LE LENDEMAIN DE LA CONSPIRATION DU 16 MAI
volonté nationale insultée, les républicains mis en coupe réglée. Leurs journaux condamnés à se taire ou à mourir, la circulation de la pensée interdite ou, plutôt, monopolisée au profit des factions monarchiques, la nation comme disparue, et à sa place unliomme, un seul homme, instrument ou jouet de quelques prêtres fanatiques et d'un duc insolent; le suffrage universel déshonoré par la fraude, par le mensonge, par la terreur, supprimé peut-être ; puis, lorsque de la Constitution Ton aurait constitutionnellement rayé jusqu'au nom de la République, les trois partis ligués contre elle se divisant, se déchirant l'un l'autre, se disputant avec rage la possession de la France en lambeaux : voilà, mes chers concitoyens, ce qui serait sorti d'une seconde dissolution de l'Assemblée populaire ; voilà le spectacle que les suites d'une semblable mesure auraient donné au monde, saisi de stupeur. ( Vive sensation, — Applaudissements.)
Mais quoi! Est-ce qu'il était possible que cette seconde dissolution fût acceptée par ceux qu'elle aurait frappés? De quel front nous serions-nous une seconde fois présentés devant vous, nos électeurs, vous qui nous aviez donné le mandat de faire respecter votre droit souverain, de mettre le gouvernement personnel & la raison, et d'en finir avec la crise qui, grâce au 16 mai, troublait, ruinait, désespérait le pays? N'auriez-vous pas été fondés à nous dire et ne nous auriez- vous pas dit :
« Représentants dérisoires de notre volonté, si clairement affirmée et réaffirmée, quelle audace est la vôtre de venir à nouveau solliciter nos suffrages? Nous vous avions renvoyés sur vos sièges, pour punir un pouvoir usurpateur de vous en avoir chassés, et vous avez souffert qu'on vous en chassât encore! Ou vous n'avez pas pu vous défendre et nous défendre, ou vous ne l'avez pas voulu. Dans l'un et l'autre cas, vous nous êtes inutiles» S'il ne vous a pas été donné d'empêcher une seconde dissolution, comment en empêcheriez-vous une troisième, une quatrième, et combien de fois aurions-nous donc à vous réélire pour que votre réélection cessât d'être un jeu ridicule, jeu non moins funeste d'ailleurs que ridicule, comme vous l'apprendront, si vous l'ignorez, les fonctionnaires républicains qu'on a destitués, les cabaretiers et les cafetiers républicains dont on a fermé les établissements, les instituteurs républicains qu'on a enlevés à leurs élèves, les colporteurs républicains à qui l'on a impitoyablement arraché leur moyen d'existence, quiconque enfin a été victime de son zèle à voter pour vous?» (Oui f- oui f Très bien l).