DISCOURS PAN LLMI-.M AMES
La position de la reine cl du prétendant, ainsi que nous l'appelez! n'est-il pas évident que le rœu national est au moins Incertain, et que ce qui est action spontanée se manifeste dans le camp de don Carlos?
J'ai dit qu'il serait raisonnable d'entreprendre une expédition en Espagne pour y rendre de bons offices à ce pays, y acquérir des droits à son amitié, pour y servir les intérêts français, pour nous assurer son alliance à l'avenir. Eh bien! je vous adresse la parole, à vous opposition, et à vous ministres. Pour le bonheur de l'Espagne voulez-vous maintenir, vous ministres, la révolution dont vous avez réchaufïé les premières ardeurs par tant d'actes que vous désavouez aujourd'hui? Voulez-vous maintenir, pour le bonheur de l'Espagne, la révolution qui lui a valu jusqu'à présent la banqueroute, l'invasion des marchandises anglaises, les lois de conscription, et l'emprunt forcé? Serontce là vos titres à l'amitié de l'Espagne, les intérêts français que vous voulez servir? Tous les orateurs en ont fait la remarque, même le chef du dernier cabinet; si vous voulez contribuer à détruire la pragmatique de Philippe V, voulez-vous livrer le trône d'Espagne à une enfant qui peut épouser un ennemi de la France, et réduire l'Espagne à devenir une troisième préfecture anglaise, sous la prétendue royauté d'un troisième Gobourg? (Agitation.) Est-ce là ce que vous voulez? M'avez-vous entendu, messieurs? (Oui, oui.)
Ceci importe à nos alliances à l'avenir; mais quant aux services à rendre à l'Espagne, quant aux droits à son amitié, il faut songer que la première garantie du bonheur d'un peuple est dans l'honneur de son gouvernement, dans la dignité du souverain. Eh bien ! je vous le demande à tous, la dignité du souverain, où est-elle? Est-ce dans le palais de cette infortunée
olJESTION ESPAGNOLE. 243
reine, tous les jours outragée, tous les jours menacée; cette reine au nom de laquelle on insulte les plus illustres souvenirs de son illustre race; cette reine qu'on a contrainte à promener la fière couronne de loutes les Castilles dans le pèle- mêle de quelques soldats ivres, et du plus bas peuple délirant à la voix des factieux? Est-ce là qu'est la dignité du souverain? N'est-elle pas plutôt sous la tente de ce prince qui, fort de son droit, est venu se poser sur la montagne de Pelage, qui combat entouré de soldats résolus spontanément à lui faire le sacrifice de leur vie; à qui tous obéissent et que tous honorent, parce qu'il s'est montré fidèle à son devoir, en se montrant fidèle à son droit, au droit de sa nation? (Sensations diverses.)
Vous voyez quelle devrait être la conséquence des motifs qui peuvent déterminer une intervention, en les examinant avec vérité et impartialité. J'ai trop évidemment raison; mais quand des vérités si manifestes ne sont pas d'abord reconnues, c'est au moins une imprudence que d'essayer de les persuader à qui les méconnaît.
Passons à d'autres questions. Venons où la discussion est arrivée, dans les termes où l'ont placée les orateurs. J'ai dit que l'intervention n'aurait pas lieu en Espagne, parce que le ministère voudrait en Espagne ce qui y est impossible; parce que l'opposilion veut en Espagne ce que le gouvernement ne peut pas vouloir.
Ici, messieurs, je vous en conjure, accordez-moi un peu de silence. Les questions sont aussi délicates que graves : ne me privez pas de la possibilité de {n'exprimer sur toutes choses comme il convient. .
Ce que le gouvernement voudrait est impossible
en Espagne; ce que veut l'opposition, le gouvernement ne peut pas le vouloir. Ici la question espagnole se lie profondément a l'examen de notre situation intérieure.
p]ntrons donc dans la vérité de nos affaires, de notre position politique, de la situation des partis, des passions et des volontés, pour examiner la question d'Espagne dans toute sa netteté.
Messieurs, on a dit, et avec raison, qu'il s'était fait depuis vingt ans un grand changement dans la diplomatie en Europe; que le but des alliances n'était plus le même; que les peuples, surtout dons l'Europe occidentale, ont besoin de chercher des alliances de principes, plus encore que des alliances d'intérêts matériels.
On a raison; tout le but des efforts de la diplomatie s'est modifié. Quand les États étaient forts dans leur intérieur, forts de leurs principes et de leur situation politique; quand ils n'étaient pas agités au dedans par la crainte ou par les convulsions des révolutions, ils s'occupaient de leur prépondérance au dehors, et cherchaient à l'établir par des alliances avec des nations fortes, par de puissantes armées, par des accroissements, des agrandissements de territoire.
L'empire de Napoléon a été la magnifique, mais l'inutile et la dernière tentative de cette vieille politique européenne. Aujourd'hui que les révolutions ont remué le dedans des États, que les révolutions ont sillonné le pays, il y a d'autres intérêts plus pressants : à l'esprit de conquête a succédé l'esprit de conservation; et le premier besoin de Fesprit de conservation est, pour chaque peuple, de chercher au dehors l'appui des principes, des idées sur lesquels est fondé le gouvernement intérieur.
