‹ Discours politiquesChapitre 18 sur 35 · TRAVAIL DES ENFANTS, ETC · texte numérisé non relu

TRAVAIL DES ENFANTS, ETC

facultés humaines, elle aide à ce développement ou écarte les obstacles qui le paralysent ; que l'État fait son devoir lorsqu'il intervient pour que la culture de l'âme et de l'esprit, cette première condition de la liberté, devienne possible à tous les degrés de l'échelle sociale, lorsqu'il défend d'infliger à l'enfant du pauvre un travail qui abaisse son intelligence, dégrade son corps, et, faisant de lui le valet d'une machine, ne lui laisse le droit illusoire d'être libre qu'en lui enlevant le pouvoir de le devenir. (Sensation. — Très bien/ très bien/)

Le principe est donc reconnu, et les dissidences ne peuvent plus désormais se produire que sur l'extension plus ou moins grande qu'il convient de lui donner.

Chose curieuse et remarquable, messieurs ! nous avons été précédés dans cette voie par celui de tous les pays du monde où l'ingérence de l'autorité publique est regardée avec le plus de défiance. Oui, c'est la patrie classique du laissez-faire, l'Angleterre, qui nous a donné ici l'exemple. Ainsi que le constate l'excellent rapport de l'honorable M. Talion, les premiers bills relatifs à la réglementation du travail des enfants dans les manufactures remontent à 1802, c'est-à-dire au règne de Georges 111. Et si, à cette époque, le législateur intervint pour protéger les enfants employés dans les manufactures de coton; si ce bénéfice ne fut étendu aux filatures de laines que longtemps après; si, aujourd'hui encore, dans les tuileries et les briqueteries, de pauvres petits êtres de huit ou neuf ans sont condamnés à porter sur leur tète, pendant onze, douze, treize heures par jour, des mottes d'argile pesant 40 livres et plus, c'est que le génie de l'Angleterre, fort peu généralisâtes de sa nature, se plaît aux tâtonnements et ne s'avance jamais qu'après avoir tiré de l'expérience la certitude absolue qu'il n'aura pas à reculer, (if arques d'assentiment.)

Un membre. — C'est une excellente manière de procéder.

M. Louis Blanc. — Quoi qu'il en soit, la force des choses, qui poussait l'Angleterre — * même l'Angleterre 1 — hors des voies du laissez-faire, ne pouvait manquer de s'imposer à notre généreux pays de France. Jeter les enfants dans le pêle-mêle des manufactures, leur donner à respirer, dans un étroit espace, un air vicié, échauffé, chargé de débris et de miasmes; les con-? damner, par la continuité d'un travail uniforme, à dégrader leur intelligence, et, par l'excès d'un travail précoce, à ruiner leur corps; les livrer, à mesure qu'ils grandissent, à la contagion des vices qu'engendrent le rapprochement et la promiscuité des sexes,

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voilà oe qui devait tôt ou tard éveiller l'attention du Gouvernement et la sollicitude des manufacturiers eux-mêmes.

Eh bien, je me plais ici à le reconnaître : c'est une chose qui honore notre paya, qui honore les industriels, que ce soit par un industriel — celui précisément qui descend de cette tribune, — qu'ait été proposée la loi qui doit améliorer le sort des enfanta que l'industrie emploie. (Trk bien/ tmbiml)

Donc, en 1841, on comprit qu'il était urgent de remédier h un mal qui prenait chaque jour des proportions effrayantes* La statistique avait parlé ; elle avait dit, dans le langage des chiffres : « Si vous tardez, malheur à vous I les générations nouvelles vont s'étiolant; elles portent le vice et la mort; les départements se couvrent d'une population gangrenée et rachitique. Si vous tardes, vous êtes menacés de n'avoir bientôt plus assez de soldats robustes; si vous tardez, vous risquez de n'avoir plus assez de robustes travailleurs. »

Alors tout le monde s'émut.

