‹ Discours politiques, 1843-1846Chapitre 16 sur 36 · M. le €'• Mole, pair de France · texte numérisé non relu

M. le €'• Mole, pair de France

une opinion dont je le remercie, dont je le félicite, qui est la mienne, que j'ai exprimée à une autre époque avec infiniment moins d'autorité ; une opinion dont je suis loin de me désister, une opinion qui me semble être encore, à Theure qu'il est, tellement opposée (je le regrette) à celle de la majorité du pays et des Chambres, qu'il serait difficile qu'elle figurât dans le programme d'une prochaine administration.

Voilà les fruits de la discussion.

Messieurs, on me demandera peut-être, comment il se fait que, partageant sur les deux points que je viens de signaler l'opinion de M. le comte Mole, et ;ayant, sur d'autres points, attaqué franchement les actes du cabinet, attaqué l'abdication déplorable à laquelle, seloii moi, il a consenti dans un département que je représente... (Bruits divers.) (je rappelle une opinion que j'ai exposée devant la Chambre) ; attaqué les actes qu'il a accomplis, qu'il a autorisés, et qui me paraissent contraires à la liberté religieuse, garantie par l'arlicle 5 de la Charte ; comment il se fait, dis-je, que je vienne cependant, en ce moment, à cette tribune, défendre les acliBS de ce cabinet, défendre l'ensemble de sa politique et me déclarer ouvertement en sa faveur.

S'il ne s'agissait que d'une explication personnelle, que de ma propre situation, je m'abstiendrais d'en parler. Je ne crois pas qu'il appartienne à aucune individualité de se produire ici, et assurément, s'il y avait quelque exception à cette règle, ce n'est pas en ma faveur qu'elle pourrait exister . Mais je crois que les explications que je vais donner aideront à dissiper certaines obscurités, certaines confusions, qui contribuent peut-être à l'hésitation de plus d'une conscience. Les amis du cabinet montent à cette tribune pour

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défendre sa conduite, et à Taïti, et dans la négociation du droit de visite, et dans le traité du Maroc. Les adversaires du cabinet, à leur tour, montent à cette même tribune pour attaquer sa conduite dans la question du Maroc, dans le droit de visite, à Taïti.

Est-ce là, cependant, la politique du cabinet ? Est-ce que le gouvernement représente seulement ses actes à Tanger, à Taïti, à Maroc? Il représente autre chose, Messieurs; il représente quelque chose de plus élevé que cela. Le cabinet représente cette politique énergiquement, résolument pacifique, qu'il a restaurée à travers mille obstacles, en 1840, et qu'il a maintenue depuis. Voilà ce que représente le cabinet; voilà ce qu'il s'agit véritablement de renverser ou de soutenir. (Très bien ! très bien !)

Où irions-nous. Messieurs, permettez-moi de le demander, si nous laissions établir la confusion que je signale, entre les question spéciales et la question politique proprement dite ; si tout dissentiment sur un fait particulier, entraînait une scission radicale? Nous irions à la dissolution complète de tous les partis; nous irions à un état d'instabilité sans remède. Aucun ministère ne pourrait tenir, je ne dis pas quatre années, mais quatre jours.

Et où irions-nous, d'un autre côté, si, dans un intérêt de durée, de discipline parlementaire, comme on dit, op voulait interdire ces dissentiments particuliers, qui se manifestent légitimemen t ? Qu'arriverait-il ? Exactement la môme chose : la dissolution des partis, l'instabilité perpétuelle, le morcellement indéfini . Les hommes (et je le dis en passant, pour ceux qui ont blâmé quelquefois avec amertume les dissidences individuelles dans le sein de leur parti), les hommes qu'on empêcherait

lié

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de manifester leur opinion avec pleine liberté, sur les questions autres que les questions de cabinet, ces hommes préféreraient leur indépendance à leur parti ; car leur indépendance, c'est leur honneur : ce qu'ils ont de plus précieux au monde. (Très bien!)

U n'était pas inutile peut-être de rappeler ces principes. Ou je me trompe fort, ou l'on exploite contré le ministère les dissentiments qui existent sur des points particuliers. On voudrait en extraire ce qu'ils ne contiennent pas : un vote contre le cabinet lui-même.

Quant à moi, tout en réservant mon droit de blâme sur certain actes, j'attendrai, pour émettre un tel vote, qu'on m'ait prouvé de deux choses l'une: ou que le ministère actuel représente moins courageusement, moins énergiquement, moins habilement qu'un autre, la politique pacifique à laquelle je suis dévoué; ou bien que cette politique pacifique, contraire aux intérêts et à l'honneur du pays, est une politique rétrograde, déshonorante. J'attendrai qu'on m'ait prouvé l'une ou l'autre de ces choses. (Très bien!)

On a cherché à introduire une seconde confusion, sur laquelle il importe de s'expliquer également.

On a essayé, fait étrange, de nous prouver (à nous qui n'avons pas perdu toute raison et toute mémoire) que nous nous trompons, en croyant avoir le monopole de la politique pacifique. Tout le monde la veut, tout le monde la soutiendra. Peu s'en faut qu'on n'ajoute ; « Tout le monde l'a pratiquée. » — Tout le monde, à l'exception néanmoins de MM. de Tocqueville et de Beaumont. Ils ont constaté leur dissidence, et je les en félicite.