Gela est très-vrai pour nous comme pour tous, messieurs. Dans nos relations avec l'étranger, dans notre aclion sur les Étals étrangers, nous cherchons, nous devons chercher à faire dominer les principes sur lesquels nous voulons appuyer notre propre État, les principes que nous voulons faire triompher dans notre propre pays; il n'y a pas de doute à cet égard, la tendance de tous les peuples est de faire triompher chez leurs voisins les principes sur lesquels ils se sont eux-mêmes constitués.
Jetons les yeux sur l'Europe occidentale, là où les révolutions ont plus ou moins agi, selon que, dans tel ou tel État, elles se sont plus ou moins accomplies; tous tendent à s'établir, à se constituer sous une de ces deux formes-ci : ou un gouvernement fondé sur la puissance des majorités modérée par une royauté ou toute autre magistrature suprême sous quelque forme qu'on la veuille constituer; ou un gouvernement fondé sur le droit royal limité par l'influence et par la puissance des majorités. C'est dans les efforts pour établir l'une ou l'autre de ces deux formes, pour consacrer le principe de l'un ou de l'autre de ces deux gouvernements, que s'agite l'Europe occidentale.
En Espagne, messieurs, c'est la querelle, c'est la question entre don Carlos et Madrid, entre la reine et les juntes, entre la reine et la soldatesque, entre la reine et les assemblées. La question agitée en Espagne est celle, après tout, de savoir si le gouvernement qui définitivement se constituera sera un gouvernement de majorité, tempéré, modéré, réglé par une royauté ou par une autre magistrature suprême, quelque forme qu'on veuille adopter; ou si au contraire le gouvernement de l'Espagne sera un gouver-
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nemont fondé sur le droit royal, tempéré par la puissance des majorités. C'est la question en Espagne, et c'est la question en France. C'est la question qui depuis six ans partage l'opposition et tous les ministères ; c'est d'arriver à savoir si, en effet, depuis Juillet, le gouvernement constitué a les caractères d'un gouvernement de majorité tempéré par la royauté, ou d'un gouvernement royal tempéré par les majorités. (Mouvement en sens divers.) C'est la question qui vous divise. Messieurs, pendant longtemps il est évident qu'on s'est efforcé de réunir ces deux idées qui divisaient l'opposition et les ministères successifs, par un système de cabinet composé dans un esprit de transaction et de coalition. On a voulu faire une union de deux systèmes, union difficile, et dont les difficultés sont signalées par les changements multipliés de cabinet, signalées surtout par ces sortes de suspension d'action gouvernementale que nous avons vues se manifester, soit au mois de novembre 1834, pendant quinze jours, soit au mois de février 1835, pendant trois semaines. Oui, ou cherchait pour la formation du cabinet à unir deux principes, deux systèmes dont l'union était difficile, si elle n'était pas tout à fait impossible. Il y a un an, je puis le dire, messieurs, il semblait aux yeux de tout le monde que les deux systèmes, les deux politiques se personnifiaient en deux individus, le dernier chef du cabinet, le ministre actuel de l'instruction publique. Que, dans un cabinet où ils étaient tous les deux, la question sur l'Espagne -oit restée incertaine, qu'il n'y ait pas eu de résolui ion, je le comprend^ Çfr& AL le ministre de l'instruction publique rcofts <ïêrrne dire qu'il n'a jamais voulu ifo l'intervention en Espagne, j'en suis profond émo m . ■•■M^incu; tffiè M. raooien efféf du eabinei vi.
nous dire qu'il a toujours voulu, lui, l'intervention, j'en suis profondément convaincu; je n'ai pas besoin que l'un ou l'autre ouvre les cartons de son ministère et vienne apporter ici des dépêches pour prouver quelle fut, à telle ou à telle époque, son opinion; leur pensée, elle est connue de la France entière. Le dernier chef du cabinet s'est retiré quand il n'a pas pu faire triompher son système ; il a fait une noble action, car je ne connais rien de plus noble au monde que de garder l'entière indépendance de son opinion! (Très-bien ! très-bien !)
Le dernier chef du cabinet est rentré sous les drapeaux de l'opposition, il y est bien, il est dans sa vérité. (Rire général. Tous les regards se tournent vers M. Thiers, qui prend des notes.) Oui, messieurs, en rentrant sous les drapeaux de l'opposition, le dernier chef du cabinet est dans sa vérité; car il est révolutionnaire; et si je me sers de ce mot, c'est parce que je suis profondément convaincu que, dans sa pensée, comme dans la pensée du grand nombre des membres de cette assemblée, ce n'est pas un outrage. (Bruits et mouvements divers.)
