M. Billault
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nienls ou les avantages du droit de visite? L'année dernière, vous avez permis (et je n'oublierai jamais avec quelle indulgence) Texamen du fond; mais cotte année, vous ne pouvez ni ne devez le permettre. Il y a un point acquis pour tout le monde, un point de départ que nous devons tous accepter aujourd'hui, ceux qui ont voté la résolution l'année dernière, comme ceux qui ne l'ont pas votée; c'est que la. Chambre, organe du pays, a désiré que le commerce français fut replacé sous la surveillance exclusive du pavillon national.
Cela ne peut plus se discuter. Quelle est donc la véritable question? C'est celle que pose cette portion de votre paragraphe de l'année dernière dont personne ne parle, à laquelle personne ne fait allusion. Je me trompe, l'honorable préopinant y a fait tout à l'heure allusion en passant ; et c'est ce qui m'a déterminé à prendre la parole.
L'année dernière, dans votre paragraphe, vous avez demandé deux choses qui se tiennent, qu'on ne peut séparer: l'abolition du droit de visite, et la persistance de nôtre pays à prêter son concours pour la répression du trafic des noirs.
Or, Messieurs, quels sontles moyens que nous pourrons substituer au droit de visite? Quelle est la mesure qui pourra remplacer ce que vous désirez abolir? Il est bien temps peut-être, de se préoccuper un peu de cette question; car là se trouve la condition même du succès delà négociation. Sans cette condition, le succès est impossible; sans elle, si le succès était possible, le succès serait un grand crime et une grande calamité.
Supposez un instant que le gouvernement, par ces négociations persévérantes que lui demandait tout à l'heure l'honorable M. Billault, parvînt à obtenir la
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suppression entière, immédiate du droit de visite, sans avoir rien préparé, sans avoir pris aucune mesure propre à le remplacer; supposez, et ce n'est pas ici ime supposition gratuite, qu'après la France, les nations qui ont signé avec la France, c'est-à-dire les Pays-Bas, la Suède, le Danemark, Naples, laSardaigne et tant d'autres, se retirent à leur tour des conventions; supposez que ces pavillons, qui, il y a quelques années encore, couvraient une partie de la traite, recommencent à la couvrir; supposez enfin que les trois pays, complices aujourd'hui de la traite, l'Espagne, le Brésil et le Portugal, profitent de cette réaction dont nous aurons donné le signal, pour rompre à leur tour leur traité avec l'Angleterre, ce traité auquel l'Angleterre n'attacherait plus aucun prix, puisqu'il serait devenu en ses mains inefificace et impuissant; qu arriverait-il alors? Il arriverait que la traite aurait reconquis sa liberté; il arriverait que la traite, arrêtée par le droit de visite, se développerait dans d'effrayantes proportions. Oh ! c'est dans ce cas, que nous aurions des comptes sévères à demander à notre gouvernement, pour avoir oublié les réserves solennelles que la Chambre avait insérées dans ses paragraphes ; pour avoir méconnu le sentiment unanime du pays. Je dis unanime, car nous avons bien pu différer sur les moyens, mais nous avons été unanimes sur le but.
Je me rappelle avec bonheur les expressions employées par tous les adversaires du droit de visite dans cette enceinte. Le but, l'abolition de la traite, nous le voulons tous; sur les moyens nous différons. C'est pour cela, précisément, que la question des moyens est la question du moment.
Messieurs, je ne m'arrêterai pas plus longtemps à une hypothèse qui est dénuée de toute vraisemblance;
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contre laquelle protestent, à la fois, et les résolutions de la Chambre, et les affirmations du Gouvernement, et les déclarations des adversaires du droit de visite. Mais je crains que si la Chambre, cette année encore, émet un vote très grave, sans se rendre compte de la portée de ce vote, sans discuter la question pratique, sans se demander quelles sont les mesures qui peuvent être substituées au droit de visite, si la Chambre se préoccupe beaucoup plus de donner au Gouvernement le conseil de négocier que de, lui en donner les moyens, je' crains que Tannée prochaine, nous ne nous trouvions en présence d'une alternative déplorable. Alors, devant l'insuccès presque certain des négociations, il faudra choisir : ou la Chambre se résignera à ne plus vouloir ce qu'elle a voulu, à retirer ses résolutionSy à ne maintenir tout au plus qu'une protestation vaine, et, comme on l'a si bien dit, un second paragraphe sur la Pologne ; ou bien la Chambre, pressée par le sentiment de sa dignité, précipitera le gouvernement dans des actes imprudents, extrêmes, qui compromettront sa politique.
