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haut, je parle de cette puissance qui oJJtient à un peuple les célestes lumières, les divines croyances, les sublimes vertus, les véritables et suprêmes triomphes. Dites-moi : les bénédictions accordées depuis quatre siècles à votre noble cité, sa fidélité à la foi chrétienne, le souvenir toujours vivant de la protection de ses saints, la splendeur de cette manifestation religieuse qui nous ravit à cette heure, ne sont-elles pas la récompense de cette juste guerre, de ses épreuves et de ses sacrifices ?
Qui pourra dire de quelle valeur furent alors devant Dieu, pour le rachat et la gloire de ce pénible, l'activité et le dévouement de ses chefs, l'obéissance aveugle des soldats, le courage de citoyens paisibles devenus d'intrépides guerriers, l'élan magnanime des femmes et des jeunes filles, le concours des infirmes, des vieillards et des enfants, les fatigues et les périls affrontés avec joie, les plaies hideuses supportées sans faiblir, l'agonie et le dernier soupir des mourants, les larmes des épouses et des mères ?. . .
0 France, ô mon pays, ne te laisse pas entraîner I)ar ton ardeur, ne mets plus désormais ton bras et ton épée qu'au service des causes justes et saintes, ne prends ni devant les hommes ni devant Dieu la responsabilité du fléau de la guerre, et surtout de ces guerres futures où se heurteront des millions d'hommes armés de tous les instruments perfectionnés de la destruction. Attends dans la patience qui se contient, dans le travail [qui pré-
pare l'avenir. Et si un jour tu es condamné à défendre ton sol, ton indépendance et ton honneur, ô mon pays, lève-toi, la guerre que tu feras est juste et sainte ; va, le Dieu des armées te bénit et la victoire est à toi.
Comment vous dirai-je ce qu'est le patriotisme et tout d'abord ce qu'est la patrie elle-même ?
Le principe de la vie nationale, le foyer où s'allume et où resplendit le patriotisme, c'est l'àme d'un peuple, c'est l'àme de la patrie.
Cette âme est l'ensemble merveilleux des croyances sacrées, des traditions vénérables, des intérêts supérieurs, des souvenirs et des espérances. Elle est comme un cœur formé de tous les cœurs, une âme où toutes les Ames s'unissent et se confondent.
Donnez à un peuple les mêmes frontières et les mêmes rivages, le même sol et le même ciel, les mêmes richesses et la même civilisation, la même langue, la même race et la même origine, ce n'est point assez. Il faut une âme, centre et principe de tout, une âme qui jouit et qui souffre, qui aime et maudit, qui tressaille dans la victoire et dans la gloire, qui frémit sous l'outrage et qui tout à coup soulève les multitudes pour défendre ses droits, son indépendance et son drapeau.
Cette âme, elle est partout, elle est dans les palais et dans les chaumières, dans les chefs illustres
et dans le plus obscur soldat, dans le magistrat le plus élevé et dans le plus iiumble des citoyens,- au centre de la nation et aux extrémités du monde où passe porté même par le bras le plus faible, l'étendard de l'bonneur national.
Quand ces liens intimes se brisent, quand ce principe d'unité est détruit, quand ce foyer est éteint, vous n'avez plus sous vos regards que les débris impuissants et déshonorés d'un peuple; il n'y a plus de patrie.
Le patriotisme a donc pour source première, pour objet essentiel et suprême, l'àme de la patrie. Aussi, après l'amour de Dieu, ce qu'il y a de plus beau et de plus grand sur cette terre, c'est le patriotisme.
Il n'est pas un des nobles sentiments de l'homme qui ne se retrouve élevé, agrandi et comme transfiguré dans cet amour. 11 embrasse la famille et le peuple, les berceaux et les tombes, les foyers et les temples, le ciel qui s'étend sur nos têtes et la terre qui a porté nos premiers pas et où nous dormirons notre dernier sommeil. Nul sentiment n'est plus puissant. Il domine les affections les plus pures et les plus fortes, il inspire les sacrifices héroïques. Demain il arrachera des millions d'hommes à tout ce qui leur est cher et les poussera, le front haut, le cœur intrépide, au devant des fatigues, des périls, des souffrances et de la mort. Alors d'une extrémité à l'autre d'un grand pays retentira l'appel des vaillants iMacchabées : « Pre-
nez vos armes, soyez courageux, tenez-vous prêts et combattez les nations rassemblées contre vous : A ccingimini et estote parati in maneut piigneîis adversus nationes has quœ conxencrunt adursus nos (1) ». Et quels que soient le nombre des ennemis et le sort des batailles, nous dirons encore avec les défenseurs d'Israël : « Il vaut mieux mourir dans la guerre que voir les maux de notre peuple et la destruction de toutes les choses saintes : (Juoniam melius est nos mari in bello quam videre mala gentis nostrœ et sanctorum (2). »
Aussi ils méritent une éternelle reconnaissance et une éternelle admiration ceux qui apaisent les divisions criminelles, les luttes fratricides et qui, pour défendre l'existence d'un peuple, lui rendent, avec ses provinces reconquises, la flamme du patriotisme, l'union qui fait la force, et ressuscitent l'àme de la patrie.