Quant au cabinet actuel, messieurs, je veux parler de M. le ministre de l'instruction publique, il est pour le système qui s'efforce de maintenir la France dans la position d'un gouvernement royal tempéré par la puissance des majorités. Ses principes, nous les connaissons, il les a souvent manifestés, il les a fait connaître assez clairement à la séance d'hier. Quand M. le ministre de l'instruction publique disait, il y a un an, que le progrès, quand on est sorti de l'ordre, c'est de rentrer dans l'ordre, je ne sais s'il a mesuré, •tans leur profondeur, toutes les conséquences êî es paroles
M. le Ministre de l'instruction publique. Oui!
M. Berryer. Mais il a dit une haute vérité.
M. le Ministre de l'instruction publique. Oui! (On rit.)
M. Berryer. Le cabinet a raison dans ses convictions; le cabinet a raison, et il est honorable, à mon avis, dans ses vœux : mais le cabinet ne voit-il pas qu'il s'abuse dans ses eflorts?
Je comprends son système ; mais la France a été emportée plus loin; la révolution est faite, messieurs, et il faut bien savoir ce que l'on a fait. (Mouvement.)
Désormais, en France, le principe du pouvoir n'est plus dans le droit royal, mais dans le droit des majorités.
M. le Ministre de l'instruction publique. Je demande la parole. (Agitation.)
M. Berryer. Silence, je vous prie, messieurs.
En juillet, sans disputer sur les circonstances et sur les faits, allons au résultat; qu'il y ait eu insurrection, ou, comme vous le dites toujours, qu'il y ait eu résistance, peu importe pour le résultat : le résultat, c'est que le peuple vainqueur a pris la souveraineté, il l'a réglée, il l'a modifiée, il l'a confiée, il lui a imposé des conditions; et M. le ministre de la justice le savait très-bien quand, dans les premiers jours de 1830; il demandait que les deux articles de la constitution de 1791, sur la souveraineté du peuple, fussent inscrits en tête de la nouvelle Charte. (Mouvements divers.)
Depuis 1830, la puissance des majorités s'est constituée en France; cette puissance se manifeste dans les chambres; elle s'exerce par un ministère sorti de leui' sein, ministère qui réclame et doit réclamer une indépendance proportionnée ù sa responsabilité. En
un mot, messieurs, depuis 1830, a triomphé au milieu de nous et s'est constituée la maxime qui, autrefois, je crois, fut formulée par l'ancien chef du cabinet : Le roi règne et ne gouverne pas. (Chuchotements.)
La politique du cabinet actuel, l'esprit du cabinet actuel, la volonté du cabinet actuel, luttent contre cette maxime; mais durant le combat, messieurs, que voulez-vous que ces ministres aillent faire en Espagne? (Rires et bruit à gauche.)
Leur pensée, nous la connaissons : quelques mots du discours d'ouverture de la session vous disent ce qu'ils voudraient faire en Espagne. N'avez-vous pas été frappés de ces paroles : « De graves événements ont ébranlé les institutions à Madrid? » Qu'est-ce que ces institutions? la loi testamentaire de Ferdinand VII en faveur de sa fille, le statut royal de la reine Isabelle. Est-ce là ce que vous demandez au ministère d'aller maintenir en Espagne?
Le ministère sans doute peut être excité par vous, entraîné par vous, le gouvernement peut être poussé à jeter des hommes en Espagne, à en faire sortir don Carlos, à l'arracher à ses soldats (cela est possible, cette victoire pour la France assurément peut ne pas être difficile, je l'admets); mais après, quand don Carlos ne sera plus en Espagne, vous, hommes de l'opposition, que voulez-vous demander à ces ministres de faire en Espagne?...
M. Ûdilon Barrot. Non, non, ce n'est pas à eux. (Hilarité.)
M. Beruyer. Je cherche à faire connaître à la chambre où peut conduire en Espagne le système, la pensée, la volonté actuelle du cabinet. La royauté d'Isabelle, c'est un fantôme aujourd'hui ; son autorité, aux yeux des ministres eux-mêmes, elle n'est plus; elle
est imprégnée et dominée par la révolte des juntes, par la sédition de la Granja. La pierre de la constitution de 1812 s'est dressée, dans la plus grande partie de l'Espagne, sur les ruines du statut royal. Le gouvernement juste-milieu que M. Zéa d'abord, et M. Martinez de la Rosa ensuite, ont cherché à établir en Espagne, ce gouvernement est broyé, broyé entre deux grandes réalités qui se sont dressées dans les Espagnes, et qui marchent l'une contre l'autre, face à face : la souveraineté du peuple à Madrid, la souveraineté de don Carlos en Navarre. Là a péri le système du juste-milieu.
On a beau vouloir se faire un peuple espagnol à sa guise et pour l'usage de sa propre politique; on a beau vouloir inventer un juste-milieu qui ne trouve pas et ne peut trouver son gouvernement, cela n'est pas : il n'y a point de juste-milieu en Espagne. Que peut faire le gouvernement, le ministère, selon sa politique, selon ses principes? à quel choix voulez-vous le réduire? Il est évident qu'il ne peut rien faire; et s'il ne peut choisir entre les deux seules choses qui soient possibles en Espagne, il est évident que ce que voudrait le ministère n'est plus possible en Espagne, et que par conséquent le ministère ne peut pas, ne doit pas vouloir d'une intervention.