M. Lherbette. — Je demande la parole.
M. DE Gasparin. — Voilà ce que je crains. Est-ce trop réclamer de prévoyance, que de demander que nous pensions à l'année prochaine? Est-ce trop faire violence à cette douce habitude que nous avons prise, d'ajourner les questions au lieu de les résoudre, et de vivre au jour le jour?
Hettons-nous, je vous en supplie, en présence de la réalité, en présence des faits. Quelle est la réalité, sur ces deux points, dont vous vous êtes occupés l'année dernière, et dont vous vous occupez encore cette année ; sur les deux points qui sont signalés dans votre
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projet d'adresse, et que signale aussi ramcndement de riîonorable M. Billault? Vous voulez, d'un côté, la suppression du droit de visite, et, de l'autre, la continuation des efforts contre la traite. Or, voici la réalité sur ces deux points.
En ce qui concîcrne la traite (je ne serai pas long sur ce sujet), elle est aujourd'hui ce qu'elle était avant votre vote de l'année dernière. (Interruption à gauche.)
No craignez pas, messieurs, que j'entre dans le fond de la question ; je rappelle cei3i, seulement pour le placer sur la conscience de mes collègues : c'est toujours la même traite, avec toutes ses atrocités; avec ses guerres dans Tintérieur de l'Afrique, avec sa chasse aux hommes, avec son passage intermédiaire, avec sa Consommation d'hommes en Amérique. Car, Messieurs, souvenez-vous de ce fait (il suffira pour donner de la gravité à notre discussion) : les colonies qui ne font plus la traite, voient leur population noire se soutenir, s'élever par elle-mêrpe ; et les colonies qui font la traite, qui savent qu'il est moins coûteux de remplacer que d'élever, ont toujours des lacunes à combler.
M. l'amiral Mackau, ministre de la marine, — Ce ne sont pas les colonies françaises.
M. DE Gasparïn. — Non, sans doute, et cela résulte de la distinction même que je viens d'établir.
M. DupiN. — C'est justement là la question.
M. LE Ministre de la marine. — Il fallait dire d'abord que ce n'est pas dans les colonies françaises.
M. DE Gasparïn. — Je suis très heureux de l'interruption, qui me permet de préciser ma pensée et de dire que, lorsque je signalais d'une part, les colonies qui ne font plus la traite, et de l'autre les colonies qui la font, je plaçais les colonies françaises à la tête des premières.
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Voilà, Messieurs, la réalité quant à la traite. Voici la réalité, je crois, en ce qui concerne la négociation :
Quel est l'obstacle qu'elle rencontre dans un pays voisin ; l'obstacle sérieux, parce qu'il est respectable? Les débats du parlement britannique nous l'ont appris. A lui seul, notre bon sens nous l'aurait appris au besoin.
Que répondre à des hommes qui nous disent :.« Nous sommes prêts à abolir le droit de visite, nous sommes prêts à déchirer les traités de 1831 et de 1833; nous détruirons beaucoup d'accusations calomnieuses en renonçant à ce droit. Peu nous importe le droit de visite. Mais il nous importe beaucoup de réprimer la traite; ceci vous importe aussi, vos chambres l'ont déclaré. Hé bien, où sont vos mesures, où sont vos moyens? Discutons, voyons si vous avez quelque chose qui puisse remplacer ce que vous supprimerez; et du moment où vous aurez quelque chose de sérieux, d'acceptable, nous serons bientôt d'accord. » (Bruit et mouvements divers.)
