LA GREVE DE RIVE-DE- GIER
paplie, être renvoyés. Les patrons ont refusé cette promesse très simple. Les ouvriers ont cru, par conséquent, avoir affaire à une sorte de plan établi pour rifineret désorganiser leur syndicat. Voilà pourquoi la grève est générale.
Eh bien! messieurs, il me semble, et c'est le premier ^point sur lequel je crois que le gouvernement aurait pu adopter une attitude plus ferme, il me semble que dans les quinze jours qui ont suivi le renvoi injustifiable et vraiment extravagant de Gagnât dans les conditions où il a été pratiqué, que quand la grève était restreinte et localisée à Tusine Marrel, il me semble que le gouvernement, en tenant aux frères Marrel un langage énergique, en leur signifiant qu'ils portaient à ses yeux au moins la responsabilité morale de la grève, il me semble qu'il pouvait obtenir sur ce point le désarmement, d'autant plus — si je me trompe, M. le président du conseil me rectifiera — que l'usine Marrel compte parmi les usines de Rive-de-Gier qui travaillent pour le compte de l'Etat, qui vivent surtout des fournitures qu'elles font à la marine, et que cette situation particulière donnait au gouvernement et lui donne encore aujourd'hui — voilà pourquoi je vous disais que nous aurions à lui indiquer des ^ moyens d'action peut-être décisifs — une situation toute particulière, une puissance très naturelle et très légitime sur ces maisons. Il peut leur dire :' Si nous vous donnons du travail pour le pays, si nous alimentons vos usines, si c'est le budget du pays qui vous fait vivre, c'est à la condition, du moins, que les lois du. pays soient respectées par vous. [Applaudissements sur -divers bancs à gauche, — Interruptions.)
La grève se développe ; elle continue, et il semble que tous les torts, au moins les torts originels, qui sont les plus graves, étant à la charge d'une partie au moins du patronat, et les ouvriers dans leur ensemble n'ayant jamais, à Kive-de- Gier, ni par des cris, ou par des emblèmes plus ou mbins interdits, donné prise sur eux, il semble que toute la sollicitude des pouvoirs publics devait pencher en leur faveur. (Très bien/ très bien/ à l'extrême gauche,)
Au contraire, il s'est trouvé dans ces derniers jours pré-
cisément, comme je le (lisais tout à Theure, monsieiw le président du conseil, au moment où les ouvriers faisaient un nouvel effort de conciliation, il s'est trouvé que c'est du côlé du patronat, que c'est pour aider à une manœuvre patronale que le gouvernement est intervenu. Voici laquelle.
Les patrons, pour provoquer la reprise générale du travail, ont désiré, c*est tout naturel, amener lundi, hier matin, une reprise partielle, la plus large, la plus significative possible, lis espéraient que si un grand nombre d^ouvriers dissidents, non syndiqués ou fatigués de la grève, reprenaient le travail, les autres, démoralisés, comme une armée dont une portion se débande, rentreraient à leur tour à l'usine, et ils n'ont rien négligé pour assurer le succès de cette rentrée partielle. Des^ employés de l'usine sont allés à domicile chez des ouvriers pour leur dire : Vous êtes vieux, vous ne trouverez pas facilement du travail ailleurs, vous n'êtes pas parmi les ouvriers nécessaires; si vous ne rentrez pas, si vous ne voulez pas signer sur co registre une demande à cet effet, c'est fini ; c'est pour vous plus encore que pour les meneurs que les portes seront définitivement closes. Et il s*est trouvé des gendarmes pour se rendre à domicile...
M. Ri BOT, président du ronseil^ ministre de r intérieur, — Jamais!
M. Jaurès. — Si je me trompe, monsieur le président du conseil, vous me rectifierez sur ce point; mais je suis sûr que Tensemble de ma démonstration et de mes observations ne peut être sérieusement contesté. Néanmoins, il me suffit que vous me fassiez un signe de dénégation sur ce que j'allais dire, pour que je n'insiste pas. {Très bien! très bien!)
C'est ainsi qu'on a obtenu, plus ou moins librement, selon les procédés que Ton qualifie d'habitude de liberté du travail, un certain nombre de signatures. Etaient-elles sincères? Etaient-elles libres? L'événement le dira. Mais en attendant, messieurs, appartenait-il au représentant du gouvernement, au préfet de la République, par une affiche, par une démonstration administrative, de prendre à son compte ces signatures, de les authentiquer, de déclarer dès samedi publiquement, dans Rive-de-Gier, qu'il y avait en effet 350 ouvriers