Telle fut l'œuvre de vos pères.
Ce qu'ils ont défendu derrière leurs murailles, ce n'est pas votre cité seulement, quelque digne qu'elle fût de leur fidélité et de leur amour, c'est plus que la grandeur et la gloire, c'est l'existence même de la France.
Comme aux jours de défaite et dî honte où Dieu suscita la vierge de Domrémy, « il y a de nouveau grande pitié au royaume de France ». Les plus
(1) I Macchab., m, o8.
(2) Ibid., iiO.
puissanls vassaux de la couronne se sont révoltés, et à leur tète apparaît le duc de Bourgogne, le premier de tous par sa haine implacable, par ses puissantes armées et sa formidable artillerie. (( J'aime tant le royaume, dit-il, qu'au lieu d'un roi j'en voudrais six. » Ses possessions s'étendent de la Flandre aux bords du Rhône, elles enveloppent d'un cercle de fer les provinces restées fidèles. Ces provinces elles-mêmes inspirent à Louis XI si peu de confiance qu'il n'ose y lever des troupes dans la crainte de les voir passer dans les rangs de l'ennemi.
Le roi d'Angleterre, toujours maître de Calais, attend l'occasion favorable pour partager avec ses alliés les lambeaux de notre malheureux pays, et déjà on lui a offert la Guyenne et la Normandie. Nulle part n'apparaît, pour secourir et sauver ce peuple en détresse, un politique de génie ou un grand capitaine, mais partout je vois l'habileté cauteleuse et perfide, les défaillances et les excès qui perdent les meilleures causes en les déshonorant.
Les Armagnacs, comblés des largesses de Louis XI, se sont retournés contre lui ; il ne peut même compter sur les chefs de son armée. Il essaye de gagner à sa cause le jeune duc de Berry en l'élevant aux plus hautes fonctions du royaume, mais rien ne peut satisfaire ce prince ambitieux qui s'unit aux ennemis de son roi et de la France. Sa mort, qui pouvait être une délivrance, ne fait que
susciter contre Louis XI de plus terrijjles accusations et soulever de nouvelles tempêtes.
Si les projets des conjurés se réalisent, si le Téméraire peut donner la main au duc de Bretagne et au roi d'Angleterre par dessus la Normandie envahie et conquise, c'en est fait de la France.
Mais, comme autrefois Orléans, Beauvais s'est trouvé sur le chemin de l'envahisseur. Contre ses remparts, contre la bravoure de vos pères, sont venus se briser les etlorls de quatre- vingt mille hommes habitués à la victoire. Humilié, découragé, le Téméraire fuit devant l'étendard de la France, il va porter ailleurs les rêves de son ambition, les dévastations de la guerre, jusqu'au jour où la vengeance de la Lorraine etl'épée de René II le frapperont à mort sur un champ de bataille et l'enseveliront dans sa défaite.
Louis XI pourra organiser la défense, reformer ses armées, établir des alliances et rompre ainsi le faisceau des forces ennemies.
Mais il ne suffisait pas d'avoir écarté ce suprême péril et détourné les flots de l'invasion. Une fois encore, il importait de refaire dans l'union, dans la puissance du j)atriotisme la patrie elle-même.
L'amour de la patrie, quoique affaibli, subsistait encore au fond des cœurs ; il fallait qu'un souffle puissant passât sur ce foyer qui menaçait de s'éteindre et qu'un grand exemple de fldélité et de dévouement rappelât les devoirs méconnus, ranimât les courages et unît les cités et les provinces dans un même élan pour le salut de tous.
Ce souflle et cet exemple vinrent de Beauvais; ils tirent tressaillir la France.