M. DuFÀURE. — Ce moyen, c'est de substituer les navires français aux navires anglais, d'imiter ce que font déjà les navires américains.
M. DE Gaspartn. — Je répondrai plus tard à l'interpellation qui m'est adressée. La réponse se trouvera tout naturellement dans ce qui me reste à dire.
Quels moyens ont été présentés? Quelles mesures ont été prises jusqu'ici?
On a parlé, l'honorable M. Thiers a eu le courage de parler l'autre jour encore, du système des Étals-Unis ; c'est-à-dire, du prétendu système de répression de la traite, qui suppose une croisière brésilienne pour réprimer la traite du Brésil, une croisière espagnole pour réprimer la traite d'Espagne, une croisière portugaise pour
réprimer la traite que fait le Portugal ; de ce prétendu système, qui suppose autant de croisières spéciales et indépendantes, qu'il y a de pavillons marchands dans le monde!
VoiJà ce que c'est que le système américain. Assurément, la Chambre n'exigera pas qu'on discute cela.
Un autre système a été mis en avant, c'est celui de la clôture des marchés.
On a beaucoup dit, l'année dernière, qu'il fallait recourir à la fermeture des marchés coloniaux. Cette idée a joué un grand rôle dans la discussion, en rassurant d'honorables membres qui, tout en étant très disposés à voter contre le droit de visite, tenaient beaucoup à ne pas voter pour la traite.
Or, que signifie la clôture des marchés? C'est d'abord une énorme négociation. On amis trente ans à négocier le droit de visite, je demande combien vous mettriez de temps pour arriver à la clôture des marchés? Mais je ne m'arrête pas à cette considération.
Allons plus au fond de la question. Pour fermer les marchés, il faut de deux choses l'une : ou interdire absolument la vente des noirs, dans l'intérieur des colonies qui font la traite (et alors, c'est toute une révolution sociale, c'est la substitution du servage à l'esclavage, c'est-à-dire que c'est une mesure qui ne dépasse pas seulement la volonté, mais qui dépasse certainement les forces des gouvernements auxquels vous vous adressez), ou il faut combiner un ensemble de mesusures d'enregistrement, de surveillance, de répression, qui supposent l'administration la plus vigilante, la plus éclairée, la plus dévouée à ses devoirs, la plus décidée à combattre le trafic des noirs ! Ai-je besoin de dire que c'est de toutes les chimères la plus chimérique, et qu'on ne saurait rêver cela au Brésil?
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Tels sont, Messieurs, les deux systèmes qui ont été soutenus.
Je ne vois pas, jusqu'à présent, qu'aucune autre mesure ait été sérieusement proposée à cette tribune. Je désire qu'il s'en produise de plus raisonnables. Personne ne souhaite plus vivement que moi, qu'on arrive à la suppression du droit de visite, en trouvant un tout autre moyen de supprimer la traite, et qu'on donne ainsi force aux résolutions de la Chambre, à ces résolutions que je veux puissantes et efficaces, alors même que je ne m'y associe pas.
De ce que je viens de dire, je n'excepte qu'une seule proposition ; celle de l'abolition de l'esclavage, dans les colonies françaises d'abord, et ensuite chez les autres peuples, par l'influence, que je crois très grande, de notre exemple et de nos conseils. C'est là une mesure qui va au but, et qui remplacera utilement le droit de visite.
Mais ce n'est pas l'affaire d'un jour, ce n'est pas même l'affaire d'un vote d'émancipation et d'indemnité. Émanciper! il y a là une idée complexe ; elle n'intéresse pas seulement les noirs, elle intéresse aussi les blancs.
II faut donner aux uns la liberté personnelle, aux autres la liberté commerciale, et la liquidation de leui*s propriétés.
Il faut un ensemble de mesures qui exigeront beaucoup de temps et beaucoup de débats.
