‹ Discours politiques, 1843-1846Chapitre 15 sur 36 · M. deTocqueYille · texte numérisé non relu

M. deTocqueYille

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J'ai attendu, je l'avoue, avec impatience, mais j'ai attendu en vain les conclusions de M. de Tocqueville. Il me semblait qu'en renonçant aux relations amicales avec TAngleterre (quelque nom qu'on veuille d'ailleurs leur donner), il fallait encore bien leur substituer quelque chose. Or, pour mon compte, après avoir écouté avec une grande attention, j'ai mieux compris ce que déjà m'avait appris notre histoire entière depuis quatorze ans ; j'ai mieux compris que l'alliance anglaise, ou les rapports particulièrement amicaux avec l'Angleterre, étaient la seule base raisonnable de la paix, la seule base de la politique pacifique que nous défendons, que la majorité conservatrice a toujours défendue.

Au reste, je remercie M. de Tocqueville d'avoir posé la véritable question, la question de la politique pacifique et des bons rapports avec l'Angleterre. Il me tardait qu'un tel débat fût sincèrement, sérieusement entamé. Il me tardait que cette tribune fût ouverte.

Nous vivions, depuis le commencement de la session, dans une si épaisse et si malsaine atmosphère de bruits de couloirs, de combinaisons mystérieuses, d'arrangements secrets ; nous avions vu ou soupçonné autour de nous tant d'agitations, d'espérances, d'inquiétudes, qu'il était bien temps de sortir de tout cela, et de respirer enfin le grand air, l'air agité mais pur des discussions parlementaires. (Très bien !)

Prenons-y garde ! Nos institutions représentatives dégénéreraient vite, au milieu des menées silencieuses. Elles ont besoin de la lutte franche, ouverte, politique

4 contre politique, drapeau contre drapeau, système contre système ; elles se dénatureraient promptement si l'on substituait des votes aux arguments, des boules aux

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discours, des arrangements silencieux de noms propres à Tappréciation publique des choses. (Très bien !)

M. Glais-Bizoin. — Le vote public.

Le C^ de Gasparin. — Cette tribune a un grand privilège, Messieurs, elle exercp par elle-même une puissance souveraine et salutaire. A peine est-elle ouverte, à peine les discussions commencent-elles, que la vérité reprend ses droits. Chacun reconnaît ses couleurs, et la majorité conservatrice, qui ne se détermine pas par préférence pour les personnes, mais pour les choses, la majorité conservatrice dont tout le monde veut être (On rit.); mais qui ne voit pas la nécessité de changer par caprice ni les ministres ni les présidents (On rit.); la majorité se retrouve tout entière, compacte, sous son drapeau, à son poste, et donne un démenti puUic, solennel, à ceux qui disposent d'elle dans l'ombre, sans la consulter. (Très bien !)

La discussion a déjà porté ses fruits.

M. Havin. — Déjà?

Le C^ de Gasparin. — Déjà. (On rit.) Et l'interruption me force à expliquer ma pensée, plus que je ne l'aurais fait peut-être.

La discussion a porté ses fruits.

n est un homme d'État considérable, respecté, dont le nom figurait en tête de la combinaison qui circulait au milieu de nous ; cet homme d'État a pris la parole dans une autre enceinte *, il a ruiné lui-même, avec une loyauté qui l'honore, les chances de son avènement. (On rit.)

Sur deux questions impoKtantes, sur la question du droit de visite et sur la question de Taïti, il a exprimé

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