ABOLITION DE L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES
voquée d'année en année; il en est résulté que nous avons dépensé 200 millions, perdu beaucoup de soldats, sans avoir obtenu un résultat avantageux, peutêtre même y sommes-nous dans une situation pire que jamais. Sur la question des rentes, nous voyons l'inopportunité nous conduire à ne rien faire, et à rendre chaque année cette opération plus difficile. Écartons donc la question d'inopportunité, disons la vérité, et embrassons la question sous son véritable point de vue. Je ne veux pas être long, je me bornerai à des aperçus.
Tl faut savoir dans quelles voies on entre, et par quels actes on doit débuter. C'est précisément cette succession d'actes, c'est précisément la nature des résolutions qui doivent être prises à priori, qui me détermine à repousser la prise en considération.
Messieurs, la proposition est incomplète; on vient de vous dire qu'elle serait complétée par l'examen; c'est une erreur. Les propositions mauvaises, et celleci est de ce nombre, car tous ceux qui l'ont défendue ont déclaré qu'elle était vicieuse, et l'auteur lui-même de la proposition a dit quels en étaient les vices...
M. Barrot. Je demande la parole.
M. Berryer. Les propositions incomplètes qui vous sont faites, renvoyées à l'une de vos commissions, ne produisent aucun résultat. La chambre n'a pas , comme la chambre des communes, le droit de résolution; elle ne peut pas prononcer par un bill un principe dans les conséquences duquel le pays marcherait; la chambre n'a pas le droit d'enquête pour éclairer une grande situation (Dénégation à gauche), et pour se disposer à prendre successi vemeni les moyens qui peuvent conduire à la solution des questions.
Nous avons l'expérience, Messieurs, de propositions ainsi renvoyées devant les commissions ; elles agitent les esprits , les préoccupent et ne causent que du trouble. C'est ici que vous apprécierez l'intérêt de la métropole. Songez bien, Messieurs, que si la question des colonies est peu populaire en France , la question de notre marine, de notre industrie, de notre commerce, y est très-populaire. La situation de nos colonies est mauvaise ; leur ruine va faisant des progrès déplorables. L'agitation irréfléchie des questions de la nature de celles qui vous occupent ne peut qu'ajouter à cette cause de malaise.
En effet, il y a pour la métropole un immense intérêt à ne pas laisser ainsi les colonies courir de jour en jour aune perte plus certaine. 11 faut songer que notre marine militaire n'a d'aliment que dans notre marine marchande, et que la marine marchande occupe la moitié des bâtiments de commerce de France aux seules relations avec nos colonies. C'est un fait constaté par le tableau des douanes. Il faut calculer aussi que le dixième de toutes les exportations de la France dans le monde entier est absorbé par nos quatre colonies. De là pour la métropole un immense intérêt à ne rien faire légèrement sur la question co* loniale.
On est entraîné par l'exemple de l'Angleterre. Mais l'Angleterre a une bien autre situation et elle suit une tout autre marche. Voyez combien elle est prudente, méticuleuse et persévérante; en 1807 elle a déclaré l'abolition de la traite des noirs. Dans les traités de 1814 et del815, ellea imposé à tous les États de l'Europe, autant qu'elle l'a pu, la condition de l'abolition de la traite des noirs. En 4823, seulement, seize ans après que l'abolition de la traite des noirs dans les