‹ Discours parlementairesChapitre 50 sur 57 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

résultera!... Je MiB convaincu que vous n'aurez que l'anarchie el la guerre. {Approbation à gauche.)

Mais, «lit M. le ministre, vous allez corroborer le pouvoir central par l'apparition d'un élément qui sauve toutes les situations, et surtout une situation aussi compromise que la nôtre.

Cet élément dont M. le ministre de l'Intérieur a fait l'éloge à la tribune, el qu'il a considéré comme étant un moyeu de salut universel, e'est la police. Ah! la police, elle n'est pas suffisamment forte; la police, il faut l'organiser plus vigoureusement; il faut la mettre dans les mains d'un magistrat qui ne recule pas, qui soil sans aucune préoccupation pour les personne-, qui marche dur au travers des vilains, comme les hommes du moyen age, sans s'inquiéter de la trace qu'il laisse sur son passage.

Permettez-moi de répondre I M. le ministre que e'est précisément cela dont je in inquiète. Ce n'est pas la première fois que je suis monté à cette tribune pour combattre, et combattre de toutes mes forces cette tendance, à laquelle le gouvernement partit obéir, à vouloir concentrer toutes ses ressources, toutes ses espérances sur l'action de je ne sais quel pouvoir occulte qu'il a caractérisée en disant qu'il lui fallait, avaut tout, de la discrétion et une obéissance passive.

Messieurs, alors que le gouvernement était distinct de la société, qu'il se personnifiait dans uu homme qui siégeait aux Tuileries et qui m- taisait dessiner par la flatterie en empruntant les traits olympiens, abus la police était nécessaire; mais un pouvoir républicain, le gouvernement de tous par tous, ne peut-il donc pas répudier ce legs fatal du passé' (.'est là ce qui révolte ma conscience. [Approbation à qauchc.)

\e vous y trompez pas, messieurs, quelles que soient les intentions des magistrats auxquels vous confies ces pouvoirs exorbitants, ils en abuseront ; ce ne sera pas leur faute; ce sera la faute de l'iust ruinent que vous aurez mis cuire leurs mains, nuY-t-ee qui le dit, QttMteHff? In homme qui a vécu quarante années à la préfecture de police, qui en a été l'archiviste, dans bh Mémoires «lit : « La police, C'ait le bras levé sur la société, c'est la haine et la colère partout. Quand la police ne sévit pas, elle meurt. >

Eh bien, le magistrat auquel vous confiez ces pouvoirs exorbitants, il voudra en prouver l'utilité; il la prouvera par des perquisitions domiciliaires i il la prouvera par des arrestations préventives, il ira fouiller il iu> |ea matons, flans les consciences-, il n'y aura rien de sacré pour la police-, autrement, elle n'est pas la police.

Écoutez, messieurs, ce que disait un homme dont j'ai cité le nom dans le cours de cette discussion, et que vous n'accuserez pas, à coup sUr, d'exagération :

- Plus on augmente le nombre des agents chargés d'exprimer et d'accueillir les dénonciations, plus on augmente le nombre des (MOTS. Ou ;i remarqué que les départements dans lesquels, en 181.'» et en 1816, DU envoya des commissaires de police spéciaux, sont précisément ceux oii l'on ri vu le plus d'exils, d'emprisonnements (ffiCUS arbitraires; ce soin ceux atlSSl où, par l'effet de celle violence, l'esprit public a été le plus fortement agité, où il y a eu le plu< de troubles. Des l'instant ou ces commissaires spéciaux ont été supprimés, l'ordre s'est rétabli, l'agitation l'est calmée, et 1rs departcments sont redevenus paisibles. ■

C'est un président de la cour de cassation, c'est M. Bérenger qui dit ces Choses, et il les dit avec l'autorité d'un beau caractère auquel Unu nous rendons hommage.