11 n'est pas moins évident que vous ne pouvez pas lui demander de la faire. Si donc vous voulez l'inter- -.ention, quand nous savons bien ce qu'il y a de possible et d'uniquement possible en Espagne, si vous voulez l'intervention, si votre proposition doit avoir la majorité dans cette chambre, eh bien, dites nettement, ouvertement, complètement pour quels principe?, pour quelles conséquence* vous voulez ï'hll v é fi » « 8 1 1 en Espagne . Br»it.;
M. Laffiïte. Pour le principe qui a fait notre révolution.
M. Berryer. Ce que vous voulez, le gouvernement ne peut pas le vouloir.
M. Glaïs-Bizoin. Nous le savons tous.
M. Berryer. Voilà donc la position de vos affaires, c'est qu'on ne peut rien faire. Eh bien! messieurs, j'arrive maintenant au paragraphe en lui-même. Si on ne peut rien faire de ce qu'on voudrait en Espagne, si le gouvernement ne peut pas, ne doit pas faire ce que voudrait l'opposition, si ce que voudrait le ministère est impossible, si nous arrivons à cette conséquence qu'il n'y a rien à faire en Espagne, dans l'état actuel de la France, je me demande, en arrivant au paragraphe, ce qu'il est possible, ce qu'il convient de dire sur l'Espagne dans l'adresse.
Le ministère, persévérant dans ses vues personnelles, cherche, par le discours d'ouverture de la session, ses amis cherchent par la rédaction de l'adresse, dans la commission de laquelle ils ont été, dit-on, en majorité, à maintenir cette situation équivoque, douteuse, incertaine, qui tend vers l'impossible dans les affaires de l'Espagne. C'est pour cela qu'on parle de l'intention, du désir d'exécuter fidèlement le traité de la quadruple alliance. Vous sentez bien que c'est une faible parole, car après tout que pense-t-on de ce traité? Ce qu'on en pense, Messieurs? Les ministres qui déclarent qu'ils veulent exécuter le traité, la commission qui conjure les ministres de persévérer dans l'exécution du traité, que voient-ilé dans le traité? Ah ! ils nous l'ont #séé£ dit, et sous toutes les formes.
s ne parler que du UMtè du 22 avril, ils n'y voient rien (On rit) ; selon -'us. le traita tf'£h&àtète à rien,...
M. Molé, président du conseil. On n'a pasdit cela !
M. Berryer. Il n'engage à rien ; on nous a môme dit que si le traité avait été l'ait, comme L'observait l'ancien chef du cabinet, pour arriver, parle concours de la France et de l'Angleterre, au rétablissement de la paix dans la Péninsule, il fallait remarquer que le seul moyen prévu de rétablir cette paix avait été d'expulser don Carlos du Portugal; et qu'un traité qui, dans le but de rétablir la paix dans la Péninsule, devait avoir pour objet de faire expulser don Carlos du Portugal, était sans force quand il ne s'agissait plus que de le faire sortir de l'Espagne. (On rit.)
Un orateur dont M. le ministre de l'instruction publique a adopté hier toutes les paroles, à la discussion duquel il s'en est rapporté, un orateur nous a même dit qu'il y avait ici une immense considération, c'est que, quand on a fait le traité entre la France et l'Angleterre, il ne s'agissait que d'expulser un seul homme, un prince fugitif, mais que du moment où ce prince était rentré dans son propre pays, qu'il avait des armées, des généraux, qu'il y avait des sympathies et qu'il fallait le combattre, oh ! la France et l'Angleterre ne se sont pas alliées pour de telles entreprises. (Rires bruyants. On regarde M. Hébert.)
Il y a plus, Messieurs, et je recueille en ce moment tous mes souvenirs sur ce qui nous a été dit à l'égard du traité de la quadruple alliance, et pour que nous sachions bien ce que nous allons dire, quand, dans une adresse, nous allons conjurer le gouvernent ni de persévérer dans l'exécution de ce traité, je me rappelle qu'il nous a été dit que le sublime de ce traité, ce qui avait signalé l'habileté du négociateur, c'est qu'il n'y avait laissé passer aucun engagement... (Nouvelle hilarité.)
M. le ministre des affaires étrangères, président du conseil, nous a dit, dans son exposé de principes sur la question, que l'habileté de l'illustre négociateur lui avait fait entrevoir les dangers incalculables de tout engagement. Je crois rappeler la phrase textuel • lement...
M. le Président du conseil. Tout engagement d'intervention.
M. Berryer. Il y a plus, Messieurs, le négociateur a si bien compris qu'il avait fait une très-grande chose en faisant un traité qui n'engageait à rien, qu'il a eu la modestie de dire, dans une lettre célèbre, monument curieux de la politique de nos jours, qu'il n'avait pas eu d'autre mérite que de deviner la pensée profonde du gouvernement... (Rumeurs en sens divers.)