Paris.. Rouen, Orléans, Noyon, Amiens, et bien d'autres villes encore, envoient à Beauvais des artilleurs, des arquebusiers, des arcbers, des charpentiers, des pionniers, des armes et des munitions de guerre. Des chefs vaillants accourent; bientôt une petite armée pénètre dans la ville, elle est conduite u par les plus vieux et les plus solides capitaines de France ». I.e peuple les accueille avec enthousiasme Louis XI écrit à la ville assiégée, il la félicite, l'encourage et lui promet de prompts et puissants secours. La France se réveille, elle se serre autour de son drapeau et de son roi : elle est sauvée.
Il n'y a pas de patriotisme sans courage et sans dévouement, parce qu'il n'y a pas de pairie sans périls et sans épreuves. D'ailleurs, ce n'est pas aux jours de la sécurité et de la paix que se i-évèlent les cœurs généreux, mais aux jours du malheur et de la défaite. Alors les causes qui paraissent perdues ont des attraits qu'on ne leur connaissait pas, et les fils dévoués de la patrie sont heureux de combattre, de souffrir et de mourir pour elle.
La valeur guerrière est, elle aussi, un des plus admirables témoignages de la grandeur humaine. Dans les sacrifices qu'elle impose, l'homme donne
tout ce qu'il a de plus cher, ses affections, ses joies, ses espérances, son repos, ses forces, son sang et sa vie. Le Fils tle Dieu l'a dit : « il n'y a pas de plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ceux que l'on aime (1) ».
Voyez ces jeunes gens, ces enfants : hier ils étaient faibles, hésitants, timides, tremblants peutêtre devant le moindre péril. Le clairon sonne, les chefs les entraînent, le drapeau, troué par les balles, marche devant eux ; ils courent, ils bondissent, ils combattent, ils tombent et ils meurent pour leur pays.
Le siège de Beauvais est incontestablement une des plus brillantes manifestations de la bravoure française. L'armée du duc de Bourgogne fait tomber sur la ville une {)luie de fer et de feu. (( Jamais, a dit un historien, jamais une ville n'avait été battue par une aussi rude artillerie. » Et Beauvais n'était pas préparé à la lutte; il n'y avait tout d'abord pour garnison que quelques gentilshommes qui y étaient entrés avec le sire de Balagny, dont la capitulation récente à Roye ne pouvait inspirer confiance. Mais les habitants sont décidés à lutter jusqu'à la mort. Ils ne consententmême pas à entendre le héraut envoyé par l'ennemi et ne lui permettent pas d'approcher des murailles.
Les Bourguignons s'avancent et s'emparent d'un
(1) Joann., xv, 13.
petit fort dans lequel Balagny s'était jeté avec quelques arquebusiers, ils se précipitent dans le faubourg et pillent les maisons en criant: «< Ville gagnée! », et arrivent aux pieds des remparts. En même temps l'assaut est donné à une des portes de la ville. Partout l'attaque est furieuse, partout la résistance est héroïque.
Le duc de Bourgogne prend la direction de l'assaut. Sous les décharges de l'artillerie, la porte est brisée et le feu la dévore, mais les assiégés entretiennent les flammes et élèvent à quelque distance un nouveau rempart de poutres et de pierres. Le combat a duré onze heures, la bravoure de Beauvais n'a pas faibli un instant, le duc se retire et la population célèbre dans la joie cette première victoire.
11 ne s'agit plus maintenant d'emporter la ville par surprise : un siège en forme est nécessaire. L'investissement devient complet. Pendant huit jours, l'artillerie bat de nouveau les murailles qui croulent et laissent apparaître des brèches béantes. Un nouvel assaut va être donné; le duc veille luimême aux moindres détails et se croit assuré du succès.
Les assiégeants ont jeté un pont sur les fossés et détourné la rivière qui les remplit. Ils attaquent à la fois les deux portes et les remparts qui les unissent. Leur audace brave tous les périls, partout ils sont repoussés ; les morts couvrent le sol. Après trois heures d'une lutte acharnée, les Bouigui-
gnons ont perdu plus de quinze cents hommes et ils se retirent en frémissant.
Les assiégés, exaltés par la victoire, les poursuivent et portent le combat jusque dans leur camp.
Voici un troisième assaut plus terrible encore. Mais le peuple tout entier est debout, superbe, enivré de courage et de gloire, pour repousser l'envahisseur qui, découragé, fuit et disparait enfin à l'horizon.
