INTERNATS
(20 janvier 1880.)
M.Paul Bert. — Messieurs, il me suffira, je Tespère, de peu de paroles pour expliquer et justifier la disposition nouvelle de la commission. J'en rappelle tout d*abord le texte.
Après l'article i^\ lequel déclare qu'il sera créé des établissements secondaires pour l'enseignement des jeunes filles, viendrait un article 2 ainsi conçu:
«Ces établissements seront des externats.
«Des internats pourront y être annexés sur la demande des conseils municipaux et après entente entre eux et l'État. »
Pour justifier cette disposition, il me suffirait presque de faire appel aux souvenirs immédiats de la Chambre et de juxtaposer la partie du discours de M. Camille Sée, qui montre la nécessité des internats, à celle du discours de M. Bardoux, qui montre les difficultés de ces internats créés en grand nombre et au compte de l'État.
Mais, permettez-moi de résumer, en quelques mots, les raisons qui ont décidé la commission.
*i60 DISCOURS PARLEMb:.\TAIHES. ^'
Nous devons aux jeunes filles ce que nous devons à leurs frères. Or, pour ceux-ci, depuis longtemps, l'État i a créé des établissements d'enseignement secondaire. Il doit donc créer semblablement pour les jeunes filles des établissements dans lesquels sera donnée l'instruction.
Il est évident que, ceci fait, son devoir strict est épuisé. L'Etat n'a pas autre chose à faire qu'à préparer les jeunes filles à être des femmes utiles dans la société, de même qu'il doit préparer les garçons à être des hommes utiles dans la société. Par conséquent, à la grande rigueur, notre projet de loi pourrait s'arrêter là et déclarer qu'il n'y aura que des cours, qu'il n'y aura que des externats. Mais des nécessités de fait se dressent devant nous, qui font que ce qui est le strict devoir ne serait pas le devoir suffisamment rempli. M. Bardoux y faisait allusion et M. Camille Sée les a développées : c'est que l'externat ne pourrait s'adresser qu'aux jeunes filles dont les familles habitent les localités mêmes où se feront les cours.
Plusieurs membres à gauche. — C'est cela ! très bien!
M. Paul Bert. — Et par conséquent, les jeunes filles des autres pays, c'est-à-dire l'immense majorité, vont être obligées, si elles veulent profiter de cet enseignement, de se diriger vers les villes et d'entrer dans des internats.
Nous n'avons pas besoin de rechercher philosophiquement les avantages et les inconvénients de ces internats, c'est affaire d'Académie et non d'Assemblée législative . [Oh ! oh ! à droite . — Assentiment à gauche.)
Ces inconvénients des inlernats, nous les connaissons tous, pourquoi y insister? Mais nous sommes pris entre