Voilà donc ce que c'est que le traité de la quadruple alliance, dans la partie qui porte la date du 22 avril 1834. Les articles additionnels ont été plus loin. Mais on n'a pas manqué de nous faire remarquer qu'à l'époque où furent signés les articles additionnels, les choses avaient bien changé, et qu'il est si vrai que l'on ne s'était engagé à rien par le traité d'avril, que, quand on a traité en août, don Carlos n'étant plus en Portugal, mais en Espagne, les négociateurs le savaient, la France le savait aussi, il l'avait traversée... (Rires et bruits.) On a limité alors, sur la connaissance acquise pour tout le monde de l'état des choses, les engagements de la France...
M. le Président du conseil. On les a étendus.
M. Berryer. Si on a fait quelque chose de plus, comme je crois l'entendre dire par M. le président du conseil, on nous a bien dit que c'était en dehors du traité, et qu'on n'y était pas tenu par les termes
254 DI8C0UBS PABLBMENTA1AB8. — 183*3.
du traité : je veux parler, par exemple, de la légion étrangère, ee qui est complètement en dehors du traité. Les engagements de la France ont été limités dans l'article 1er à la police des frontières, pas autre chose ; ainsi, dans cette grande question, une des plus graves qui se puissent agiter dans une assemblée telle que la vôtre, question où sont en présence et les intérêts les plus considérables d'un pays tel que l'Espagne, et les questions qui touchent le plus profondément à la politique intérieure de votre gouvernement, les conséquences de votre révolution, de ce qu'on appelle les événements de Juillet, eh bien ! dans cette question qui touche à votre existence intérieure, qu'est-ce que votre adresse va dire? que vous suppliez le ministère de persévérer dans l'exécution d'un traité dont, selon lui, la première partie n'engage à rien, et dont la seconde ne vous oblige qu'à faire la police au pied fies Pyrénées.
C'est là ce que dira votre adresse.
Mais considérez donc que cette police au pied des Pyrénées, elle est ruineuse pour le commerce de nos provinces limitrophes, coûteuse, très-coûteuse, à cause du pied de guerre que vous êtes obligés de donner aux troupes, à cause de la réunion des troupes, à cause de l'accroissement des magasins, à cause du système de douanes que vous avez été obligés de doubler et de tripler sur toute cette frontière; et à quoi cela vous conduit-il ? En vous renfermant dans cette obligation de faire la police à la frontière d'Espagne, où la France a-t-elie été conduite? à agir vis-a-vis de réfugiés, de femmes, d'enfants, de vieillards de personnes de tout sexe et de tout rang, comme envers des prisonniers de guerre, à les prendre, à les faire incarcérer, ou à les faire inter-
ner, suivant le mot adopté; à les faire conduire par la gendarmerie, et quelquefois si quelqu'un d'eux se plaint de Tinhospitalité de la France, c'est un gendarme qui les charge de fers !
Oh ! Messieurs, que nous sommes loin de 1817, lorsqu'un ministre du roi s'écriait dans cette chambre, à propos d'autres réfugiés espagnols : a 11 y a un traité qui est plus respectable, plus saint, plus sacré que toutes les chartes de la diplomatie; un traité qui est consacré dans le cœur datous les gens de bien, chez tous les peuples civilisés, un traité qui est l'honneur et la gloire de la civilisation humaine ; c'est l'accueil aux réfugiés, aux proscrits, aux malheureux qui perdent leur patrie, sans leur demander s'ils sont Espagnols, Portugais, Italiens, Polonais, Égyptiens, ou de tout autre pays. » (Bruit.)
M. le Ministre de l'instruction publique. Eh, mon Dieu ! on ne faisait pas à cette époque ce que nous faisons aujourd'hui pour les réfugiés de toute sorte.
M. Berryer» Ainsi, le premier article additionnel du traité du 18 août 1834 est contraire à la dignité de la France par l'action dans laquelle il limite l'exercice de sa puissance, contraire à ses intérêts par les conséquences de la police formée à ses frontières, contraire à son honneur par les actes auxquels il l'oblige. Je vais plus loin : qu'est-ce qu'un traité dans lequel la France s'oblige à ne rien faire, et où l'Angleterre s'oblige à faire quelque chose ? C'est un traité où vous donnez patente à l'Angleterre, où vous lui donnez licence de faire tout ce qu'elle voudra faire pour ellemême, et où vous approuvez d'avance tout ce qu'elle saura faire.
On a dit hier qu'il fallait peu se préoccuper de l'Angleterre, et de ce qu'elle pouvait avoir d'intérêt
JûO DISCOURS PARLEMENTAIRES. — 1837-
dans la question espagnole ; on a rappelé que de 1808 à 1814 l'Angleterre avait rendu de grands services à l'Espagne et qu'elle n'en avait pas demandé le prix.