J'ai dit : le peuple tout entier, car celte défense immortelle fut l'œuvre de tous.
Le clergé a consenti à la destruction de l'église de Saint-Hippolyte qui était occupée par les Bourguignons et qui menaçait les remparts. L'abbé de Saint-Lucien, retranché dans son monastère, secondé par quelques vaillants soldats, repousse les attaques de l'ennemi. Plus tard, quand il fallut réparer les remparts, le Chapitre de la cathédrale n'hésita pas à vendre les vases sacrés pour contribuer à cette œuvre patriotique.
Croyez-le bien, le clergé français est toujours le même. 11 est prêt à donner pour la défense de la patrie tout ce qui pourrait être enlevé à sa glorieuse pauvreté, et — ce n'est pas vous, Messeigneurs, qui me démentirez, — il est prêt à donner tout le dévouement de sa vie et tout le sang de son cœur.
Bourgeois et chevaliers, artisans et soldats rivalisent d'audace. Les vieillards et les enfants appor-
lent aux combattants de la nourriture et des armes. Mais les femmes surtout signalent leur cou rage. On dirait que le danger les attire. Vraiment, elles vont au combat comme à une fête. Elles combattent au premier rang et, debout sur les remparts, elles font pleuvoir sur les assaillants de lourdes pierres, de la graisse fondue, de l'huile bouillante et des fascines enflammées.
Mais un guerrier apparaît sur la muraille, et y plante l'étendard de Bourgogne. Soudain une jeune fille se lève, abat d'un coup de hache le bras du guerrier et, saisissant l'étendard, elle le porte triomphante jusqu'au temple de Dieu.
Au-dessus de ses compagnes, au-dessus des défenseurs de votre cité, dans la gloire de cette épopée héroïque, saluez cette jeune fille, sublime personnification du courage et du patriotisme, type admirable de la femme française.
0 femmes de Beauvais, ô femmes de France, soyez fidèles à cette grande mémoire ! Soyez, vous aussi, courageuses pour être invincibles. Restez debout sur les brèches ouvertes dans les murailles de la cité de Dieu, repoussez les ennemis qui menacent les trésors divins de vos foyers et de votre pays. Combattez, non pas en donnant la mort, mais en faisant resplendir la vérité et l'amour ; combattez, non pas avec la hache qui tue, mais avec la croix qui pardonne et qui sauve. Conduisez au temple de Dieu les générations nouvelles et, en sauvant les âmes de vos enfants, sauvez la France chrétienne.
Mais je dois remonter avec vous à la cause première de la victoire de vos pères et faire entendre les derniers accents de cet hymne de votre gloire.
Cette cause, elle est plus haut que le cœur des héros, que les ressources de la terre et du temps ; elle est dans la puissance et dans le cœur de Dieu.
Dieu qui a créé les hommes et les familles, crée aussi les nations ; il leur prépare leurs destinées et il tient leur sort dans ses mains souveraines et toutes puissantes. Il est le Dieu des armées, il en reste le maître, malgré le nombre et la valeur des soldats, malgré la science des capitaines et les inspirations du génie de la guerre.
De quoi dépendent presque toujours la victoire ou la défaite et, avec elles, l'avenir de tout un peuple? D'un ordre arrêté parla mort, d'un oubli que rien ne peut réparer, d'une flèche ou d'une balle égarées qui frappent un des chefs, delà terreur qui saisit quelques-uns des combattants et entraîne toute une armée.
L'événement le plus obscur, le plus imprévu, arrête les plus heureux conquérants, comme le grain de sable contre lequel viennent se briser les flots de l'Océan.
A quoi ont tenu la résistance de votre ville et la défaite du duc de Bourgogne? Au signal donné par les ouvriers qui travaillaient sur le toit de votre ma-
gnifique cathédrale. Ils ont vu la poussière soulevée par l'armée ennemie: le tocsin retentit, le peuple s'arme et se prépare au combat, les Bourguignons qui comptaient vous surprendre sont repoussés : Beauvais et la France sont sauvées.
La protection divine et les traditions religieuses sont l'honneur et la force de tous les peuples. Que sera-ce des peuples baptisés dans l'eau et l'Esprit de Dieu, de la France, nation privilégiée de la loi nouvelle ?
