‹ Discours philosophiques d'Hector DenisChapitre 15 sur 26 · LA PENSEE LIBRE ET LE PROGRÈS HUMAIN · texte numérisé non relu

LA PENSEE LIBRE ET LE PROGRÈS HUMAIN

Discours prononcé le 3 mars 191 2, à l'occasion de l'inauguration du drapeau du cercle rationaliste de Trazegnies

L'homme suppose d'abord que les événements sont déterminés, que les objects sont mus par des êtres surnaturels : il anime tous les phénomènes, c'est-à-dire les faits observables, il y transporte, il y généralise l'activité volontaire dont il a l'expérience intime : la foudre est due à la colère d'un Dieu, Thistoire des sociétés humaines réalise un plan divin C'est 1 étal ihéologique de la pensée, si première forme.

Comte avait essayé de tracer les phases générale de la pensée ihéologique, du fétichisme au polythéisme, au monothéisme. On les a critiquées, soit comme incomplètes, soit comme n'étant pas communes à toutes les civilisations.

Ce qui reste établi, c'est que des interveniions volontaires surnaturelles dans tous les phénomènes sont le caractère de ce précaire état de la pensée humaine. C'est l'opposé de la conception rigoureuse et immuable des lois naturelles régissant les phénomènes.

Notre admirable compatriote Ch Houzeau a, dans l'Introduction historique à sa bibliographie de l'Astronomie, confiimé la loi d'Auguste Comte avec une grande richesse d'éruditionà l'égard de cette science spéciale. L'astronomie a

eu son époque théologique avant d'avoir son époque des systèmes métaphysiques et enfm son époque purement scientifique. A l'origine les explications des faits sont toutes d'imagination. Dans les éclipses, l'homme voit un dragon qui divise la lune et le soleil ; il anime les astres pour en faire des Dieux. L'astrolâtrie a été l'expression définitive de cette époque.

Dans l'état métaphysique de la pensée, les conceptions concrètes et volontaires de l'état théologique cèdent devant la conception d'entités insaisissables aux méthodes expérimentables. A la physique de la foudre expliquée par l'inlervention de Jupiter^ succède la conception de l'électricité comme un fluide. D'une manière générale, l'homme s'efforce de franchir partout les bornes du domaine de l'observation, il s'efforce de remonter aux causes premières des phénomènes^ c'est quelque principe de causalité hypothétique, absolu, inaccessible à l'expérience.

Toutes les conceptions qui rattachent l'activité psychique de l'homme à une substance absolue, spirituelle ou matérielle, l'idéalisme qui fait du moi absolu le générateur des idées, comme les conceptions de la société qui lui attribuent un pouvoir absolu sur ses destinées, appartiennent à la métaphysique.

A revenir à une science spéciale comme l'astronomie, on voit comment, peu à peu, aux visions de l'imagination ont succédé les systèmes. On imagina souvent les données de ces systèmes qui servirent de base à des raisonnements ; ou bien, quand les données furent empruntées à l'obervalion, ce fut à des observations imparfaites et insuffisantes. 11 y eut dans l'astronomie une longue carrière de spéculations que l'on retrouve aussi bien dans l'Inde, en Chine, que que dans le développement scientifique de l'Europe. Dans celte phase, des données de l'observation s'incorporent déplus en plus aux systèmes d'interprétations astronomiques ; mais toujours l'esprit humain dépasse les limites de l'observation

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