Or, sur cette mesure, la seule qui puisse remplacer un jour le droit de visite, la discussion n'est pas même ouverte aujourd'hui. A la vérité, la question se traite dans le monde entier à l'heure qu'il est. Elle est posée ici parles faits, là par les discussions des hommes d*É(at. Elle est posée à Cuba, par les révoltes périodiques des
loirs; aux États-tJnis, par le projet d'incorporation du Texas, qui menace d'étendre d'une manière si funeste les tristes frontières de resclavage. Elle est posée et réscJue en Angleterre, par Facte en conseildu 7 avril 18i3, qui assure l'abolition de ^esclavage dans l'Inde anglaise. Elle est posée et résolue en Suède, en Danemark, par des ordonnances royales, qui reconnaissent aux noirs le droit de rachat et de pécule.
Elle a été posée, mAme par le Portugal, qui paraît enfin honteux du rôle auquel il s'était résigné jusqu'ici. Vous avez pu voir, dans les derniers débats de ses Cortès, plusieurs membres signalant la complicité des autorités du Portugal, en matière de traite, et réclamant l'abolition de l'esclavage dans l'Inde portugaise.
Ainsi, la question se traite partout . Mais elle ne se traite pas chez nous, et je le regrette, pour mon compte-
Je sais bien qu'on a réuni une commission composée d'hommes éminents. J'ai lu, avec une admiration à laquelle mes collègues se seront associés, lé beau rapport de M. le duc de Broglie, président de cette commission; toutefois, je n'ai aperçu ni dans le discours du trône, ni dans les communications du Gouvernement, aucune allusion, même contraire, au projet d'émanciper les esclaves dans jios colonies. On n'a rien proposé, rien préparé. Et l'on ne craint pas de réclamer la suppression du droit de visite !...
M. DupiN. — Sur nous et par d'autres que nous.
M. DE Mackau, ministre de la marine. — Je demande la parole.
M. DE Gasparin. — M. Dupin dit « sur nous! » Mais il s'agit ici d'une œuvre collective, dont l'efficacité tout entière consiste dans l'accord des puissances. Or, si chaque puissance, quand elle a aboli la traite pour son
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compte, renonçait au droit de visite, on arriverait à cette conséquence absurde, que le droit de réprimer la traite n'appartiendrait plus qu'à ceux qui la font! (Interruption.)
M. Manuel. — Nous voulons, avant tout, Thonneur du pavillon national.
M. DE Gasparin. — Dans cette situation, M. le Ministre des affaires étrangères l'a parfaitement compris, il est impossible au gouvernement d'accepter la mission d*abolir le droit de visite sans le remplacer. Aucun gouvernement n'acceptera une mission semblable, à quelcjue portion de cette Chambre qu'il appartienne.
Le gouvernement ne peut aujourd'hui que chercher à modifier le droit de visite.
Me sera-t-il permis d'indiquer, puisque je me trouve à la tribune, un moyen très simple de modifier les conventions de 1831 et 1833, dans ce qu'elles ont de plus fâcheux? de les modifier profondément par la seule action de la France, sans négocier avec l'Angleterre, et sans sortir, de l'esprit des traités? (Voyons! voyons!)
Deux reproches principaux ont été adressés au droit de visite: On l'a accusé de n'être pas suffisamment efficace, et de ne pas offrir à la France une suffisante réciprocité. Ces deux reproches sont fondés dans une certaine mesure,quoiqu'onlesati présentés avec exagération.
