‹ Discours philosophiques d'Hector DenisChapitre 9 sur 26 · Rossi, Cours de 1836-1837 , seconde leçon · texte numérisé non relu

Rossi, Cours de 1836-1837 , seconde leçon

A peu près au même moment, en i837-i83S, dans son cours de philosophie positive, Comte condamnait sans merci cet isolement théorique de chacune des sciences sociales et n'admettait pas que l'analyse de l'un des aspects de la société pût être accomplie, abstraction faite de l'analyse des autres aspects. L'étude isolée de l'économie politique, comme l'entendait Rossi, était pour Comte le symptôme de son caractère métaphysique(i). A qui l'histoire desidées a-t-elle donné raison? D'une manière éloquente, à A. Comte. A la vérité, sa pensée, bien que des critiques aussi éclairés que Schiatlarella l'aient contesté contre Gairnes, était que la sociologie doit être fondée d'après un étude d'ensemble, comme science unique; il n'admettait réellement de subdivision que pour l'avenir, dans la science sociale (2).

Comte, dans sa grande tentative pour constituer une sociologie, a été suivi par des penseurs de la puissance intellectuelle d'un Herbert Spencer et d'un Schœfïïe ; mais la science s'est engagée aussi dans une direction intermédiaire, qui satisfait à la fois au désir de spécialiser les recherches sociologiques et de leur conserver un caractère vraiment organique. On a admis que les diverses classes de phéno-^ mènes sociaux peuvent être des objets particuliers d'études, pourvu qu'elles fussent toujours considérées comme faisant partie d'un ensemble dont tous les éléments réagissent les uns sur les autres : à côté des essais de sociologie générale,.

1. Comle, Philosophie posiliv'', /i']^ leçon, l, IV, p. 198 199 :« Cette irrationnelle séparation fournit un symptôme irrécusable de la nature essentiellement inélaptiysique des doctrines qui la prennent pour base ». P. 255 : « Sans doute, la science sociale pourra être un jour rationnellement subdivisée avec utilité, mais nous ne pouvons nullement savoir au'ourd hui en quoi consistera celte subdivision... la science ne saurait être fondée maintenant que d'après une élude d'ensemble».

3. Cairnes, Rssnys in [joUlical economy, ch. VllI ; M.Comteand polilical Economy,p. 269 et suiv. ; Scbiatlarella, la Filosojia positiva e gli ullimi econo.-nitli inglesi, 1876, Voir p. \o!\, l'auteur condamne l'opinion de Cairnes d'une manière trop absolue.

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nous voyons se constituer aujourd'hui, par une transformation profonde et salutaire, des sociologies spéciales ; la sociologie criminelle, la sociologie économique, la sociologie [)oiitique, la sociologie juridique (i).

L'unité se concilie avec la diversité dans ce grand mouvevinent de la pensée scientifique, et s'il est évident qu'il ne s'accomplit pas partout sous l'impulsion de la philosophie positive, il est vrai aussi que partout il concorde avec la direction générale que la philosophie positive a donnée à l'esprit humain. Knies, le plus profond représentant de la tmélhode historique en Allemagne, fait en i8(^3, dans la dernière édition de son Economie poliliqac an point de vue hisloriqae, un parallèle remarquable entre ses tendances, sa méthode et celle de son précurseur Auguste Comte (2). Le savant Marshall, en Angleterre, reconnaît la profonde influence de ce philosophe, et pour lui comme pour Knies, comme pour Mill dans les derniers travaux de sa vie, les conceptions économiques sont désormais relatives à des états donnés de la civilisation ; elles ont perdu leur caractère -absolu (3).

I. Ferri, Sociolo<jie criminelle, introduclion ; E. Sclieel, clans le Hand- 'jucli der pohlisclien OEkunoiiiie^ dirigé par Schœiiljerg, appeutlice de sou . Histoire de l'économie positive, considère comme une direction fécondepour celie science d'èlre traitée coirmie une partie de la science sociale ; Ingiani, The présent position and prospects o/ political econoiny, 1878, «. 13 et suiv. Voyez surtout son appréciation des Principes d' économie politique, de Mill.

a. Knies, Die politische Ochonomie vom fiefcldchtlichenSlandpunlde,i882,

: p. 5i5. « Lorsqu'en 1862, j'écrivis mes études sur 1 économie politique,

le Cours de philosophie positive, par Comte, paru de iU'io à i84a, m'était

■ totalement inconnu, comme aussi probablement à tous mes conlVères

allemands. Je fus donc très surpris de trouver tant de rapprochements

<lans les théories de (]omlc sur la métliode de la sociologie...