Oui, nous sommes tous d'accord ; il n'est personne qui ne veuille les bonnes relations avec l'Angleterre ;

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seuleiùent, il y a deux manières de les vouloir. Le cabinet les compromet, en les soutenant avec trop de chaleur : le vrai moyen d'assurer la paix du monde, c'est de n'en point tant parler.

Nous sommes tous d'accord ! — Messieurs, la nouvelle est trop bonne. Il faut l'examiner d'un peu près.

Parmi les hommes que nous avons la douleur de compter aujourd'hui dans les rangs de nos adversaires, il en est sans doute qui peuvent, comme nous, prétendre à l'honneur d'avoir soutenu la politique pacifique et conservatrice. La seule différence qui existe entre eux et les ministres actuels, c'est qu'ils l'ont voulue moins énergiquement, qu'ils l'ont pratiquée avec moins d'éclat.

Ce sera la même politique, mais elle ne sera pas affichée ; on cherchera les bonnes relations avec l'Angleterre, mais on sera discret, réservé dans ces relations. Arrière les hommes à système absolu, qui veulent trop hardiment les choses : les hommes à outrance !

Messieurs, par le temps qui court, dans ce temps de nivellement universel, de demi-courages, de demi-caractères, de demi-convictions, dans ce temps, ce qu'il y a de plus rare à trouver, c'est wn homme; un homme qui soit lui, et non pas tout le monde (Très bien 1 très bien !) un homme qui ait sa pensée propre, et qui y tienne, et qui lui sacrifie quelque chose. Ce qu'on poursuit, ce qu'on craint, ce qu'on voudrait proscrire, ce sont les caractères entiers, Icb doctrines arrêtées, les idées absolues. Ah ! croyez-moi, ne proscrivez pas de tels hommes; ils sont rares! Ne proscrivez pas les

vrais doctrinaires si vous avez le bonheur d'en

rencontrer I (Hilarité.)

Savez-vous ce que je reproche à MM. les Ministres,

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qu'on a accusés d'être systématiques, exagérés, d'outrer leurs idées et leur politique? Je leur reproche de ne pas mériter assez l'accusation (Rires et murmures.) de n'être pas assez entiers, assez absolus ; de laisser trop fréquemment fléchir leurs opinions et leur conduite au vei)t des influences, et aux circonstances diverses.

Vous Tavouerai-je, Messieurs? Je redoute beaucoup plus un affaiblissement insensible et graduel, qu'un changement complet de notre politique. Je redoute beaucoup moins un ministère d'opposition, qu'un ministère de transition. (Très bien!)

Que l'opposition arrive aux affaires , rien de mieux. Nous honorons nos adversaires; nous reconnaissons qu'il y a parmi eux assez de ngbles caractères, de beaux talents, pour qu'ils agissent avec l'intention de gouverner à leur tour ; nous leur reprochons même, de ne pas y aspirer assez en ce moment. Que l'opposition arrive aux affaires dans la personne de M. Thiers ou dans celle de M. Barrot, nous saurons, nous conservateurs, quel parti nous aurons à prendre. Il n'y aura qu'une interversion de rôle. Tout se passera dignement, simplement, comme en Angleterre: les membres qui siègent sur ces bancs (désignant l'opposition) appuieront l'administration nouvelle, et quant à nous. Messieurs, nous jouirons pour la première fois (On rit.) des douceurs de la critique dans les questions de cabinet.

Un tel événement n'aurait rien d'anormal, rien d'effrayant. Il ne déclasserait personne. Il laisserait aux partis toutes leurs chances. Nos adversaires pratiqueraient leur politique, une politique nouvelle, une politique qui serait jugée sur ses actes ; qui serait promptement jugée, du moins je le crois, comme elle J'a

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été en 1840; mais enfin la majorité, après avoir com^battu cette politique, rentrerait au pouvoir enseignes déployées, entière, compacte, sans avoir perdu ni un homme ni un principe.

Au contraire, Messieurs, que la majorité soit soumise, encore une fois, à l'épreuve d'un ministère de transition (et je le nomme ainsi, parce que Topposition n'appuie ces ministères-là que pour en amener d'autres) (On rit.) ; qu'elle soit soumise à une telle épreuve, oh ! alors, je crains beaucoup pour la majorité.

Si un ministère de transition ne défend pas assez la politique conservatrice, pour qu'elle soit suivie par tous les conservateurs, il ne la compromet pas assez, pour qu'elle soit attaquée par tous ; il en résulte que les drapeauK se mêlent, que les rangs se confondent : on a des amis trop froids et trop nombreux, et l'on n'est jamais plus près d'avoir détruit la majorité, que quand on touche à l'unanimité. (Très bien! .très bien î)

Un ministère tel que celui auquel je fais allusion, produit un mal profond, durable ; il dissout tout, autour de lui; et, quand il a disparu, illaisse derrière lui une longue trace de défiances, de rancunes, d'hésitations, «i

Encore un coup, je crains moins la défaite que cela. Après la défaite, la majorité se retrouverait tout entière ; après un ministère de transition, je craindrais qu'elle ne se retrouvât plus. (Très bien !)

