‹ Discours politiquesChapitre 25 sur 35 · LE LENDEMAIN DE LA CONSPIRATION DU 16 MAI · texte numérisé non relu

LE LENDEMAIN DE LA CONSPIRATION DU 16 MAI

ont coutume de fatiguer nos oreilles; je sais que la discipline militaire n'existe pour eux qu'à la condition d'être sourde, aveugle, imbécile au besoin, et f au besoin, féroce (vifs applaudissements) ; je me rappelle ce mot du général Gbangarnier : « L'officier est la loi vivante du soldat », et je soupçonne M. Dupanloup d'avoir oublié que l'Église a mis au nombre des saints les soldats chrétiens qui, au plus fort de la lutte engagée contre les empereurs romains par le christianisme naissant, refusèrent de sacrifier aux idoles. Pas d'armée sans discipline, soit. Mais que conclure de là, puisqu'on ne veut pas qu'on puisse enfreindre la discipline, et que, d'un autre côté, il en coûterait trop pour la respecter toujours, coûte que coûte? Ce qui est à conclure de là, mes chers concitoyens? C'est que l'armée ne devrait jamais être employée à la compression des troubles civils ; c'est qu'il y va non seulement de la sécurité du peuple, mais de la moralité de l'armée elle-même, qu'on ne force jamais le soldat à choisir entre les devoirs du militaire et ceux du citoyen {applaudissements prolongés) ; c'est qu'il est injuste et barbare de placer dans cette alternative des hommes de cœur; c'est que l'armée est faite pour défendre Le sol et non pour servir d'appoint à la police (très bien! très bien/); c'est qu'aux citoyens organisés en garde nationale appartient le droit et revient le soin de sauvegarder le repos de la cité et les libertés de la nation. (Applaudissements.)

Ministres du 14 décembre, songez-y : les questions les plus sérieuses, en ce moment, sont celles qui se rattachent à l'emploi de la force.

Les ministres ont, dès le premier jour de leur avènement, pro nonce de bonnes paroles ; ils ont essayé des actes vraiment louables; ils ont procédé, quoique d'une manière encore trop timide, au remplacement des fonctionnaires factieux ou hostiles ; ils ont compris celte vérité qui, pour être banale, n'en est pas moins vraie, que pour faire une république il faut des républicains.

Mais cela ne suffit pas. Le point essentiel aujourd'hui est de mettre la sécurité publique à l'abri de toute entreprise violente. Eh bien! frapper des officiers coupables, comme le major Labordère, d'un acte éclatant de vertu civique, n'est certes pas le plus sûr moyen de décourager les généraux conspirateurs! (Applaudissements prolonges.)

Nul doute que, sous ce rapport, le gouvernement ne soit entré dans une vois dangereuse : espérons qu'il le comprendra et qu'il reviendra sur ses pas.

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