‹ Discours philosophiques d'Hector DenisChapitre 23 sur 26 · LA LIBRE PENSÉE INSTRUMENT DE PACIFICATION · texte numérisé non relu

LA LIBRE PENSÉE INSTRUMENT DE PACIFICATION

son trop fameux discours sur la liberté de la science dans l'Etat moderne.

Le Congrès actuel mesurera, à trente-cinq ans de distance, l'espace parcouru depuis lors par la philosophie scientifique. C'est un trait commun à l'œuvre positiviste française, à l'œuvre monisle allemande, que l'une et l'autre renoncent à pénétrer dans l'en soi des phénomènes, dans l'absolu ; l'une et l'autre, assignent à la philosophie le caractère des sciences positives, c'est-à-dire qu elles la renferment dans le domaine des lois naturelles et fondent sur celles-ci tout leur édifice ; et de même qu'en se plaçant au point de vue des propriétés de la matière, Auguste Comte a classé tout le savoir humain abstrait dans Tordre de dépendance des phénomènes, de même la philosophie moniste allemande, se plaçant au point de vue des êtres, agrégats de propriétés et de leur développement, reproduit, dans la synthèse moniste, Tordre de dépendance des sciences concrètes, tracé par le développement historique des êtres eux-mêmes. Qui donc méconnaîtra que tous ces travaux se complètent, que grâce à la coopération admirable des penseurs de ces divers pays, nous assistons à l'élaboration d'une synthèse philosophique puissante par son unité, éclatante par sa beauté.

Les [)rogrès de ce savoir positif se réfléchiront sur la morale humaine et les progrès du droit humain. Si la constitution de la sociologie, avec A. Comte, étend la solidarité humaine dans les profondeurs du passé de l'humanité, comme elle en enveloppe toutes les nations distribuées sur le globe, la philosophie de l'évolution, se dégageant de tous les dogmes et de toutes les idées a priori, étend cette solidarité des êtres, et c'est là sa grandeur, jusqu'aux origines les plus lointaines de la vie. 11 se fait alors que la morale humaine aura finalement comme fondement indestructible tout le système des lois qui régissent le monde, Thomme, l'humanité et leur développement. Ainsi, dans cet ordre moral, une humanité qui, se dégageant pp.n à peu de Tab-

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soin, prend possession d'elle-même, s'empare du gouvernement de ses destinées, affirme sa capacité morale, élargit et alTermit le domaine de la justice, delà solidarité active, de la fraternité, en éliminant tout intermédiaire entre l'homme et l'homme. Ainsi, un édifice moral dont les bases s'étendent à l'infini dans le temps et l'espace, un idéal moral destiné à rayonner dans toutes les institutions sociales, à réaliser l'unité dans les consciences, à cimenter la paix des nations, voilà l'œuvre à laquelle ont coopéré et coopèrent chaque jour les plus grands peuples civilisés, comme le peuple français et le peuple allemand. La pensée philosophique est peut-être plus avancée chez l'un, la traduction de la morale humaine dans le droit et les institutions est certainement plus avancée chez l'autre, qui a consacré, enfin, la séparation de l'Eglise et de l'Etat et réalisé la laïcité de l'enseignement et de l'éducation morale. Ne serait ce pas un véritable sacrilège que le premier Congrès international de la Libre Pensée en terre allemande ne consacrât pas définitivement l'union intime et consciente de la France et de TAllemagne, dans une œuvre sans laquelle la paix des nations ne sera qu'une chimère ?

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