Il n'y a qu'une manière , Messieurs (je veux être franc avec tout le monde, c'est assez mon habitude à cette tribune), il n'y a qu'une manière de donner à un ministère de transition la dignité, la force, la légitimité qui lui manquent ; il n'y a qu'une manière

de lui créer un noble rôle, de lui rallier les conservateurs: c'est de faire une coalition pour le renverser.

Messieurs, j'ai signalé avec une sincérité qui n'exclut jamais le respect des intentions et des personnes, les inconvénients attachés aux tentatives nouvelles dont se préoccupe la Chambre. Je me tourne à présent vers l'opposition, la véritable opposition (Mouvement à gauche.), et je cherche quelle est sa situation dans ce débat.

J'avais craint, je l'avoue, que l'opposition n'eût été gagnée, elle aussi, par la contagion des compromis, des demi-mesures, des réticences. J'avais vu avec regret le ton radouci de ses journaux. Il semblait que, elle aussi, prétendit nous faire croire, à nous qui avons assisté aux événements de 1840, à nous qui avons assisté aux discussions de ces dernières années, qu'elle était passionnée pour l'alliance anglaise, pour la paix. — Je me suis rassuré, en entendant MM. de Beaumont et de Tocqueville. Je suis sûr que l'opposition dont je parle ne consentira pas à dissimuler ses tendances, à modifier son attitude; qu'elle ne consentira pas à se laisser transformer en machine à renverser les cabinets; qu'elle stipulera pour ses principes, pour sa politique.

Sa politique ! Je m'exposerai à beaucoup de récriminations, pour le mot que je vais prononcer; et Thonorable M. de Tocqueville, tout à l'heure, m'a fait craindre encore bien plus, quand il a dit qu'on ne pouvait attribuer une politique belliqueuse à l'opposition, sans se rendre coupable de calomnie. Eh bien, ce mot, je me hasarde à le dire : La politique de l'opposition, c'est la guerre. (Vives réclamations à gauche.)

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M. Havin. — Le mot n'est pas nouveau.

LdE C® DE Gasparin. — Vous avez raison : le mot n'est pas plus nouveau que la politique que je viens combattre.

Je m'attendais, vous l'avez vu, aux réclamations qui se sont élevées. Je me hâte d'ajouter que je ne crois pas qu'il y ait dans cette enceinte, sur aucun des bancs de cette Chambre, beaucoup d'hommes qui froidement, résolument, en s'en rendant compte, désirent cette épouvantable chose qu'on nomme la guerre.

Je ne vous accuse pas de vouloir la guerre, je vous accuse d'y avoir toujours pensé. Je ne prétends pas que la guerre ait été ni dans vos cœurs ni dans vos paroles ; elle a toujours été dans votre politique. (Au centre. Très bien ! très bien !)

Toujours et partout, vous avez parlé de paix, en en refusant les conditions nécessaires; vous avez parlé des bonnes relations avec l'Angleterre, en suspectant toutes ses intentions, en flétrissant tous ses actes, en menaçant tous ses intérêts.

Voilà ce que j'appelle la politique de la guerre : la politique qui contient la guerre et qui y pousse, qu'elle le veuille ou qu'elle ne le veuille pas, qu'elle le sache ou qu'elle ne le sache pas. Or, permettez-moi de le dire, la politique qui ne le sait pas et ne le veut pas, est la plus dangereuse. (Approbation au centre.)

On ne va jamais plus loin, c'est Robespierre qui l'a dit (Mouvement.) et il en savait sans doute quelque chose ; on ne va jamais plus loin, que lorsqu'on ne sait pas où l'on va. (Rires et exclamations diverses à gauche.)

Messieurs, en entendant les réclamations qui s'élèvent, ' éprouve le besoin de justifier mes paroles. J'ai affirmé

que la politique de ropposition menait à la guerre ; il me reste à le prouver.

Prenons, je ne dis pas tous les actes, toutes les discussions qui ont eu lieu dans cette enceinte depuis quatorze années, mais les actes, les affaires pendantes actuelles, et voyons, dans ces affaires, quels ont été le langage et la politique de l'opposition.

Prenez l'acte le plus inoffensif de tous: l'ouverture des portes de la Chine par l'Angleterre, ouverture pratiquée au profit de toutes les nations. Assurément, il n'y avait rien là que d'honorable. (Nouvelles réclamations.)

Voix à gauche. — Et la cause, était-^elle honorable?

Autres voix. — C'était pour y porter du poison.

M. DE Gasparin. — Or, on lui a supposé toutes sortes de perfidies.

Prenez l'abolition de l'esclavage et de la traite. (Ah ! voyons !)

C'est un abominable machiavélisme. . .

Voix à gauche. — Avec les Anglais, oui !

M. DE Gasparin. — Prenez l'affaire de Taïti. Ne craignez pas que j'entre, en ce moment, dans . des détails qui seraient étrangers à une discussion générale. (Pourquoi ?)