Messieurs, ne confondons pas les temps, quand les situations sont si différentes. En même temps que l'Espagne recouvrait son indépendance, le Portugal rentrait sous la dépendance de Jean VI, et l'Angleterre reconquérait tout son ascendant sur le Portugal. Aujourd'hui l'Angleterre s'inquiète de la situation du Portugal ; elle a compris que les événements d'Espagne avaient une influence nécessaire, inévitable, sur le Portugal, et elle a pensé qu'elle avait un intérêt immense dans les affaires d'Espagne. Désormais c'est l'influence qu'elle exerce en Espagne qui peut assurer à l'Angleterre la conservation de tous les intérêts de sa politique dans le Portugal, la conservation de tous les droits qu'elle s'est créés dans les affaires de ce pays. Si l'Angleterre n'a rien demandé à l'Espagne pour l'appui qu'elle lui a prêté de 1808 à 1814, c'est qu'elle était alors en sécurité sur le Portugal. Aujourd'hui l'Espagne l'alarme sur l'avenir du Portugal, et l'Angleterre prendra toutes ses garanties à l'égard de tous les événements qui pourraient s'accomplir en Espagne.
Votre traité par lequel vous vous obligez, vous vous engagez à ne rien faire, votre traité dans lequel l'Angleterre intervient pour dire qu'elle fera quelque chose, je le répète, c'est une autorisation donnée à l'Angleterre, c'est un acquiescement livré à l'avance pour tout ce qu'elle fera dans ses intérêts matériels comme dans ses intérêts politiques, pour son commerce comme pour la domination de son influence.
Le traité est détestable s'il ne vous oblige à rien; car il en résultera que vous perdrez toute action, toute influence sur l'Espagne; que vous livrerez à l'Angleterre la bonne position de la France vis-àvis de l'Espagne. Cette influence, l'Angleterre saura bien en user contre vous, soit qu'elle garde, soit qu'elle ne garde pas Saint-Sébastien pour dominer notre golfe de Gascogne.
Oui, ce sont là les conséquences du traité; c'est une licence donnée à l'Angleterre, de faire tout ce qui est dans son intérêt sans que la France s'en mêle; et c'est pour cela que l'année dernière, pénétré des mêmes sentiments, convaincu de ce même intérêt national, je n'ai pas hésité à m'écrier dans cette chambre : 0 honte ! ô malheur! il n'y a pas même d'intervention !
Ah ! Messieurs, si vous reconnaissez comme moi que ce traité de la quadruple alliance qui a trois ans de date, qui a été exécuté, qui a même été dépassé, a été complètement inefficace; et que, comme les ministres vous l'ont dit et redit, depuis trois ans les affaires de la reine ont été de mal en pis, est-il possible qu'une chambre française, en présence d'un traité qui, selon les ministres, n'engage à rien, qui, selon les ministres, se borne à une question de police, d'un traité qui a été exécuté, même dépassé, et est resté inefficace, est-il possible que cette chambre fasse une adresse pour supplier le ministère dont elle connaît les intentions et l'interprétation, de persévérer dans l'exécution du traité? Je dis que cela n'est pas possible; ou je suis donc heureusement animé de sentiments que ne partage pas la majorité. (On rit.)
Une voix des centres. C'est cela!
2'6S DIPCOURg PAHLLMF.NïAIllUS. — 1837.
M. Berryer. Ces senlimcnts-!à du moins ne sont pas des sentiments de parti, mais des sentiments de nationalité, qui dominent chez un homme de bien les considérations de parti. Je ne sais personne au monde qui puisse loyalement appartenir à un parti et éprouver des sentiments de parti, s'il n'est point, avant tout, inspiré par les intérêts de la France ; car ce sont ces intérêts que l'on doit vouloir servir, même par les opinions de parti. (Très-bien !)
Messieurs, je sais bien que l'opposition, dans toutes les nuances qui la composent, viendra dire qu'elle voit autre chose dans le traité de la quadruple alliance que ce que le ministère déclare y voir ; qu'elle aperçoit d'autres engagements. Cela est vrai ; je ne dispute pas sur ce point; mais alors que voulez-vous, en demandant l'exécution du traité? Vous voulez donc entraîner le cabinet à l'exécution ou d'une coopération ou d'une intervention en Espagne?
Il faut alors le bien dire, et que tout le monde soit averti dans la chambre. Ainsi, vous, qui ne voulez pas d'intervention, soyez bien avisés. Si, de ce côté, on vote pour le traité de la quadruple alliance, c'est parce qu'on reconnaît, parce qu'on sent, parce qu'on est convaincu que le traité de la quadruple alliance doit mener à la coopération, qui, comme l'a dit dans l'autre chambre M. le duc de Dalmatie, n'est qu une intervention honteuse, compromettante, et qui doit déterminer et entraîner l'intervention. Soyez donc bien avertis, vous qui ne voulez pas de l'intervention; ne votez pas pour qu'on persévère dans le traité, qui, selon l'opposition, vous entraînerait à la coopération et à l'intervention, (tlires eX bruit )
Et vous, Messieurs, vous qui voulez l'intervention, vous ne pouvez pas adopter une rédaction dans la-
quelle se réfugie le ministère, qui n'a pour but que de lui faire conserver une position dans laquelle, je le répète, il poursuit l'impossible en Espagne.