.le n'ai donc pas tort, messieurs, de m'élever, et de m'élever avec énergie, contre la errai ion d'un pouvoir de police entre àa> mains qui ne sont pas les mains municipales; caria police, que je voudrais

voir complètement disparaître de nos institutions, la police, qui dc demi! être qu'un moyen d'action dans la limite de la loi, entre les mains des magistrats judiciaires, et qui, dans les mains des magistrats administratifs, ne devrait avoir qu'un caractère purement admtni-tratif, afin de nous débarrasser dc toutes ces hontes, de tous ces scandales, de toutes ces corruptions dont nous sommes lei témoins, toutes les fuis que la police nous ouvre ses mystérieux et honteux arcanes, [g police, dis-je. est d'autant plus redoutable, d'autant plus vexaloire, d'autant plus menaçante pour le repos public, qu'elle <r trouve déposée entre des mains irresponsables.

Les maires, les membres des pouvoirs municipaux ont intérêt a conserver dans leur ville leur considération; ils ne veulent pas, pour faire rapidement leur fortune, et arriver tout d'un bond aux plus hauts degrés de réchclle du pouvoir, ils ne veulent pas compromettre des questions d'existence d'une population tout entière. Voilà pourquoi je demande que les pouvoirs municipaux subsistent dans leur entier à Lyon, et qu'on n'y jette pas ces ferments de trouble et de discorde (Approbation à gauche.)

.l'entends dire de toutes part* que fa situation est extrêmement grave; on cherche où est le danger le plus considérable qui menace la société -, chacun (et je dis ici une vérité triviale), chacun peint ce danger suivant sa conscience, suivant son appréciation particulière, suivant ses opinions politiques. Cependant, messieurs, je suis bien sûr de ne pas me tromper, quand je cherche les symptômes de ce danger dans les actes mêmes dc la majorité.

Ouc nous disent ces actes?

SI je veux interroger ce qui s'est passé au mois dc janvier i

Bff dernier,

je me rappelle qu'une voix éloquente, et à laquelle vous êtes accoutumés à accorder une grande attention, csi venue vous avertir, qu'elle vous a dit : C'en est fait du pouvoir parlementaire si l'Assemblée ne se jette pas en travers pour arrêter de criminelles tentatives.

Était-ce une illusion? Est-ce que derrière ce discours on n'avait pas vu le fantôme impérial qui cherchait son appui dans un mouvement factieux?

M. Charles Abbatlcci. C'est un conte à faire à des enfants.

M. Jules Fa vue. On me dit que c'est uu conte à faire à des enfants; je renvoie l'injure à la majorité, qui a chassé le cabiuel pour avoir laissé erier : lice l'empereur! (Vite approbation à gauche.)

Et depuis, est-ce que la situation a changé? Elle s'est aggravée; car la majorité a été unie dans cet acte de fermeté.

L'n MEMBRE. C'étaient deui minorité- !

M. Jules Favuk. Deux minorités fout une majorité, sachez-le bien, monsieur; et c'est précisément ainsi que, sous la monarchie, ou avait raison des mauvais ministres ïïfQC CM aU tances, alors excellentes, et qu'on applaudissait.

Je vous demande si la situation est changée. Le vote de l'Assemblée a-l-il été respecté? Je ne veux pas poser davantage celte question, qui est résolue par la présence de MM. les ministres sur ces bancs. Et dans une de vos dernières séances, que s'est-il passé? Est-ce que je puis oublier qu'une ovation a été décernée à uu honorable général qui est venu du haut de celle tribune, avec l'autorité que lui donnent sa parole, ses anciennes fonctions, tout ce qu'il sait, tout ce qu'il ne dit pas, tout ce qu'il pourrait dire, déclarer que vous pouviez, délibérer en paix, et que vous n'aviez pas à craindre l'ère de- QÈBÊëêB N'a-t-il pas tourné la pointe de son épéc contre les prétoriens en débauche? Trois fois, uc l'avez- vous pas acclamé?