Non, je n'y entrerai pas; j'attendrai le paragraphe spécial. Je dis simplement que, lorsque notre gouvernement a pris possession, dans l'Océanie, de quelques îlots misérables à mon avis, l'opposition ne lui a pas reproché, ou du moins lui a reproché bien peu, la stérilité de cette conquête. (Dénégations à gauche.)

L'opposition a demandé surtout que l'acte accompli fût maintenu, aggravé même; elle a cherché à blesser

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au cœur les sympathies les plus légitimes du peuple anglais. (Même mouvement.)

Et qui donne de Tintérêt, du piquant à ce développement, insensé à mon avis, de nos établissements maritimes et coloniaux? La pensée qu'en agissant ainsi, on rend de plus en plus difficile le maintien des bonnes relations avec T Angleterre. (Vives réclamations à gauche.)

Une voix. — C'est tout le contraire.

M. Guyet-Desfontaines. — Racontez au moins l'histoire telle qu'elle est.

M. DE Gasparin. — Je m'adresse ici à l'opposition . . •

Une voix à gauche. — Et vous avez tort.

M. DE Gasparin. — Parce que j'ai souvent entendu partir de ses bancs, des représentations sur la faiblesse du ministère au dehors, sur l'insuffisance de nos établissements coloniaux, comparés à ceux de l'Angleterre; j'ai entendu réclamer le développement, l'agrandissement (Nouvelle dénégation à gauche.)

Une voix. — C'est exactement le contraire.

M. DE Gasparin. — Messieurs, je me féliciterais infinement que ce fût exactement le contraire ; mais je crois que ma mémoire ne me trompe pas.

Voulez-vous une preuve qui ne sera pas récusée, je le suppose ? Je la tire de l'affaire du Maroc . Dans cette affaire, que me parait avoir fait l'opposition? je dis me paraît, car je n'ose plus affirmer. (On rit.) Elle a commencé par rechercher attentivement les preuves de la malveillance de l'Angleterre, les preuves de sa complicité avec l'empereur du Maroc. Cela était difficile, en présence de la dépêche de lord Aberdeen aux lords commissaires de l'amirauté. Cependant, on

n'en désespère pas encore ; n'a-t-on pas le vaste champ des hypothèses, des pièces non communiquées, des paroles qui se disent et qui s'impriment de Tautre côté du détroit?

Quaad la guerre a commencé, quel a été le langage de l'opposition? Je suis obligé de le prendre dans ses journaux ; les Chambres n'étaient pas assemblées alors* L'opposition a signalé partout l'action funeste de l'Angleterre. Elle a dit au gouvernement: vous n'oserez pas faire la guerre, l'Angleterre l'a défendu ! La guerre a été faite, elle a été faite vigoureusement, glorieusement, et, certes, le choix du chef de notre escadre n'était pas à cette époque un acte de complaisance envers les Anglais. Puis, l'opposition a dit : vous n'oserez pas attaquer Tanger ! Tanger a été attaqué. Vous n'oserez pas attaquer, détruire Mogador ! Mogador a été détruit. L'Angleterre vous a défendu de prendre possession d'un seul point ! on a pris possession de l'île de Mogador. (On rit.)

Une voix. — Cela n'a pas été long.

M. DE Gasparin. — Cela n'a pas été long, parce que ceia ne pouvait pas l'être; on Ta prouvé. Et aujourd'hui que les événements ont donné des démentis successifs à toutes ces pr-évisions bienveillantes, aujourd'hui que la paix (déclarée impossible, elle aussi, impossible à cause des intrigues de l'Angleterre) a été aussi bien faite que l'avait été la guerre; faite en conformité exacte des premières instructions de Bf. le Ministre delà Marine; aujourd'hui, on se rejette sur les articles du traité ; et, dans cette affaire où le gouveraement n'a pas été seulement habile, mais heureux (Murmures à gauche.), on va chercher je ne sais quelles misérables chicanes, qui toutes n'ont qu'un sens : une

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tendance à réserver des chances de guerre à l'avenir; faire un traité de paix, qui assure la reprise des hostilités. (On rit.)

L'opposition aurait voulu, en premier lieu, un article par lequel l'empereur du Maroc s'engageât à prendre et à garder Abd-el-Kader. On a remarqué, je ne fais que répéter l'objection, que c'était ce que nous n'avions pu faire nous-mêmes dans quatorze ans, et avec cent mille hommes. Que signifiait donc cet engagement? C'était un bon prétexte pour recommencer l'année prochaine ; ou un bon moyen pour remplacer Abder-Rahman par Abd-el-Kader, sur le trône du Maroc. En tout cas, c'était la guerre ; cela n'avait pas d'autre but que d'introduire une chance de guerre dans un traité de paix.

L'opposition aurait voulu que nous occupassions une ville, un territoire! On l'a prouvé encore (car on ne peut que répéter dans cette discussion, quoiqu'elle ne fasse que commencer) c'était s'engager à conquérir, à reprendre les hostilités, à continuer la guerre. (Exclamations à gauche.)