Vous qui ne voulez pas de l'intervention, vous ne pouvez pas dire au ministère que vous le conjurez de persévérer dans le traité ; car vous savez comment il l'entend.
Ainsi je dis que, sans être inconséquent à ses convictions, à ses volontés, dans aucune partie de cette chambre, on ne peut voter pour que le ministère persévère dans Pexécution du traité de la quadruple alliance. (On rit.)
11 faut aller plus loin ; il ne convient pas de tenir un langage qui n'est pas celui de la vérité; il y a équivoque dans l'adresse, il y aurait équivoque dans votre position. Ceux-ci diront : « Nous voulons bien du traité parce qu'il n'engage à rien. » Ceux-là : « Nous voulons du traité parce qu'il engage à quelque chose. » Messieurs, il n'y a pas de bonne foi, point d'honneur, point de dignité dans une telle situation. De deux choses Tune : ou l'on interviendra, ou l'on n'interviendra pas; mais demander qu'on persévère dans le traité, cela est absurde et contraire à la dignité de la chambre.
Maintenant, Messieurs, parlerai-je d'une autre partie de l'adresse? Je n'en dirai qu'un mot, je n'en veux dire qu'un mot, ce sont les vœux du ministère! les vœux pour le gouvernement d'Isabelle, d'Isabelle qu'il délaisse, parce qu'il la reconnaît impossible; les vœux, les vœux d'un grand peuple, d'une grande assemblée pour l'impossible, et rien que des vœux! Que des particuliers, que des hommes isolés et faibles lassent des vœux selon leurs affections, cela est honorable ! mais qu'une grande et fière nation, quand
de grands intérêts s'agitent, quand son avenir peut être engagé et compromis d'une façon quelconque, se borne à faire des vœux stériles, des vœux dérisoires, ah ! Messieurs, vous ne le voudrez pas ; pour l'honneur de la France, vous rayerez cette expression de vœux inefficaces placés dans ce paragraphe.
Quant à moi, je repousse tout ce paragraphe, parce qu'il n'y a pas de dignité dans les équivoques, dans les jeux de mots par lesquels on se trompe respectivement ; je le repousse, parce que l'adresse telle qu'elle est rédigée est contraire à l'honneur, aux intérêts, à la dignité de mon pays. (Sensations diverses et prolongées.)
M. Guizot qui, dans un premier discours, avait énergiquement soutenu la politique de non-intervention, monta de nouveau à la tribune pour répondre à M. Berryer, et commença en ces termes : « Messieurs, il y a sept ans nous sommes entrés, pour la première « fois, dans cette chambre, l'honorable préopinant et moi; lui pour <c soutenir le ministère de M. de Polignac, moi pour le combattre. » M. Berryer, à ce propos, demanda la parole pour un fait personnel, et donna, après le discours du ministre de l'instruction publique, les explications suivantes.
M. Berryer. Messieurs, si je montais à la tribune en ce moment pour répondre à ce que vient de dire M. le ministre de l'instruction publique sur la question espagnole, je ferais tout de suite remarquer que le ministère sort complètement de son système. (Interruption.)
Voix a gauche. Si, si ! c'est vrai !
Voix au centre. Non, non.
M. le Président. Vous n'avez la parole que pour un fait personnel.
M. le Ministre de l'instruction purltque. Parlez, parlez !
M. Berryer Je répondrai à l'observation de M. le président que je n'ai la parole que sur un fait personne], c'est la vérité : aussi ne veux-je dire que peu de mots... (Parlez, parlez!)
Je répète que si je voulais répondre en ce moment à ce que vient de dire M. le ministre de l'instruction publique sur la question espagnole, je ferais remarquer à l'assemblée que le ministère en me répondant a été contraint de sortir de son système. (Nouvelles dénégations au centre.)
S'il n'en est pas sorti, il n'a donc proféré les paroles que vous venez d'entendre que pour la satisfaction de me jeter une réponse. Il vous a* dit que sans doute ce qu'il cherchait à établir en Espagne était à ses yeux, sinon impossible, du moins très-difficile; que cependant il avait fait quelque chose, qu'il avait puissamment concouru à soutenir ses vues politiques dans la Péninsule, par le secours que la légion étrangère a porté aux soldats de Christine, en venant détruire les eifels d'une campagne glorieuse de l'armée carliste.
11 a même cité un autre fait analogue, c'est que les marins et les artilleurs anglais, en poussant Espartcro, en l'obligeant à sortir de son camp et à entrer dans liilbao, ont décidé un succès que le gouvernement de Madrid a déclaré qu'il n'aurait pas obtenu sans l'assistance de l'Angleterre. Si le ministère se prévaut de ces faits, s'il en triomphe, s'il les trouve conformes à ses vues sur l'Espagne, je ne comprends plus comment il se refuse à la coopération que demande l'opposition... (Mouvement.)
Voilà donc le ministère qui avance et commence h
reconnaître que pour ce qu'il veut il y a nécessité d'un concours étranger. Le voilà engagé dans la question de coopération ; nous serons bientôt engagés dans la question d'intervention, ce qu'il faut comprendre avant de voter l'adresse.