Est-ce qui ces paroles, est-ce que ces acclamations n'étaient pas l'expression d'un sentiment sincère? Bflt-ce <]ii elles n'avaient pas pour objet de vous mettre à couvert contre un danger réel, que tout le monde connaît ! Eh bien, tous les hommes rpii peuvent influer sur les destinées de notre pays, dans les circonstances où nous sommes, doivent avoir pour guide de conduite de ne provoquer, en quoi que ce soit, aucune agitation violente dans la nation; sachez-le bien, celte agitation ne servirait pas le pouvoir parlementaire. On a pu ramasser un diadème daus la poussière d'un champ de manœuvre; rraignez qu'on n'aille le chercher dans une émeute où vous disparaîtriez

(Approbation à gauehr i

PRONONCÉ A L'ASSEMBLÉE NATIONALE LE 7 AOUT 1851

Dam la dièeuulon du projet de loi collectif «le crédita «uppléraeniairM cl extraordinaires.

Le gouvernement ayant demandé un nouve isn crédit pour l'expédition romaine, MM.F.niinaiiucI Arago cl Jules Favre interpellèrent sur lescruauté* cemmises CD Italie, et M. Jules Favre demanda que la France intervint pour empêcher les persécutions faites a l'abri du drapeau français.

Le crédit fut rolé par l'Assemblée.

Je demande à l'Assemblée de vouloir bien me permettre non pas de développer, mais de poser devant clic clairement la question qui lui est soumise. Je n'avais pas le desseiu de prendre la parole dans cette discussion, et je ne veux répondre qu'un mut aux observation» • pii vicuucut de vous être adressées par M. le ministre des Affaires étnngèrw. îl. le ministre des Affaires étrangères, en monlaut 1 cette tribune pour répondre à M. Emmauucl Arajyo, disait : Quelle est la politique de l'opposition .'(pic conseilie-t-elle.' Veut-elle que la France quitte à l'instaut les Etats romains? Cela me semble peu probable, ajoutait M. le ministre des Affaires étrangères, puisque, si la France quitte les Étals romains, ce sera le meilleur moyeu pour que tes Autrichiens viennent les occuper.

Messieurs, la question ainsi posée renferme des enseignement» qui n'échappent à personne, et il est impossible de ne pas les rapprocher douloureusement des déclarations tant de fois faites dans celte enceinte par MM. les ininiMioqui B6 sont succédé, qu'on n'allait à Rome que pour y détruire l'oppression étrangère. Voilà comment von détruises l'oppression étrangère; vous reconnaissez que le gouvernement que vous y avez établi est tellement détesté, tellement exécré, que, si vous retirez votre main, à l'instant le gouvernement...

M. tiE Corceli.es. L'honorable orateur me permettra- t-il de lui faire observer que, si l'armée de Paris était retirée, la sécurité de

l'Assemblée, celle du gouvernement et celle de l'orateur lui-même seraient compromises?

M. Jules Fayre. Je réponds à l'honorable orateur que, si l'armée de Paris était retirée, ce serait uuc preuve que le gouvernement serait assez populaire pour s'en passer. (Approbation à gauche. — lijitation.)

Tout gouvernement qui n'a pas d'autre force morale que celle de ses baïonnettes est uu gouvernement jugé.

M. de Corcelles voudrait-il de l'ordre établi dans Paris avec cent mille Busses qui viendraient y rétablir l'ordre? Voilà la question (Acclaiurilinus à gauche. — Détiégatians à droite.)

La question est malheureusement trop simple, et il n'est pas besoiu de la développer.

Il résulte de la déclaration faite par M. le ministre des Affaires étrangères que le gouvernement clérical ne se peut maintenir que par la force; que, laissé à lui-même, il périrait dans l'auarchie; que vous êtes là pour empêcher cette anarchie, et que nous ne voulez pas que les Autrichiens aillent vous y relever.

Muant à moi, je le déclare ni, .1 ni le déclaration pourra paraître suspecte à quelques personnes, je m'associe complètement à ce sentiment.; si le crédit est volé pour que les Français restent a lîome paret que, les Français en sortant, ils seraient remplacés par les Autrichiens, je voterai le crédit. Seulement je supplie M. le ministre des Affaires étrangères et l'Assemblée qui me fait l'honneur de ■ juter, de se bien rappeler quels sont les termes de Dette redoutable question, je ne veux pas me servir d'uue autre expression, et quel est le chemin que nous avons pareourn depuis le jour où, sur les assurances malheureusement trompeuses (je me sers aussi d'un mot parlementaire! des ministres qui étaient alors au pouvoir, nous avons voté l'expédition de Home,

Alors on disait aussi que l'influence française devait être établie a Home pour en faire disparaître les désordres d'un gouvernement oppresseur; on voulait consulter la volonté de la nation romaine: vous savez ce qui est arrivé.