Qu'a demandé enfin l'opposition? Qu'on mit à la charge de l'empereur du Maroc le remboursement des trais de l'expédition. Et les raisons que l'opposition a données, une des raisons du moins, je n'ai pas la prétention de les reproduire toutes ; c'est que, quand on ne fait pas payer les frais . de l'expédition, on ne sait où sont le vainqueur et le vaincu.

Rassurez-vous sur ce point. Messieurs; le peuple marocain peut être très ignorant, très barbare, mais il n'ignore pas qui a été vainqueur à Isly, à Tanger et à Mogador. (Au centre^ Très bien !)

U peut être très barbare et très ignorant, mais il sait très bien où est le vaincu et où est le vainqueur,

quand une des parties belligérantes accepte toutes les conditions qu'elle repoussait avant la guerre, et quand l'autre partie dicte les conditions qu'elle avait proposées dès l'origine, les dicte sous son canon, en donnant quelques heufes pour les accepter, sans permettre d'y changer une syllabe. (Très bien !)

Les frais d'expédition n'ont qu'un mérite : ce serait aussi une chance de guerre. D aurait fallu les aller chercher l'an prochain.

Oui, partout et toujours, l'opposition, qui ne veut pas la guerre (je ne mets pas en doute la bonne foi de nos adversaires), l'opposition soutient une politique qui mène à la guerre, qui en est pleine. Il importait de le dire et de le prouver. C'est sur ce point, sur ce point surtout, que les partis sont séparés dans la Chambre.

Et moi aussi, je me sui$ rapproché, sur plusieurs questions, des ' honorables membres de l'opposition ; mais par où suis-je séparé d'eux, d'où vient qu'une barrière infranchissable s'élève entre eux et moi? C'est que je suis fermement attaché à la politique pacifique, résolument pacifique, restaurée et pratiquée par le cabinet. C'est parce que je crois que ce sont les cabinets résolus, qui fondent les véritables majorités, et qui gouvernent avjBC utilité pour le pays. (Bravo!)

Reprenez notre histoire depuis 1830, voyez comment se sont formées les majorités. Est-ce autour des hommes irrésolus, à principes équivoques? Non, mais autour des hommes qui personnifiaient avec le plus de vigueur la politique et la pensée de la majorité; autour des symboles vivants de sa pensée ; autour des représentants les plus ardents et les plus avancés de sa politique.

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Voyez en 1830. Était-ce un caractère irrésolu, un homme à nuances, que Casimir Perler? D'où vient qu'il a fondé le premier une majorité et un gouvernement? Cest parce qu'il exprimait plus fortement que personne, les principes qui étaient dans le cœur de la majorité . (Très bien!)

Et après la perte de cet homme si regrettable, à qui échut son glorieux héritage ? Aux hommes les plus engagés, les plus compromis dans les principes de la majorité : à MM. Thiers et Guizot. On pensait alors que, pour défendre et faire triompher une cause, il fallait y croire. On ne pensait pas que, pour maintenir la paix, il ne fallût en parler qu'à voix basse. (Vif mouvement d'approbation au centre.)

On croyait alors, qu'il fallait exprimer résolument ce qui avait été résolument nié ; qu'il fallait défendre avec force, ce qui avait été attaqué avec force. C'est ainsi, messieurs, qu'on crée des majorités, et des gouvernements. Pour arriver, il faut savoir où Ton va. Pour être suivi, il faut le dire, à haute et intelligible voix.

Au centre. — Très bieni

Une voix à gauche. — Ce n'est pas la doctrine des faits accomplis.

M. Agénor de Gasparin. — Non, ce n'est pas la doctrine des faits accomplis. (On rit.)

C'est, je le répète, par ce point-là que nous sommes séparés. C'est à cause du dehors. C'est à cause de la paix fermement voulue avec ces conditions par les uns; voulue par les autres sans ces conditions: je m'exprimerai ainsi, si vous l'aimez mieux.

La majorité conservatrice a soutenu et maintiendra le cabinet, parce que le cabinet, c'est la politique ami-

cale avec rAngleterre, et parce que la politique amicale avec rAngleterre, c'est la paix du monde.

Or, la paix du monde, c'est la liberté, c'est le progrès; et la guerre, c*est le mot le plus antilibéral, le plus antipopulaire qui existe dans la langue des hommes.

L'honorable M. de Lamartine, qui a écrit ces belles paroles, s'est séparé, pour toujours je l'espère, de ceux qui, s'empanachant d'impérialisme, ont réduit leur triste programme à ce triste mot : guerre. (Mouvement.)

Je voudrais, en finissant, adresser une prière à MM. les ministres.

Un membre à gauche. — Us vous doivent bien quelr que chose.

Le C** Agénor de Gaspakin. — En soutenant notre alliance, nos bonnes relations avec la seule puissance dont l'amitié garantisse la paix, avec la seule puissance qui ait une grande tribune constitutionneUe ouverte à côté de la nôtre, avec la seule puissance qui pratique comme nous le droit d'asile, avec la seule qui ait applaudi de cœur à la révolution de 1830, la seule qui ait refusé de recevoir en 1844 la protestation du duc de Bordeaux ; en maintenant ces bonnes relations, il importe de leur faire produire des fruits.

