-, et si la faible perd les nations, que m'importent les intentions?

412 IHSCOURS PARLEMENTAIRES.

Les bornons politiques qui sont venus prendre le limon des affaires après la révolution de Février, au lieu de comprendre qu'ils élaieui â II leic dune généreuse et noble nation qui ne demandait <|u a être saturée de liberté, lui ont rais les menottes, l'ont fait espionner.

Vous Us ffçi mis, messieurs, tes uns après les autres, reniant solennellement au pouvoir les doctrines qu'ils avaient professées dnu l'opposition, dire que la liberté qu'ils avaient proclamée comme excellente, n'était bouue qu'à la condition d'être bâillonnée par leurs mains; se frapper la poitrine et prétendre qu'ils s'étaient trompés. ; Quand on se trompe, on se retire (approbation a ij'iuihe); ou, plutôt, quand on se trompe, on va cbercher ses devanciers.

Je ne sais, en vérité, pourquoi M. tiui/.o?, que vous avez mis en accusation, attend encore à la porte fermée de cette enceinte; c'est vous qui devez lui servir de parraius. Alors qu'il était au pouvoir, quand vous l'attaquiez, il vous et rasait de ses dédains. Penn moi de vous le dire, sou orgueil doit éprouver aujourd'bui des jraântBCM secrètes bien vivo, | voir que ceux qui l'ont renversé n'ont été que ses débiles imitateurs, (Applauiht&cmcnls à gauche.)

Kl unis croyez, messieurs, que la conscience publique est indifférente à de telles clioses f VotN « VOfflS qu'il est possible dans un pays qui a le sens commun, je pense, de voir des hommes changer subitement il 'babil et de vi-ajje, quand ils changent d'intérêt v .Son, cela n'est pas possible; et si l'autorité n'est pas suffisamment respectée, n'en cherchez pas d'autre cause que la contradiction qui existe entre vos paroles passées cl votre langage d'aujourd'hui. [Approbation à gauche.)

démarquez que ces considérations sont surtout à leur place dans la loi que nous discutons, car s'il est une auomahe douloureuse et flagrante, c'est sans contredit celle qui consiste à faire présenter à la France une loi de répression contre les condamnés politiques par les mains de celui qui a été frappé pour cause politique. (Approbation «j gauche, i

Quoi! messieurs, c'est le captif de Ilamqui vient dire, par l'organe «h -un ministère, que la captivité n'est rien, que ce n'est pas une peine assez dure! C'est l'exilé d'Amérique qui vient prétendre qu'à l'exil et au bannissement il faut encore ajouter l'incarcération, pour que la loi soit respectée! (/•'/»•<• appiébûtion à gauche.)

Pour moi, je ne puis pas oublier les déclarations qui ont été faites à cette tribune par M. Dufaurc, quand il était question de la discussion sur le projet de loi d'amnistie; il est venu vous dire (et, sans contredit, sa parole était sincère) que toutes les fois que des mesures

de celle nature avaient été proposer» iptà k cabinet, les hommes qui te dirigeaient, le chef (lu pouvoir exécutif, y avaient inclina leur cir-ur. Cela peut-il être autrement, et comprenez-vous qu'un homme invisii d une au«.»i haute magistrature, charge devant la nation et devant rtttStOfre d'une si lourde responsabilité, avant à culOBTi H personnalité de grands souvenirs el de nobles aclions, veuille se faire l'exécuteur de eetle politique VangOfOniH el persécutrice qui constate à Taire douter tout le monde m l'on a encore de» eulraille» '' Non, cela n'est pas possible. Ouant à moi, je suis convaincu que celui doni je parlais tout à l'heure, et j'ai le droit d'en parler, se voit faire violence par les hommes qui l'entourent, que souvent il a gélDJ des eimdilions qui lui étaient laite», mai» qu entraîné par CCS politique» d'expédients qui sans cesse ont la peur à la bouche, il s'enten ail répéter que la nation était perdue si on ne la gourmatidail pas, qu'il fallait lui imposer un frein et un bât, sous peine de la voir 1 chaque iii»iaut se révolter. Ce sont ces polili([iies qui le perdent, qu'il le lâche bien! i.a seule politique qui, au contraire, paisse relever II puissance de la uatfoô, C'est la politique généreuse, c'est la politique d'initiative, c'e»l la politique d'idées, c'est la politique d'a\enir qui se jette dan» la démocratie. {Trrs-bini! très-bien!)

Pour agir sur le noble cœur de la France, il faut se confier a elle, il ne faut pas Sans CCSSC la tOUTtoeuler, lui montrer qu'on est en défiance de ses inspiration». Il ne faut pas lui proposer, pour satisfaire à ses besoins, de» commentaires odieux de la législation pén lor» surtout que ces lois vont directement contre le but qu'elle» le proposent, et qu'elles offensent tODI les principes de I .'humanité. Cfesl là surtout le reproche que je fais à cette loi, et c'est pour cela que je la repousse de toute l'énergie de ma conscience..

Les temps adiiielieul dans les esprits nue telle confusion que, l'autre jour, H, le ministre de l'Intérieur étant a celte tribune, cl une exclamation étant partie de ce côté (la gauche] ! « Il n'y a pas de droit contre le droit . celte maxime lui parui séditieuse. .Sait-il qui la écrite.' C'esl Bossuet.

C'est Bossuet qui a dit : a II n'j a pas de droit contre le droit, et si longues que soient les prescriptions, elle» se prévalent jamais contre les vérités éternelles. «

Kh bien, messieurs, non-seulement celle maxime n'est pas séditieuse, mais elle est conserva hier et salutaire, et dans ces temps .surtout uii, à travers les agitations politiques, les notions du juste el de L'injuste so"' s> souvent effacées, elle doit demeurer comme un point lumineux el consolateur -tir lequel tous le» Opprimés et tous les hommes d'espérance ont les yeux.

Pour que nous puissions remplir notre mission, nous qui pro-

bablement n'avons pas la prétention de résumer en nous toutes les forces de la sagesse éternelle, nous, messieurs, qui ne sommes que des législateurs d'un jour, les fragiles instruments de ce vaste mouvement que Dieu opère, il faut, messieurs, pour que nous puissions accomplir notre mission en toute sécurité, pour que nous puissions donner à la France les institutions qu'elle attend de nous , il faut que nous n'écrivions pas dans notre passé de ces lois qui sont des lois de vengeance et de sang, et qui suffiraient à déshonorer une époque. (Applaudissements à gauche. — Agitation prolongée.)

PRONONCÉ A LASSEMBLÉE NATIONALE

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