M. Odilon Barrot. — C'est une délégation de la souveraineté.
M. DE Gasparin. — Sans doute. Messieurs, c'est exagérer, que de dire que le droit de visite a totalement manqué d'efficacité. On pourrait, en effet, citer le témoignage des personnes les moins suspectes ; celui, par exemple, de M. Bouët, qui a commandé longtemps notre croisière d'Afrique, et qui gouverne aujourd'hui notre
colonie du Sénégal. Il a dit que les traités de 1831 et 1833, avaient considérablement diminué les armements de traite; mais j*aime mieux recourir à un argument dont on ne contestera pas la valeur, car il repose sur des chiffres. Consultez les registres d'entrée de la Havane, àFépoque où le trafic des noirs était encore licite ; vous verrez qu'on n'y introduisait d'abord que 280 esclaves noirs par année; bientôt après, le nombre s'est élevé à 1,100 ; puis à 4,000 ; puis à 23,000. Jusqu'où se serait-il élevé, si le droit de visite n'était venu arrêter cette effrayante progression? Néanmoins, ce n'était pas assez de l'arrêter ; il fallait amener une réduction, et c'est là ce qui justifie, jusqu'à un certain -point, le reproche d'inefiicacité.
Quant au défaut de réciprocité, on l'a exagéré pareillement. Toutefois, il ne sufBt pas de compter les mandats que la France donne à l'Angleterre et l'Angleterre à la France; il ne sufiit pas d'établir que nous en donnons cinquante, quand nous n'en recevons que quarante-neuf; le bons sens public proteste contre la conclusion qu'on voudrait tirer de ces chiffres. Le bon sens nous dit que la réciprocité qui nous est assurée, n'est pas dans la proportion de 49 à 80; il nous dit que, s'il y a pour l'Angleterre une mission sérieuse sur les côtes d'Afrique, il n'y a pour nous que des formalités à remplir, par convenance ou par repr&ailles.
Or, voici la cause des deux vices que Ton signale dans les traités actuels. Sur les trois grands coupables en matière de traité, sur le Brésil, l'Espagne et le Portugal, l'Angleterre seule a le droit de visite I II en résulte que l'Angleterre seule, a d'importants devoirs à confier à sa croisière ; que ses marins seuls, sont soutenus par la pensée d'un grand bien à accomplir ; taadis. que
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nous faisons véritablement aux marins français une position qui n'est pas digne d'eux, quand nous leur ordonnons de visiter les pavillons anglais, hollandais, sardes, napolitains : tous les pavillons, en un mot, qui ne couvrent plus la traite ; et de se ranger, pour laisser passer les négriers brésiliens , espagnols ou portugais! Ce n'est pas la position qu'on devrait faire à des hommes de cœur.
Messieurs, le remède est simple , je l'ai presque indiqué en signalant le mal. Nous avons ouvert des négociations avec le Brésil, l'Espagne et le Portugal, pour conclure avec eux des conventions analogues à celles qui les lient à la Grande-Bretagne. Peut-être ces négociations ont-elles été conduites jusqu'ici avec quelque mollesse, peut-être n'en a-t-on pas assez senti la nécessité ; mais si nous voulions les reprendre sérieusement, il est probable que nous réussirions, et, dès lors, les inconvénients dont on s'est plaint disparaîtraient.
Notre croisière, recevant le droit (pii lui manque aujourd'hui: le droit de visiter les coupables, les seuls coupables, notre croisière visiterait. La réciprocité apparaîtrait tout entière. Elle apparaîtrait au profit de la France, car (ainsi qu'on l'a dit ailleurs), l'Angleterre of&e plus de surface.
Âuûint en dirai-je de l'efiScacité. Vous savez. Messieurs, que, dans toutes les affaires, il y a un point au delà duquel le moindre progrès est décisif. Je crois c[ue nous avons atteint ce point, dans la répression de la traite. J'aimerais, je l'avoue, que mon pays eût la gloire d'avoir porté le grand coup, le coup funeste à ce trafic honteux, contre lequel il a raison de continuer à protester, et par ses paroles, et par ses actes.
Je viens d'indiquer, Messieurs, le véritable moyen de modifier profondément, utilement, le droit de visite.
La France une fois liée avec les trois pays qui font h traite, aurait le droit de surveiller cette impunité scandaleuse, qui est le véritable rempart du trafic des noirs. Elle aurait le droit de demander si Ton applique les lois pénales, aux misérables qui se sont rendus coupables de l'attentat !