Elles en produisaient, lorsque la France et l'Angleterre réunies propageaient les libertés constitutionndles dans le monde; lorsque, par la seule force de cette alliance féconde, elles introduisaient les institutions représentatives en Espagne, en Belgique, en Portugal.

Aujourd'hui, rien ne contribue davantage, j'en suis certain, aux préventions propagées parmi nous contre l'alliance anglaise, que son apparente stérilité.

Le jour où les deux gouvernements réunis auront commencé à poursuivre ensemble, sur les bases de l'é^

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galité et de la liberté complètes, ces grandes œuvres industrielles qui réclament un tel concours : le percement de Tist&me de Suez par exemple (Bruit); le jour où les deux gouvernements réunis auront commencé à résoudre ensemble le vrai problème social, celui qui intéresse les classes populaires : la réduction des heures de travail, réduction nécessaire, réduction impossible tant qu'elle ne s'opère pas simultanément des deux côtés du Détroit ; ce jour-là, les bonnes relations avec TAngleterre seront acceptées, acceptées avec joie, sans arrière-pensée, par bien des cœurs sincères et généreux.

(Marques très nombreuses d'approbation. — L'orateur, en regagnant sa place, reçoit les félicitations de ses collègues du centre.)

CHAMBRE DES DÉPUTES

Suite de la discussion des paragraphes du projet

d*adresse.

Le C^ Agénor de Gasparin. — Messieurs, j'ai écouté avec attention les discours prononcés à cette tribune, par les honorables membres de Topposition; je me suis demandé quelle aurait été leur conduite, sur les trois questions dont ils se sont successivement occupés, s'ils avaient été chargés de la direction des aflfeiires. On s'est récrié Tautre jour, lorsque j'ai parlé de la politique de la guerre! Quelle aurait été la conduite de cette oppo* sition, qui a été entendue, dont on ne récusera pas les déclarations : elles ont été assez applaudies de ce côté. (Montrant la gauche.)

Dans Taffaire du Maroc, on n'aurait tenu aucun compte de la situation difficile assurément (les pièces communi-

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quées le prouvent) de Fempereur Abder-Rhaman vis-àvis d*Abd-el-Kader. C'est-à-dire qu'au lieu d'une affaire terminée, nous aurions devant nous une affaire à peine commencée.

Dans l'affaire de Taïti, comment aurait négocié un ministère de l'opposition? A en croire les orateurs qui sont montés à cette tribune, on aurait déclaré au gouvernement anglais, qu'on ne ratifiait pas le jugement porté par le gouverneur français dans l'Océanie : le jugement de M. Bruat, reconnaissant qu'il ne pouvait approuver ni le motif, ni la forme de l'arrestation de M. Pritchard. On aurait déclaré à un ministère anglais qui a, lui aussi, affaire à une opinion publique; qui a, lui aussi, affaire à des Chambres assemblées, qui doit y répondre de ses actes ; on lui aurait déclaré que la France, à la suite de ce qui s'était passé, n'avait aucune explication à donner ; que la France désavouait, non pas M. d'Aubigny, mais M. Bruat ; que la France ne partageait pas, sur l'arrestation de M. Pritchard, l'opinion de M. Bruat; on n'am'ait donné au gouvernement anglais, ni une satisfaction quelconque pour l'arrestation de M. Pritchard, ni ime preuve, ni même un commencement de preuve. On lui aurait affirmé la conviction morale du gouvernement français. C'est ainsi qu'on aurait traité, qu'on aurait résolu l'affaire de Taïti.

Quant au droit de visite, le procédé est aussi simple . Point de mesures dilatoires, point de conmiissions assemblées pour chercher les moyens nouveaux qu'on pourrait substituer au droit de visite. Non, une simple déclaration de la volonté du gouvernement français : La France ne veut plus du droit de visite, la France déchire les traités, renonce à leur exécution, ne tient pas la parole qu'elle a donnée, et tout est dit.

Voilà, Messieurs, comment les trois affaires pendantes auraient été traitées et résolues, par un ministère appartenant à ce côté de la Chambre.

On dirait, en vérité, que les honorables membres qui ont successivement adressé des reproches à la conduite du gouvernement (et qui nous ont assez fait comprendre quelle conduite ils auraient substituée à la sienne), on dirait que ces honorables membres, croient pouvoir traita avec l'Angleterre comme nous traitions, il y a quelques mois, à Tanger, sur notre escadre, dictant les conditions du traité, donnant deux heures pour les accepter, et redisant toute modification. — La Chambre a entendu cette politique de l'opposition, elle Ta comparée à celle du gouvernement; son choix ne saurait être douteux.

Mon intention n'est pas de parcourir toutes les que&> tions. Je. me renfermerai dans une seule, dans une question que j'aborde sans embarras, même au milieu d'un débat ministériel ; car mes paroles de blâme, en s'adressant à un acte du gouvernement, acte que j'ai toujours attaqué, s'adressent encore plus à ^opposition.

