ABOLITION DE L'ESCLAVAGE DANS LES COLONIES
colonies anglaises était déclarée, et sept à huit ans après qu'on était parvenu à obtenir l'établissement du même principe dans les autres États de l'Europe, M. Canning a demandé le bill de résolution, qui a posé le principe qu'il était nécessaire d'arriver à l'émancipation des colonies.
Mais, dans cet intervalle, qu'avait fait l'Angleterre? Dumomentoù l'Angleterre, par l'abolition de la traite dans ses colonies, avait compris que les nègres qui y étaient n'allaient plus être livrés au contact d'hommes venant d'Afrique, achetés, apportant toutes les passions de l'état sauvage dans le sein des colonies, elle s'est occupée immédiatement de l'amélioration morale des nègres esclaves. Les missions évangéliques ont été multipliées depuis 1807 jusqu'en 1823. Tous les moyens de faire pénétrer la pensée religieuse, l'esprit de famille , la morale , au milieu des esclaves noirs, ont été employés par l'État pour favoriser ce progrès moral des noirs avant de poser le principe de leur émancipation. Quand ce principe a été posé, les Anglais se sont occupés de la sécurité des colons, et, depuis 1823 jusqu'en 1832, on a successivement augmenté la force des troupes anglaises résidant dans les colonies. En 1832 enfin, par une décision du parlement, les garnisons des colonies ont été partout presque doublées. C'est alors, en 1833, que l'Angleterre a pris la résolution de l'émancipation. Mais comment Pa-t-elle prise, cette résolution? Elle Ta prise d'abord en posant le principe de l'indemnité , et , comme on le disait tout à l'heure, en donnant 500 millions d'indemnité aux propriétaires dans les colonies anglaises.
L'indemnité payée d'avance, on n'a pas recouru immédiatement à une émancipation partielle qui est
révoltante, ou à une émancipation totale; on a au contraire déclaré que l'émancipation n'aurait lieu qu'en 1841, et que dans cet intervalle de huit années, de 1833 à 1841, les esclaves nègres resteraient dans le même éiat, à titre d'apprentissage. C'est là un mot qui a modifié temporairement leur situation; mais la question d'émancipation n'est pas encore résolue parle fait.
À côté de cela, depuis 1833, vous avez vu ce qu'a fait l'Angleterre en faveur des producteurs des colonies. Elle a exclu chez elle la culture de la betterave et la fabrication du sucre; elle a donné des avantages aux producteurs coloniaux par ses lois de douanes, en sorte qu'il y a une plus-value de 30 à 40 pour 100 de 1833 à 1837.
Voilà par quels efforts, par quelle sage conduite, par quelle persévérance, l'Angleterre, depuis 1S07 jusqu'à cette époque, a marché, afin d'arriver, après un apprentissage de huit ans , à l'affranchisssement définitif en 1841. Voilà la marche que nous devons suivre.
Mais qu'allons-nous faire? Je ne parle pas de la proposition en elle-même; cette situation d'enfants nés libres et qui vont être élevés pour la liberté par les soins de leurs mères esclaves, cette situation n'est pas admissible; à onze ans, à qui seront-ils livrés? Quelles garanties avez-vous prises soit en faveur des maîtres, soit en faveur des enfants eux-mêmes? les réduisez-vous à la condition des affranchis ?
Messieurs, vous savez que le libertinage, le concubinage sont souvent une cause d'affranchissement. Vous savez quelle est l'existence de ces affranchis qui sont dans nos colonies au nombre de 22,000, que l'on voit partout mendiants, paresseux...
ABOLITION DE l/ESCLAVAGE DANS LES COLON TES. 331
M. Isambert, C'est une erreur; je le démontrerai.
M. Berryer. C'est l'état vrai,
M. Isambert, C'est l'état faux,
M. Berryer. Vous n'avez rien fait en France pour commencer par porter la morale au sein des esclaves, vous n'avez établi aucune domination tutélaire pour leur instruction. Vous avez fait plus : ce qui a été demandé à la France pour le développement religieux des esclaves, vous l'avez refusé. Ainsi les colonies vous demandaient des prêtres qui enseignassent le nom de Dieu aux esclaves, vous ne les avez pas accordés. Le ministère de la marine ne soutient plus de ses secours les prêtres du Saint-Esprit pour évangéliser les esclaves noirs. Que ferez-vous ensuite d'hommes envers qui vous n'avez pas pris ces précautions?
Messieurs, il y a trois questions à résoudre avant d'entrer dans la voie de l'émancipation: préparer l'instruction, l'éducation morale des noirs; donner la sécurité aux blancs, car il faut émanciper les blancs aussi bien que les noirs; et donner des garanties de travail. C'est lorsquevous aurez médité sur les moyens de moraliser la race noire dans nos colonies, de préparer l'instruction pour les enfants, lorsque vous aurez donné des garanties de sécurité aux propriétaires, et assuré des moyens de travail aux esclaves que vous voulez affranchir, que vous pourrez faire utilement acte d'émancipation; mais, sans cela, vous ferez un acte de cruauté, d'inhumanité. Comprenez-le bien, Messieurs, la liberté sans les mœurs, sans le travail, mais c'est l'état sauvage; c'est cent fois pire que l'esclavage ! (Très-bien ! très-bien !)
La prise en considération du projet de M. Passy, appuyée par MM.Guizot. Odilon Barrot, Mauguin, fut votée par la chamhre.