‹ Discours parlementaires sur les finances (volume 2)Chapitre 21 sur 26 · SUR LA. SITUATION FINANCIÈRE DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

SUR LA. SITUATION FINANCIÈRE DE LA FRANCE

(Séance du 13 juillet 1885.)

M. Henri Germain. Messieurs, je ne vous retiendrai pas longtemps, vous pouvez vous rassurer. Et, d'abord, je suis très heureux d'avoir à répondre à l'honorable M. Sadi Carnot. Nous vivons sous un régime qui, s'il présente un inconvénient — l'instabilité ministérielle — a cet avantage qu'on n'a jamais devant soi l'auteur des faits que l'on critique. (Rires sur divers bancs.)

Dans tout ce que j'ai dit et dans tout ce je dirai, l'honorable M. Carnot est hors de cause ; j'ajouterai qu'il n'est responsable que d'un fait, le seul que j'aie loué. Oui, il est

entré dans la vérité pour l'évaluation des recettes; c'est sa seule œuvre, et je ne saurais trop l'en louer; il a rendu un grand service au pays, en revenant à la règle incontestable et incontestée de tous les bons gouvernements.

Voilà ce que j'avais à répondre à l'honorable M. Sadi Carnot. Maintenant, qu'il me permette de lui dire que, à son insu, — j'en ai la conviction, — il n'a peut-être pas été très équitable vis-à-vis de moi quand il a laissé entendre que j'étais un adversaire des institutions actuelles. Je vais vous faire très nettement ma profession de foi à cet égard.

Si j'étais l'adversaire de ces institutions et l'adversaire de mon pays, si je ne craignais pas une nouvelle révolution, je vous dirais : Continuez votre système d'administration.

Mais, comme je ne veux pas une nouvelle révolution, je dis : Il est temps, il est grand temps de changer la direction financière de ce pays. C'est pour cela que je suis monté à la tribune, et je délie qui que ce soit de dire

que mes actes ne soient pas conformes à mes déclarations.

Oui, je crois qu'il faut améliorer la situation actuelle, je crois que c'est le seul moyen d'empêcher la révolution; mais, puisque vous m'avez amené sur le terrain politique, je crois, permettez-moi de vous le dire, que les élections que vous attendez avec confiance ne répondront pas à tout ce que vous en attendez. (Interruption à gauche.)

Chacun a son opinion ; j'ai le droit d'exprimer la mienne, et d'ailleurs, les faits répondront; nous verrons si vos prévisions se réalisent.

Nous avons gagné du terrain, pendant longtemps, quand nous administrions de la manière que je rappellerai tout à l'heure; mais ma conviction est que ce pays connaît la situation comme nous la connaissons nous-mêmes.

L'honorable M. Sadi Carnot disait : Vous vous évertuez à montrer un déficit qui n'existe pas. Mais alors, messieurs, qui donc accu-

sait-il d'erreur, si ce n'est runanimité du parti républicain?

Car enfin je prends deux documents, dont l'un a été publié, et l'autre, par modestie, comme disait un de nos collègues, n'a pas encore vu le jour. Qu'est-ce que ces deux documents, destinés à rallier le pays, mettent en première ligne au point de vue de la gestion financière? L'équilibre du budget. Mais, est-ce qu'on demande une chose qu'on possède? Est-ce que vous vous feriez un titre de gloire de l'équilibre du budget s'il existait?

J'ajoute que je viens remplir une lacune. L'honorable ministre des finances a bien voulu plusieurs ibis faire allusion à mes. critiques : je l'en remercie, mais il a été incomplet. Il n'a peut-être pas assisté à la séance de samedi, car il aurait admiré, comme nous, le discours de l'honorable M. Camille Pelletan, et il n'aurait pas négligé des critiques qui, au point de vue électoral, oh! je le sais, peuvent avoir certains inconvénients.

(Rumeurs à gauche. — Rires approbatifs à droite.)

Je n'insiste pas sur ce point ; mais, monsieur le ministre des finances, vous avez dû admirer, comme nous tous , ce discours comme il méritait de Tètre — ce discours qui a débuté par une définition d'un budget en équilibre telle que je crois pouvoir dire qu'à ma connaissance aucun financier né l'avait si nettement formulée, à savoir qu'un budget en équilibre est un budget qui paye toutes ses dépenses sans avoir recours à l'emprunt sous aucune forme. Eh bien, je vous demanderai si votre budget est dans cette situation, et si , parce que vous avez fait sortir du budget ordinaire tout ce que vous ne pouvez pas payer, vous avez mis votre budget en équilibre en créant ces caisses dont je me suis égayé et dont tout le monde s'égayera.

Est-ce que vous avez répondu quelque chose aux chiffres officiels que j^ai cités, qui sont incontestables et incontestés et qui se

résument dans les trois périodes que je vous ai indiquées? Prétendez-vous que faire la lumière sur la situation financière et la signaler au pays, au moment où il va rendre son verdict, soit une chose inutile et même nuisible au Gouvernement de la République?

Ne faut-il pas lui demander à ce pays : Doisje continuer dans la voie où je suis, ou rentrer dans celle où j'ai été? Est-ce que nous n'avons pas connu, en effet, de meilleures finances sous le régime actuel? Vous avez cru que c'était par une pensée politique que, pour les besoins de ma démonstration, j'avais choisi une date plutôt qu'une autre. Non, je défie qu'on critique celle que j'ai prise. J'ai choisi l'époque où nous sommes rentrés dans une période régulière, à la suite des événements terribles de 1870-1871, après avoir dû surcharger ce pays de 700 millions d'impôts, en deux ans. C'était en 1874. Si le fait s'était produit à une autre date, c'est celle-là que j'aurais prise. Ce pays qui a toujours été laborieux et économe, a fourni,

de 1874 à 1880, 700 millions de recettes de plus, après les 700 millions d'impôts qu'on lui avait demandés, et cela sans murmurer, sans fléchir. Yoilà sa tâche; on ne Ta pas assez exaltée, on n'a pas rendu assez hommage à ce pays, qui en dix ans a trouvé le moyen de payer 1,400 millions de plus.

Il n'y a pas de peuple sur la surface du globe qui ait accompli une pareille tâche. Eh bien! quand un peuple a montré une pareille vigueur, il a le droit de demander à son Gouvernement un budget en équilibre. (Très bien! très bien! à droite.) Il a le droit de lui dire : En 1874, avec les ressources que je t'ai données, j'ai payé toutes les dépenses, y compris celles que je faisais pour les travaux publics. Aujourd'hui je paye toujours, mais il y a cette différence que les chemins de fer, qui rapportaient autrefois, coûtent cher aujourd'hui. (C'est cela! — Très bien! à droite. — Rumeurs à gauche.)

Oui, messieurs, c'est la seule différence. Est-ce que vous préféreriez les chemins de

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