Je ne dis pas que l'influence française n'ait pas réussi à empêcher des assassinats abominables, de la nature de ceux que signalait avec une légitime indignation, tout à l'heure, M. le ministre des Affaires étrangères, et qui, au lieu d'être commis dans la rue par des bandits qui, au coin d'un carrefour, attendent nos malheureux soldats pour le> frapper, étaient commis par des hommes disposant de l'autorité publique, faisant arrêter des malheureux et les faisant fusiller, à la honte de la civilisation, sans jugement, comme cela s'est vu à Bologne et dans d'autres villes de l'Italie; je le recounais, l'influence française

I ftnpéeaé < <• déplorables malheurs, et il faudrait, à ce point de vuelà, bénir les efforts de notre brave année.

Cette concession faite, et elle nous coûte peu, est-ce qu'il ne faut pas reconnaître que l'intervention française avait, en apparence au inoins, un autre but ! Nous ne voulions pas seulement que la pétctkffl papale, s'opérant dans la capitale du monde chrétien, fût pure de ces excès sauvages qui ont déshonoré la main de l'Autriche, partout où cl h; s'est posée sur sa malheureuse victime, cette généreuse Italie; nous voulions aussi, au point de vue civil, administratif, que l'intcr- \enlioii française purt.1t ses fruits. Est-ce que je dis là quelque chose d'extrtouBnaire ? Mais rappelez-vous le langage des ministres, des irs, de tout le monde dans cette grande question ; mais l'honorable M. de Tocqucville, dans la discussion qui s'est élevée ni mois d'août I849, disait positivement qu'on était en négociation avec le Saint-Père pour obtenir des améliorations considérables dans le gouvernement, et vous vous rappelez avec quelle netteté précise ces améliorations étaient résumées dans un dominent fameux qui témoignait un peu de la générosité française, et que MM. les ministres se sont lûtes de désavouer après l'avoir fait paraître dans le Moniteur; je veux parler de la lettre de If, le président de la llépublique.

Eh bien, plus tard, à cette tribune encore, dans un rapport célèbre. l'honorable M. Thiers vous a parlé des promesses qui avaient été faites par le Saint-Père, non-seulement a l'Italie, mais encore à toutes lepOissanen qui avaient concouru au rétablissement de son autoriié, et, je ptrifl le «lire, au monde civilisé tout entier; car s'il y a\ait quelqu'un, je ne parle pas du pontife, je parle du souverain, qui fut intéressé à tenir, à ne pas fausser une pareille parole, c'était l'homme qui, du haut de la chaire de Saint-Pierre, avait fait entendre des promesses au bruit desquelles toute l'Italie s'est levée; c'est lui qui est responsable «lu sang versé, et il doit, au moins, eu arrêter l'effii- SÏOU. (Protestations bruyantes à droite. — Vive approbatiutt et appUmditsementt à ijauche.)

On disait alors qui! les institutions civile* seraient profondément modifiées. Vous vous souvenez de cette consulte qui avait été si porapeojetoent annoncée, et de tous les programmes, et de toutes les garanties qui entouraient le Saint-Père ; alors on a, pour ainsi dire, a cette tribune, et ma mémoire Me me trompe pas, et, <i j'avais Ir temps de revoir le Moniteur, j'y trouverais des citations extraordinaires; on a, du haut de celte tribune, engagé, je ne dirai pas la parole, mais au moins l'honneur de la France, nos soldats français, Us devaient être là non-seulement comme des arbitres se jetant entre les oppresseurs et les victimes, mais encore comme les représentants de la civilisation européenne, de la civilisation française , ils ne drvuicu t

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