‹ Discours parlementairesChapitre 48 sur 57 · MAI 1851. 48S · texte numérisé non relu

MAI 1851. 48S

pour la faire adorer par la France, si Ton y trouve des esclaves, celte royauté que tant de révolutions ont condamnée. (Vive approbation à tjauche.)

Mais au moins, si nous sommes condamnés à voir se produire cette exhibition ; que lorsqu'elle aura été formellement condamnée, elle ne vienne plus promener sur le pays ses fausses terreurs et ses agitations factices; que l'arrêt de eettfl Assemblée soit respecté; que, quand il aura été rendu dans les termes de la constitution, il ne soit pas l'objet d'une discussion QOttfeUe où votre dignité périrait, .le dis que votre dignité y périrait. El, eu effel, quelle est la lactique qu'il est facile de prévoir, et qui d'ailleurs est annoncée hautement par certains hommes qui se prétendent déjà les héritiers du gouvernement actuel, et qui, après avoir perdu ceux qui sont tombés, voudraient probablement entraîner dans de nouvelles chutes les maîtres auxquels ils foui profession de dévouement? Oue disent-ils, ces hommes? Ils disent qu'on échouera dans une première tentative de révision ; ils le savent, mais ils ont pour eux la vertu du courage et de la persévérant e ; ils comptent, après avoir été baltus dans une épreuve nouvelle, tenter de nouveau la voie de la discussion; cl alors, savez-vous quels auxiliaires ils appelleront à leur aide? Ils appellt»ruiif a leur aide l'agitation du dehors. On a déjà commencé; nos campagnes sont sillonnées de gardes champêtres et de gendarmes qui vont solliciter ces pétitions dont vous êtes si fiers et que vous venez apporter triomphalement à cette tribune. Vous êtes ainsi les iniermédiaircs de MM. les gendarmes et de MM. les gardes champêtres.

Lorsque la demande de révision aura été rejeléc, soyez-en stfrs, ces pétitions se multiplieront; ou en apportera un plus grand nombre dans cette enceinte, el alors on signalera au pays celte minorité factieuse qui empêche le progrés, qui se mol en travers de la marche des événements, el qui s'oppose à la libre volonté de la majorité asservie. Voilà ce qu'on dira. [A droite: Oui! oui!)

Vous en convenez. Cela est heureux, car vous nous dévoilez le plan d'une campagne qui peui aboutir à une révolution, et dont, par conséquent, nous devons d'avance signaler les chefs. Ces chefs, qui sontils? Je l'ai déjà dit à celle tribune, je les trouve, messieurs, des néopin les bien ardents dans une foi dont ils ne sont que depuis quelque lemps les confesseurs. Ils veulent nous en apprendre en rail de doctrine de souveraineté populaire. Pour eux, la constitution contient des luinlesdans lesquelles leur républicanisme étouffe, el il les faut élargir. La révision, grand Dieu ! elle ne suffit pas, puisque cent quaire-vingt-buil représentants peuvent s'y opposer! La révision, il faut qu'elle s'exerce dans toute la plénitude des pouvoirs du peuple-, rien ne peut s'opposer à l'exercice de cette prérogative sacrée !

Mais, grand Dieu ! messieurs, si, sans essayer de faire de la personnalité, je voulais demander aux meneurs de ce grand mouvement révisionniste quels étaient leurs principes politiques consignés dans leurs écrits et dans leurs discours d'il y a trois années, que trouverais-je? Ou'ils étaient les défenseurs, et les défenseurs acharnés de constitutions dans lesquelles on avait précisément oublié d'écrire le droit de révision. Et.il faut le reconnaître, ils sont sincères-, quand ilauront la victoire, ils le promettent, ce droit de révision dont ils usent contre nous, ils l'effaceront pour nous. {Rires et approbation à gauche.)

Ce n'est donc pas au profit du droit, au profit de la liberté que cette guerre est entreprise, elle ne sert que des calculs d'intérêts dfl partis ! c'est afin d'arriver à anéantir la République au milieu d citations qu'on espère, qu'on entreprend cette campagne de révision. et qu'on prend le masque de défenseurs de la souveraineté du peuple. (Nouvelle approbation à gauche.)

S'il m'était permis de décomposer ce qu'on appelle le mouvement révisionniste, el grâce à une analyse facile, de mettre à part les éléments divers dont il se compose, j'arriverais facilement à cette démonslration que, unis dans la lutte, ces élément se diviseraient dans la victoire et qu'ils représenteraient, non pas l'intérêt véritable de la France, mais des intérêts de caste sur lesquels il est facile de mettre un nom.

En effet, messieurs, ce que je dis se trouve confirmé par îles déclarations explicites dont la presse tout entière a retenti. Naguère des propositions de révisiou étaient annoncées au nom d'un parti qui veut établir en France la royauté de droit diviu.

Ce parli,qu'a-t-il île commun, je vous le demande, avec o •> hommes d'État qui, consciencieusement, et je n'accuse ici aucune intention, voient le salut de la France dans le dépôt de ses destinées entre les mains d'une femme et d'un enfant? Et, à côté de ceux-là, est-ce qu'il ne s'en rencontre pas d'autres qui, probablement, sans la garde nationale, auraient conduit leurs légions triomphantes aux Tuileries au cri de : l'ive rempercur! cl qui rêvent une prorogation usurpatrice.' Ce dernier parti a combattu les deux autres avec une énergie bien grande, et c'est cependant de la fusion, de la coalition de tous ces intérêts différents, de ces passions qui ne se ressemblent pas, que vient dans et moment ce grand mouvement révisionniste dont faites taut de bruit.

Et si je voulais aller plus loin, si je voulais vous demander ce que sont devenues ces deux sœurs immortelles qu'on a rapprochées taut d'éclat à cette tribune, tout le monde me répondrait que, depuis le jour de cette touchante réconciliation, elles n'ont pas eu d'autre pensée que de s'cntrc-décliirer. (Rires à gauche.)

Je termine, messieurs, eu insistant sur l'adoption de mon amendement, qui empêchera que les calculs de tous ces partis, de toutes ces passions ne livrent le pays à des agitations dont nous voulons le préserver. Nous sommes, en défendant pied à pied la constitution, les véritables conservateurs.

Et, en vérité, je me demande si le pays nous a envoyés dans cette enceinte uniquement pour y échanger des théories politiques, qui peuvent prêter à des développements brillants, mais qui ne soulageront aucune misère. Nous avons, messieurs, une mission bien plus grave a accomplir. Votre ordre du jour est surchargé de projets de loi importants. La dernière fois que j'ai eu l'honneur de monter h cette tribune, j'ai rappelé que la discussion du budget, d'un budget qui n'est pas en équilibre, qui se solde par des déficits inquiétants, aurait cent fois plus d'utilité pour le pays que tous les débats de la n -.isiou de la constitution.

J'espère donc que, dans sa sagesse, l'Assemblée coupera court à ces discussions, et que, lorsqu'une fois son arrêt solennel aura été prononcé, elle ne voudra plus y revenir. {Approbation à gauche.)

DISCOUKS

PRONONCÉ A L'ASSEMBLÉE NATIONALE

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