Le ministre vient de dire qu'il flétrissait l'ancien gouvernement espagnol, et je vais lui répondre tout à l'heure sur l'intention qu'il me prôte de vouloir favoriser en Espagne le rétablissement de l'absolutisme et du gouvernement du dernier siècle. Il a dit qu'il flétrissait ce gouvernement qui avait eu besoin de recourir à l'étranger pour faire quelque chose; mais quelle estime a-t-il donc pour le gouvernement qu'il veut donner à l'Espagne, et qui, selon lui, n'a réussi que quand l'étranger est venu à son secours?... (Bruits divers.)
Mais ce n'est pas pour répondre à quelques paroles sur la question espagnole que je suis monté à la tribune; j'y suis monté pour un mot, pour un nom propre. Certes, je ne suis pas de ces hommes qui, aux jours du malheur de leurs amis, renient leurs amitiés passées; je ne suis pas de ces hommes qui, après avoir servi dans un camp, s'en vont servir ailleurs ; je ne suis pas de ces hommes surtout qui s'engagent dans une situation obligée, et c'est pour cela que je repousse la parole du ministre; oui, j'ai été, comme homme privé, l'ami personnel du prince de Polignac (mouvement), oui, j'ai été l'ami personnel de presque tous les membres du dernier cabinet de Charles X, j'avoue cette amitié dont les principes furent honorables pour moi, je ne la désavouerai jamais.
Mais ce qui est faux, c'est qu'à aucune époque je sois entré dans cette chambre, quand mon pays m'a
appelé à l'honneur de défendre ses intérêts, pour y soutenir tel ou tel ministère. (Interruption.)
Je n'ai pns entendu l'objection qui m'est faite. Si l'orateur qui m'a interrompu veut monter à la tribune, je répondrai à son objection. (On rit.) Je dis, Messieurs, que, honoré par mon pays du droit d'entrer dans cette chambre pour y défendre ses intérêts, jamais je n'y suis entré pour défendre tel ou tel ministère; ma vie est la vie d'un homme parfaitement indépendant; à toutes les époques, intimement lié à ceux qui exerçaient le pouvoir, ma vie a manifesté que je ne voulais pas y prendre part. J'ai des témoins vivants, j'en ai dans cette enceinte, à plus d'une époque je pouvais être dans de hauts emplois ; je ne l'ai pas voulu. (Rumeur.)
Oui, en 1830...
Une voix. A l'adresse !
M. le Ministre de l'instruction publique. Parlez ! parlez !
M. Berryer. Vous permettrez que mes explications sur le fait personnel soient complètes ; cela touche à l'adresse, vous allez le voir.
Oui, en 1830, j'ai pu m'asseoir sur ces bancs (M. Berryer montre le banc des ministres), et je ne l'ai pas voulu. Mes amis y étaient; je m'en suis toujours écarté. Je suis entré dans la chambre, j'ai combattu l'adresse et je suis demeuré dans les convictions que j'avais le jour où j'ai combattu cette adresse. (Mouvement.) J'étais profondément convaincu alors que le pouvoir royal, tel qu'il était constitué en France, sur un principe transmis de siècle en siècle, était assez en dehors de la discussion pour être dans la position la plus favorable pour que se développassent devant
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lui, sous lui, à côté de lui, toutes les libertés dont mon pays a besoin.
J'étais convaincu qu'un pouvoir ainsi composé ne devait pas être alarmé de son existence, qu'il ne devait pas, comme un gouvernement nouveau, se montrer jaloux, inquiet, ombrageux, qu'il pouvait ne pas disputer ce que le pays était en droit de réclamer dans la situation nouvelle où il était placé, dans la situation d'intelligence, d'activité, d'égalité à laquelle il était parvenu par l'effet même du bon gouvernement que, pendant des siècles, les rois aïeux de celui qui régnait alors avaient donné à la France.
M. Petou. Il ne fallait pas les ordonnances.
M. Berryer. J'ai combattu l'adresse, parce que j'étais convaincu que, telle qu'elle était, elle pouvait, dans des circonstances données, pousser le pouvoir à des actes funestes, à des événements déplorables. Je l'ai pressenti, et j'ai fait mes efforts pour que ces actes n'eussent pas lieu, pour que les événements n'éclatassent pas.
Maintenant, si telles ont été mes pensées en 1830, jetant un regard sur l'Espagne, je comprends aussi ce qu'y peut faire la royauté, je souffre des malheurs et des déchirements de ce pays; j'y vois avec confiance face à face, comme je l'ai déjà dit, deux réalités ; je crois qu'elles se peuvent concilier, que la liberté peut donner la main à la royauté. C'est mon espérance, c'est mon vœu, c'est ma conviction, c'est ma tendance, et je repousse le système bâtard que vous voulez placer entre les deux vérités qui partagent l'Espagne. (Vive sensation.)
Le paragraphe de l'adresse relatif à la question espagnole fut adopté, dans cette même séance, à une majorité de 71 voix.