J Ignore ce qu'a fait le gouvernement, il y â deux ou trois années, relativement au négrier portugais la Pocha, qui fut arrêté par notre marine, non pas comme négrier (nous n'en avions pas le droit), mais comme corsaire, et dont l'équipage fut remis aux mains des autorités portugaises. J'ignore ce qui s'est passé à ce sujet; mais ce que je sais, c'est que, du moment où nous serions investis, par les traités dont je réclame la conclusion, du droit de surveiller les conséquences de ces traités, nous pourrions exiger la cessation d'une impunité scandaleuse. Ce que je sais également, c'est que dès à présent, si la presse française voulait remplir un grand devoir, elle pourrait coopérer fortement à la répression de la traite. Il est facile de connaître les noms de ces assureurs, de ces capitaines, de ces armateurs de négriers, que signalent chaque jour les arrêts des cours mixtes. Pourquoi les journaux qui racontent taut de crimes, n'infligeraientils pas au plus horrible de tous, le châtiment d'une immense et flétrissante publicité?
Voici, Messieurs, ce que j'ai cherché à établir devant la Chambre. Évitant d'entrer dans l'examen du fond, qui m'était nécessairement interdit, j'ai cherché à établir
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d'une part, qu'il était impossible, sans méconnaître le sentiment national, sans aller contre les résolutions de la Chambre, sans oublier les protestations des adversaires mêmes du droit de. visite, qu'il était impossible de négocier l'abolition des traités de 1831 et de 1833, tant qu'on n'aurait pas un moyen équivalent à leur substituer.
J'ai cherché à établir ensuite que, parmi les moyens proposés, il n'y en avait pas un qui allât au but, qui fût sérieux et applicable, sauf l'abolition de l'esclavage, et c'est une mesure encore éloignée, malheureusement.
J'en ai conclu, et je tiens à cette conclusion, que ce serait se faire une étrange illusion, une illusion funeste à la dignité de la Chambre et du pays, que de s'imaginer qu'on peut réussir demain à supprimer le droit de visite. Ne nous faisons pas de telles illusions. Nous les retrouverions l'année prochaine ; et l'année prochaine, nous serions placés entre deux partis également déplorables.
Mieux vaut savoir ce que nous faisons, ce que nous voulons, comprendre la portée de notre vote, calculer les chances de succès, et ne pas négliger la grande question des moyens.
Je pense que le véritable patriotisme ne consiste pas à pousser le gouvernement hors de la voie où il est entré. Je pense que, pour un grand pays, ce qui importe, c'est la persistance, la gravité dans les résolutions, et que rien ne nuit, rien ne déconsidère, comme cette politique passionnée et étourdie, qui, toujours sous la réaction du moment, exige sans délai, sans mesure, la répudiation des engagements les plus solennels, des engagements acceptés deux fois, accomplis pendant
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treize années ; des engagements proposés par les Étatsr Unis en 1824, et colportés par la France elle-même, dans tous les pays de l'ancien et du nouveau monde.
Je sais bien qu'à soutenir de telles causes, on ne conquiert ni considération ni popularité.... (Marques de dénégation.)
Je sais bien que, pour être un homme supérieur aujourd'hui, il faut traiter avec un souverain mépris ces questions, qu'on flétrit du nom de philanthropiques. (Réclamations.) Hais il y a longtemps que je suis résigné à être un des petits esprits dont parle Montesquieu, lorsque, prévoyant le droit de visite, il écrivait ces lignes remarquables : « De petits esprits s'exagèrent sans doute l'injustice qu'on fait aux Africains, car si elle était telle qu'ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes de l'Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d'en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié? » (Bruit et mouvements divers.)
CHAMBRE DES DÉPUTÉS
Suite de la discussion sur les interpellations relatives
à Tatti.
Le C^ Agénor de Gasparin. — Vous connaissez, Messieurs, mon opinion sur les actes accomplis par notre marine dansTOcéanie. J'ai pris, Tannée dernière, la liberté d'exprimer franchement ma conviction à ce sujet. Ma franchise est une preuve de mon respect pour la Chambre.