De là, messieurs, la loi du 3 mars 1841,

Le rapport vous explique en quoi la loi consiste : âge d'admission des enfants fixé à huit ans ; durée de leur travail limitée, de huit à douze ans, à huit heures, et de douze ans à seize, limitée à douze heures; travail de nuit supprimé au*dessous de treize ans, tels sont les traits principaux de la loi de 1841.

Que d'objections, messieurs, cet exposé, tout sommaire qu'il est, ne soulôve-t-il pas ? Un travail de huit heures pour un enfant de huit ans, un travail de douze heures pour un enfant de douze ans, n'est-ce pas excessif? Je dis, moi, que c'est excessif, même pour un homme..*

De divers côtés. — C'est vrai I o'est vrai I

M. Louis Blanc. — Quoi ! lorsqu'il est prouvé que le trait le plus caractéristique des évolutions de l'activité humaine, de nos jours, est la substitution des machines au travail à la main; que cette substitution se généralise de plus en plus; qu'elle a et qu'elle aura de plus en plus pour conséquence l'introduction des femmes et des enfants dans les manufactures; que la vie de l'atelier soustrait en grande partie l'enfant à l'influence salutaire de l'éducation maternelle ; qu'elle relâche., lorsqu'elle ne les brise pas, les liens de famille; que la dégénérescence intellectuelle et physique de la population ouvrière serait le résultat inévitable du tribut prématurément levé parle travail sur l'enfance, et que cette dégénères* çence compromettrait non seulement le recrutement des armées

nécessaires pour la défense de la patrie, mais encore l'avenir tout entier de l'industrie nationale... Quoil lorsque tout oela est prouvé, on croirait avoir suffisamment remédié à de tels maux, suffisamment écarté de tels périls, en déclarant que les enfants de huit ans ne travailleront pas plus de huit heures par jour, et les en* fants de douze ans plus de douze heures !

Messieurs, votre* commission n'a pas pensé cela, et elle a eu raison.

Je ne reprocherai pas au projet de loi qu'elle a présenté, de n'avoir tenu aucun compte des variétés dans les individus et dans les industries ; je ne lui reprocherai pas de n'avoir établi aucune différence entre des- travaux diversement pénibles; d'avoir passé le niveau d'une aveugle égalité sur les complexions fortes et les complexlons délicates ; d'avoir oublié qu'il est tel entent qui, à neuf ans, est plus vigoureux que tel autre à dix ou à onze : ce sont là, malheureusement, des inconvénients qui ne peuvent être évités, dans une loi de ce genre ; ceux qui peuvent l'être sont l'âge d'admission dans les ateliers fixé trop bas et la durée du travai fixé trop haut.

Eh bien, sous ce double rapport, le projet qui vous est soumis est infiniment préférable à la loi de 1841, puisqu'il porte qu'on ne pourra employer les enfants avant l'âge de dix ans et que la durée de leur travail n'excédera pas six heures par jour.

J'ajoute, à l'honneur des auteurs du projet, qu'il est beaucoup plus libéral, beaucoup plus humain et plus profondément marqué au coin de la haute politique que la loi anglaise, laquelle permet d'employer les enfants de huit ans et les astreint à un travail non pas de six heures, mais de six heures et demie.

Où je trouve le projet de loi défectueux, c'est dans la détermination de la pénalité, pénalité trop faible, suivant moi, pour constituer une sanction sérieuse. Mais, si j'en juge par le sentiment qui a inspiré le rapport de votre commission, il est à espérer que, sur le point que je signale, une modification ne rencontrera pas de sa part beaucoup de résistance.

Rien alors ne serait plus désirable que l'adoption de la réforme proposée. Et sur quoi se fonderait-on pour s'opposer à ce que, le principe ayant été une fois admis, il en fût fait une application plus logique et plus efficace?

Dira-t-on que le projet de loi multiplie les restrictions mises déjà par la loi de 4841 à l'autorité paternelle?

Oh! sans doute, l'autorité paternelle est la choses la plus re«

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