‹ Discours politiquesChapitre 16 sur 35 · BARNI ET PAUL BERT · texte numérisé non relu

BARNI ET PAUL BERT

Mais si les esprits ont tant de peine à se remettre aujourd'hui des horribles secousses de Tannée dernière, si le trouble est encore dans beaucoup de cœurs, si la peur de l'imprévu hante encore beaucoup d'imaginations défiantes, si la fatigue de la tourmente, dans notre pays affamé de repos, a été remplacée par la fatigue de l'inquiétude, à qui la faute?

Est-ce nous, républicains, qui avons suscité la concurrence des dynasties? Est-ce nous qui avons offert la France aux prétendants comme une propriété à ressaisir ou comme une proie à dévorer? Est-ce à nous qu'est imputable l'agitation née de conspirations d'antichambre, de complots de couloirs, de pèlerinages factieux, de visites menaçantes ?

Messieurs, il est un parti qui, après avoir longtemps souffert, longtemps combattu pour la République, n'a gagné à son avènement que la joie de la voir triompher. (Applaudissements.)

Les membres de ce parti ont été exclus du bénéfice de l'œuvre accomplie, eux qui en avaient été les artisans. Ce qu'ils avaient semé, d'autres l'ont moissonné. (Très bien!) Us avaient eu la peine : d'autres ont eu le profit et même l'honneur.

L'éminent personnage auquel a été confié le soin de gouverner la République est le même qui déclarait la République impossible, dans le temps où eux la proclamaient inévitable. (Très bien/) Écartés comme utopistes par des hommes dont l'événement a démenti les prédictions et réfuté les doctrines, eux dont, au contraire, l'événement a prouvé la prévoyance et réalisé la conception, ils sont là pour témoigner de l'ironie qui, souvent, se cache au fond des choses humaines. (Applaudissements.)

Eh bien! quelle prétention, je le demande, ont-ils élevée? Quelle plainte ont-ils fait entendre? A quelle agitation se sont-ils mêlés? Touchés des précieux et incontestables services rendus par M. Thiers à une cause qui leur est chère ; confiants dans la promesse qu'il a faite de la servir loyalement ; convaincus qu'un enchaînement aussi impérieux qu'imprévu de circonstances l'a mis en état, mieux que personne, de maintenir la forme républicaine et de pourvoir à la libération du territoire; convaincus, par conséquent, qu'il était commandé aux bons citoyens de faire passer avant leurs prédilections personnelles et leurs vues particulières la considération de ces deux intérêts suprêmes, non seulement ils se sont abstenus de tout ce qui pouvait ébranler un pouvoir qui cependant les répudiait, mais ils se sont effacés de leur mieux, pour ne pas gêner l'action de ce pouvoir qui, après tout, avait à leurs yeux l'immense

Louis Blanc. — Discours. 9

130 ÉLECTION DE MM. DfiRKUHÀUCOURT

mérite de faire obstacle à la monarchie, et qui n'aurait pu périr sous les coups des ennemis de la République, sans compromettre, en tombant^ la cause sacrée de la patrie, attendant avec anxiété qn'on balayât de son sol les restes de l'invasion. {Appbmdimmvntt.) Et maintenant, messieurs, vous aures une idée de l'abnégation qu'il a fallu aux hommes dont je parle pour suivre la ligue qu'ils s'étaient tracée, si vous songes aux fausses interprétations dont elle leur faisait courir le risque; si vous tenes compte de es qui sépare leurs idées, sur mainte importante question, de celles de l'illustre homme d'État qui est à la tête dés affaires; si enfin vous vous rappelés qu'ils n'ont obtenu l'adoption d'aucune des mesures qui leur tenaient le plus au cœur, comme la consécration absolue et définitive de la liberté de la presse, le retour de l'Assemblée à Paris* la levée de l'état de siège, et l'amnistie, surtout l'amnistie! (Bravot! appiauéùsementn.)

Tels sont, messieurs, les hommes contre qui les agitateurs engagés au service des prétendants fulminent, dans l'intérêt de l'ordre I

L'ordre? Ils oublient qu'il y en a de deux sortes. Il y a l'ordre qui n'est que le silence dans l'abaissement; l'immobilité dans la servitude, le repos dans la boue, le sommeil dons la mort. [Envoi)

Cet ûrdre-lè, nous savons quel régime le produit. Et il y a l'ordre qui résulte de la liberté garantie, des droits de la conscience respectés, du concours des efforts, de l'association des intérêts substituée a leur antagonisme, de la science substituée au hasard dans les moyens de préparer le bonheur de tous. (Ap* ptotttitientènti.)

C'est à l'établissement de cet ordre-la, messieurs, que nous devons travaille* - , par des réformes graduelles, patiemment mûries, conçues dans un esprit sagement pratique. Et ces réformes, le parti auquel je m'honore d'appartenir, le pftrll que j'ai passé toute tnà vie à servir, n'entehd nullement qu'on les impose Elles apparlienaent à la discussion. Que l'opinion publique, ? exprimant par le suffrage universel, les adopte si elle le? croit bonne?, t qu'elle* rejette si elle h» croit mauvaises. ( Très bienf)

Du reste, qu'il soit bien compris que nous ne p franchir d'on bond l'espace qui nous sépare du ré? jtoBtiffi. r&! qu el est l'homme dèsens qui s'imao-' transporter du jour au rendèmalii une soeft' les régions de l'idéal? Non, non; nous n'

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