« Je dois reconnaître que longteuqjs avant moi, au point de vue de la vie et de la science, il a dépeint Texislence elTective d une évolution •constante que j'ai constatée dans le domaine particulièrement traité par I anoi de l'économie politicjue ».

<^. AUrcd Marshall, /'rinciples of économies, 1890, livre i^'', ch, V»

Ingram, le plus récent hislorien de la science économique, rend à Gonileun hommage plus glorieux encore, en rattachant à son œuvre critique et organique toute révolution moderne de la science(i). Il aura fallu près d'un siècle pour éliminer l'hypothèse provisoire d'un ordre abstrait et invariable des sociétés^ admise par les pères de la science.

Cliffe Leslie développe, dans ses admirables études, cette idée que la structure économique de toute société est le résultat, non seulement de forces économiques spéciales, mais de toutes les forces sociales, intellectuelles, morales, politiques (2): toute l'œuvre des socialistes de la chaire marque

p. 7a et siiiv. Il reconnaît que Comte a rendu un grand serMceeu insistant sur l'unité qui enveloppe les phénomènes socMuc, mais il n'a pas réussi à montrer qu"il n est pas utile de faire uue étude spéciale de certaines classes de ces pLiéoomènes.

Comte's doctrine thaï ail tlie aspects of social life are so closcly connected ihat thtj ouglit lo bc studied together was one side ol' a great trulfi... Comte did good service iherclore bj' iusisting lliat ihe solidarilj of social plieuomena must reoder llie work of exclusive specialisl evea more futile in social Ibaa in phjsical science. Cependant Marshall approuve la pensée de Mill ; O/i Co/wie, p. 84. « Social phenomena acting and reacling on bne anolher thcy cannot righlly be understoud apart : but Ihis by no means proves that the material and industrial phenomena ■of Society are nol themseU es susceptible of useful geueralisalious, but only Ihal thèse généralisations masl incessant/ bt relative to a giveii form. oj cioili^ati'jn., . »

I. Jiigram, History of political economy, 1888. « From Ihis stale of oscillation which bas giveu to our century its equivocaland transitional aspect Ihe only possible issue was in the foundatiou of a scientitic social ■doctrine which sliould supply a basis for the graduai convergence of opinion on human questions. The foundatiuii of such a doctrine is the immortal service for which the world is indebted to Auguste Comte, p. 196. — Ingram expose avec profondeur les traits principaux de la sociologie; dans sa couclusion, il rappelle (p. 24a) que 1 écoiiumio poli- -tique doit être constamment regardée désormais comme formant un département d'une science plus large : la sociologie.

a. CliH'e Leslie, Essays in ijolilical and moral pkilosophy, iSjij, ch. XXVI, Pultlical econoiny and sociolo^y . Il résume sa pensée en disant ; Political economj is tliiis a department of Ihc science of sociely which sélects a spécial class of social phenomena fur spécial in\estigation, but .for Ihis purpose must investigale ail the lorces aud laws by which Ihey

ce rapprochement de l'économie politique de l'ensemble dessciences sociales (i). Avec eux et avec Jes écoles scientifiques du socialisme, l'inlerprétalion des phénomènes sociaux réalise

are governed, p. 4o4 ; M. Henri Saint-Marc, dans sa vaste étude sur renseignement de l'économie politique en Allemagne et en Autriche (1892), dit, en parlant de l'école française (p. 119) : <( Kn économie politique, nous trouvons une école puissante, sectaire, orgueilleuse...; par le sarcasme, plus souvent encore par la conspiration du silence, elle a étouffe des hommes comme Dupont VVhite et Cournot, et si le père de la science sociale, Auguste Comte, est connu dans sa propre patrie, c'est à quelques philosophes, surtout anglais, qu'il le doit, mais non aux économistes de son pays. Son crime est d'avoir écrit quelques passages dans le genre de celui-ci : «Toute étude isolée des divers éléments sociaux »est, par la nature de la science, profondément irrationnelle et doit » demeurer stérile à l'exemple de l'économie politique. » Cf. Espinas^ Histoire des doctrines économiques, p. 3i5.

