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LA SOCIÉTÉ DE LA CROIX ROUGE

PRONONCÉ A LA MESSE SOLENNELLE CÉLÉBRÉE DANS LA CATHÉDRALE DE NANCY, LE 23 MARS 1889, POUR LES SOLDATS MORTS AU SERVICE DE LA FRANCE.

Sioper omnia , charitatem hahçlc quod est vinculum perfectionis.

Avant tout ayez la charité qui est le lien parfait des hommes et des peuples. (CoLoss. m, 14.)

Mes très chers Frères,

Il est consolant et doux pour un Évêque, au milieu des agitations et des luttes de l'heure présente, de redire ces divines paroles dans cette grande assemblée, devant les représentants de l'armée, de la magistrature, des administrations civiles, de toutes les classes sociales, devant le drapeau de la France, en présence de ces symboles de la mort, qui sont aussi les symboles des immortelles espérances.

La Société de la Ci'oix-Rouge a été noblement inspirée en unissant à l'activité et au dévouement qui organisent les secours pour les victimes de la

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guerre le souvenir pieux des soldats qui ont succombé pour la défense delà patrie.

Avec vos prières, elle sollicite votre concours pour ces grandes œuvres, et votre générosité en faveur des fils infortunés de l'AlsaceLorraine. Aussi, c'est la France elle-même qui vous apparaît dans cette enceinte, au pied de ces autels : la France, dans la grandeur et les épreuves de son passé, dans les devoirs du présent, dans un avenir qu'il faut préparer, afin qu'il donne à notre pays la sécurité, la puissance et la gloire.

Les accents que vous allez entendre sont, d'ailleurs, ceux qui font vibrer tous vos cœurs: je vous parlerai de charité, de dévouement, d'honneur, de courage, d'héroïsme, de la France et de Dieu.

Puissé-je répondre à vos désirs, m 'inspirer moimême de ces hautes pensées, et interpréter les nobles enseignements de cette cérémonie religieuse et patriotique !

Je ne m'étonne pas. Messieurs, des succès de votre Société ; je m'étonne plutôt qu'elle ne soit pas accueillie et propagée partout avec un véritable enthousiasme. Elle a, en vérité, tout ce qui émeut le cœur de la France, tout ce qui répond admirablement à la vocation que Dieu lui a faite, aux dons les plus éclatants de son caractère natio-

nal : la valeur guerrière et la charité. Inter aima charitas, c'est la devise de votre Société, c'est aussi la devise de ce noble peuple.

La France chrétienne est née sur un champ de bataille, dans les périls et les ardeurs du combat, du cœur et de la prière d'une femme. Elle a gardé de cette double origine une ineffaçable empreinte, qui apparaît et resplendit à toutes les pages de son histoire.

Elle aime le bruit des camps, les entraînements de la mêlée ; elle tressaille au bruit du clairon ; elle a le culte du drapeau et de l'honneur guerrier ; sous le feu de l'ennemi, elle a des inspirations et des élans qui tant de fois ont décidé de la victoire. Si elle a subi des revers, c'est qu'elle a été imprudente et aveugle ; ses défenseurs ont succombé sous le nombre; mais Dieu rendra à son drapeau les rayons de sa gloire passée, et à son épée les éclairs qui, si souvent, ont illuminé le monde.

Le cœur de ce peuple a toutes les délicatesses du cœur de la femme: la pitié, la générosité, une tendresse presque maternelle l'inclinent vers les faibles et les opprimés. La France a fait des ingrats, en donnant pour d'autres peuples, avec une prodigalité aveugle, son or et son sang ; elle n'a jamais anéanti ou écrasé les vaincus. Toutes les grandes entreprises de la charité sont nées sur son sol, ou ont reçu, en touchant à cette terre privilégiée et à l'âme de ce peuple, des initiatives hardies et puissantes, une nouvelle et incomparable impulsion.

Auprès de ses soldats et de ses héros, elle a ses intrépides missionnaires, ses religieuses héroïques, ses martjTS et ses saints. Elle envoie vers tous les rivages du monde ses Sœurs de Saint-Vincentde- Paul et ses Petites-Sœurs des pauvres; elle a fondé les Ecoles d'Orient et la Propagation de la Foi. A cette heure encore, c'est un Cardinal français, un ^ ancien Évéque de Nancy (1), qui émeut l'Europe en faveur des populations infortunées de l'Afrique, livrées à la barbarie et à toutes les hontes de l'esclavage.

Gomment la France ne ferait elle pas de cette charité le puissant auxiliaire de la valeur de ses guerriers? Comment ne l'exerceraitelle pas avec plus d'ardeur et de dévouement encore, afin de secourir ceux qui ont souffert pour son honneur et pour sa défense? Et quelles épreuves, quelles douleurs votre Société de la Croix-Rouge est appelée à secourir, à soulager ! Qui pourrait dire les horreurs d'un champ de bataille, les cris des blessés, les gémissements des mourants, les appels désespérés à la mort qui abrégerait d'intolérables souffrances? Qui pourrait peindre ces cadavres défigurés, ces flots de sang, la solitude et l'abandon enveloppant avec les ténèbres tant de victimes au soir d'un combat, et partout et toujours l'insuffisance et l'impuissance des secours ?

(1) s. E. le cardinal Lavigerie.

Parfois, sur ces infortunés dont un grand nombre pourraient être sauvés, s'ils étaient secouru?, les escadrons et l'artillerie passent au galop pour marchera l'ennemi, brisant et broyant les morts, les mourants et les blessés. On dit que plus d'un conquérant, au soir d'une journée de victoire, s'est pris à frémir en parcourant le champ de bataille, et à maudire le fléau de la guerre.

Pour moi, je n'ai vu que les ambulances de la dernière guerre ; mais, après dix-huit années écoulées, j'entends encore les cris de quelques-uns des blessés, les plaintes des malades dévorés par la fièvre, les regrets déchirants de ces jeunes gens, de ces enfants de vingt ans, qui mouraient loin de leur pays et de leur mère, et que Dieu seul pouvait consoler.

Ce sont toutes ces victimes de la guerre que votre Société, secondant l'admirable dévouement du service de santé, veut recueillir, entourer des soins les pluS; éclairés, pour les sauver, pour les conserver à leurs familles, à l'armée et à la France. Soyez- en remerciés et bénis.

Mais, pour accomplir cette grande œuvre, il ne faut pas seulement l'élan et l'ardeur de la charité ; il faut encore le courage, et souvent l'héroïsme. Dans les salles des ambulances et des hôpitaux, où les malades et les blessés s'entassent, hélas! si rapidement, dans cette atmosphère qui énerve et qui accable, vous ne trouverez plus l'entraînement du combat, les ordres et l'exemple des chefs,

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