Pourquoi, Messieurs (et M. le ministre dés Affaires étrangères le faisait remarquer l'autre jour), pourquoi le gouvernement a-t-il approuvé, il y a deux ans, ce qui s'est Mt dans l'Océanie sans ordres,' sans instruo tions? Parce que les mêmes passions qui s'y agitent aujourd'hui, s'agitaient alors dans cette enceinte } parce que les mêmes hommes qui faisaient au gouvernement ^e reproche mérité de fonder un établissenient dans rOcéanie, se seraient élevés avec plus de force encore, contre un désaveu qu'ils auraient considéré conune une concession faite au gouvernement anglais.

Je préfère, quant à moi, dans cette affaire, la politique du gouvernement, qui a voulu s'arrêter, qui s'est arrêté

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au protectorat ; je la préfère à la politique de Topposition, qui aurait voulu aller plus loin, aggraver la faute etrinjustice commises : établir la souveraineté.

Messieurs, je sais les difficultés du rôle que je vais tenter de remplir. J'ose demander cependant quelques • moments d'attention à la Chambre. Jamais aucune considération, aucune crainte, ne m'empêchera de remplir devant elle, ce que je regarde conrnie un devoir. J'espère qu'il y aura toujours, dans le sein de la Chambre, des membres qui l'honoreront assez pour oser lui déplaire quelquefois.

Au fond des attaques dirigées contre la politique du gouvernement à Taïti, il y a, dans tous les esprits, des erreurs graves; il y a ignorance des faits. Les esprits même les moins prévenus sur cette affaire se trompent, à mon avis, et sur l'origine de notre établissement, et sur la conduite des missionnaires, et sur le caractère des réclamations que nos actes ont provoquées. C'est sur les faits, sur les faits seulement, que je désire p résenter à la Chambre.... (Bruit. — Ecoutez! écoutez ! )

Ne croyez-vous point, messieurs, que la discussion aurait fait un pas, si quelques erreurs, généralement accréditées, avaient été dissipées à cette tribune?

Je ne m'appesantirai pas sur les négociations qui ont rempli l'intervalle des deux sessions législatives.

Ces négociations ont-elles été habiles, heureuses? (Rumeurs à gauche.) Je prie ceux qui en doutent, de vouloir bien comparer le point de départ et le point d'arrivée: le mois de juillet et le mois dé septembre.

Qu'avions-nous au mois de juillet ? Un ancien consul anglais incarcéré et chassé; l'opinion publique en Angleterre profondément émue (dans un pays où elle

ne s'émeut pâs aisément, mais où les impressions subsistent) ; les hommes les plus froids, les plus réservés, les plus étrangers aux passions religieuses, les plus dévoués à Talliance française, venant successivement, 'solennellement, déclarer qu'il y avait eu outrage et qu'il devait y avoir réparation : que Toutrage avait été grossier, que la réparation devait être éclatante.

Qu'avons-nous au mois de septembre? L'Angleterre se contentant de l'approbation pure et simple du juge* ment de M. le gouverneur Bruat, et d'une indemnité insignifiante, qui peut être ou ne pas être, et que régleront d'un commun accord les amiraux Hamelin et Seymour.

Je dis que, quand on rapproche le mois de juillet et le mois de septembre, quand on n'a pas perdu tout souvenir des inquiétudes que nous avons tous éprouvées, on ne peut pas méconnaître ce qu'il y a eu d'habile et d'heureux dans la conduite du gouvernement. (Au centre : C'est vrai!) Et ce sentiment a été universel. On refusait d'abord de croire à un tel succès. J'étais à l'étranger à cette époque, et je me souviens de l'impression universelle. Certes, ce n'était pas le gouvernement français qui passait pour avoir été battu, pour avoir eu le dessous, pour avoir reculé dans la négociation ! (Bruit confus.)

D'où vient que les idées ont été si profondément faussées sur cette question (j'espère le prouver) ? D'où vient que les faits ont été si complètement méconnus ? C'est que la calomnie a joué un grand rôle dans cette affaire.

Je dis la calomnie, je ne dis pas les calomniateurs. Les calomniateurs, ce sont les passions, les passions haineuses, les passions généreuses» quelquefois , les

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passions qui accueillent ce qui leur convient et qui repoussent ce qui les'gêne, les passions qui convertissent toutes leurs préoccupations en vérités, qui accueillent Tattaque et qui n'accueillent pas la défense. (Approbation au centre.)

On calomnie beaucoup ainsi, Messieurs, il en reste toujours quelque chose ; mais je crois que la Chambre, qui tout entière cherche la vérité, qui, dans les questions de loyauté et de sincérité, doit être unanime, je crois que la Chambre voudra qu'il en reste le moins possible.

Quel est le premier fait accompli ? Ce sont les interventions successives de la France à Taïti.

On avait parlé de violence, de persécutions dirigées contre des sujets français à Taïti ; et ce fait, cette assertion, a été le point de départ de nos expéditions diverses. 11 importe à tout le monde. Messieurs, d'examiner sérieusement, pour la première fois, la réalité de ce fait.