M, Saint-Marc, résuinant les caractères de la nouvelle école allemande, lui assigne comme idée fondamentale que les phénomènes économiques sont soumis à des rapports nécessaires de séquence el de coexistence, non seulement entre eux, mais encore relativement aux autres phénomènes sociaux, les mœurs, le droit, la religion, la constitution politique, les relations internationales (p. 10 et suiv.). Voir aussi Cusumano, le Scuole germaniche, 187Ô, surtout ce qu'il dit des socialistes de la chaire.

I. Le caractère organique de la science économique allemande se réA'èle nettement dans les travaux d'ensemble, comme le Handhuch der politi<chen Ockonomie, de Schœnberg, première partie, l'Economie sociale ; Schœnberg montre son unité organique en disant que toutes les économies privées se développant dans une histoire commune, gouvernées par le même droit, soumises aux iniluenccs de la même morale et des mêmes coutumes, des mêmes aspirations et di-s mêmes objectifs moraux et idéaux du peuple, concourent unitairement à une action collective pour réaliser, dans l'intérêt de l'individu et de la communauté, les fins économiques et civiles de l'Etat et de la société ; les chapitres sur les phases économiques de l'histoire de l'économie sociale, sur l'éthique et la science sociale, sur les fonctions de l'État, ne sont que le développement de ceUe conception ; Adolphe Wagner, Alhjemeine oder Iheorelische Volkswirthschaftslehre. t. I, ch. III, Oryanisaiion de téconnmie sociale. Ses principes d'' organisation, au nombre de trois : principes de l'économie privée, charitable, commune, forment le véritable fondement psychologique de l'économie sociale, par opposition à l'individualisme absolu de l'école classique. Tout le reste du premier volume de Wagner, qui comprend plus de huit cents pages, est consacré au droit économique mis oa

encore un progrès décisif ; bien que les phénomènes de la vie matéiiclle ou économique soient directement influencés par tous les autres modes d'activité des sociétés, ils apparaissent néanmoins comme les plus essentiels, tenant en leur dépendance l'expansion de toutes les formes plus élevées de la vie sociale, intellectuelle, morale, esthétique, reproduisant dans la vie collective la subordination de la vie de relation à la vie organique.

La loi générale de corrélation de tous les aspects de la société se complique d'une loi de subordination, d'une véritable hiérarchie fondamentale des phénomènes sociaux, qui prolonge la classification générale des phénomènes observables jusqu'au cœur de l'être collectif même (i). C'est

rapport avec les principes organisateurs de la société. Voir de Laveleje, le Socialinne coniemporain, une étude spéciale sur les rapports de l'économie politique avec la morale, le droit, la politique et l'histoire. Gonf. Ingram, loc. cit. Voir encore Albert Schœffle, Vie et Structure du corps social, partie lit, surtout chap. VI.

I. Cette loi de subordination, inséparable de la loi des corrélations des divers aspects de la vie sociale, est, j'ose le dire, aujourd'hui incorporée à la science. J'ai montré comment elles se dégagent l'une et l'autre de toute l'évolution des écoles modernes, dans l'Economie poli-' tique et la Conslllulion progressive de la sociologie au XIX^ siècle ; Introduc^ lion à riiistoire des systèmes sociaux, 1889 et 1890. Le moment éthique de la science est donné par la réaction décisive de la morale et d'un droit supérieur sur les phénomènes économiques, à mesure que l'on dégage plus nettement la loi suivant laquelle la participation des membres de la société aux bienfaits de la civilisation est subordonnée aux conditions économiques et surtout à la répartition des richesses et du loisir.

Schœnberg, dans le Handbuch, t. l^"", die Volkswirlhschafl, montre que l'économie sociale n'a pas seulement un caractère matériel, mais détermine les conditions de la \ie morale et de la culture, de la civilisntion proprement dite. Dans son livre sur la Paix et la Guerre, t. I**", liv. Il, et t. II, liv. IV, Proudhon subordonne aux conditions de l'équilibre économique toute l'évolution du droit privé et public. C'est la pensée dominante de Marx que toutes les manifestations supérieures de l'activité sociale sont subordonnées aux formes de la production. Zur Kritik der polilischen Oekonomie, i88y. Le Capital, de Marx, est une illustration de cette loi. Sur la subordination de la politique aux conditions économi({ue&

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