Je croyais alors, je crois encore aujourd'hui, qu'il y a eu là violence exercée sur le faible par le fort. J'ai trop de fierté nationale, j'aime trop mon pays, pour me réjouir de ce que je regarde comme une injustice : une injustice qui n'a pas même l'excuse du danger et de l'audace; une injustice pour laquelle je n'admettrai jamais l'excuse tirée des injustices pareilles, que peuvent commettre d'autres nations. (Très bien !)
Quant à Tutilité de noire possession, je ne croyais pas Tannée dernière, et je ne crois pas davantage aujourd'hui, qu'elle soit féconde en avantages pour notre commerce ou pour notre marine. Je croyais, et je crois, qu'elle ne sera guère féconde qu'en dépenses pour notre trésor, qu'en embarras et en complications pour notre politique générale. (Mouvement.)
Cette opinion, la Chambre comprend que mon intention n'est pas de la développer en ce moment. Je la rappelle, j'y persiste. Elle est avouée par ma raison et mon bon sens, autant que par ma conscience^
Mais ce que ni ma raison, ni mon bon sens, ni ma conscience ne peuvent accepter, c'est la conduite tenue par les adversaires actuels du cabinet. (Ah ! Ah ! écoutez !)
Que lui reprochaient-ils l'année dernière? D'avoir agi. Que lui reprochent-ils cette année? De s'arrêter. (Bruit.) Que signifiaient, Messieurs, les boules noires, si elles ne signifiaient pas qu'on regrettait les actes accomplis, qu'on demandait que les conséquences en fussent soigneusement surveillées ?
Je crains que nous n'arrivions à constater que, pour un grand nombre de membres de l'opposition, la question se pose ainsi: Attendons de savoir quelle est l'opinion du gouvernement pour ibrmer la nôtre, de manière à vouloir toujours ce qu'il ne veut pas, et à ne pas vouloir ce qu'il veut ! (Murmures à gauche. — Approbation au centre.)
Quant à moi, j'approuve de toute la force d'une conviction raisonnée, la résistance sensée, ferme, énergique, que le gouvernement oppose à des entraînements qui nous perdraient.
Je doute du succès, je vois qu'il est difficile de s'arrêter sur certaines penles. Je redoute la logique impi-
INTERPELLATION SUR TAÏTI li9
toyable des événements, et les mauvaises conséquences d'un mauvais principe une fois admis. Mais c'est pour moi une raison de plus, d'applaudir au gouvernement qui résiste à ces conséquences, à cette logique des événements, et qui cherche à poser la limite qu'il lui importe de ne pas franchir.
Il est vrai qu'on fait valoir ici un argument, qui a beaucoup d'influence, beaucoup trop d'influence parmi nous : « L'Angleterre est jalouse, l'Angleterre ne veut pas, l'Angleterre nous défend de faire des choses contraires à ses intérêts. »
L'Angleterre nous défend ! Messieurs, je ne sais pas si, après avoir çntendu les paroles éloquentes de M. le Ministre des affaires étrangères *, après avoir vu de quelle hauteur de raison et de courage il a repoussé dépareilles allégations, je ne sais pas s'il convient d'y revenir. {Au centre. Très bien!)
Mais ce que je sais, l'engagement que je puis prendre ici pour mon compte devant la Chambre et le pays, c'est qu'il ne m'arrivera jamais d'adresser à un cabinet, fût-il composé de mes adversaires les plus décidés, de lui adresser sans preuves, sans preuves positives, un pareil reproche de trahison et de lâcheté. Je crains que ce ne soit aux dépens de l'honneur du pays, (Vive approbation au centre.) qu'on fasse ainsi la guerre aux ministres. (Murmures à gauche.)
On dit : Le gouvernement a mis huit jours, dix jours à délibérer; et pendant ce temps, la presse anglaise s'est émue ; il y a eu des interpellations au parlement, on peut avoir adressé ici des dépêches.
Soyons de bonne foi, Messieurs. Qu'aurait-on dit, si