J'honore la Chambre, en osant poser devant elle une telle question, et la discuter; en osant lui dire qu'une injustice a été commise au nom de la France. Et lorsque, dans le Parlement anglais, dont on parle tant, des voix généreuses, des voix patriotiques s'élèvent pour dénoncer les injustices de l'Angleterre: pour dénoncer l'opium, pour dénoncer les fraudes et les violences au moyen desquelles on dépose les Amirs de l'Inde ; quelque respect, quelque estime, a toujours entouré leurs protestations, et il s'est trouvé que ces protestations ont été quelquefois entendues, qu'on ne s'adressait pas vainement à la conscience d'une nation, à la conscience d'une assemblée délibérante, et que les partis euxmêmes avaient plus de conscience qu'on ne leur en reconnaît en général. (Très bien !)

A mon tour, j'ose poser cette question devant la Chambre : Quels ont été les faits ? (Bruit.)

On a cité le renvoi d*un charpentier français ; mais on n'a pas insisté sur un tel grief, car la conduite notoirement scandaleuse de cet homme, conduite constatée par une lettre de la reine Pomaré au roi des Français, n'a pas permis d'insister.

On a parlé de la tentative d'assassinat dirigée contre M"^ Moerhemont ... (Bruit).

Messieurs, je ne prétends pas m'imposera la Chambre. Le devoir qui m'a fait monter à cette tribune est très pressant ... (Le bruit continue.)

M. DE La Rochejacquelin, — Ce n'est pas à gauche, seulement qu'on vous interrompt.

M. LE Président. — J'invite la Chambre au silence sur tous les bancs; l'orateur ne continuera que lorsque le silence sera rétabli.

M.deGasparin. — D ne m'appartient pas, je le répète, de m'imposer à la Chambre. Assurément, des préoccupations d'une autre nature que les préoccupations très légitimes et très profondes qui m'ont amené ici et qui m'y ramènent, des préoccupations ... (Rumeurs diverses.)

On me fait l'honneur de me dire qu'on ne m'écouterapas. (Dénégations à gauche.)

Je renonce en ce moment à la parole; je crois comprendre le véritable désir de la Chambre et lui être agréable, en cédant à son impatience. EUe voudra bien peut-être, quand le paragraphe spécial sur Taïti sera venu, me permettre de lui présenter mes observations. (Oui 1 oui !)

CHAMBRE DES DÉPUTÉS

Suite de la discussion du projet d'adresse : Paragraphe 3, relatif aux affaires de Tahiti *.

M. LE Président. — Je consulte la Chambre sur le paragraphe.

M. DE Gasparin. — Je demande la parole.

De toutes parts, — Aux voix ! aux voix! la clôture!

M. LE Président. — On demande la clôture de la discussion. M. de Gasparin ne peut parler que contre la clôture.

Le O^ de Gasparin. — J'avais un grand devoir à remplir. Je nele.remplirai pas, Messieurs, rassurez- vous. Le motif qui me fait lever en cet instant, ce sont des atla-

1 . Le discours de M.Odilon-Barro t terminé, les cris : Aitx voix aux voix! m font entendre.

ques très directes, très personnelles, très graves .... (Non ! non ! — Aux. voix ! La clôture !)

M. Odilon Barrot. — Oublions un peu nos personnes et souvenons-nous du pays. Il ne s'agit pas de M. de Gasparin.

M. LE Président. — Monsieur de Gasparin, il n*a rienété dit de personnel pour vous; il a pu y avoir des choses ayant trait à votre opinion, mais il n'y a rien eu qui pût être considéré comme relatif à votre personne.

(M. de Gasparin quitte sa place et se dirige avec vivacité vers la tribune.)

De toutes parts, — La clôture! la clôture!

M. DE Gasparin, à la tribune. — Je parle contre la clôture.

Voici, Messieurs, le motif qui me fait parler contre la clôture ; je ne serai pas long.

Dans la séance de samedi (je ne fais pas, vous le voyez, d*al1usion à l'honorable M. Odilon Barrot), dans la séance de samedi, des paroles dont vous allez juger la gravité .... (La clôture ! la clôture !)

Personne ici, ne peut vouloir qu*un,membre de cette Chambre laisse fermer la discussion, en restant sous le poids d'une accusation des plus graves.

Messieurs, dans la séance du samedi, des paroles ont été prononcées, auxquelles je tenais, auxquelles je tiens à répondre. Quoique inscrit le premier, mon tour n'est pas venu samedi ; je demande la permission de dire un mot. (Non ! non ! Aux voix! La clôture ! la clôture !)

M. LE Président. — La Chambre insistant pour la clôture de la discussion, je dois la consulter.

(La Chambre, consultée, déclare fermer la discussion.)

CHAMBRE DES DEPUTES

Discussion de la proposition de MM. d'Haussonville, de Sahune, Saint-Marc Girardin, de Gasparin, de Saint-Aulaire et Rihouet, sur les conditions d'admission et d'avancement dans les fonctions publiques *.

La commission propose de modifier ainsi le premier article de la proposition ; « A Tavenir, nul ne sera admis au grade le moins élevé de Tun des services publics rétribués par TÉtat, si son aptitude n'a été constatée par un des moyens suivants :

» Le résultat d'un concours ;

» Un examen subi à la sortie d'une école spéciale ;

» Un diplôme obtenu dans une des facultés ;

» Un sumumérariat précédé et suivi d'examen :

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