Dieu qui a donné à la France tant de preuves de sa protection toute puissante, a voulu démontrer avec éclat que lui seul la soutient et la défend. Dans ses périls suprêmes, il a envoyé pour la secourir ce qu'il y a de plus faible, des femmes, des jeunes filles. Et il en est ainsi depuis sainte Clotilde et sainte Geneviève jusqu'à Jeanne d'Arc et Jeanne Hachette, et jusqu'à ces chrétiennes au grand cœur qui, tous les jours, par les œuvres incompai-ables de la charité, puritient, éclairent et sauvent notre pays.
Ce peuple l'a bien compris, et dès le premier instant de la lutte, il se tourne vers Dieu, il remplit les églises ; des prières ardentes montent de tous les cœurs. Tandis que les uns combattent, les autres sont à genoux et les bras levés vers le ciel. Le patriotisme s'unit ici à une foi ardente, et ces deux rayons feront éternellement resplendir la gloire de Beauvais. Les assiégés invoquent avec une confiance sans bornes leur patronne, sainte Anffadrême.
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Voyez-vous cette procession immense où tous les rangs et toutes les conditions se confondent? elle chante et elle supplie, elle parcourtles rues, monte sur les remparts et sur les brèches les plus menacées, elle expose aux premiers coups de l'ennemi, à ses flèches et au feu de ses coulevrines le reliquaire vénéré qui contient les ossements de la patronne de Beauvais.
Ce peuple a démontré que le patriotisme et le courage ont dans la religion leur inspiration la plus haute, et il aflirme que la victoire lui est venue de Dieu.
Nous l'avons dit : Jeanne Hachette apporte à l'église de Saint-Dominique le drapeau arraché à l'ennemi et quand les Bourguignons sont en fuite, la foule fait entendre les chants de l'action de grâces. Les représentants de la cité déclarent dans une délibération solennelle que « leur délivrance fut une œuvre de Dieu très miraculeuse et faite pardessus nature ».
Depuis lors, pendant quatre siècles, Beauvais a été fidèle à ces grands souvenirs et au devoir de sa reconnaissance. Cha(|ue année, en ce jour, depuis quatre siècles, la procession triomphale recommençait ; elle allait porter les reliques des Saints et les témoignages de la piété partout où le combat avait été plus terrible. Prêtres et fidèles, magistrats et guerriers, tous célébraient dans la fête de l'Assaut la fête du patriotisme et de la foi, de la bravoure et de l'espérance chrétienne, de la terre et du ciel, de la France et de Dieu.
Monseigneur, ces jours heureux reviendront ; tout votre peuple répondra à votre appel.
Mais ces glorieux souvenirs élèvent ma pensée et mon cœur ; de plus hautes visions m'apparaissent ; j'entrevois des fêtes plus helles et je salue des triomphes plus grands. Il est une cité solitaire, désarmée, assaillie par des ennemis innombrables. Toutes les habiletés et toutes les haines, toutes les ressources humaines et toutes les audaces sont conjurées pour la détruire. Les téméraires, toujours vaincus et toujours renaissants, dirigent contre elle de perpétuels et de terribles assauts. Elle a pour sa défense quelques hommes au grand cœur, des pontifes et des prêtres désarmés, des vieillards, des femmes et des enfants. Voyez, les remparts croulent, les brèches sont béantes, l'ennemi proclame sa victoire. Déjà sur les murailles conquises flotte le drapeau de l'envahisseur. Tout à coup une femme se lève. D'un seul coup elle abat le drapeau et le bras qui le porte, et, triomphante, elle offre à Dieu le gage de sa victoire.
Ah ! votre foi et votre amour ont devancé ma parole. Cette cité c'est l'Église, ces légions ennemies, ces téméraires aveugles et obstinés, vous les connaissez bien ; ces terribles assauts, ils remplissent l'histoire, et, sous nos yeux, ils recommencent toujours. Cette femme c'est la France, cette victoire
est celle que nous attendons et qui viendra
demain.
0 Dieu de Jeanne d'Arc et de Jeanne Hachette, ô Dieu qui protégez votre Eglise et qui aimez la France, qui les avez unies dans les mêmes épreuves et les mêmes combats, donnez-leur la même victoire. 0 mon Dieu, entendez ma prière ; faites enfin triompher votre Eglise et, de tous les périls qui la menacent, sauvez encore la France.
JEANNE D'ARC
LE MONUMENT NATIONAL DE DOMliEMY
JEANNE «ARC
ET